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Full text of "Description géographique, historique et archéologique de la Palestine, accompagnée de cartes détaillées"

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DESCKIPTION 



GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE 



DE LA PALESTINE. 



OUVRAGES DU MEME AUTEUR : 

Description de l'ile de Patmos et de l'ile de Samos, accompa^rnéc de deux Cartes. 
Un volume in-8°. Chez A. DrnAND, libraire, rue Cujas. 

#'tade sur rile de Rhodes* accompagnée d'une Carte. Un volume in-8°. Chez le même. 

De Ora Palœstinse a promontorio Carmelo usqne ad nrbem Joppen perti» 
■eate* ouvrage accompagné d'une Carte. Un volume in-8°. Chez le même. 

yimjmge archéologique dans la Régence de Tunis, ouvrage accompagné d'une 
grande Carte de la Régence. Deux volumes grand in- 8°. Chez Plon, imprimeur- éditeur, 
8, rue Garancière. 

Description géographique, historique et archéologique de la Palestine, accom- 
pagnée de Cartes détaillées. — Première partie, Judée. Trois volumes grand in-8". 



PARIS, 

GHALLAMEL AÎNÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

30, RUE DRS BOULANGERS, KT ^7, RUR DE BELLECHASSG. 



Toiiii HmitH rémméê. 



1^ 



DESCRIPTION 



GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQl E 



DE LA PALESTINE, 



ACCOMPAGNEE DE CARTES DETAILLEES, 

PAR M. V. GLÉRm, 

AGRÉGÉ ET DOCTEDR is LETTRES, MEMBRE DE LA SOClérE DE cëOGRAPHIR DE PARIS 
ET DE LA SOCII^TÉ DRS ANTCQUAIRES DE PHANCE, CHARGÉ D'CT«E MISglO<l SriBimPiniF. 



SECONDE PARTIE. —SAMARIE. 
TOME PREMIER. 




PARIS.^ 



IMPRIMK r.\H AITOIUSATION DU GOUVERNEMENT 



4 L'IMPRIMERIE NATIONALE. 



M DCCC LXXIV. 



DESCRIPTION 

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

DE LA PALESTINE. 

DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE PREMIER. 



ARRIVEE A JERUSALEM. NOUVELLE ETUDE DE CETTE VILLE. 

LIMITES DE LA SAMARIE. 



ARRIVEE A JERUSALEM. NOUVELLE ETUDE DE CETTE VILLE. 

Pendant la dernière mission scientifique que j'avais accomplie 
en Palestine en i863, j'avais exploré avec soin tout le territoire 
de l'ancienne Judée, depuis JalTa au nord jusqu'à El-A'rich au sud. 

Les résultats de mes investigations ont été consignés dans un 
ouvrage assez étendu, accompagné d'une grande carte de la Judée^ 
Quand j'eus achevé cette publication, je fus chargé, au commence- 
ment de mars de l'année 1870, d'une nouvelle mission pour ce 
même pays, afin d'y parcourir et d'y étudier en détail la Samarie 
et la Galilée, dans les parties surtout les plus rarement visitées 
par les voyageurs. 

Le 3o mars, à huit heures du matin, je débarquais pour la qua- 
trième fois à Jaiïa; le lendemain, j'étais dans la Cité sainte. Il est 

Descriplion fréogrnphiqve , historique par V. Guërin. — Chez Cballamel aîné, 
et archéologique de la Palestine. PremièiP libraire Jt Paris, 3o, rue des Boulan- 
parlie : Judée ; 3 volumes grand in-octavo . gers. 



2 DESCKIPÏIOiN DE LA SAMARIE. 

inutile de décrire ici les diirérentes routes qui de la première do 
ces deu\ villes conduisent à la seconde, car j'en ai sufiisammenl 
parlé dans mon précédent ouvrage. 

Depuis les fouilles importantes pratiquées, par les membres de 
la mission scientifique anglaise, autour et. au dedans de Jérusalem, 
j'avais hâte d'en examiner attentivement les résultats, afin d'en 
déduire les conséquences topographiques et arcliéologiques que 
cette étude pourrait faire naître dans mon esprit. J'étais d'autant 
plus désireux de voir les excavations faites par la Commission an- 
glaise, que des problèmes d'un haut intérêt y sont rattachés, pro- 
blèmes qui depuis longtemps partagent en des opinions très- di- 
vergentes des savants éminents et laissent encore la critique flottante 
et indécise. J'espérais trouver, au fond des tranchées ouvertes par 
lesAnglaiset des galeries souterraines dues à leurs laborieux efiorts 
ainsi qu'aux ressources sans cesse renaissantes envoyées par le 
Comité de Londres, le nœud caché et l'explication dernière de ces 
divers problèmes. Malheureusement, au moment de mon arrivée à 
Jérusalem, le lieutenant Warren, ayant épuisé le crédit qui lui avait 
été alloué, se disposait à partir avec les membres de la Commission 
dont il était le chef, et il avait déjà comblé presque toutes les exca- 
vations qu'il avait exécutées et dont il avait poussé quelques-unes 
à de très-grandes profondeurs, en sorte que les belles découvertes 
qu'il avait faites se trouvaient de nouveau ensevelies sous des mon- 
ceaux énormes de décombres. 

Je regrettai beaucoup ce contre-temps, et je dus me borner, 
comme dans mes |)récédenls voyages, à examiner seulement la 
partie émergente au-dessus du sol des constructions attribuées par 
les uns à Salomon et aux rois «pii l'ont suivi, et par d'autres à une 
époque bien po.stérieure. La Jérusalem primilive, entrevue, siu* 
certains points, par le lieutenant anglais, sous une accumulation 
de débris qui dé[>aHse parfois 3o mètres d'épaisseur, tant sont nom- 
breux les bouleverscnienlH (|ue la ville a subis, est donc rentrée 
danM sa tombe, et, pour l'en exhumer une seconde lois, il faudrait 
de» frais Irès-ronsidérabjes. Lr*s plans et les ex[>licalioiis tournis [)ar 



CHAPITHK I. — JERUSALEM. 3 

le lieutenant Warren pourront seuls, plus tard, quand la publica- 
tion en sera achevée, jeter quelque lumière sur ce sujet. 

Une autre question beaucoup plus importante, à mon sens, 
puisqu'elle intéresse non plus uniquement les savants et les archéo- 
logues, mais encore le monde chrétien tout entier, est celle de 
l'authenticité du Saint-Sépulcre et du Calvaire. Cette authenticité, 
très-combattue, depuis une trentaine d'années surtout, par des ar- 
guments qui pouvaient paraître plausibles quand on reculait par 
erreur si fort au delà des limites de la ville actuelle le tracé du 
troisième nmr d'enceinte, me semble démontrée scientifiquement 
aujourd'hui par la découverte du véritable tracé de ce mur et par 
celle de deux tronçons appartenant, selon toute apparence, à la 
deuxième enceinte. Comme nous savons que, du temps de Jésus- 
Christ, le Golgotha était en dehors mais très-près de la ville, il 
faut que la deuxième muraille, qui seule existait à l'époque de 
Notre-Seigneur, la troisième n'ayant été construite qu'un peu plus 
tard, sous Agrippa, se trouve en deçà de l'église du Saint-Sépulcre, 
laquelle renferme à la fois et le Calvaire et le tombeau du Christ. 
On comprend tout de suite l'importance d'une pareille question. 
D'abord il est impossible de nier que, depuis Constantin, ces deux 
sanctuaires n'aient toujours été vénérés par les chrétiens là où on les 
vénère encore maintenant. Ce culte remonte même beaucoup plus 
haut, puisque nous savons qu'Adrien, pour rompre la continuité 
de la tradition chrétienne et pour détourner les fidèles de venir 
s'incliner devant le tombeau de leur Dieu crucifié et devant la roche 
ensanglantée du Calvaire, avait élevé une statue à Jupiter sur le 
Saint-Sépulcre, et une autre à Vénus sur le Golgotha. Constan- 
tin ordonna de renverser ces idoles, et sous les deux sanctuaires 
païens qui les renfermaient il retrouva les deux sanctuaires chré- 
tiens qu'ils recouvraient, et qui dès lors ne cessèrent plus d'être le 
rendez-vous et comme le centre de la croyance religieuse des 
peuples. 

Plus tard, pour les reconquérir sur les infidèles, l'Occident a 
précipité sur l'Orient d'innombrables phalanges de guerriers, et 



à DESCHIPTIOiN DE LA SAMARIE. 

encore aujourd'hui, bien que l'enthousiasme religieux du monde 
chrétien se soit singulièrement refroidi, les grandes nations néan- 
moins ne laissent jamais de côté dans leurs préoccupations politiques 
tout ce qui a trait aux Lieux saints. On sait, par exemple, que la 
question relative à la reconstruction de la coupole du Saint-Sépulcre 
a occupé dernièrement, durant plusieurs années, trois des princi- 
paux Etats de l'Europe : la France, la Russie et la Turquie. 

Cependant, à la tradition chrétienne primitive, à la foi ardente 
du moyen âge, aux préoccupations beaucoup moins enthousiastes, 
mais néanmoins toujours persistantes, de la politique contempo- 
raine elle-même, qui ne croit pas s'agiter autour d'un vain fantôme 
quand elle a à traiter la question qui concerne quelques-uns des 
sanctuaires de la Palestine, et notamment le Saint-Sépulcre, un 
certain nombre d'archéologues ont opposé et continuent d'opposer 
encore un argument topographique, qui serait irréfutable et qui 
renverserait tout l'édifice de la tradition, de la foi et de la politique, 
s'il reposait sur des bases solides. Comme on s'était imaginé, en 
vertu de preuves qu'il serait trop long de développer ici, que la 
troisième enceinte de l'époque d'Agrippa dépassait bien au delà, 
vers le nord et vers l'ouest, le mur qui, de ces deux côtés, délimite 
maintenant la ville, on était alors entraîné comme fatalement à 
comprendre tout le quartier du Saint-Sépulcre dans le périmètre 
de la seconde enceinte; et, attendu que cette seconde enceinte 
existait à l'époque de Notre-Seigneur, la troisième seule lui étant 
postérieure, il s'ensuivait que le Golgotha actuel et le Saint-Sé- 
pulcre devaient être regardés conmie apocryphes, puisqu'ils sont 
situés au dedans du tracé présumé de la deuxième muraille. On 
se demandait, en outre, conunent il pouvait se faire que le quartier 
du Sainl-Séj)ulcre, (jui de nos jours senible si intérieur et si bien 
enclavé dans la ville, eût été, à l'époque de Notre-Seijjneui", c'esl- 
à-dire h une épo(|ue où Ton siq)posait (pie Jérusalem était beaucou[) 
plus considérable en étendu(! (pTelle ne l'est maintenant, cpie C(^ 
quartier, di»-je, eiU été alors en dehors de la cité, ainsi (pie nous 
Je savons par (Kîs passages irrécusables et par l'usage où étaient 



CHAPITRE I. — JERUSALEM. 5 

les Juifs de n'enlcrrer jamais ])ersonne au dedans de leurs villes. 
L'étude que j'avais faite depuis longtemps de la tradition chrétienne 
par rapport au Saint-Sépulcre m'avait paru, quant à moi, telle- 
ment concluante , qu'elle ne laissait subsister dans mon esprit aucun 
doute sur l'authenticité de cette tradition et, par conséquent, sur 
celle du Saint-Sépulcre lui-même. Mais, sachant que l'argument 
topographique invoqué contrairement à cette tradition est, en ap- 
parence, très-spécieux, et qu'il s'appuie uniquement sur le tracé 
hypothétique de la seconde enceinte, j'étais venu cette fois-ci à 
Jérusalem avec la pensée de suggérer au lieutenant Warren le pro- 
jet de profiter des fonds considérables que le Comité de Londres 
avait remis entre ses mains, pour rechercher par des fouilles nou- 
velles les traces de la deuxième muiaille. D'après les rapports pu- 
bliés, en ellet, jusqu'ici par le Comité anglais, il me semblait que 
si, relativement à l'enceinte du temple, relativement aussi à la 
muraille qui enclavait jadis dans la ville la colline d'Ophel, cet 
odîcier avait pratiqué ses fouilles avec autant d'habileté que de 
bonheur, et honoré son nom par des découvertes importantes, en 
ce qui regarde la seconde enceinte il avait fait fausse route et ou- 
vert ses tranchées là où, à mon avis, il n'y avait pas de chances de 
retrouver les vestiges de cette enceinte. J'étais, pour mon compte, 
convaincu que, s'il avait dirigé ailleurs ses fouilles, il aurait infail- 
liblement réussi à exhumer de nouveaux fragments de cette seconde 
muraille, dont quelques parties sont déjà découvertes depuis un 
certain nombre d'années. 

Par malheur, comme je l'ai dit plus haut, il avait achevé de dé- 
penser les sommes mises à sa disposition, et il se préparait à quitter 
la Ville sainte. 

Quoi qu'il en soit, les deux tronçons de la puissante muraille 
qui ont été découverts à l'est de l'église du Saint-Sépulcre, et qui, 
à mon avis, ne peuvent appaitenir qu'à la deuxième enceinte, 
démontrent victorieusement, selon moi, par leur position en deçà 
de cette église, l'authenticité de la tombe sacrée qu'elle renferme 
et, par suite, celle du Calvaire. Ces deux tronçons, seuls, bien étu- 



6 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

diés, sans parti pris et indépendamment de toute idée préconçue, 
suffiront, je pense, pour réconcilier sur ce point avec la foi chré- 
tienne ceux qu'en éloignent des considérations topograpliiques qui 
me paraissent erronées et auxquelles on peut opposer d'autres con- 
sidérations du même genre, basées sur un examen plus attentif du 
sol et sur des découvertes récentes. Que si, à Jérusalem, il y a 
trois catégories différentes de sanctuaires, les uns vrais, les autres 
douteux, les troisièmes évideniment apocryphes, et si cette distinc- 
tion doit être faite avec une respectueuse indépendance d'esprit, 
qui ne se laisse aveugler ni par le scepticisme d'une raison superbe, 
ni par les illusions d'une foi peu éclairée, cette ville contient deux 
sanctuaires principaux qui, maintenant plus que jamais, par suite 
de l'étude plus approfondie qui a été faite des trois murs d'enceinte 
de la cité antique, me semblent s'élever triomphalement au-dessus 
de toute critique : ce sont le Saint-Sépulcre et le Calvaire. Là, tous 
les esprits impartiaux qui ne cherchent que la vérité doivent se 
réunir dans une même affirmation; là, bientôt, je l'espère, se 
donneront fraternellement la main la science et la religion. 

Je ne fais qu'indiquer ici cette question capitale, à laquelle je 
donnerai plus tard tous les développements qu'elle mérite, lorsque 
dans un ouvrage spécial je ferai la monographie de Jérusalem et 
que, décrivant tour à tour chacun de ses monuments, je m'effor- 
cerai de résoudre quel(|ucs-uns des nombreux et parfois difficiles 
problèmes (pi'ils soulèvent. Pour le moment, je me borne à dire 
(jue, le but de la mission dont j'étais chargé étant l'étude de la 
Samarie (;t de la Galilée, je me hiltai, après avoir jeté un nouveau 
coup d'œil sur la Ville sainte, de me remettre en marche, afin de 
commencer aussitôt l'exploration de la première de ces deux pro- 
vinces. 

IJMITKM DK l.\ SAMAHIK. 

Kl d'abord, quelles élairnt jadis les linntes de la Saniaric? 
On conqirenait, dans le principe, sous ce nom, le l(;rriloii'e (h; 
loulc» if» tribus qui s'étaient séparées du royaume de Juda et réii- 



CHAPITRE I. — LIMITES DE LA SAMARIË. 7 

nies sous le sceptre de Jéroboam. Nous lisons, en ell'et, dans le 
III'' livre des Rois le verset suivant : 

Profecto eniin veniet sermo quom praedixil in sermone Dei coiilra aitare 
quod est in Belliel, et contra omnia fana excelsorum quaj sont in urbibus 
Samariœ^ 

fr Assurément, on verra s'accomplir la prédiction faite par bî prophète, au 
nom de Dieu, contre Tautel qui est à Bélbel et contre tous les sanctuaires des 
hauts lieux qui se trouvent au milieu des villes de la Samarie.^ 

Un second passage de la sainte Écriture embrasse sous la déno- 
mination générale de villes de la Samarie toutes celles qui apparte- 
naient au royaume d'Israël, en opposition avec le royaume de Juda. 

Adduxit autem rex Assyriorum de Babylone, et de Cutha, et de Avah, et 
de Ëmath, et de Sepharvaim, et coUocavit eos in civitatibus Samariœ pro 
filiis Israël : qui possederunt Saniariam, et babitaverunt in urbibus ejus'^. 

ffLe roi des Assyriens fit venir des colons de Babylone, de Cutha, d' Avah, d'E- 
niath et de Sépbarvaïm, et il les établit dans les villes de la Samarie, à la place 
des enfants d'Israël; ils possédèrent la Samarie et ils habitèrent dans ses villes. »> 

Les versets qui suivent et d'autres passages tirés des prophètes 
Osée', Amos* et Ezéchiel^ prouvent également que le terme de 
Samarie était équivalent h celui de royaume d'Israël. Cet Etat se 
composait des dix tribus révoltées contre Roboam, qui n'avait plus 
conservé de fidèles à sa cause que les deux tribus de Juda et de 
Benjamin; mais celles de Siméon et de Dan, principalement celle de 
Siméon, étant comme enclavées dans les tribus de Juda et de Ben- 
jamin, durent être bientôt forcément absorbées dans le royaume 
de Juda, qui comprit ainsi ces quatre tribus. Toutes les autres, à 
savoir : celles d'Ephraim, de Manassé occidental ou demi-tribu de 
Manassé, d'Issachar, de Zabulon, d'Aser et de Nephtali, en deçà 
du Jourdain; de Ruben, de Gad et de Manassé oriental ou seconde 
tribu de Manassé, au delà de ce même fleuve, continuèrent à faire 

' Rois, 1. III, c. xm, v. Sa. ^ Osée, c. viii, v. 5 et 6. 

* Rois, 1. IV, c. XVII, V. a/i; cf. v. 26, * Amos, c. ni, v. 9. 

a 8 et 39. * Ezeckiel.c. xvi. v. 53. 



8 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

partie du royaume d'Israël. Par conséquent, la dénomination de 
Samarie embrassait alors le territoire occupé par ces huit tribus, et 
la province qu'on appela ensuite Galilée était tout entière renfer- 
mée dans la précédente. Plus tard, le royaume d'Israël ou, autre- 
ment dit, la Samarie perdit toutes les contrées transjordanes, c'est- 
à-dire les tribus de Gad, de Ruben et de Manassé oriental. 

Et suscitavit Deus Israël spirilum PhuI, régis Assyriorum, et spiritum Thel- 
gathphalnasar, régis Assur; et transluiit Ruben, et Gad, et dimidiam tribum 
Manasse, et adduxit eos in Lahela, et in Habor, et Ara, et fluvium Gozan, 
usque ad diem hanc ^ 

A partir de ce moment, la dénomination de Samarie fut donc 
restreinte au territoire de celles des tribus que ce royaume con- 
serva en deçà du Jourdain. 

Theglatbpbalasar envahit ensuite la partie septentrionale de la 
Samarie déjà réduite et en transporta les habitants en Assyrie. 

lu dicbus Pliacee régis Israël venit Theglalhphalasar, rex Assur, et cepil 
Aion, et Abel-Domum, Maacha et Janoe, et Cèdes, et Asor, et Galaad, et Ga- 
lilseani, et universam terram Nephtali, et transluiit eos in Assyrios^. 

Cette troisième réduction de la Samarie amena nécessairement 
une réduction analof][ue dans l'acception de moins en moins étendue 
de ce nom. 

Enfin, l'an 721 avant Jésus-Christ, Salmanasar, roi d'Assyrie, 
s'empara de Samarie, capitale du royaume du même nom, après un 
»ié{re do trois ans. Les Israélites fui'ent transportés hors de leur pays 
dans dilVéï-eiiles contrées de l'Assyrie et de la Médie, et le teriitoire 
d'Israël fut rej>euplé successivement, sous Salmanasar et ses suc- 
cesseurs, par diverses peu|)lades de la vaste monarchie avssyrienne. 

3. (kiiilrn hune (Osée) asccndil Salmanasar, rex Assyriorum, ot faclus esl 
«•i Ohck Hcrvu.s, reddebatt]ui' illi tribiila. 

b. Cumque depreliendiiutct rex Assyriorum Osuc, <|uod rel)ei!are nilens ini- 
hUiM'l iiunlio» ad i^iia, n'geni /Kgy|)li, no pra'slarel Iribula rogi Assyriorum sicul 
hingiili^ anniM HoliluHcral, ubsedit cum et vincluui niisil in carrerem. 

' 1*111 alipoHiènrii , I. I , r. v, V. ul). — ' Itoin . I. IV. c. xv, v. 39. 



CHAPITRE I. — LIMITES DE LA SAMARIE. 9 

5. Pervajjatusque est omnem terram et, ascendens Saniariam, obsedit eam 
Iribus annis. 

6. Anno autem nono Osée, cepit rex Assyriorum Samariam, et translulil 
Israël in Assyrios posuitque eos in Hala, et in Habor, juxfa fluvium Gozan, iii 
civitatibus Medorum ^. 

La conquête du royaume de Samarie, dans les limites de plus 
en plus resserrées oh il avait été tour à tour réduit par différentes 
invasions, n'effaça pas néanmoins ce nom du sol, bien que le pays 
eût été repeuplé par des colonies assyriennes, ce qui nous porte à 
croire que tous les habitants primitifs n'en avaient point été expulsés. 

Les colons assyriens demeurèrent d'abord attachés au culte de 
leurs idoles; mais ensuite, infestés par des lions qui répandaient la 
terreur et la mort au milieu d'eux, ils attribuèrent cette calamité à 
l'ignorance où ils étaient du culte qu'ils devaient rendre au Dieu 
de la contrée oh ils avaient été transplantés, et ils demandèrent au 
roi d'Assyrie de vouloir bien leur envoyer un des prêtres de la 
Samarie qui avaient été emmenés en captivité, afin qu'il pût leur 
enseigner la manière d'adorer le Dieu du pays. Ce prêtre, ajoute 
la Bible, leur fut envoyé, et il s'établit à Béthel , ville oii Jéroboam 
avait jadis fondé un temple. Mais, à côté deJéhova,ils continuèrent 
à adorer leurs dieux particuliers, dont la Bible nous donne les 
noms. 

99. Et unaquaequc gens fabricala est demu suum : posueruntque eos in 
fanis excelsis, quai feceranl Samaritœ, gens et gens in urbibus suis, in quibus 
habilabat. 

3o. Viri enini Babylonii fecorunl Socliothbenolh; viri autem Chutaei fecerunt 
Nergel, et viri de Emalh fecerunt Asiina. 

3i. Porro llevaei fecerunt Nebahaz et Tbartbac. Hi autem qui erant de 
Sepbarvaini comburebant filios suos igni, Adranielecb et Anamelecb, diis Se- 
pbarvaini. 

32. Et nibilominus colebanl Dominum^. . . 

Dans la suite, nous voyons Josias, roi de Juda, déployer une 
' liois, 1. IV, c. xvu, V. 3-6. — ' Rois, I. IV, c.xvii, v. gg-Sa. 



10 DESCKIPTION DE LA SAMAIUE. 

grande sévérité, non-seulement contre les cultes idolâtres qui con- 
tinuaient à être en honneur dans ses Etats, mais encore contre ceux 
qui étaient répandus dans l'ancien royaume d'Israël. 

t5. Insuper et allare quod erat in Belhel, et excelsum quod fecerat Jéro- 
boam filius Nabalh , qui peccarefecit Israël, et allare iliud et excelsum destruxit, 
atque combussit, et comminuitin pulverem, succenditque etiam lucum. 

19. Insuper et omnia fana excelsorum, quae erant in civitatibus Samaria^, 
quœ fecerant reges Israël ad irritandum Dominum, abstulit Josias; et lecit eis 
secundum omnia opéra quœ fecerat in Belbel ^ 

Nous lisons également dans les Paralipomènes que les réformes 
religieuses de Josias s'étendirent jusqu'au territoire de Nephtali, 
et que, sous son règne, on recueillit dans le pays de Manassé, 
(rÊphraïm et de tout le reste d'Israël , des dons pour réparer le 
temple de Jérusalem. 

6. Sed et in urbibus Manasse, et Epbraim, et Simeon, usque Nepblali, 
runcta subvertit. 

9. Qui venerunt ad llclciam sacerdolem magnum; acceptamque ab eo pe- 
cuniam, qua; illala fuerat in domum Domini, et quani congregaverant Levitœ 
et jauitores de Manasse, et Epbraim, et universis reliquiis Israël, ab omni 
(|uuquc Juda et Benjamin, et babitatoribus Jérusalem, 

10. Tradidcrunt in manibus eoruni (jui pra'crant opeiariis in domo Do- 
mini, ut instaurarent templum, et inlirma quoique sarcirenl-. 

Le même livre nous apprend que, la dix-huitième année du règne 
de ce prince, on céléhra à Jérusalem la fêle de Pâques d'une manière 
Irès-solennelle, et qu'à cette lète assistèrent tous les Israélites qui 
étaient restés en Palestine'. De ces divers passages il résulte que 
lancien royaume d'Israël, du moins dans les contrées cisjordanes, 
n'avait pas été repeuplé complètement par des colons assyriens, et 
que beaucoup d'Israélites étaient demeurés dans le pays, y main- 
tenant avec leurs coulumrs et leur langue les dénominations pri- 
iiiilivcH des localités. Celle de Sanuirie, appliquée au territoin; qui 

' HoÏM, 1, IV, c. xxui, V. 10 «l tQ. * ParaUpomhncs , I. II, c. xxxv, v. 17- 

* Pnralipomhnei , I. Il, c. xxxiv, v. <!. m). 
<) e( I u. 



CHAPITRE I. — LIMITES DE LA SAMARIE. 11 

jadis était ainsi appelé, se perpétua donc, malgré la conquête et le 
remplacement d'un grand nombre des habitants indigènes par des 
colons étrangers. 

Plus tard, toute la partie septentrionale de cette contrée fut dé- 
signée sous le nom de Galilée, et celui de Samarie fut réservé à 
la seule partie méridionale. La Palestine fut donc divisée en trois 
provinces distinctes : la Judée, au sud; la Samarie, au centre; et la 
Galilée, au nord. La Judée comprenait le territoire possédé autre- 
fois par les tribus de Juda, de Benjamin, de Dan et de Siméon. 
La Samarie se composait de celui qui avait appartenu aux tribus 
d'Éphraïm et de Manassé occidental; enfin, le territoire d'Issachar, 
de Zabulon, d'Aser et de Nephtali formaient les deux sections de 
la basse et de la haute Galilée. 

Entrons maintenant dans des détails plus circonstanciés au sujet 
des limites de la Samarie, qui seule nous occupe en ce moment. 

Si nous consultons l'historien Josèphe, cet écrivain détermine 
de la manière suivante les bornes dans lesquelles cette province 
était renfermée de son temps : 

H Se ^afxapsÎTts X^'f* fJiéa-t] uèv rijs lovSatas écrl) xaï TÎis TaXtXaîas (âp- 
yoyiévri yàp dirb rfis êv T(p MeyoXçi) WeSico xetixévijs Vivaîas &vo(Jia xcôfiris , 
èTSiXïjysi Tvs AxpaSa.Tt]v6jv TOirap^îcxs) , (pva-tv Se rfis lovSatas xolt' ovôèv 
StdÇopos . . . . 

MsOSpios Se avTùiv tj KvovàQ ^opxéojs tfpoa-ayopevGfxévt] xcofxri, tsépas 
avTtj Tr}s lovSaïas rà 'cfpbs (Bopéav * . 

«La Samarie est située entre la Judée et la Galilée. Coininen(;ant au bourg 
de Ginéa, qui se trouve dans la Grande Plaine, elle finit à la toparchie des 
Acrabaténiens; par la nature du sol, elle ne dilFère en rien de la Judée. . . 

ffSur les confins des deux provinces est le bourg d'Anouath, appelé égale- 
ment Borcëos, qui forme la limite de la Judée vers le nord.w 

Ainsi, à l'époque où écrivait Josèphe, la Samarie ne dépassait 
pas, au nord, Ginéa, actuellement Djenin; au sud, elle avait pour 
frontière la toparchie des Acrabaténiens, dont le chef-lieu, appelé 
Axpa^oLTldt, par Josèphe, a conservé son nom dans le village arabe 

' Josèphe, Giieire des Juifs, 1. 111 , c. in, 8S h et 5. 



12 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

d'Akrabelj. Quant au bourg d'Anoiiath, autrement dit Borcéos, 
qui la limitait également vers le sud, il faut, selon toute appa- 
rence, le rechercher dans le village aujourd'hui ruiné d'Yanoun, 
situé à quelques kilomètres à l'E. N. E. d'Akrabeh. A l'est, elle 
était bordée par le Jourdain; mais, à l'ouest, elle ne s'étendait pas 
jusqu'à la mer, car le même historien nous apprend que toutes les 
côtes jusqu'à Ptolémaïs appartenaient à la Judée. 

A(pt{pt]Tai Se ovSè TOûv êx B-a'Xdacmjs repTrvœv v lovSaicij loîs 'zsapaXion 
kaTcneivovcra (J^é^pi IlTo\s(xaiSo5. 

«La Judée u'est pas privée non plus des agréments qui viennent de la mer, 
car ses côles s'étendent jusqu'à Ptolémaïs. w 

Ainsi restreinte, la Sa marie était alors de beaucoup la plus petite 
province de la Palestine, puisqu'elle ne contenait plus qu'une 
faible partie de la tribu d'Epliraïm et à peine les trois quarts de 
celle de Manassé occidental. Dans la description que je vais en 
donner, je ne me renfermerai pas dans ces dernières limites, mais 
je comprendrai dans la Samarie le territoire complet de ces deux 
tribus, et, pour relier cette étude à celle que j'ai publiée sur la 
Judée, j'y joindrai quelques détails relatifs à certaines localités 
ayant appartenu jadis, soit à la tribu de Benjamin, soit à celle de 
Dan sur la limite de celle d'Ephraïm, et que je n'avais pas visitées 
lors de ma précédente mission. Ainsi, par exemple, je vais com- 
mencer ce travail par la description de la vallée de Jéricho, ville 
qui, autrefois, échut en partage à la tribu de Benjamin. 

Quant aux caractères généraux de la Samarie, Josèphe les ré- 
sume comme il suit, en comparant cette province à la Judée : 

A(i(p6Tepat yàp Ipeivaï xa) zreStdSeSf eU re yeupyiav (xaXôaxaï xa) isroXv- 
Çépot f xœrâSevSpo/ re xa) bnûpai bpetvtis xa) iifxépov fietrlal. Upoa-dpSea-Oai 
Se ovSafjiov fièp (pùcrei Sœ\/i\èiy vovrat Se rh tsXéov. Yhjxît Se vôifioi vsôiv Sia.- 
<pipù>( iv aùraTf, xaï Sià vrXijOos môas àyaOijs là xttivn ta'kéov fj TSctp^ âXlois 
ya)juc7o(p6pa. Méyt<Tl6v ye [xijv rexfxtfpiov àpeiiis xa) evOijviai ib tshiOveiv 
dvSpùiv ixarépav ' . 

' JMiè|>lic, Guerre des Jui/f , I. III, c. m, S It. 



CHAPITRE I. — LIMITES DE LA SAMARIE. 13 

rr Ces deux provinces (la Judée et la Samarie) sont Tune cl l'aulre un pays 
de montagnes et de plaines. Propres à Tagricullure, elles sont très-fertiles et 
sont couvertes d'arbres qui produisent beaucoup de fruits, soit doux , soit sau- 
vages. Peu faciles naturellement à féconder par l'irrigation, elles sont arrosées 
par des pluies considérables. Les eaux qui y coulent y sont extrêmement 
douces, el, à cause de l'abondance de bons pâturages, les troupeaux y donnent 
une plus grande quantité de lait qu'ailleurs. Au reste, la plus forle preuve de 
l'excellence et des beureux avantages que possèdent ces deux provinces, c'est 
que la population en est très-nombreuse. ^ 

Aujourd'hui, par suite des calamités qui ont fondu si souvent 
sur ces contrées et de l'administration déplorable sous laquelle 
elles gémissent depuis longtemps, il faut rabattre beaucoup des 
éloges que leur prodigue Josèphe. Néanmoins, en ce qui concerne 
la Samarie, dont il est uniquement question maintenant, elle passe 
encore, bien quelle ne soit plus que l'ombre d'elle-même, pour 
l'une des plus belles régions de la Syrie. On la désigne sous le 
nom de pays de Naphuse, parce que cette ville, qui a succédé à 
l'antique Sichem, en est la cité principale. Rarement visitée par 
les voyageurs, qui, pour la plupart, ne connaissent guère de cette 
province que la route conduisant de Jérusalem à Nazareth, elle 
mérite cependant, à beaucoup de titres, d'attirer leur attention. 
Sans allonger davantage ce préambule, j'entre immédiatement en 
matière, en priant le lecteur de vouloir bien, pour me suivre plus 
facilement, consulter la carte qui est jointe à cet ouvrage. 



U DESCRIPTIOA 1)K LA SAMAIUK. 



CHAPITRE DEUXIEME. 

DÉPART DE JÉRUSALEM POUR LE COUVENT DE SAIÎST-SABA. VISITE DE CE 

MONASTÈRE. TOURMENTE EFFROYABLE. HALTE À NEBY MOUSA. 

DESCENTE DANS LA VALLEE DU JOURDAIN. A^ÏN ES-SOULTHAN. 

ASCENSION DE LA MONTAGNE DE LA QUARANTAINE. — ER-RIHA. KASR 

HÂDJLAH. a'ÏN HADJLAH, JADIS BETII-HOGLAH. HALTE PRES DE LA 

MER MORTE, NON LOIN DE L'ILOT CONNU SOUS LE NOM DE REDJOUM 

LOUTII. LE JOURDAIN. KASR EL-JEHOUDI. TELL DJELDJOUL 

(giLGAL OU GALGALAJ. RETOUR À L'a'ÏN ES-SOULTIIAN. HISTOIRE 

DE JÉRICHO ; EMPLACEMENTS DIVERS DE CETTE VILLE. 



DEPART DE JERUSALEM POUR LE COUVENT DE SAINT-SABA. 

Une douzaine de pèlerins français, que j'avais rencontrés en 
Egypte et avec lesquels j'avais débarqué à Jaffa, devaient accomplir 
avant les fôtes de PAques une petite tournée à la mer Morte et au 
Jourdain, sous la conduite de l'excellent frère Lievin, religieux fran- 
ciscain , qui depuis plusieurs années se dévoue avec tant de zèle à 
l'œuvre des pèlerinages en Terre sainte, en servant lui-même de 
guide aux pèlerins latins. 

Ces messieui's, qui participaient avec moi, à .Térusalem, dans le 
couvent de Casa-î\ova, à la cordiale liosjjilalilé des bons pères 
franciscains, m'ayant engagé à les acconq)a{jner dans cette excur- 
HioUj je me joignis volontiers à eux. Le q avril, à une heure de 
raprès-midi, nous nous mimes tous en marche, en sortant de Jéru- 
fiaiem parla porte de Jail'a, autrement dite Hab el-Klialil ou port(> 
d'Hébron, parce qu'elle conduit également i\ ces deux villes. Nous 
avions pour esrorle un certain nombn» d'Arabes appartenant ù une 
tribu dont les douars sont disséminés enire la dite sainte el la 
mer Morte. Le cluMkli (|ui les commandait, et avec lequel noire 



CHAPITRK II. — COUVENT DE SAINT-SABA. 15 

flrof^man avait fait marché, s'appelait Racliid. Sa résidence habi- 
tuelle est à Abou-Dis. On sait, en effet, que tous les pèlerins qui 
se rendent, de .lérusalem au Jourdain et à la mer Morte sont dans 
l'usage de traiter, avant de partir, avec quelque chef de Bédouins , qui , 
moyennant une certaine somme débattue des deux côtés, s'engage 
à leur fournir une escorte et à les ramener sains et saufs au point 
de départ. C'est une sorte de rançon qu'ils sont obligés de payer 
d'avance, pour ne pas être dévalisés ou même tués en route. Sans 
doute, une dizaine de voyageurs bien décidés et bien armés pour- 
raient tenter d'accomplir ce voyage, sans se soumettre à un pareil 
contrat, qui a quelque chose d'humiliant pour des hommes de cœur; 
mais la route qui de Jérusalem mène à la mer Morte est, en plu- 
sieurs endroits, si difficile et si propre à un coup de main de la 
part d'une bande de voleurs, que l'on pourrait s'exposer, en ne 
négociant pas préalablement avec eux, à quelque fc\cheuse aven- 
ture. Ainsi, je me rappelle qu'en iSbh, la première fois que je 
descendis de Jérusalem à Jéricho, en compagnie également de 
quelques voyageurs français et avec une escorte de six Bédouins, 
un Allemand demanda à s'adjoindre à nous, sans acquitter au 
cheikh qui les commandait sa rançon personnelle. Nous lui recom- 
mandâmes d'être bien sur ses gardes et de ne pas s'éloigner de 
nous. Tout alla parfaitement pendant les deux premiers jours de 
notre excursion; mais, le troisième, qui était celui de notre retour 
à Jérusalem, notre Allemand, qui pensait n'avoir plus aucune pré- 
caution à garder, crut, malgré nos conseils, qu'il pouvait sans 
danger prendre les devants, pendant que nous achevions nous- 
mêmes nos préparatifs de départ. Nous nous mîmes bientôt en 
marche, et nous chemiuAmes sans plus le revoir, assez préoccupés 
de lui, mais nous figurant toujours qu'il était en avant et que nous 
allions le rattraper. En arrivant le soir dans la Ville sainte, nous 
apprîmes qu'il n'y était pas rentré, et toutes les démarches faites 
les jours suivants pour le retrouver furent complètement inutiles. 
Les habitants de Jéricho et les Bédouins de notre escorte, inter- 
rogés sur son compte par l'autorité, jurèrent tous par Mahomet 



16 DESGRIPTIOi\ DE LA SAMARIE. 

qu'ils ne savaient pas ce qu'il était devenu. En réalité, il a dû 
tomber victime de quelque guet-apens. Je donne ces détails pour 
faire connaître l'état du pays et montrer, par un exemple, le peu 
de sécurité que présente cette route. 

Moi-même, il est vrai, j'ai, peu de temps après l'excursion que 
je vais raconter, exploré impunément, sans payer aucune rançon 
de cette nature, non-seulement les environs de Jéricho, mais en- 
core toute la vallée occidentale du Jourdain, depuis l'embouchure 
de ce fleuve dans la mer Morte jusqu'à ses sources, à Tell el-Kadhy 
et à Banias. Mais, à moins de motifs sérieux et sans un concours 
de circonstances favorables, je ne conseillerais à personne de 
m'imiter. 

Je reviens maintenant au point d'oii m'a écarté cette petite di- 
gression. 

Sortis de Jérusalem par la porte de Jaffa, nous tournons aussi- 
tôt à gauche sur les flancs de la vallée de Gihon, et, après avoir 
dépassé le Birket es-Soulthan, qui s'étend à notre droite, nous 
apercevons du même côté l'emplacement de Hak el-Dama ou 
Champ du sang. A mesure que nous descendons dans la direction 
du sud, puis de l'est-sud-est, le mont Sion dresse de plus en plus 
à notre gauche ses pentes rapides. 

A une heure vingt-cinq minutes, nous passons à côté du Bir 
Ayoub ou Puits de Job, autrement dit Puits de Néhémie, situé à l'ex- 
trémité et à la rencontre de la vallée de Josaphat avec celle de 
Bcn-Hinnom, dont la partie supérieure est généralement connue 
sous le nom de vallée de Gihon. 

Notre direction devient alors celle du sud-sud-est, puis du sud-est. 
Mous suivons le fameux torrent de Cédron ; son lit étroit et desséché 
ne rouie une eau trouble et jaumUre qu'à l'époque des grandes 
pluies d'hiver; il serpente quelque temps dans une vallée plantée 
d'oliviers et de grcnadiei*8. 

A une heure (jiiaianhî minutes, je remar(|iie à notre droite sur 
les flancs d'une colline plusieurs anciens tombeaux pratiipiés dans 
le roc. 



CHAPITRE II. — COUVENT DE SAINT-SABA. 17 

A une heure cinquante minutes, nous commençons à cheminer 
vers l'est, au milieu de montagnes qui consistent principalement 
en un calcaire crayeux assez tendre; elles sont cultivées en orge 
sur leurs pentes inférieures, là oh le sol a pu être lahouré. 

A deux heures cinq minutes, nous nous éloignons du Cédron, 
que nous laissons à notre droite. 

A deux heures trente minutes, nous descendons dans un autre 
oued, appelé es-6'oMa/iry, ^^^j^-I^-mJ! , du nom dune petite tribu de 
Bédouins ainsi appelés, qui errent le long de ses rives. Notre direc- 
tion est celle du sud-sud-est; mais bientôt nous reprenons celle de 
l'est. 

A trois heures, nous rejoignons le Cédron, qui, à partir de cet 
endroit, à cause de la proximité du couvent de Saint-Saba, est 
ordinairement désigné par les Arabes sous la dénomination d'Oued 
Mdr Saha, LU. jU àl^. D'autres l'appellent Oued er-Raltib , ,.^\jJ\ :>\^ 
(vallée ou torrent des moines); d'autres enfin. Oued eii-Nar, j\à}\ :>\^ 
(vallée du feu). Nous sommes alors sur le territoire de la tribu des 
A'bdieh, aj*Xa*. 

A trois heures quinze minutes, nous rencontrons, chemin faisant, 
un puits ou plutôt une citerne; on me l'indique sous le nom de 
Bir el-Hatthabeh, iùUaiL ^. 

Cinq minutes plus loin est une autre citerne, également prati- 
quée dans le roc et qui, comme la précédente, est en ce mo- 
ment presque à sec, les pluies ayant été très-peu abondantes cette 
année. 

J'observe sur les flancs des montagnes que nous longeons plu- 
sieurs grandes couches de silex engagées, à différents étages, par 
lits horizontaux, au milieu de roches calcaires. 

A trois heures trente-cinq minutes, nous passons auprès d'une 
troisième citerne, plus considérable que les deux autres, avec un ré- 
servoir attenant et dont on n'a pu me dire le nom. L'eau est trouble 
et en petite quantité. 

A trois heures quarante-cinq minutes, un cimetière arabe que 
nous traversons m'est signalé comme appartenant à la tribu des 



18 DESCRIPTION DE LA SAMARIK. 

A'bdieli. Au inilieu des tombes dont il se compose s'élève celle d'un 
santon vénéré, appelé Cheikh Messief, v»jU*«w« :^. De nombreux ex- 
voto, consistant en bâts de cbameaux, en lambeaux de vêlements, 
en débris de vases et autres objets de cette nature, sont déposés 
sur le tombeau de ce derviche. 

A trois heures cinquante-deux minutes, nous franchissons le 
Gédron, et nous gravissons vers le sud-sud-est des pentes assez 
roides le long de cet oued, qui s'enfonce de plus en plus, à notre 
gauche, entre deux murs gigantesques et presque verticaux de 
rochers. 

Les flancs de ces rochers sont percés d'une foule de grottes ayant 
jadis servi d'asile à d'innombrables anachorètes : quelques-unes de 
ces grottes sont à une telle élévation au-dessus du lit du Gédron, 
qu'on se demande comment elles ont pu être creusées, et comment 
ensuite ceux qui les habitaient pouvaient en sortir et y retourner 
chargés de vivres et surtout de la provision d'eau qui leur était indis- 
pensable pour vivre pendant quelques jours. Ils devaient sans doute 
s'aider de cordes pour accomplir ces pénibles et périlleuses ascen- 
sions et ces descentes plus périlleuses encore. Des degrés taillés 
dans le roc leur permettaient également de s'aventurer avec moins 
de danger sur des pentes si abruptes , où le moindre faux pas les 
exposait à périr d'une mort allVeuse. Toutes ces cellules, semblables 
aux alvéoles d'une ruche immense, étaient peuplées d'ermites qui 
étonnaient le désert par des austérités jusqu'alors inconnues. Là, 
chacpio moine, séparé de son voisin par des précipices, vivait isolé 
sur le bord de l'abîme près duquel il était suspendu. Livré ainsi 
tout entier h la contem[)lation et A la prière, et n'ayant que Dieu 
seul pour témoin de ses morlifications continuelles, il faisait fleurir 
dans celle horrible solitude des vertus que le paganisme ignorait 
et que le monde a depuis presque oubliées. Aujourd'Inn, ces {jrottes 
d'où s'échappnieni sans cesse vers le ciel des prières et des chants 
sacrés soni muclles et abandonnées, et si (jnelques-unes sont en- 
core habitées, ce n'i'sl plus qur par des animaux sauvages, et des 
oiseaux, nutunnnoni des merles et (l(>s rolondtes, (pii aiment à vol- 



CHAPITRE IT. — COUVENT DE SAINT-SABA. 19 

tiger autour du couvent de Saint-Saba et à becqueter dans la main 
des religieux les miettes de leur pain noir. 

Le sentier que nous suivons a été très-amélioré, depuis un cer- 
tain nombre d'années, par les moines de ce couvent; un petit mur 
servant de garde-fou borde les contours supérieurs de l'oued; çà et 
là aussi des degrés ont été pratiqués dans le roc pour assurer la 
marche sur un sol glissant. 

A quatre heures quinze minutes, nous faisons halte au pied de 
la grande tour du monastère. 



VISITE AU COUVENT DE SAINT-SABA. 



Beaucoup de voyageurs ont parlé de ce couvent; je l'ai moi- 
môme décrit dans mon ouvrage sur la Judée, et je renvoie le lec- 
teur aux quelques pages que je lui ai consacrées dans ce travail*. 
Après avoir parcouru les parties les plus intéressantes et les prin- 
cipaux sanctuaires de cette laure fameuse, oh le souvenir de son 
saint fondateur est toujours vivant, et qui, à cause de son étrange 
position sur les bords escarpés du Cédron, est sans contredit l'une 
des créations monastiques les plus singulières de la Palestine, nous 
nous remettons en marche à cinq heures dix minutes, en descen- 
dant le long de l'oued le même sentier que nous venons de gravir. 

A cinq heures trente minutes, après avoir franchi le Cédron, 
nous nous arrêtons pour la nuit dans une vallée haute, qui a été 
choisie pour le lieu de notre campement. 



TOUnMEME EFFROYABLE. 



Depuis plusieurs mois, la Palesline soulfrait d'une sécheresse 
prolongée, qui commençait à devenir désastreuse. Beaucoup de 
sources étaient taries, et la plupart des citernes étaient épuisées. Du- 
rant presque tout l'hiver, le ciel avait été d'une pureté inexorable ; 

Description géographique, historique et archéologique de la Palestine. Première par- 
tie : Judée, t. III, p. 99-101. 



20 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

aussi la pluie était-elle attendue comme le plus grand bienfait que 
pût accorder la Providence. Nous étions à peine installés sous nos 
tentes, qu'un vent violent, soufflant de l'ouest, amoncela peu à peu 
au-dessus de nos têtes des nuages sombres, qui bientôt éclatèrent 
en pluies torrentielles. La tourmente ne cessa point, pendant toute 
la nuit, de bouleverser nos légers abris et de nous inonder d'averses 
continuelles. 

HALTE À NEBY MOUSA. 

Le 3 avril, à sept heures du matin, le ciel se rassérénant peu à 
peu, nous remontons à cheval, et nous cheminons un à un sur un 
sentier extrêmement étroit, que l'eau tombée avec tant d'abondance 
a rendu très-glissant. Il serpente à travers monts et vallées. Celles- 
ci ne sont pour la plupart que d'horribles ravins, d'un aspect sau- 
vage et dont le fond sert de lit à des torrents passagers, qui naissent 
avec les grandes pluies d'hiver et meurent avec elles. Nous décri- 
vons de nombreux détours ; mais notre direction générale est celle 
du nord-est. Le pays que nous traversons faisait partie de ce que 
l'ofi appelait autrefois le Désert de Juda, en hébreu Midhar Jehouda. 
Cultivé seulement par places, sur les versants les moins abrupts des 
montagnes, il n'est guère parcouru que par des Arabes nomades, 
qui y font paître quelques troupeaux. 

A neuf heures trente-deux minutes, nous franchissons un pre- 
mier oued; à neuf heures quarante-cinq minutes, un second; à 
neuf heures cinquante-six minutes, un troisième; à dix heures, 
un (piatrième; à dix heures cinq minutes, un cinquième. A dix 
heures dix minutes, nous passons à coté d'une petite enceinte, 
au centre de hupielie s'élève un oualy surmonté de deux petites 
coupoles et renfermant la dé|)ouille d'un santon. Cette chapelle 
liiniulnirc s'appelle Kabr er-Ba'm, jJ/J'^. Er-Ra'ai est pour les 
musulmans l'ami et le confident de Neby Mousa ou de Moïse. 

Nous descendons ensuite dans un sixième oued , au deh\ du(|uel , 
.sur un plateau, est le Deir Nehij Mnum, ^^^^-^ ^^^^ (couvent du 
prophète Moïse), (pie nous atteignons à dix heures vingl minutes. 



CHAPITRE II. — NEBY MOUSA. 21 

Une double enceinte l'environne. La première, c'est-à-dire l'en- 
ceinte extérieure, mesure une centaine de pas sur chaque face. 
Bâtie en simples moellons, elle est percée de portes pour la cons- 
truction desquelles on a employé des pierres d'un appareil plus ré- 
jjulier et plus considérable. Plusieurs brèches permettent, en outre, 
d'y pénétrer actuellement. Après cette première enceinte on en 
trouve une seconde, dont la porte d'entrée, vers le nord, est fermée 
à la fois par une chaîne et par une puissante serrure. C'est en vain 
que, à trois reprises différentes, nous frappons à cette porte; per- 
sonne ne vient nous ouvrir. Et cependant, au moment de notre ar- 
rivée, nous avions entendu la voix de l'imam, qui, du haut d'un 
petit minaret, annonçait la prière et jetait au loin dans cette pro- 
fonde sohtude les notes longues et mélancoliques de son chant sacré. 
Faisant alors le tour de cette deuxième enceinte, nous y remar- 
quons vers le sud une large brèche, par laquelle nous entrons avec 
précaution, car ce couvent est gardé d'ordinaire par des Indiens 
fanatiques, qui en interdisent l'accès aux chrétiens. Convaincus bien- 
tôt, après un examen rapide des lieux, que l'imam est probablement 
seul en cet instant, et qu'il s'est retiré prudemment, craignant pour 
lui-même, dans l'intérieur de la mosquée, nous parcourons à notre 
aise ce deir redouté. Il contient dans sa partie septentrionale un 
minaret assez bien bâti, en pierres régulières. Un étroit escalier 
en spirale conduit au sommet de cette tour, d'où le regard embrasse 
un très-vaste horizon et plonge dans l'affreux désert qui s'étend 
alentour. 

Puis règne une première cour dallée, qui recouvre une grande 
citerne et que flanque à droite et à gauche une galerie voûtée, 
divisée en petites chambres au moyen de murs de refend grossiè- 
rement construits et d'apparence plus moderne. On arrive ensuite 
à la mosquée, que précède un vestibule. Cette mosquée, dans la- 
quelle nous n'avons pu pénétrer, la porte en étant hermétiquement 
fermée, est orientée de l'ouest à l'est, comme les anciennes églises 
chrétiennes, ce qui incline à penser qu'elle a succédé à un édi- 
fice de ce genre. Des contre-forts soutiennent le niur méridional. 



22 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

EUe est surmontée de cinq coupoles de différentes dimensions et 
dont la plus grande est couronnée d'un croissant en métal; des crois- 
sants en pierre, aujourd'hui menaçant ruine, ont été placés au-dessus 
des autres. En regardant à travers les barreaux d'une petite fenêtre 
grillée, barreaux où pendent, en guise d'ex-voto, une foule de chif- 
fons et de haillons, nous remarquons sous une chapelle un grand 
tombeau d'au moins cinq mètres de long sur deux de haut, que 
recouvrent un tapis et une mousseline blanche, sur laquelle ont été 
brodés des caractères arabes dont l'ensemble reproduit sans doute 
des vei'sets du Koran. 

Au sud de cette mosquée, s'étend une seconde cour, entourée, 
comme la précédente, d'une espèce de cloître, à l'usage des pèle- 
rins musulmans qui, à une certaine époque de l'année, se rendent 
à Neby Mousa. Enfin, à l'ouest de cette cour règne un troisième 
cloître, tout à fait ruiné, et dont les voûtes se sont écroulées avec 
les arcades qui les soutenaient. 

Un assez grand nombre de pierres bitumineuses sont gisantes 
autour de ces différents cloîtres, dans l'intervalle qui les sépare du 
mur extérieur d'enceinte. Ces pierres, qui brûlent comme de la 
mauvaise houille, en répandant une fumée noire, sont appelées 
par les Arabes luufjar Mousa (pierres de Moïse). Tout, en un mot, 
ra|)pelle ici le souvenir de ce grand législateur des Hébreux, qui 
n'est pas moins vénéré par les musulmans que par les juifs et les 
chrétiens. Les musulmans ])rétendent même que le cercueil colos- 
sal dont j'ai |)arlé lenfeiuK; la [)récieuso dépouille de ce prophète, 
auquel ils attribuent une taille gigantes(|ue , et c'est cette croyance 
erronée qui attire encore aujourd'hui dans ce lieu désert les secta- 
teurs de l'islam, (jette tradition, en effet, ne repose sur aucun fon- 
dement, puis(ju'(;lle est, comme tout le monde le sait, formellement 
ronlredite par les Livres saints, qui nous apprennent que Moïsc' 
mourut sur Ir mont INébo, dans h; |iays deMoah, avant d'avoir pu 
franchir le Jourdain et entrer dans la T<!rre promise. II l'aperçut 
seulemotit (h?H liaut(>urs du Phasga, la cime la plus éhwée (hi cette 
monlagiM', (|ui s'élèvi; à Test et en lace de la \allée (h; Jéricho. 



CHAPITRE H. — NKBY MOUSA. i>3 

rr Après sa mort, ajoute la Bible, il lut enseveli par Dieu lui-même 
flans une vallée de la terre de Moab , vis-à-vis de IMiogor, et per- 
sonne n'a connu son sépulcre jusqu'aujourd'hui.'! 

5. Morluusqueesl ibi Moyses, sorvus Doniiiii, in terra Moab, jubenle Do- 
mino; 

G. Et sepelivil euni in valle terrai Moab contra Phogor; et non cognovit 
liomo sepulcrum ejus usque in praisenleni dieni '. 

Ce témoignage si net et si précis du livre du Deutéronome, qui 
place à l'est du Jourdain, dans le pays de Moab, le lieu de la moil 
et de la sépulture de Moïse, su Ait donc pour réduire à néant la 
tradition mahométane qui, contrairement aux données des Livres 
saints, localise à Neby Mousa ces deux événements. 

Une autre opinion, qui semble assez vraisemblable, c'est que ce 
monastère musulman a succédé à un ancien monastère chrétien, 
fondé par saint Euthyme, dans le courant du v^ siècle de notre 
ère. D'abord religieux- de la laurc de Pharan, ce saint, accompagné 
de Théoctiste, qui lui était uni par les liens d'une étroite amitié et 
par la pratique des mêmes vertus, se retira dans un désert, où 
il vécut dans une caverne, s'imposant volontairement toutes les 
rigueurs de la vie ascétique la plus austère. Découvert ensuite dans 
sa retraite et rejoint par de nombreux disciples, il avait été obligé 
de bâtir une nouvelle laure pour les recueillir. L'église en fut con- 
sacrée par Juvénal, évêque de Jérusalem. A la mort de saint Eu- 
tliyme, il y eut pour célébrer ses funérailles un grand concours 
de cénobites et de solitaires, accourus de toutes parts à la laure 
dont il avait été le fondateur, le directeur et le modèle. Anastase, 
successeur de Juvénal sur le siège de Jérusalem, lui éleva, au mi- 
lieu de ce monastère, un magnifique monument, qui fut exécuté 
par le diacre Fidus. Ce même diacre fut chargé plus tard par l'é- 
vêque Martyrius, qui avait remplacé Anastase, de reconstruire la 
laure d'Eutiiyme sur de plus vastes proportions, en laissant toujours 
au contre le tombeau du saint. 

' DeulévHome , c. x.wiv, v. 5 ot G. — * Vie de saint Eulhijme par Cyrille de Scy- 
tliopulis. 



24 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Ce monastère était encore en partie debout au connnenceaient 
du xii^ siècle ; car l'higoumène russe Daniel , qui visita la Palestine 
entre les années i 1 13 et 1 1 15, s exprime ainsi : 

Ici, à l'orient de la laure de Sainl-Sabba, derrière une montagne, se trouve, 

à la distance de dix versles, le couvent de Saint-Euthyine Le couvent est 

situé dans un vallon; il est entouré de montagnes de pierres; il était ceint de 
murailles à une certaine distance, et l'église se trouvait sur une hauteur. Le 
couvent de Saint-Théocliste s'y trouvait aussi, au bas de la montagne, au midi 
de celui de Saint-Euthyme; il est présentement détruit par les infidèles ^ 

M. de Noroff, traducteur de cet ouvrage et pèlerin lui-même en 
Terre sainte, ajoute dans une note ce qui suit : 

Partis à neuf heures moins un quart du pied de la montagne de Quaran- 
lania, nous traversâmes à neuf heures et quart le Ouadi el-Kal, arrosé par un 
torrent limpide, celui qui vient d'Enon et passe par Chozewa. A dix heures, 
nous commençâmes à gravir les montagnes par le Ouadi Gereph-Hadjal. De 
la sommité de ces montagnes on voyait une partie de la mer Morte et l'em- 
bouchure du Jourdain. Après avoir dépassé encore une hauteur, nous décou- 
vrîmes sur la montagne voisine la mosquée de Neby Mousa, et y arrivâmes à 
dix iieures trois quarts. C'est le couvent de Saint-Eulhymc, si souvent cité 
dans la Vie des saints, qui a été nommé la tombe de Moïse ^. 

L'idcntilication, proposée par M. de Noroffet par d'autres voya- 
geurs, du monastère chrétien de Saint-Eutliyme avec le Deir Neby 
Mousa semble, en ellet, justifiée par les indications contenues dans 
le passage cité plus haut et par celles que donne le moine Phocas, 
(jui visita la Palcîstine soixante et dix ans après l'higoumène russe 
Daniel. 

Ce moine, parlant des trois grands monastères de Saint-Saba, de 
Théodose le Cénobiar(|ue et de Saint-Euthymc, détermine avec 
assez de netteté leur position res|)ective. 

O Se ytl^iappoi à-nh rijf VeOtTifxapfjs dpxjùnevos Stép)(eTai (lé^pi t/7$ Xau- 
f»a( Toû âytov — a^a 

' l^flerimi/^f en l'cnv Mitinle de t'hiifuninciic niHse Daniel, (raiiiiil |((ir Ahriiliiiiii (!<• 
Woroir. p. <ii. — ' Noli; d«' M. (!<• Nontll', p. i\'x. 



GEO (il 



. . .. 1. I AmjHfc;oL0GIOlJi: 



DE LA PVLESTINE, 



\ (■ I o M I' t I ; \ 1 (■ I) i: I : \ (1 r I s r > h i \ i i i k k s . 

PAH M. V. GlJÉlUN, 

sr.ttioi: et oocTrt'it ks LKTrnEs. uKMnnE df. la sor.iéré de oéoc.Rkvuir. de paris 
rT nr la sociktk dfs ^NTiQUAiiiF-i m; kranik, i.iiAnr.K o'I'^ik hksiox «< iRNTiricut:. 



SECONDE PARTIE. -SAMARIE. 
TOME I. 




^iVA/ 



P \ R I s. 



IMPRIMV: PAR \l TOlUSVilON ni' f, OU V R R XEM ENT 

A L'IMPRIMERIE NATIONALE. 

("UNCKSSION'NAIKK 1»K I.A VKNTK DKS CAKTKS, I'I,AN.S KT (HVIiAnKS 
ITP.I.IK^ l'Ai: l.K I)KV*T VK I,A MAlilNK 

30, rue des Boulangers, 27, rue de Bellecliasse 

VA I li(V. SCS corivsponfi.iiils on Finiuc oi à rriianai-r 



CHAPITRE 11. — NEBY MOUSA. 25 

"fTrocrl pe(p6iJievos ovv zsûos ^riv dyiav 'USÔXiv, ov Sià. Tr}s xoiXâSoç , dXXà Sioi 
Tov TavTïjs K^yov, evprfcrsis -apb ê^ (xiXtcov avTris ttjv fjLOvrjv tov oaiou 'zsaTpbs 
ijfjuuv SeoSo(7iov rov KoivoSicip^ov . . . 

kvTixpi) Se Ttjs 70iavTt}S (xovïjs Ss^icoTspov isepï tÔ ^oBos trjs èptf(iov tou 
iopSdvov ÙTzdpy^ti jJ \iùvr\ tov àytov Yjvûvfiiov tov MsydXov ^. 

■ «Le torrent qui commence à Gethsémani poursuit son cours jusqu'à la 
laure de Saint-Saba. 

«Eu retournant vers ia Cité sainte, non par la valle'e, mais par la chaîne 
montagneuse attenante, vous trouverez, à six milles de la ville, le couvent de 
notre saint père The'odose le Cénobiarque. 

ff Vis-à-vis de ce couvent, plus à droite et vers le fond du désert du Jourdain , 
est le couvent de Sainl-Euthyme le Grand. r> 

La position de la laure de Saint-Saba est bien connue, puisque 
ce monastère est toujours debout sur les bords du Gédron et con- 
tinue à porter le nom de son fondateur. 

Celle du couvent de Saint-Théodose n'est pas moins certaine : 
il est situé à cinq kilomètres t\ l'ouest-nord-ouest du précédent. Dé- 
truit depuis longtemps, il ne présente plus qu'un amas informe de 
voûtes et de pans de murs renversés et les vestiges de deux églises; 
mais ce qui ne laisse aucun doute sur l'identification que l'on fait 
de ces ruines avec celles de fancien monastère de Saint-Tliéodose, 
c'est le nom même qu'elles jjortent encore aujourd'bui : on les ap- 
pelle , en eiïei,Khai'bet Dcir ehen-A'hid, et plus communément Kharbel 
Deir D(jsi, ^5*^^ >!^ aj^. Ce dernier mot, comme on le voit, n'est 
qu'une abréviation pour Théodose ^. 

L'emplacement des ruines de Deir Dôsi répond, en outre, très- 
bien à celui que Phocas assigne au monastère de Saint-ïliéodose. 
Or, le Deir Neby Mousa est précisément à ilroile [Ss^tcôTepov) de 
ce couvent, au sein et vers le fond (tsepi to ^olOos) du désert mon- 
tagneux (|ui confine à la vallée du Jourdain. 

' Phocas, Descriptio Terne sanclœ, ruines de ce monastère , voir ma Z)e«crf/i- 

SS i5, 17 et 18. Prt/ro/. ^T. t. CWXIU, lion gcoffrapliique , hislorique et arcltéo- 

col. 9'io, ijt\S et 9/19. loiriiftte de la Palestine, i" partie: Judée, 

* Pour plus amples détails sur les t. 111, p. 88-9 -i. 



26 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

On rencontre, dans nnc ancienne description anonyme des Lieux 
saints insérée dans la Patrolo[jie grecque, de nouveaux détaiis rela- 
tivement au monastère de Saint-Euthyme, qui en fixent avec plus de 
précision encore la position. Les voici : 

Taîkarà (xova(7ltjptOL sùpta-xovTai sis tjjv lepovaaXï](j., â Se s^eo Ttjs àytas 
ta6\eù)S xa) sis rov lopSdvvv . . . 

Kai (Jié<Ta eis tov Spéfxov evai v ^pvcris iwv h.Troalô'Xwv. Kai els oXiyov 
TOTTOv evoLt To [xovotaltjpiov TOV dyiov ¥!tvdvfxtov, xa.) evai étta.vw sis opos. 
XTié)(£i àno rijs iepovcraXi](x [iiXia te' ^. 

ffTels sont les nïonaslères qui se trouvent à Jérusalem; voici ceux qui sont 
eu deIioi"s de la Ville sainte et dans le voisinage du Jourdain. . . 

«r Au milieu sur la roule est la fonlaine des Apôtres. A une faible distance de 
là est le monastère de Sainl-Eutliyme, situé sur le plaleau d'une montagne. 
il est éloigné de quinze milles de Jérusalem, t) 

Si l'on place au Bir el-Haoudh, vulgairement appelé par les chré- 
tiens la fontaine des Apôtt'es, la source désignée sous ce nom dans 
le passage précédent, on ne peut pas dire, à la vérité, que le Deii' 
Nehij Mousa n'en est crqu'à une faible distancer (ets okiyov totïov); 
mais, d'un autre côté, ce monastère musulman est situé crsur le 
plateau d'une montagne 11 (èTràrw eis opos) et à la distance d'environ 
ciiiq heures de Jérusalem, sur l'une des routes conduisant au Jour- 
dain. Or, celte distance équivaut parfaitement à celle de quinze 
milles, indi<pn''e comme étant celle du monastère de Sainl-Euthyme 
par rappoit à la Ville sainte. Si donc ridenlification du Deir Neby 
Mousa avec cet ancien couvent chrétien est admise comme |)ro- 
hahle (au point de vue de renq)lacem(Mit, j'entends), je crois qu'on 
peut prétendre avec quelque vraisemblance que la koubbeh musul- 
mane qui renferme le tombeau apocryphe d<' Moïse occupe la |dace 
uù 8'élevuil auparavant la chapelle sépulcrale dédiée à saint Eu- 
tiiyine, d'après la coutume pres(pi(; constante des mahométans de 
ne pn.s changer la destination prennèri; des monutnenis lidigieux 
ciilcvé.s pur eux aux chrétiens, mais de se horncM' d'ordinaire* à les 

' Alioitviiii ili- Locis muirli», S.S i «j cl i.'!. I'hIidI. /ji. I. (IWMIJ col. (jH8. 



CHAPITRE IL — NEBY MOUSA. 27 

approprier à leurs traditions. Une église chrétienne devient pour 
eux une mosquée, et une chapelle sépulcrale consacrée à un saint 
devient la koubbeh d'un santon ou d'un prophète. Il est permis de 
penser aussi que la grande citerne que j'ai signalée dans la pre- 
mière cour remonte à l'époque de la fondation primitive ou de la 
réédification du monastère de Saint-Euthyme , après la mort de ce 
saint. Plusieurs parties de ce monastère peuvent également subsister 
encore dans l'ensemble des constructions du Deir Neby Mousa, dont 
l'apparence générale est musulmane. Seulement les matériaux du 
monastère chrétien ont dû être employés pour bâtir le deir actuel, 
qui lui-même est fort mal entretenu et commence à tomber en 
ruine. Le nombre des pèlerins qui le fréquentent diminue d'ailleurs 
de plus en plus. J'ai assisté moi-même, à un certain nombre d'an- 
nées d'intervalle, à deux départs de la caravane sacrée se rendant 
annuellement de Jérusalem au Deir Neby Mousa, et j'ai remarqué 
que cette fois-ci les pèlerins étaient beaucoup moins nombreux 
qu'en iSbh. Une foule considérable de musulmans s'étaient donné 
rendez-vous, comme d'habitude, à la porte de Setty Miriam, par 
011 la caravane devait se mettre en nmuvement. Toutes les autorités 
de la ville avaient été convoquées pour cette cérémonie. A midi 
parut le pacha, escorté d'une trentaine de bachibouzouks. Derrière 
lui s'avançait le cortège, aux accords d'une double musique, l'une 
militaire et jouant sur divers instruments des marches ou des airs 
sacrés, l'autre tout à fait élémentaire et purement arabe, repro- 
duisant sans cesse, au moyen de fifres et de tambours, les mêmes 
sons plaintifs et monotones. Plusieurs étendards flottaient dans les 
airs, portés par des enfants. Quant à la bannière verte du prophète, 
elle s'élevait triomphalement au-dessus de toutes les autres, sou- 
tenue par un beau vieillard à barbe blanche, à côté duquel marchait 
le principal clieikh de la mosquée d'Es-Sachrah, l'une des plus 
saintes de l'islamisme , après celle de la Mecque. Elle fut saluée sur 
son passage par une salve de vingt coups de canon, dont les déto- 
nations ébranlèrent par intervalle les échos de la vallée de Josaphat 
et de la montagne des Oliviers. La procession descendit lentement 



28 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

les pentes qui conduisent de la porte Setty Miriam à cette vallée, 
au milieu d'une masse compacte d'hommes, de femmes et d'enfants 
accroupis à droite et à gauche sur toutes les hauteurs qui dominent 
le sentier que devait suivre le cortège. Après avoir franchi le tor- 
rent de Cédron, il côtoya les flancs inférieurs du mont des Oliviers 
et ensuite ceux du mont du Scandale ; puis tout à coup il fit halte : 
le pacha rebroussa chemin vers Jérusalem avec les bachibouzouks, 
les notables de la ville , les cheikhs des différentes mosquées et les 
bannières sacrées; et les pèlerins seuls, au nombre d'une cinquan- 
taine au plus, la plupart vêtus d'ignobles haillons et précédés d'un 
derviche à peine couvert de guenilles sans nom et agitant en guise 
de bannière un lambeau d'étendard déchiré, continuèrent leur 
marche vers Neby Mousa. Voilà à quoi s'est réduit, le i5 avril 
1870, ce fameux pèlerinage, autrefois si fréquenté. 



DESCENTE DANS LA VALLEE DU JOURDAIN. 



A midi quinze minutes, nous nous remettons en marche dans 
la direction du nord-est. 

A une heure, nous atteignons la vallée du Jourdain, après une 
descente assez rapide; chemin faisant, je remarque d'innombrables 
pierres à feu, soit isolées, soit engagées dans des masses calcaires. 

Notre direction devient alors celle du nord. 

A une heure (|uarante-cinq minutes, nous laissons à notre gauche 
un tell assez considérable, appelé Tell el-A'laïk, (^>ht^\ Jj. 11 a été 
fouilh'î par le lieutenant Warren, en 1868. Cet officier anglais y a 
trouvé les arasements de jdusieurs anciennes constructions, de nom- 
breux fragments de verre antique, une grande amphore romaine 
en partie brisée, mais dont le goulot, intact, portait une inscription 
latine; et, à la profondeur de huit pieds auj^lais au-dessous de la 
Hurfacc de la plaine environnante, une énorme jarre, qui tond)a en 
pouwière aussitùt qu'on la toucha; elle devait dater certainement 
d*une trèH-liaut(r anli(|uité. 

A une heure <'in((uunte minutes, nous traversons TOued el-K<'lt, 



CHAPITRE II. — VALLÉE DU JOURDAIN. 29 

(^Ji^iil it^; d'autres écrivent oJiiîî àl^. Le lit de ce torrent, qui 
aboutit au Jourdain, ne roule en ce moment qu'une légère nappe 
d'eau; il est bordé d'arbustes épineux. On le franchissait autrefois 
sur un pont, depuis longtemps détruit et dont il subsiste encore 
maintenant quelques ruines. Cet oued est généralement identifié 
de nos jours avec le Nahal-Keinlh , en hébreu nnD-Sn:, en grec ^et- 
fxoLppovs Xoppdd, en latin ton'ens Carith, où Elie, par l'ordre du 
Seigneur, se retira quelque temps et fut miraculeusement nourri 
par des corbeaux. 

2. Et factum est verbum Doiriini ad eum, dicens : 

3. Recède hinc, et vade contra orienlem, et absconde te in lorrenle Carilli, 
qui est contra Jordanein. 

U. Et ibi de torrenle bibes; corvisque pr»cepi ni pascant le ibi. 

5. Abiit ergo et fecit juxla verbum Domini; cumque abiisset, sedit in lor- 
rente Carilh, qui est contra Jordanem. 

6. Corvi quoque deferebant ei panem et carnes mane, similiter panent el 
carnes vespere; et bibebat de torrenle. 

7. Post dies autem siccalus est torrens; non enini pluerat 8uper terram. 

8. Faclus est ergo sermo Domini ad eum, dicens : 

9. Surge et vade in Sarephta Sidoniorum ', 

Il n'est plus ensuite fait mention de ce torrent dans la Bible. 

Ce qui justifie et semble autoriser l'identification du Nahal-Ke- 
rith avec l'Oued el-Kelt, c'est, premièrement, la ressemblance assez 
frappante de ces deux noms : en effet, dans la transcription des noms 
propres de l'hébreu en arabe, le lamed hébraïque permute souvent 
avec le ra arabe, et réciproquement, d'où le facile changement de 
Kerith en Kelith et ensuite en Kelt. En second lieu, bien que la 
Bible ne nous dise pas précisément où était Élie lorsque le Seigneur 
lui ordonna de s'enfuir vers l'orient et de chercher une retraite 
dans le torrent de Carith (en hébreu Kerith), on peut supposer 
néanmoins avec beaucoup de vraisemblance qu'il se trouvait à 
Samarie. Cette ville, effectivement, était devenue la capitale du 

' Bois, 1, III, c. XVII, Y. 9-y. 



30 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

royaume d'Israël depuis que Amri, prédécesseur d'Achab, l'avait 
fondée, l'an 92 5 avant J. C, après avoir abandonné Thersa, où il 
résidait auparavant \ et tout porte à croire que c'est là qu'eut lieu 
l'entrevue d'Elie avec Achab, entrevue dans laquelle ce propbète 
prédit au roi d'Israël la terrible sécberesse qui devait ravager ses 
Etats, et que suivit sa fuite immédiate vers le torrent de Garith. 
L'Oued el-Kelt, il est vrai, est au sud-est et non à l'est de Samarie; 
or, la Bible nous dit que, selon les ordres du Seigneur, Elie, après 
celte prédiction, se retira vers l'orient pour aller se cacher dans 
le torrent de Kerith. 

3. Recède liinc, el vade contra orienlem, et absconde le in torrente Caiilh. . . 
5. Abiit crgo et fecit juxla verbum Domini. 

Mais à cette objection contre l'identité du Nahal-Kerith avec 
l'Oued el-Kelt, on peut répondre que, en quittant Samarie, Elie di- 
rigea d'abord ses pas droit vers l'est jusqu'à la vallée du Jourdain, 
et qu'il descendit ensuite cette vallée vers le sud pour aller se ca- 
cher dans le torrent de Kerith, qui coulait en dehors des Etats 
d'Achab, et où il était à l'abri contre la vengeance de ce prince. En 
outre, dans un passage des Antiquités judaïques où Josèphe raconte 
le incarne fait, il est dit qu'Élie, au sortir de son entretien avec 
Achab, se retira vers le midi, et que là il séjourna auprès d'un tor- 
rent, dont l'eau étanchait sa soif, pendant que des corbeaux four- 
nissaient à sa nourriture. 

Kaï TovTOis éTtofxScras àvzywprjcTev eU rà 'zspos vérov (xépvy zsoiovfxsvos 
vapà )(eifxd^p^ riv) ttjv SiaTpt^rjv, ê^ ov xaï to tsoTbv eJ^^s' jrjv yctp too- 
Çrjv oùtÇ) xaO' t^^épav xôpaxes 'zspo(7é<pepov^^. 

«El aprt»« avoir appuyé sa prédiction par un serment, il (Elie) se retira 
*cr» la n'^ion du sud et se fixa près d'un torrent, qui lui procurait sa boisson; 
quant à sa nourriture de chaque jour, les corbeaux la lui apporlaieni.n 

En combinant donc les deux directioFis indiquées, l'une par la 
Bible, et Taulre par l'historien Josè])he, on obtient celle du sud-est, 

' Hoiê, I. lit. f, t\i, V. ali. — ' Jos^phr, AntKi.putmqiu-s, I.VIII, c. Mil. S 9. 



CF^APITHE H. — VALLEE DU JOURDAIN. 31 

ce qui est précisément la position de l'Oued el-Kelt par rapport à 
Sa marie. 

Une autre objection, beaucoup plus forte en apparence que la 
précédente, est celle qui résulte du passage suivant de \Onmna- 
slicon, où Eusèbe alTirme que le torrent de Gborra (\oppa) était 
situé au delà du Jourdain : 

\of!>èà, yeiyLcippov? éTréHeiva tov lopSoLvov. 

Or, ce torrent de Gborra n'est autre que le Nabal-Keritb de la 
Bible; car saint Jérôme traduit et développe ainsi ce passage : 

Chorath, torrens trans Jordaiiem , in quo abscondilus est Elias e regiono 
ejusdem fluminis. 

fT Chorath, torrent au delà du Jourdain, où se cacha Élie vis-à-vis de ce 
même fleuve, w 

Mais cette assertion d'Eusèbe, reproduite et par conséquent 
adoptée par saint Jérôme, me semble sujette à caution; car la Bible, 
qui nous apprend que le Nabal-Kerith coulait vis-à-vis du Jourdain 
(contra Jordanem), n'ajoute nullement qu'il Tôt situé au delà de ce 
fleuve. Ensuite Josèpbe, en rapportant qu'Elie, en quittant Achab, 
se retira vers le midi, me paraît réluter par avance l'aifirmation 
d'Eusèbe. Enfin, on n'a trouvé jusqu'à présent au delà du Jour- 
dain aucun torrent dont le nom oll're la moindre analogie, même 
lointaine, avec celui de Keritb, tandis que, en deçà de ce fleuve, 
l'Oued el-Kelt présente une grande ressemblance de dénomination 
avec le Nabal-Keritb des Livres saints. 

Quoi qu'il en soit, les deux rives de cet oued, et principalement 
la rive droite, sont, près de l'endroit où nous le franchissons, cou- 
vertes de ruines assez confuses et consistant surtout en arasemenls 
d'anciennes constructions. J'ai déjà parlé des restes d'un pont an- 
tique jeté jadis sur l'oued; je signalerai pareillement ceux d'un 
aqueduc et, un peu plus vers l'est, dans la plaine, l'enceinte d'un 
vaste réservoir mesurant 200 pas de long sur 170 de large, bâti 
avec de petites pierres dures et bien cimentées; il est aujourd'hui 
aux trois quarts comblé, et s'appelle Birkel Mousa, \jm^ <-'»5^. H 



32 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

était sans doute autrefois alimenté d'eau par l'A'ïn el-Kelt et peut- 
être aussi par YA'in Farak, bj\i c^jv^, dont j'ai parlé ailleurs ^ et qui 
se perd actuellement dans l'oued du même nom, l'un des prin- 
cipaux confluents, vers l'ouest, de l'Oued el-Kelt. D'autres sources 
pouvaient également contribuer à le remplir au moyen de canaux 
maintenant détruits. Ce bassin ne serait-il pas celui où Hérode fit 
noyer par jalousie le jeune prince Aristobule, fils d'Alexandra et 
petit-fils d'Hyrcan , et où s'accomplit le drame horrible raconté par 
Josèphe dans le passage suivant ? 

Ka) T^s éoptris 'dotpeWova-ïjs , elaliôiTO (xèv êv îspi)(OvvTi , Ss)(pixévr]s av- 
70VS Tvs AXe^dvSpas, (ptXo(Ppovovfxsvos Se xè (xeipaxiov xoù tspoiXxwv eis 
àSsâ liitov, è'TOtfJiOs ^v (jvixTraiXsiv xa\ veavievsaBai KsyapKTyiévojs êxetvù). 
Tov Se '0ep\ rhv rÔTTOv iSicôfxaTOs B-epivanépov "vvyyavovtos , arweikeypiévoi 
râxiov ê^fjXôov àXvovres, xal rats KoXvfx^ifOpais ênterlâvTSS, ai [xeydXai -orep} 
ttIv avXïjv êTvy)(avov, àvé^v)(Ov to B-eppiSTarov Ttjs (jLeeTVfx^pias. Ka* ■mpôjTOv 
fjièv écûpuv Toiis véovras tmv oixercHv xat <pCkwv, iiiena 'zspoa^OsvTOs xa) tov 
fieipaxlov Tç3 xa\ xhv ^pwSr^v 'Cïapoçvvai, iwv (^ikwv ois lavia èiriTéiaxzo, 
ax&tovs è7rt(7)(6v70Sj jSapovvjss àe\ xa) jSanI i%ovTes ws êv zsatSiS. vïj^ofxevov 
ovx dv^xav ëùjs xa) 'CfavraTtao-iv ànoirvi^ai ^. 

«La fôle (des Tabernacles) étant passée, Hérode fut convié à un festin avec 
Aristobule par Alexandre. A force de caresses, il attira le jeune prince dans 
un lieu sûr, et se montra empressé à lui plaire et à se livrer avec lui 
aux divers jeux de son âge. Mais, à cause de rextrénie chaleur de cette lo- 
calité, ils al)andonnèrent bientôt ces exercices et sortirent pour errer çà et 
là; puis, «'arrêtant auprès des grandes piscines qui avoisinaicnt le palais, ils 
y lassèrent au frais la partie la plus brillante dn la journée. D'abord ils regar- 
daient ceux de leurs serviteurs et de leurs amis qui na^joaient; ensuite, à l'ins- 
Ugalion d'Hérode, qui l'y engageait, le jeune prince entra lui-même dans l'eau. 
Alors, comme déjj\ les ténèbres survenaient, ceux des amis d'Hérode auxquels 
ce toin n\ail été ronflé, sous prétexte déjouer avec Aristobule, \c. tinrent cons- 
lammcnt plonjjé dans l'eau, en pesant sur lui pendant qu'il s'ellorçail de nager, 
el no le Urbèronl point qu'ils ne l'eussent complètement asphyxié.^ 

L'fîli9cmble (IcH ruines (jue je viens de signaler sur les bords 
de rOucd fil-kelt porte le nom de Khaihct Kaknun, yP^î^c:^^, 

' \mamthÊmptmd«lahdét,i. III, p. 73. — ' Auùti. judmij. I. W, c. m, S 3. 



CHAPITRE II. — A'IN ES-SOULTHAN. 33 

que d'autres écrivent u>»^. C'est là que plusieurs savants voyageurs, 
et en particulier Robinson et M. de Saulcy, placent la Jéricho re- 
bâtie par Hérode et, par conséquent, celle que visita le Sauveur, 
l'antique Jéricho se trouvant près de la fontaine d'Elisée, YA'ïn es- 
Soulthan de nos jours. Je reviendrai plus tard sur cette question, 
quand j'aurai achevé de décrire les débris, du reste assez peu im- 
portants, qui sont épars dans la plaine. 



A IN ES-SOULTHAN. 



A deux heures, nous laissons à notre gauche, au delà de l'Oued 
el-Kelt, un autre tell, moins considérable que le précédent. Des 
fouilles y ont été également pratiquées par les Anglais. Quelques 
ruines le couvrent ou l'avoisinent. Notre direction est celle du 
nord. Nous traversons des champs parsemés de seder, de zakkoum 
et d'autres arbustes épineux. 

Le seder, j*>^^, est le rhammis nabeca des botanistes. C'est une 
espèce d'acacia très-épineux, qui produit une petite baie rougeâtre, 
d'un goût aigrelet et très-bonne à manger, que les Arabes appellent 
doum, p^; quelquefois, ils donnent ce nom à l'arbre lui-même. Le 
seder abonde en Palestine, principalement dans les parties les plus 
chaudes de la contrée. On le trouve tantôt à l'état de très-bel arbre, 
au tronc gigantesque, aux rameaux au loin étendus; tantôt sous 
forme de simple arbuste, comme c'est le cas pour la plupart des 
seder au milieu desquels nous cheminons en ce moment. Lorsqu'il 
ne s'élève pas beaucoup, les Arabes le désignent sous le nom de 
nebek, viU», réservant également parfois cette appellation pour le 
fruit qu'il donne, le même qui est nommé doum par d'autres. On 
sait que dans la haute Egypte croît une espèce particulière de pal- 
mier, appelé pareillement doiim, et qui n'a aucun rapport avec le 
rhamnus nabeca qui nous occupe actuellement. 

Le zakhoum, -y»), VEIœagmts angustijolws de Linné, selon Has- 
selquist, est regardé par Wilson^ comme étant le myrobalsamum 

' Wilson, The Lamh of (Itr Hihie, t. H, p. lo. 



Zà DESCUIPTION DE LA SAMAUiE. 

ou le mijrobalanum. C'est un arbre peu considérable, épineux, 
avec une écorce plus verte et plus lisse que celle du seder. 11 pro- 
duit un fruit semblable à une olive, dont le noyau, broyé dans un 
mortier et jeté ensuite dans de l'eau bouillante, laisse échapper une 
huile qui surnage à la surface et qui a quelque rapport avec l'huile 
d'amande douce. Les Arabes l'emploient comme médicament pour 
les blessures. Le nom de zakkoum donné par eux à cet arbre a fait 
croire à des pèlerins peu éclairés que c'est l'arbre sur lequel était 
monté Zachée lorsque Notre-Seigneur entra dans Jéricho; aussi 
appellent-ils l'huile qu'on en extrait huih de Zachée. Mais c'est là 
une erreur évidente, fondée sur une ressemblance fortuite du mot, 
puisque l'Evangile nous apprend que Zachée était monté sur un 
sycomore. 

Et prœcurrens ascendit in arborem sycomoruni, ut videret eum, quia indn 
erat transiturus ^. 

ffZachée, prenant les devants, monta surun sycomore, afin de voir le Christ, 
qui devait passer par là. ri 

Le zakkoum n'est pas le véritable baumier de Palestine, c'est- 
à-dire ïapobalsamum. Ce dernier arbre, dont le fruit est si coû- 
teux, croissait autrefois avec abondance dans la vallée de Jéricho, 
ainsi que le témoigne Josèphe. 

^épet Sk xa) bTto^oiktTayt.ov, t Stj Tiynohcnov t&v rfiSs xap-ncUvy xvyrpov ts 
xa) fJLvpo€d[Xavovy d)s ovx âv à(Ji(xpTe7v Ttva ein6vTa B-sîov elvat rà ywpiov ^ 
év y ha^iki) rà (nraviciraTa xai xéXkKrla yevvaxai'^. 

tOtto conln^o produit aussi l'opoljalsanium, le plus j>récieux de tous les 
fruits qui croissent en cet endroit, ainsi tjue le cypre et le myrobolan, en 
sorte que celui qui donnerait le nom de divine à celte région ne se trom- 
|M;rail point, vu que les choses qui ailleurs sont les plus rares et les plus re- 
rJHTrlu^e» naissent là en abondance.?' 

NouH JiKouK dans Pliiu', au sujet du balsamum, c'est-à-dire de 
i'opohalsainum : 

Sp<I oniiiiiiUN iKlorilius prirferlur baisniniini, uni lerraruni .Indien' coiices- 
• Saim Lui ,v. »u, v. 6, — ' iiunrr dm JuIIk , 1. IV, c. vui, S 3. 



CHAPITHE II. — A'ÏIV ES-SOULTHAX. 36 

sum, quondam in duobus tanlum hortis, ulroque regio, altero jugerum xx non 
aniplius, altfiro pauciorum. Ostendere arbusculain liane urbi imperatores Ves- 
pasiani '. 

ff A tous les parfums on préfère le baume, qui n'a été accordé qu'à la seule 
Judée; il n'était cultivé autrefois que dans deux jardins, royaux l'un et l'autre, 
le premier d'une étendue de vingt arpents au plus, le second moins considé- 
rable encore. Les empereurs Vespasien et Titus montrèrent cet arbuste à 
Rome.w 

Ces deux jardins se trouvaient dans la vallée de Jéricho, comme 
le prouve un passage de Strabon où il est question également des 
merveilleux avantages de cette vallée -. 

Aujourd'hui, l'opobalsamum a complètement disparu des envi- 
rons de Jéricho; mais le myrobalanum ou le zakkoum y croît encore 
en assez grande quantité. 

Quant au cypros, dont parle Josèphe comme em-ichissant éga- 
lement cette localité, c'est le copher des Livres saints, la Imvsonia 
inermis de Linné ; les Arabes le désignent sous le nom de el-henna. 
Les feuilles de cet arbuste ressemblent à celles du myrte, et ses 
fleurs, qui poussent au bout des branches, pendent en belles grappes 
odorantes. Tout le monde sait que les feuilles du henna, quand 
elles ont été cuites dans l'eau, qu'elles sont séchées et pulvérisées, 
donnent une poudre de couleur orange, avec laquelle les femmes 
de l'Orient aiment à se teindre les ongles et les cheveux. . 

Dans le Cantique des Cantiques, l'amante compare son ami à 
une grappe de copher : 

Botrus cypri dilectus meus milii, in vineis Engaddi^. 

J'ignore si cet arbuste existe encore dans la vallée de Jéricho; 
tout ce que je puis dire, c'est que je n'en ai remarqué aucun de 
cette espèce. 

Il est temps maintenant de poursuivre notre route vers l'Alin es- 
Soulthan. 

A deux heures trente-cinq minutes, j'aperçois à notre droite un 

' Pline, Histoire naturelle, \\\. r.iv. — " 8trabon, Géog-mphie , I. \VI, c. n, .S 'ji. 
— ' Cantique des Cantiques, c. i. v. i3. 

3. 



36 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

tell qui affecte, dans sa partie méridionale, une forme demi-circu- 
laire; on l'appelle Tell es-Sdmerate , cyî^UaJ! Jj. Le lieutenant War- 
ren l'a également fouillé en 1868; dans les tranchées qu'il y a 
pratiquées, plusieurs couches de briques cuites au soleil sont en- 
core apparentes; mais elles se désagrègent et se résolvent en pous- 
sière aussitôt qu'on les touche. 

A deux heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte près 
de YA'in es-Soulthan, yUoLJl (jvt. Cette source abondante coule 
dans un bassin ombragé par des seder et aujourd'hui en partie dé- 
truit; néanmoins, du côté de l'ouest, une sorte d'abside ou d'en- 
foncement demi-circulaire, bâti en pierres réguhères de moyenne 
dimension, est encore très-reconnaissable. De petits poissons se 
jouent dans ce réservoir, qui mesure à peine dix pas de long sur 
cinq de large. L'eau est claire, et profonde de 5o à 60 centimètres 
au plus, et, en d'autres parties, de moins encore, parce qu'elle ne 
peut s'accumuler dans le bassin qui la recueille, et qu'elle forme 
aussitôt un ruisseau considérable bordé de seder, qui féconde la 
plaine dans la direction du village actuel d'Er-Riha. Jadis cette 
source alimentait plusieurs aqueducs, qui partaient de là pour ré- 
pandre au loin dans la vallée la fertilité et la vie. J'ajoute que le 
bassin od elle s'amasse est dominé à l'ouest par un tell ou tertre 
artificiel, dont je parlerai plus tard. Quant à sa température, je 
l'ai trouvée de 29 degrés centigrades dans le basshi qui l'enferme. 

L'A'ïn es-Soulthan est appelée encore aujourd'hui par les chré- 
tiens /wi/atn« d' Elisée j parce que ce prophète en rendit salubres les 
«•aux, qui auparavant étaient nuisibles à la terre et aux hommes, 
comme le témoigne le passage suivant de la Bible : 

19. Dixcrunt quoquc viri civitatis ad Eliscuiii : Eccc habilatiu civilalis hujus 
oplima eftt, siciil tu ipsc, domine, perspiris: scd aquœ pcssiino; sunt, et terra 
«U'HIIh. 

ao. Al ille ail : AiïerU.' niilii vas novuin, cl millilo iii illud sal. Quod cum 
flUuliiMcnt, 

9 1. Egro«fiitH nd roiili>iii aqiiai'um, iiiisil in iliuin sni, d ail : ila>c dicit Do- 
miniiK : Snnnvi nqnns lins, et non cril nllrii in cis mors, n<>(|n(> sl<>rililas. 



CHAPITHE II. — VIN ES-SOULTHAN. 37 

Q2. Saiiatu3 suut ergo aquae usque in diein banc, juxla verbam Elisei, quod 
locutus est^ 

L'historien Josèplie nous donne également des détails précieux 
au sujet de cette fontaine et de l'assainissement miraculeux de ses 
eaux par le prophète Elisée : 

Uapà [lévTOt Triv lepi)(OvvToi èali 'zatjyri Sa-^ikr{$ re xai isûbs àpSsias ai- 
TtapùnaTti , 'Octpa. Trjv ■zsa.Xatàv dva^v^ovaa 'tsôXtv, ijv Irjaovs à Nau^ israiSy 
(jlpaTïiybs Èêpaîcov, 'urpanvv sïXe yrjs \a.vava(wv SopixTVTOv. TauTijv T^y 
'Uftjyriv Xéyos £-)(ei xolt' àpx^s où [i6vov yijs xaï SévSpcov xapitovs dTrafxÇXvvsiv, 
àXkâ xoà yvvaixcov yovèn , xaOSXov re zsia-iv etvat voarojSti re xal (pOapjixrfv ' 
ê^tifiepojOrjvai Se xaï yevécrôat TOVvavTtov vyietvoTdrtiv xe xa) yovtfxcoTartiv 
VTTO ÈXtao-aiou rov 'apo<priTOV '^. 

(r Auprès de Jéricho est une source abondante et qui est éminemment propre 
à arroser et à féconder la terre. Elle jaillit du sol à côté de rancienne ville 
qui fut la première des villes des Chananéens que Josué, fils de Nave, chef 
des Hébreux, conquit par la force. On raconte que celle fontaine faisait périr 
autrefois non-seulement les fruits de la terre et des arbres, mais encore les 
enfants dans le sein de leurs mères, en un mot, qu'elle était pour tous nuisible 
et morlelle; mais qu'ensuite le prophète Elisée en adoucit ramertume et la 
rendit au contraire très-salutaire à la santé et très-fécondante, w 

Suivent d'autres détails, relatifs à la manière dont ce prophète 
s'y prit pour assainir les eaux de cette source, détails qui repro- 
duisent en les développant un peu ceux que donne la Bible. 

Une particularité très-importante à recueillir dans ce dernier 
passage, c'est celle qui concerne la position de la fontaine dont 
nous parlons en ce moment. Josèphe nous apprend qu'elle jaillis- 
sait du sol près de l'ancienne Jéricho, ce qui prouve péremptoire- 
ment, comme l'ont remarqué avec raison plusieurs critiques, que 
la ville primitive, la cité chananéenne qui tomba au pouvoir de 
Josué, avoisinait l'A'ïn cl-Soulthan; et que la Jéricho rebîitie par 
Hérode ou du moins embellie par lui de magniliques monuments, 
en d'autres termes, celle que Notre-Seigneur visita et qui existait 

' liois, I. IV, c. u, V. i()--j-.>. — ' Guerre des Jiii/ii , I, IV, c. vin, S 3. 



38 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

seule à l'époque de l'Iiistorien Josèphe, occupait un emplacement 
différent de la première, sur les rives probablement de l'Oued cl- 
kelt, à la distance de deux kilomètres au sud de celle-ci. 

Plusieurs tell s'élèvent au sud, à l'ouest et au nord-ouest de 
l'A m es-Soulthan; leur élévation au-dessus du sol environnant est 
d'une vingtaine de mètres. Sur les flancs orientaux de celui au pied 
duquel coule la source, on distingue la trace de gradins en pierre 
descendant vers le bassin qui la renferme. Sur la plate-forme de ce 
même tertre artificiel plusieurs arasements de constructions ren- 
vei*sées sont encore visibles. 

Ces tell ont été fouillés par le lieutenant Warren, en 1868. Ils 
sont composés en grande partie d'une argile jaunâtre, qui se réduit, 
quand on la prend dans les mains, en une poussière très-fine. 
Souvent on n'aperçoit dans cette masse d'argile aucune apparence 
d'anciennes briques crues agencées par lits su])er[)osés; mais, dans 
d'autres cas aussi, en y regardant de près, on distingue les linéa- 
ments et les formes ])eu accusées de ces briques, qui se résolvent 
immédiatement en poudre, lorsqu'on essaye de les détacber. Au 
milieu de cet amas énorme de briques crues, les unes encore re- 
connaissables, les autres déjà désagrégées et ne constituant plus 
que des tas confus, se trouvent mêlés des pierres, des fragments 
de poterie, quelquefois des morceaux de cliarbon, des pierres à 
feu, des cailloux, etc. En pratiquant des excavations dans l'un de 
ce» tell, celui qui est au sud de la source, l'ollicier anglais y a 
découvert, à la profondeur de deux mètres au-dessous de la surface, 
plusieurs ancir'us tombeaux. Tous, à riîxception d'un seul, qui est 
en (lierre, avaieni élé construits avec des bricpies cuites au soleil. 
Lt'Hos8emenl8 des cadav l'es qu'ils renfermaient paraissaient y avoir 
été déposés après la décomposition des corps. Tous ces tertres, 
évidcnnnent artiiici(>ls, connue le prouvent les trancliées piofondes 
ouverte» dans l(»urs flancs par le lieutenant Warren, servaient sans 
donli' jadis d'assietb' à des consiruclions puissantes, «pii ont de- 
puis longtemps j-omplétement disparu. Hemonlent-ils à Tépcxpie 
«liaiianéenne et apjiai trnaient-ils, par consétpnMit, à la cité priini- 



CHAPITRE II. — MONTAGNE DE LA QUARANTAINE. 39 

tive, c'est-à-dire à la Jéricho subjuguée par Josué? Tout porte à le 
croire; car nous savons par l'historien Josèphe que cette ville était 
située près de la source dont les eaux furent purifiées par Elisée. 
Or, cette source ne peut être autre que l'A'ïn es-Soulthan, et, par- 
tant, les tell qui l'avoisinent devaient être compris dans l'enceinte 
niurée de la cité primitive, dont ils constituaient probablement l'a- 
(U'opole. 

ASGEISSION DK LA IIONTAGNE VK LA QUARANTAINE. 

Après avoir examiné les différents tell dont je viens de parler 
et les tranchées que les Anglais y ont pratiquées, je me dirige, sous 
la conduite d'un Bédouin, vers la montagne de la Quarantaine, le 
Djebel Karanthal des Arabes, JUaj^ J^s»-- 

Nous marchons vers le nord-ouest, à travers des champs cou- 
verts de blé déjà en épi et environnés de haies de seder. Bientôt 
nous laissons à notre gauche, sur une plate-forme légèrement in- 
clinée qui domine la plaine, les ruines d'un aqueduc et de moulins à 
sucre, appelées pour cette raison par les indigènes KharbetTliaouahin 
es-Soukkar, j^i^\ ^j-»-l^ *(/»►. Ces constructions, bâties en pierres 
de moyenne dimension, sont voûtées en ogive; peut-être remontent- 
elles à une époque antérieure à l'arrivée des croisés en Palestine et 
sont-elles d'origine musulmane; dans tous les cas, elles ne parais- 
sent pas postérieures à l'époque des croisades, épocjue pendant 
laquelle nous savons, par plusieurs passages, entre autres j)ar le 
ténioignage de Jacques de Vitry, que la canne à sucre était très- 
cultivée dans certaines parties de la Palestine, notannnent dans 
les plaines qui avoisinent le Jourdain. 

Can)[)i aulcin adjacentes, ex calamellorum toiideusa iiuiltitudiiie sliliaufes 
dulcediuein, zuccara; procréant abundantiani '. 

Cette culture, comme beaucoup d'autres, a complètement dis- 
paru de la vallée du Jourdain'^; et si l'on remarque encore en 

' Jacques de Vilry, Historia Hieiosuty- ' Je ne puis préciser l'époque de celte 

miiiiiKi , c. Mil. p. loi Cl. (lisparitioii; niais.au xirSiècli'. la caiiiie 



AO DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

quelques endroits de la Palestine et, en particulier, dans les jardins 
de Jafla, de magnifiques cannes à sucre, on observe en même temps 
que les plantations sont fort peu étendues, et que les Arabes se 
contentent de sucer les cannes, sans en extraire le sucre qu'elles 
contiennent. 

En poursuivant notre route par une montée continue, mais peu 
rapide encore, nous traversons un canal où coule une eau abon- 
dante, provenant de VA'ïn ed-Douk, J^jJl (j^, et qui autrefois met- 
tait en mouvement les meules des moulins dont j'ai parlé et celles 
de deux autres dont on rencontre les ruines un peu plus haut. 
Nous nous avançons au milieu d'un fourré d'arbustes épineux, tels 
principalement que seder et zakkoum, dont il a été question pré- 
cédemment. Je n'oublierai pas d'en signaler également un autre, 
qui s'élève à la hauteur d'un mètre et demi à deux mètres, et qui 
produit un fruit jaunâtre, désigné vulgairement par les Arabes sous 
le nom de leïmoun Loutli, \s^ ij^^ parce que, suivant eux, Loth, 
à cause des crimes des habitants de Sodome, aurait maudit cet 
arbuste, qui portait auparavant d'excellents fruits. Le leïmoun 
Louth, plein de graines et de suc à sa maturité, se crispe ensuite 
et laisse échapper, quand on le presse, une poussière noirâtre. 
C'est le fruit trompeur du solanum sodomeiim de Linné. 

Josèphe, à propos de Sodome, nous parle des cendres que ren- 
ferment ses fruits : en apparence, bons à manger, dit-il, ils se ré- 
«luisent en une poudre cendrée aussitôt qu'on les touche. 

Karlt yovv irt Xei^avtx toO 3-eiov xsvpbs xa) Tsévre fxèv -aSXecov iSs7v 
axiàty in Se xàv tois xaf/Ttots a-rtoStàv àvayevvcofxévtiv, o'i y^j^itax fxèv ê)(Ovai 
ro7f éS<t}Sifiots ifxoîap, Spe^a.{xévci)v Se x^P^^** ^'* xaTtvhv àva'kvovTai xai jé- 
^pap ' . 

"tOii poul voir encore les veslijjcH du fiMi cf^lcslo, les ombres des cincj villes 
«•l la cendro Hniis resse reiinissniitr djins 1rs IViiils do celte coulvéo; s'ils pré- 



h wera était encore cultivai» dnn» lett envi- nfs pnr les Arabos après le d(^|)ar( des 

root de Jëricho, et, pnr conM^fucnt, les rmisds. 

AaouakiH tê-ÊOukkar ont pu Aire nÇpfl- ' (lucrrc des Juifs, I. IV. r. vm , S h. 



CHAPITRE H. — MONTAGNE DE LA QUARANTAINE. M 

sentent un aspect semblable à ceux qui sont bons à manger, ils se re'solvenl 
dans les mains, lorsqu'on les cueille, en cendres et en (amée.v 

Le solanum sodomeum de Linné appartient probablement à la 
catégorie des arbres ou arbustes qui sont compris dans ce passage 
de Josèphe. 

L'ascension devient ensuite un peu plus roide; à notre gauche, 
serpente un oued profond, appelé Oued Theisoun, ij^^^As :i\^. Le 
fond est cultivé en blé et en légumes, grâce à une dérivation des 
eaux de i'A'ïn ed-Douk. 

Au bout de vingt-cinq minutes de marche à partir de l'A 'in 
es-Soulthan , nous parvenons au pied proprement dit de la sainte 
montagne. Elle est percée, jusqu'à une très-grande hauteur, de 
nombreuses grottes, ha])itées jadis par de pieux anachorètes et dont 
j'ai visité les principales. 11 est actuellement très-dillicile et souvent 
dangereux de les atteindre, parce que les degrés pratiqués, de dis- 
tance en distance, sur les flancs escarpés delà montagne sont ou 
brisés ou fort dégradés, et le moindre faux pas pourrait exposer 
celui qui s'aventure à les gravir à tomber dans d'eAroyables pré- 
cipices. 

Après avoir suivi des rampes étroites taillées dans le roc vif et 
monté péniblement plusieurs escaliers en très-mauvais état, nous 
pénéti'ons dans une grotte qui a été autrefois transformée en cha- 
pelle. L'abside qui la termine vers l'est est percée d'une fenêtre qui 
ouvre à pic sur un abîme béant et très-profond, la montagne se 
dressant, en cet endroit, comme une muraille verticale de rochers 
au-dessus de l'Oued Theisoun. L'intérieur de cette chapelle est 
maintenant très-détérioré ; quelques anciennes peintures ont néan- 
moins résisté au temps et échappé aux ravages des infidèles ou aux 
pieux larcins des pèlerins. Au moment oii je mets le pied dans cette 
grotte, j'y vois avec surprise deux Abyssins en prière; étonnés eux- 
mêmes d'abord de mon arrivée soudaine, mais reconnaissant en- 
suite en moi un chrétien, ils me saluent en faisant un signe de 
croix, pour me montrer qu'ils sont mes frères en Jésus-Christ. Je 
serre affectueusement la main à ces deux bons religieux , venus du 



à'2 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

fond de l'Abyssinie pour se livrer, avant les l'êtes de Pâques, au 
jeûne et à la pénitence sur la montagne même où, d'après une 
ancienne tradition, Notre-Seigneur aurait jeûné quarante jours, et 
appelée, à cause de cela, ■montagne de la Quarantaine. 

De cette chapelle, en continuant à nous élever plus haut par un 
sentier extrêmement glissant, nous gagnons, non sans peine, un 
second sanctuaire, que mon guide me désigne sous le nom de Deir 
el-karanthal, JJaj^JiJl^à. L'abside en est pareillement tournée vers 
Test. De la fenêtre qui l'éclairé, le regard plonge. avec elTroi dans 
les profondeurs de plus en plus considérables de l'Oued Theisoun; 
il erre dans les vastes plaines de Jéricho, suit les contours sinueux 
du Jourdain et la lisière verdoyante qui le borde, aperçoit l'em- 
bouchure de ce fleuve dans la mer Morte, se promène au loin sur 
ce grand lac et, plus à l'est, distingue la plupart des chaînes mon- 
tagneuses de l'antique Ammonitide et du pays de Moab. 

De même que dans la chapelle précédente, je trouve dans celle- 
ci, en y entrant, trois autres Abyssins, munis seulement, comme les 
premiei*s, d'une cruche d'eau et de quelques pauvres provisions, 
destinées à les nourrir pendant le séjour qu'ils devaient y faire. Ils 
me saluent pareillement par un signe de croix, salut auquel je 
réponds de la même manière et par une cordiale ])oignée de main. 

Beaucoup d'autres cavernes devant lesquelles nous passons sont 
complètement solitaires et affectent différentes formes. L'une d'entre 
elles sert de vestibule inférieure une troisième chapelle, également 
décorée d'anciennes j)eintures et aujourd'hui d'un accès très-dilli- 
cile, parce que l'escalier qui y conduisait est inlerronq)u, j)lusieurs 
degrés ayant été brisés à dessein. Pour ])énétrer actuellement dans 
rette chapelle, il faut entrer d'abord dans la grotte qui est au-des- 
sous et, par un trou rond pratiqué dans la voûte de celle-ci, on 
|)eut , en montant sur les épaules d'un homme , se hisser péniblement 
flans In grotte su|)érieure, ou sanctuaire de Sidna A'isa, Notre-Sei- 
gni'ur Jésus, mol à mot, Notre-Seigneur Ksaii : tel est, eu ellet, le 
nom que les juifs (;l, d'après (!ux. les musulmans doimiMil à Jésus- 
Olirisl. On ) \oil encore (|uelqurs anciiMnies peintures, lin arceau 



CHAPITRE II. — MONTAGNE DE LA QUARANTAINE. 43 

ogival construit vers l'est, du côté qui regarde l'abîme, semble attes- 
ter un travail de l'époque des croisades; mais la cliapelle elle- 
même date probablement des premiers siècles du christianisme. 
C'est là que, d'après la tradition, le Sauveur aurait jeûné pendant 
quarante jours et quarante nuits. 

1. Tuuc Jésus ductus est in deserlum a Spiritu, ul lentarelur a diabolo. 
9. Et cum jejunasset quadraginla diebus el quadragiiita noclibus, poslea 
esuriil'. 

Il était trop tard ce jour-là pour que je songeasse, en gravissant 
plus haut, à parvenir jusqu'au sommet de la montagne ; mais comme, 
le lendemain, au retour d'une excursion au Jourdain et à la mer 
Morte, j'accomplis cette ascension, je vais, afin de n'avoir plus à 
revenir sur ce sujet, joindre aux détails que je viens de donner sur 
quelques-unes des grottes qui sont percées sur les flancs orientaux 
du Djebel Karanthal, d'autres détails, relatifs aux ruines qui cou- 
ronnent ce mont célèbre. 

Il faut environ une heure de marche à partir du pied oriental 
de la montagne pour en atteindre la cime. Dans certains endroits, la 
pente est tellement roide, qu'on est contraint de s'aider des pieds 
et des mains, en se gardant bien de tourner les yeux derrière soi, 
dans la crainte d'éprouver quelque vertige. Mais, quand on est par- 
venu au sommet, on est dédommagé de sa peine par l'admirable 
panorama qui se déroule devant le regard. C'est, vers l'est, le même 
horizon, mais plus étendu encore, que celui que l'on aperçoit des 
grottes dont j'ai parlé; de jdus, on embrasse, vers l'ouest, tout un 
ensemble de ravins sauvages et de montagnes nues et austères, 
qui composaient jadis le désert de Jéricho. En outre, les vestiges 
d'une ancienne forteresse complètement renversée, mais dont les 
contours et les arasements demi-circulaires sont encore très-recon- 
naissables, attirent l'attention. Vers l'est, cette enceinte avait pour 
défense naturelle l'escarpement même de la montagne; ailleurs. 



Siiiiil Matthieu . 



c. IV. V. i ol a. 



ià DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

là où elle était pius accessible, elle était protégée par un l'ossé 
pratiqué dans le roc. Des amas de décombres et des tas de pierres 
de différentes dimensions sont dispersés çà et là ; quelques pans 
de murs, encore debout, ont seuls échappé à la destruction presque 
complète qu'a subie cette forteresse, qui commandait vers l'est toute 
la plaine de Jéricho. Ne serait-ce pas là l'une des deux citadelles 
que signale Strabon, sous les noms de Threœ et de Taurus, comme 
étant situées près de Jéricho et ayant été renversées par Pompée? 

KaTaoTTOLaai S' oùv êxéXsvtre rà rei)(r} 'Gsdvta. xai àvzXkzv eU Svvafjitv rà 
'ktialrfpia xa) rà ya^o(pvXo[xia tmv Tvpdvvcjv ' fjv Se Svo [lèv rà raus ei(7€o\ats 
iTTixeifieva toD lept^ovvTOs, Spt}'^ ts xaï Tavpos^. 

wll ordonna de saper tous les remparts, et détruisit par la force les repaires 
des brigands, ainsi que les asiles forlifie's oij les rois renfermaient leurs trésors. 
Or il y en avait deux, appelés Threx et Taurus, qui commandaient rap|)roche 
de Jéricho." 

J'incline, pour mon compte, à placer l'un de ces deux châteaux 
forts sur le haut de la montagne de la Quarantaine, à l'endroit où 
sont les ruines que je mentionne en ce moment, et l'autre sur les 
bords de l'Oued el-Kelt, au point culminant du Kharbet Kakoun. 

Sur ie sommet de cette même montagne, une autre ruine, peu 
considérable, mais d'un très-grand intérêt pour le chrétien, solli- 
cite les regards et la vénération des voyageurs : c'est celle d'un petit 
oratoire, à moitié démoli et terminé vers l'est par une absidiole. 
Lue quantité de croix, dont quelques-unes doivent être fort an- 
ciennes, ont été gravées sur ses murs par de pieux pèlerins. Une 
vieille tradition, conservée jusqu'à nos jours, veut qu'il ait été érigé, 
à une époque bien antérieure aux croisades, à l'endroit d'où le 
démon, tentant le Christ, lui aurait montré les royaumes de la terre, 
et les lui aurait olferUs, s'il consentait à l'adorer. 

8. Ilerum SMumpHil mun diaholuH in nionlem exceisum vaUle; et oslencUt 
«ri omnia n'f'nn niundi i-l jrloriiim r(n-um ; 

^. Kl dikit l'i : IIiit oniiiiii lihi diiix), si (*ii(l<>ns ndoravt'ris nie. 

' Strabon. G^frapkie, I. \Vi, r. n, S /io. 



CHAPITRE II. — MONTAGNE DE LA QUARANTAINE. 45 

10. Tune dicil ci Jésus : Vade, Salana; scriptum est enim : Dominum 
Deum tuuni adorabis, et illi soli servies. 

11. Tune reliquit eum diaholus; et ecce angeli accesserunt, et ministra- 
bant ei'. 

C'est la tradition, tant de la pénitence à laquelle INotre-Seigneur 
se soumit sur les flancs de cette montagne que de sa tentation par 
le démon sur le sommet, qui, dès les premiers siècles du christia- 
nisme, comme le prouvent les grottes dont elle est perforée de 
toutes parts vers l'est, en a fait une espèce de grande laure, habitée 
par une foule d'anachorètes, attirés dans ces lieux par ces souvenirs 
sacrés. 

La hauteur de la montagne au-dessus de la plaine peut être 
estimée à /i5o mètres ou 5oo au plus. Sa distance de la fontaine 
d'Elisée est d'environ 1,800 mètres vers l'ouest. 

Le pèlerin Saewulf, qui visita la Palestine en 1 1 o3, prétend qu'un 
intervalle de trois milles s'étend entre cette fontaine et le lieu dans 
la montagne où INotre-Seigneur jeûna pendant quarante jours et 
fut ensuite tenté. 

Ibi est fons Eiysei prophela». .. Inde vero ascenditur ad montem excelsum, 
ad locum ubi Dominus jejunavit quadraginta dies, et ubi postea tentabatur a 
Satbana, quasi trium miliarium^. 

Eft'ectivement de l'A'ïn es-Soulthan au sommet de la montagne 
de la Quarantaine il y a au moins trois milles de distance par la 
voie la plus directe. 

A l'époque des croisades, ce mont vénéré appartenait aux cha- 
noines du Saint-Sépulcre, et un couvent auquel étaient affectées 
pour son entretien et pour celui des pèlerins les dîmes de Jéricho 
était habité par des religieux appelés les Frères de la Quarantaine. 

Il était déjà nuit lorsque je regagnai le campement de l'Alin 
es-Soulthan. 

' Saint Matthieu, c. iv, v. 8-ti. — Hierosolymam et Terrant sanctam. (Mé- 
Saint Luc, c. iv, v. 5-8. " moires de la Sociëtë de géographie, t. IV, 

* Belntio de peregrtnattone Sfetculfi ad p. 848.) 



Aô DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 



ER-RIHA. 



Le k avril, à six heures du matin, nous nous mettons tous en 
marche dans la direction du sud-est. 

A six heures dix minutes, nous passons près d'un ensemble de 
vieilles constructions renversées, à voûtes ogivales, et qui peut avoir 
été autrefois soit une sucrerie, soit un khan musulman. Non loin 
de là est un tell peu élevé. 

A six heures quinze minutes, nous traversons un ruisseau déri- 
vant de l'A'ïn es-Soulthan. Chemin faisant, nous foulons depuis 
quelques minutes des ruines indistinctes, éparses au milieu de 
champs de blé et d'orge qu'entrecoupent des seder et des zakkoum. 

A six heures dix-huit minutes, les ruines cessent de se montrer, 
mais pour reparaître bientôt après. 

Nous passons successivement devant d'autres petits tertres arti- 
ficiels. Le sol est partout très-fertile et ne demanderait qu'à pro- 
duire, s'il était mieux arrosé et cultivé. 

A six heures vingt-cinq minutes, nous atteignons les premiers 
jardins à'Er-Riha, lasj^l. Ils sont plantés en figuiers, en grenadiers 
et en vignes. On y remarque aussi quelques indigotiers, des coton- 
niers et de beaux ricins; comme légumes, je signalerai principale- 
ment des pastèques et des concombres. Toutes les plantes et tous 
tes produits des tropiques pourraient prospérer mcrveilleusemenl 
dans cette vallée privilégiée, qui, à cause de son énorme dépres- 
sion au-dessous de la Méditerranée, n'a jamais ressenti les atteintes 
de l'hiver. Er-Riha, en effet, est situé à a^ti mètres au-dessous de 
la Méditerranée, et comme Jérusalem elle-même est à 779 mètres 
au-des8UR, cela constitue une Hifl'érence de niveau de i,o5t Fuètres 
entre ce» deux localités. 

On conçoit qu'une send)lable «lilférence doive en amener une 
correspondante dans la température et djuis le climat; c'est ce; 
f|ur n'avait pas maïupié de signaiiM' riiislorieii .I()sè|)li<> dans le 
passagi' suivant : 



CHAPITRE II. — ER-RIHA. 47 

Èali Se xai rè 'Tsepié-)(pv ovtojs evxpaTOv wç Xtvovv àfx(ptévvv(T6ai tous 
èiriywpiovs , viÇo(Jiévrjs ifjs aXXrjs lovSaias^. 

r Telle est la douceur de la température dont jouit cette re'gion (la vallée 
de Jéricho), que les habitants y portent des vêtements de lin lorsqu'il neige 
dans le reste de la Judée. 'î 

J'ai pu constater la justesse de cette observation, car la pluie 
torrentielle dont nous avions été assaillis pendant la nuit dans 
notre campement auprès de Mâr Saba, couvent situé à 217 mètres 
au-dessus de la Méditerranée, avait été accompagnée de gros flo- 
cons de neige à Jérusalem, dont l'altitude dépasse de 562 mètres 
celle de Mâr Saba , et en revenant le lendemain , 5 avril , dans la Ville 
sainte , nous trouvâmes les rues couvertes d'une épaisse couche de 
neige. A Jéricho, au contraire, le soleil était tellement ardent, que 
plusieurs membres de la petite caravane dont je faisais partie en 
lurent incommodés, et que tous dans la journée se plongèrent avec 
délices dans les eaux iièdes du Jourdain. 

Le même historien nous décrit les jardins enchantés qui envi- 
ronnaient cette ville , et qui occupaient une plaine longue de 7 o stades 
(12 kilomètres 960 mètres) et large de 20 (3,700 mètres); elle 
était tout entière arrosée et fécondée par d'innombrables canaux 
dérivant de la source d'Elisée. Des bosquets odorants de baumiers, 
de myrobolans et de cyprès s'élevaient au milieu de forêts de pal- 
miers de différentes espèces, et une foule d'autres arbres à fruits y 
donnaient des produits plus abondants et plus savoureux que nulle 
part ailleurs. 

Apoei yovv xs\éov tcHv aXXuv àitaivicov, xcà tneSiov (xèv eireiaiv é€So(xt]- 
xovTct crIaSteov fxrjxos y eipos Se stxocrtVj èi:iTpi<p£i Se èv avT^ vrapaSeicrovs 
xaXklalovs re xa) rsvxvoTctTOvs ' rojv Se ^otvixwv èiia.pSo^iévwv yévtj TffoXXà, 

Ta7s yexxjscri xcà tous nfaptjyoptats Sid<popa ^épsi Se xa) bito^aXcra- 

fxov . . . , xvTipov Te xa) fxvpoSdXavov . . . T<Sv fxèv yàp âWiov aÙTçH xapnôHv 
Svexev ovx âv paSiœs ti tsapaëXvOettj xXlyta rijs oixovfxévtjs '^. 

ff Cette source (celle d'Elisée) arrose le sol plus qu'aucune autre, se répand 
dans une plaine longue de 70 stades sur 20 de large, et dans cette plaine ali- 

' Guerre des Juifs, I. IV, e. vin, 8 3. — " Guêtre des Juifs, I. IV, c. vni. .<» .3. 



48 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

mente un Irès-grand nombre de magnifiques jardins. Les palmiers que ses 
eaux fécondent sont do beaucoup d'espèces différentes et varient de saveur 
eomme de dénomination. . . Cette terre produit e'galement le baumier, le cypre 
et le myrobolan. Quant aux autres fruits qui y croissent, il serait difficile de 
lui comparer aucune autre re'gion du monde, -n 

Josèphe attribue avec raison une pareille fertilité du sol à la 
chaleur du climat et au principe fécondant des eaux qui y coulent. 

Aujourd'hui les jardins d'Er-Riha sont loin de mériter un sem- 
blable éloge. Sans doute, leur fertilité naturelle n'a pas changé, et, 
grilce à la fontaine d'Elisée et à l'élévation de la température, ils 
pourraient produire les mêmes fruits qu'autrefois ; mais les ravages 
accumulés de la guerre pendant plusieurs siècles, le brigandage 
auquel est sans cesse en proie la vallée du Jourdain de la part des 
Bédouins, l'incurie et l'indolence du petit nombre de ceux qui l'ha- 
bitent maintenant, ont détruit ou laissé périr peu à peu les richesses 
d'un sol inépuisable, et toujours apte à être fécondé par la même 
source, sous les rayons du même soleil qui fait de cette vallée une 
sorte de véritable serre chaude. Gomme je l'ai dit plus haut, les 
baumiers ont complètement disparu ; les cyprès y doivent être peu 
communs, si toutefois il en existe encore; par contre, les myrobo- 
lans y sont assez nombreux sous le nom arabe de zakkoum; mais 
aucun soin ne préside à leur développement, et la plupart de leurs 
fruits sont perdus. En ce qui concerne les palmiers, sauf quelques 
misérables rejetons qui ont échappé à la destruction générale, ils 
sont totalement anéantis, et cependant nous savons, non-seulement 
par le passage que je viens de citer de l'historien Josèphe, mais par 
beaucoup d'autres encore, et notamment par le témoignage le plus 
ancien et le plus grave de tous, à savoir celui de la Bible, qui 
appelle Jéricho ville des palmiet^s, que cet arbre faisait la gloire des 
alentours de cette cité et en ronqmsait l'une des principales ri- 
chesses. 

Kl auMlraiem parleni, cl Intiludinem cnmpi Jéricho, civitatis pnlmarum, 
Uttque Sf{{or '. 

' Ufuléromme , r, nxxiv. v. W. 



CHAPITRE II. — ER-RIHA. 49 

Et copulavil ei filios Ammon, et Amalec : abiilque et percussit Israël, 
alque possedit urbem palmarum'. 

On connaît également le passage reproduit par Justin d'après 
Trogue-Pompée , et où ce dernier historien vante les avantages de 
la vallée de Jéricho et ses belles plantations de baumiers et de 
palmiers. 

Opes genli ex vectigalibiis opobalsami crevere, quod in his tantuin regioni- 
bus gignilur. Est namque vallis quœ continuis montibus, velut inuro quodani, 
ad instar castrorum claudilur. Spalium loci ducenta jugera nomine arcus di- 
citur. In ea siiva est, et uberlale et amœnitate insignila, siquidem palmcto et 
opobalsamo disiinguitur. Arbores opobalsami formain similem piceis arboribus 
habent, nisi quod huuiiles niagis et in vinearum morom excoluntur. Hœ 
certo anni tempore balsamum sudant". 

ff Colle nation (celle des Juifs) vit sa richesse s'augmenter par les revenus 
qu'elle lirait du baumier, qui ne croît que dans cette seule région. Il existe, en 
effet, dans ce pays, une vallée renfermée entre des montagnes qui l'envi- 
ronnent comme d'un mur continu, à l'inslar d'un camp. Elle comprend un 
espace de deux cents arpents, appelé arc, dans lequel se trouve une forêt 
aussi remarquable par sa fertilité que par sa beauté, oi!i abondent le palmier 
et le baumier. Ce dernier arbre ressemble au pin pour la forme, mais il est 
plus humble de stature et il se cullive comme la vigne. Il distille le baume à 
une certaine époque de l'année, t^ 

Pline, en énumérant les différents chefs-lieux de toparchies de 
la Judée, cite d'abord Jéricho, qu'il caractérise par les épithètes 
suivantes : plantée de palmiers, arrosée par des sources. 

Reliqua Judœa dividilur in toparchias decem, quo dicemus ordine : Hieri- 
cunlem, palmelis consitam , fontibus irriguam ^ 

Ces forêts de palmiers, tant vantées par les anciens, s'élevaient 
encore dans la plaine de Jéricho au commencement du xu*" siècle 
de notre ère; car nous lisons dans le moine Saewulf : 

Jéricho, ubi est orlus {sic) Abraha*, distat ab Jerosolimam decem leugas, 
terra arborum fertilissima et ad omnia gênera palmarum et ad omnes fruges*. 

Juges, c. III, v. i3. * Relatio de peregrinatione Sœwulfi, ad 

Justin, 1. XXXVl, c. m. Ilierosolymam et Terrain sanclam. (Mém. 

' Pline, Hkloire mtureUe, I. V, c. xv. de la Société de géogr. I. IV, p. 848.) 



50 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

Dans l'antiquité, la canne à sucre était inconnue en Palestine; 
mais, comme je l'ai déjà dit précédemment, la culture de cette 
plante précieuse était, au moyen âge, répandue dans plusieurs 
districts de la Terre sainte, et particulièrement dans la vallée de 
Jéricho; actuellement, elle ny existe plus. 

Édrisi, qui écrivit sa Géographie vers le milieu du xn*" siècle, si- 
gnale l'indigo comme étant, de son temps, la principale production du 
Rhôr, c'est-à-dire de la vallée au sein de laquelle se trouve Jéricho. 

Rilia, dit-il, est l'une des résidences les plus agréables des pays de Rhôr 
«'l de Beisan. La principale production du Rhôr est l'indigo. La couleur du 
leint des habitants est brune, tirant sur le noir^ 

Il y a à peine vingt-huit ans, Méhémet, pacha de Jérusalem, es- 
saya de faire refleurir dans la plaine de Jéricho la culture de cette 
plante; mais ses elTorts échouèrent, comme il le dit à M^' Mislin 
dans une conversation qu'il eut avec ce prélat, en i8/i8 : 

Il ny a rien à l'aire avec les Arabes: ils sont vagabonds et paresseux; ils 
aiment mieux vivre de rapine que de cultiver la terre. J'ai fait différents essais 
dans la plaine du Jourdain et à Jaffa; à Jéricho, j'ai fait planter l'indigotier, 
qui réussissait à merveille; mais, avant qu'il fût mûr, les Bédouins venaient 
d'au delà du Jourdain, détruisaient tout et mettaient le feu aux maisons des 
l'«>llahs. Jai fait réparer la tour de Jéricho; j'y ai mis cinquante soldats pour 
proléger les pèlerins et les récoltes; mais il en faudrait autant pour chaque 
rhamp; les tribus se détestent; elles font des incursions pendant la nuit; elles 
coupent les arbres, ravagent les champs et enlèvent tout ce qu'elles peu- 
vent*, etc. 

Une autre plante <pii, dans l'anliquilé. élail renonmiée à Jé- 
richo, est menlioiMiée dans le verset suivant de l'Ecclésiastique : 

Ouiisi palma exallala sum in (Indes, et quasi pliuilalio rosa; iii .lei'i<'li()'^ 
-Jf nu' suis élevi'j!, dit la Sagesse, comme les palmiers de Cadès et connue 
li'H plnnlations de rose.s dr Jéricho. ^ 

I ni' jinn-ille expression sendilc indiquer un arbuste élégant et 

' r^lmi. (jriiffiufihir . (rmlucliuii Jaubcil , I. I, p. 'MU). — ' M'' Mislin, Les Sa in tu 
l.ie»jr . I. Il, p. 160. — ' Kerirnimhquv , v. \\i\, v. iH. 



CHAPITRE II. — ER-RIHA. 51 

couvert de Ileurs odorantes, et ne peut s'appliquer à Ihunible plante 
que les Arabes appellent kajf Mâridm, et que les pèlerins désignent 
vulgairement sous le norn de rose de Jéricho; c'est Xanaslatica hiero- 
chunlica de Linné, plante de la famdle des crucifères, qui n'a que 
quelques centimètres d'élévation et qui a la propriété d'être très- 
hygrométrique. Bien que dessécliée et ramassée sur elle-même par 
la contraction de ses petites branches en une sorte de peloton, elle 
se développe et s'épanouit dans 1 eau quand on l'y laisse tremper 
pendant plusieurs heures. 

L'expression de l'Ecck'siastique ne convient pas davantage à une 
autre plante de la famille des radiées, semblable à une grosse pâ- 
querette et beaucoup plus hygrométrique encore que la précédente. 
M. de Saulcy, qui en a découvert et recueilli plusieurs échantillons 
sur un plateau non loin d'A'ïn Djedy, s'est rappelé aussitôt en l'exa- 
minant la pièce de blason, nommée rose de Jéricho, <|ui figure dans 
certains écussons datant des croisades ; il pensa donc avoir retrouvé 
la véritable rose de Jéricho, perdue depuis la cliute du royaume 
latin de Jérusalem et remplacée, dans l'aflection des pèlerins, par 
Xanastalica ou kajf Mariâm\ 

Mais, je le répète, la Sagesse, dans l'Eciiture sainte, en se com- 
parant au palmier de Cadès et au rosier de Jéricho, fait allusion 
ici très-probablement aux belles plantations de rosiers qui ornaient 
et embaumaient sans doute ce lieu délicieux. 

Actuellement, les jardins d'Ei-Riha en possèdent-ils encore? Je 
l'ignore; dans tous les cas, ces rosiers y sont peu abondants; car 
autrement les voyageurs modernes n'eussent pas manqué de les si- 
gnaler. 

Quant au village ainsi appelé, il consiste en une cinipiantaine' 
au plus de grossières habitations en terre, fort peu élevées et quel- 
ques-unes ouvertes ou simplement fermées avec des bi'anchages. 
ilestenvironné d'une haie de broussailles éjiinenses desséchées, qui 
en défendent l'accès, mais auxquelles, si on voulait l'attaquer, il 

' M. (le Saulcy, Voyage eu Syrie et autour de la mer Morte, t. Il, p. 8'^. 



52 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

serait très-facile de mettre le feu. Cette défense est donc illusoire 
contre les hommes, et ne peut servir que contre les chacals et autres 
animaux carnassiei's qui pourraient venir pendant la nuit dévorer 
les poules des habitants. 

Près du village s'élève une tour rectangulaire mesurant environ 
dix mètres sur chaque face et douze de hauteur; on l'appelle Bordj 
ei'-Iiiha. Elle a été construite avec des pierres assez régulières, dont 
quelques-unes de grand appareil, qui proviennent probablement 
des ruines de la troisième Jéricho, ou, pour mieux dire, du troi- 
sième emplacement qu'avait occupé cette ville célèbre , qui fut re- 
bâtie, en réalité, quatre fois, comme nous le verrons plus tard. 
Cette tour, qui remonte peut-être à l'époque des croisades, mais 
qui a été à plusieurs reprises réparée depuis, est aujourd'hui en 
fort mauvais état. Elle sert de caserne à un certain nombre de ba- 
cliibouzouks, chargés de surveiller la plaine. Quelques pèlerins de 
la fin du xv'^ siècle ont les premiers prétendu que cette tour était 
l'ancienne maison de Zachée, oii ce publicain eut l'honneur de re- 
cevoir Notre-Seigneur lorsqu'il vint à Jéricho. Ainsi , elle est men- 
tionnée comme telle par Tucher de Nuremberg, en 1^79, et par 
Félix Fabri, en i/!i83. Cette assertion a été depuis répétée par 
d'autres pèlerins. Il en est aussi qui, la faisant remonter à une 
épo(jue beaucouj) jdus reculée encore, y voient la maison de la 
courtisane Raab, (jui, pour avoir sauvé la vie des espions envoyés 
par Josué, fut seule épargnée par les Hébreux, elle et son habita- 
tion , lorsqu'ils saccagèrent de fond en comble Jéricho. 

Il est inutile, je pense, de combattre longuement ces deux opi- 
nions, qui ne reposent sur aucun fondement sérieux et que réfutent 
'd'ailleurs victorieusement les deux faits suivants, ((ui send)Ienl hois 
de doute : l'un, c'est (jue la ])rimitive Jéricho qui lut renversée 
pur Josué avoisinail la sourcil d'Elisée, comme plusieurs criti(jues, 
aJHHi que je le dirai daiiH la suite, l'ont démoulré, je crois, ])ércmp- 
toirenienl; l'autre, c'est que le Hordj Riha n'oIVre aucun des carac- 
tèreu den constructions ciiananéennt^s, ni même romaines, et qu'il 
date tout au plus de l'époipie des croisades. 



CHAPITRE II. — KASR HADJLAII. 53 

Près cl(3 cette tour gisent sur le sol îles débris auti(|ues, qui 
l'ont exhaussé, et qui appartiennent, selon toute vraisemblance, à 
la Jéricho du Bas-Empire. 

KASR HADJLAH. a'ÏN IIADJLAH, JADIS BETU-UOGLAH. 

A six heures trente-deux minutes, nous descendons vers TOued 
el-Kelt, que nous traversons. Cet oued, que j'ai mentionné précé- 
demment et qui est, selon toute probabilité, le Nahal-Kerith des 
Livres sainls, peut avoir en cet endroit une trentaine de pas de 
large. Son lit est rempli d'agnus-castus et de touiïes épaisses de 
broussailles verdoyantes. 

Notre direction est celle du sud-est. 

A six heures cinquante minutes, nous laissons derrière nous les 
restes d'un aqueduc, bâti avec de petits moellons unis ensemble 
avec un bon ciment, et dont la construction rappelle celle du Birkel 
Mousa. Gomme celui-ci, je le crois d'époque romaine. Il avait très- 
probablement sa prise d'eau vers Test-sud-est à l'A'ïn Hadjlah. 

Nous cheminons bientôt à travers des ruines éparses , dont quel- 
ques-unes couronnent un petit tell, appelé Tell el-Mehanfer, Jo 

A notre gauche, nous longeons un ravin appelé Hhôr Hadjlah, 

A sept heures trente minutes, nous parvenons au Kasr Hadjiali, 
A^yAi, appelé également Deir Hadjlah , 'A^jr>.^. 

Là s'élevait autrefois un couvent fortifié, qu'environnait une en- 
ceinte flanquée de tours carrées. Cette enceinte est encore en partie 
debout; elle a été bûtie avec des pierres régulières de moyenne 
dimension, dont quelques-unes sont taillées en bossage. Au dedans, 
on remarque les restes d'une église tournée de Touest-nord-ouest 
vers l'est-sud-est, et aujourd'hui aux trois quarts renversée. Elle 
était jadis décorée de peintures murales actuellement fort dégradées 
et, en quelques endroits, à moitié ell'acées. Des légendes grecques 
les acconqjagnent. Des arcades ogivales encore intactes semblent 



54 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

annoncer un travail de l'époque des croisades. Quant au couvent, 
il est renversé de fond en comble, et il est même fort diilicile de 
le parcourir, au milieu des amas de décombres et des fragments 
considérables de voûtes écroulées qui encombrent partout le sol. 
La fondation de ce monastère remonte peut-être aux premiers 
siècles du cliristianisme; mais il doit avoir été réparé à une époque 
postérieure. H est cité sous le nom de monastère de Saint-Jérôme 
par un assez grand nombre de pèlerins latins, et, suivant une tra- 
dition, il aurait été bâti à l'endroit où ce saint docteur de l'Église 
aurait fait pénitence dans le désert; mais cette tradition semble 
erronée, car des récits mêmes de saint Jérôme il ressort que la 
retraite où il s'était réfugié pour s'y livrer à la prière et à la mor- 
tification était, non pas le désert du Jourdain, près de Jéricho, 
mais celui de Chalcis, en Syrie. Nous lisons, par exemple, dans une 
de ses lettres écrite à Florentins : 

In ea mihi parle eremi commoranti, quœ juxta Syriam Saracenis juii'jilui-, 
(lilectionis luœ scripla perlata sunt. Quibus iectis, ita roaccensus ost aniinus 
Jerosolymam |)roricisceiitli, ul peiio nocuerit proposilo, qiiod profiierit cari- 
lati K 

Cette lettre date de l'année 87/1 de notre ère. 

Ailleurs, dans la préface de son Gonmientaire sur le j)ropbètc 
\bdias, il indi(|ue nettement sous le noui de solitude de Chalcis de 
Si/lie, solititdinem Sijria', (Jialcidis, le désert que, dans le passage pré- 
cédent, il avait désigné par les mots plus vagues : quœ juxta Syriam 
Saramiis jun^rilur. 

Il est plus probable <|ue ce MU)iuistère avait été bâti et occupé 
par des moines grecs, connue le témoignent les restes de [)ein- 
liires qu'on y remar(jue encore, et que, par conséquent, il avait été 
placé souH le vocable de (|uel(pn> saint du calendrier grec. 

J'opinais d'abord à ) reconnaître le monastère de Saint-Géra- 
wiiie nignalé dans la Vie de saini lùtihi/me par Cyrille de Scytlio- 
poliH, ^ H(). 

I',il,„lnii„' liiliur . <<||I Mijpif. I. Wll, p. .'l.'iO. 



CHAPITRE n. — KASR HADJLAH. 55 

OvTOs ovv (xé-yas Tepaaifxos, irjs KaTà7bv lopSaivuv éptffxov tsoXhrjs éîfxa 
xai 'aokioxixo^ ysv6yi£vo$y Xavpav êxeïae (Jieyhlvv, ovx sX(zt1ovs rj é€Sofxrj'- 
xowa TOUS àvcf)(OJpmoiç 'éyoxjcrcLv , aval ï]<Td(Jievos , zspoî Sk xai xoivôëiov [léaov 
a.ù'zvs ct>s âptala xaOïSpvaas. 

ff Le grand Gérasime, devenant à la lois citoyen et patron du désert du Jour- 
dain, y fonda une grande laure, qui ne contenait pas moins de soixante el 
dix anachorètes; il y bâtit, en outre, au centre de la laure, un magnifique 
couvent. •»? 

Le moine Épipliaiie, nous [jai'lant de ce même couvent, nous 
apprend qu'il était situé à trois niiiles de Jéricho , à l'oi-ient de la 
ville : 

Upbs Se T^s dvaToXfis rris lepix'^, ^^ ài:o fxth'œv TpirSiv, xeîtat à éiytos 
Vepda-ifÂOs sis xaaléXkiov^. 

Le Deir Hadjiali est situé précisément à une lieuie de marche 
au sud-est de Hiha, ce qui équivaut aux trois milles marqués dans le 
passage précédent. Ensuite, les mots eis xcLfrléXXiov semblent indi- 
quer que le couvent de Saint-Gérasime était environné d'une en- 
ceinte fortifiée. Tel est le cas aussi du DeirHadjlah, que les Arabes, 
pour cette raison, désignent paredlement sous le nom de Kasr Hadj- 
lah, rr château fort d'Hadjlah. ti D'un autre côté, le moine Phocas, 
environ quinze ans plus tard, c'est-à-dire l'an 1 185 de notre ère, 
mentionne ce même monastère comme étant complètement ren- 
versé par une inondation du Jourdain : 

Ev Se TCO yLstct^ù Twv (lovùiv jov lipoSpôfxov xat rou KctXafXùivos àiro Ttjs 
Tow iopSâvov poris VTrâp^Si xeyaXaa-fxévti éx (Sdôpcov v tov àytou Tepaatfxov 

/o 
fXOVt]-. 

Or, le Deir Hadjlah est séparé du Jourdain par un intervalle 
d'au moins trois kilomètres, et je doute que jamais le lleuve, dans 
ses plus fortes inondations, se soit avancé à l'ouest jusque-là. 

Cette dernière assertion du moine Phocas, si elle est vraie, rend 

' Le niuine Épi|>litiiit', EnanalH) Syria- ' Viioca^, Descrijitio Terra- s(tncta',i-i'S. 

et Urbis saucUc. ( Palrologie gi-ec((ue. (Pj«lrolog.grec<|. L(l\\\lll .('<»l.i).')>j. j 
l. TiXX, col. 9G9.) 



56 DESCRIPTIOiN DE LA SAMARIE. 

donc très-problématique ridentification que l'on serait tenté de 
faire du Deir Hadjlah avec le monastère de Saint-Gérasime. 

Quoi qu'il en soit, lan i586, Zuallart trouva ce couvent encore 
habité par des moines grecs de l'ordre de Saint-Basile , car il s'ex- 
prime ainsi à ce sujet : 

Sur les confins de Juda et de Benjamin , à deux milles du fleuve lordaiu et de 
la mer Morte, tirant vers le'richo, sont les vestiges d'un ancien monastère, où 
demeurent encore à présent des moynes ou caloyers grecs, vivans fort pauvre- 
ment et austèrement, selon la règle de Saint-Basile, lequel monastère fut édiûé 
cy-devantau lieu où estoit la cité de Belliagla, et auparavant, ainsi qu'est porté 
au dernier de la Genèse, Area-Atad, qui signifie Vaire d'Atad, où le patriarche 
Joseph et ses frères, avecies anciens d'Egypte, abordèrent premièrement, es- 
tans passez lelordain, avec le corps de leur père, le patriarche Jacob, mort en 
Egypte, pour l'ensépullurer avec Abraham et Isaac , en la spelonque double 
de Hébron, et en ce lieu ils s'arrestèrent, célébrant les obsèques de leur 
dit père, avec grans pleurs et lamentations par sept jours, tournoyans au- 
tour du dit corps mort : par quoy, les habitans du pays, estonnez, appellèrent 
ce lieu le deuil (T Egypte , et les Hébreux Bethagla, qui sii^mùe maison de pletirs^. 

Une trentaine d'années plus tard, Quaresmius parle de ce même 
couvent, sous le nom de couvent de Sainl-Jérome , comme tout à fait 
abandonné et à l'état de ruine : 

Quantum a longe videre potui, admodum demolitum est^. 

Vingt minutes à l'est-nord-est de Deir Hadjlah , coule une fon- 
taine appelée A'in Hadjlah, *^ {j^. Elle jaillit au milieu d'un petit 
bassin de forme circulaire , maçonné et profond d'un mètre et demi, 
qu'environne un fourré de broussailles et d'arbres nains. L'eau de 
cette source est ciairi^ et abondante et forme un ruisseau (|ui, au- 
trefoiH, était canalisé et fertilisait la plaine où elle se perd main- 
liMiant. 

\ÀW\\ Hadjlah a conservé fidèlement, comme l'ont montré Ro- 
binson et, après lui, d'autres voyageurs, le nom de la cité anii(|M(i 
qui 8 élevait sans doute alentoui' et (pii, sauf (|uel(|ues débris insi- 

* imu y.uaWari , Ix trèa-dt^cot royafft de ' ()uarQ»uihM,Elucidatio Teinc sancld- , 

JJnmtm, I. IV. p. ^ii). i. II. p. 769. 



CHAPITRE II. — KASR HADJLAH. 57 

giiiliaiits, et notamment des cubes de mosaïque, épars sur le sol , a 
complètement disparu. 

Le Deir Hadjlali dont je viens de parler a tiré son nom, sans 
aucun doute, de la localité à laquelle je viens de faire allusion. 
Celle-ci s'appelait Beth-Hoglali , en hébreu nVsn n""?, en grec Baidcc- 
ykoLOL\L, BsdsryoLiCA}, BatÔaXayà, en latin Belhagla et Beth-Hagla. Elle 
était sur la limite de la tribu de Juda et de celle de Benjamin, 
comme l'indique le passage suivant du livre de Josué : 

5. Ab oriente vero erit initium, mare salsissiinum usque ad extreina Jorda- 
nis; et ea quœ respiciunt ad aquilonem, a lingiia maris usque ad eumdcm 
Jordanis fluvium. 

6. Ascenditque terminus in Belii-Hagla, et transit ab aquilone in Beth- 
Araba, ascendensque ad lapidera Boen, filii Ruben^. . 

' ff Du côté de l'orient, la tribu de Juda commence à la mer salée jusqu'à l'ex- 
trémité du Jourdain, et, du côté de l'aquilon, depuis cette langue de nier jus- 
qu'au même fleuve du Jourdain. 

ftSa frontière monte à Beth-IIagla, passe de l'aquilon à Beth-Araba, monte 
à la pierre de Boën, fils de Ruben.u 

Ailleurs dans le même livre de Josué, à propos des limites 
de la tribu de Benjamin, nous voyons mentionnée la même ville : 

i8. Et pertransit (terminus) usque ad tumulos qui sunt e regione ascensus 
Adommim ; descendilque ad Abenboen , id est lapidera Boen , filii Ruben , et per- 
transit ex latere aquilonis ad carapestria; descendilque in planitiem, 

19. Et praetergreditur contra aquilonem Betliagla; suntque exitus ejus 
contra linguam maris salsissimi ab aquilone in fine Jordanis ad auslralem 
plagam ^ . . . 

ffLa limite passe jusqu'aux tertres qui sont vis-à-vis de la montée d'A- 
dommim; elle descend jusqu'à Abenboen, c'est-à-dire la pierre de Boën, fils 
de Ruben, et elle passe, du côté du septentrion, jusqu'aux campagnes, et 
descend dans la plaine. 

ff Elle s'étend, vers le septentrion , au delà de Rethagla, et elle se termine à 
la langue de la mer salée, vers le nord, à l'extrémité méridionale du Jourdain, v 

Josuc, c. XV, V. 5 et 6. — '^ Josué, c. xvm, v. 18 et 19. 



58 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Deux vei-sets plus bas, Beth-Hagla est désignée coinine appar- 
teuaut à la tribu de Benjariiiii : 

Fuerunlque civilates ejus : Jéricho, et Betli-Hagia, et vallis Casis*. . . 

Dans ÏOnamasticon, saint Jérôme identifie Beth-Hagia avec l'aire 
d'Alad, où Joseph, accompagné de ses frères et d'une troupe con- 
sidérable de Juifs et d'Egyptiens, transporta de la terre de Gessen 
le corps de son père et le pleura pendant sept jours, 

Area Atad, locus Irans Jordanem, in quo planxerunl quondam Jacob, lertio 
ab Jéricho lapide, duobus miiiibus ab Jordanc; qui nunc vooatur Rctha{,da, 
quod inJerpretatur locus gyri, eo quod ibi, more plangenliuni, circunn'eruni 
in lunere Jacob. 

Dans ce passage de ï Oiurmaslicon , saint Jérôme, comme plu- 
sieurs critiques l'ont remarqué, semble se contredire lui-même; 
car d'abord il nous dit que TArea Atad était située au delà du Jour- 
dain, c'est-à-dire à l'est de ce fleuve, puisqu'il écrivait cet ouvrage 
à Betldéhem, en deçà et, par conséquent, à l'ouest du Jourdain. 
D'un autre côté , il place Area Atad à trois milles de Jéricho et à 
deux milles du Jourdain et, partant, à l'ouest de ce fleuve. Il l'iden- 
tifie, en outre, avec Beth-Hagla, qui était eflectivement en deçà du 
Jourdain, puisque cette ville appartenait, avec Jéricho, à côté de 
la(|uelle elle est citée, à la tribu de Benjamin, ainsi que le té- 
moignent les versets que j'ai reproduits plus haut. Il y a donc là, 
8oil une méprise échappée à ce savant docteur de l'Église, soit une 
erreur [)rovenant de l'un de ses copistes; peut-être aussi est-il 
permis d'interpréter autrement qu'on ne le fait généralement ces 
mots : Area itad, Inrus irana Jordanem, en y voyant non pas renon- 
ciation erronée d'un lait taux, à savoir (jiie Y Area Atad élait située 
à tenl du Jourdain, mais simplemenl la ic^production des termes 
iiiêiiioK dont s'est servie la sainte Ecriture pour désigner l'empla- 
ci'iiieiil de cette aire. Or, d'après le récit de la (ienèse, il est évi- 
dffiil que b»H mois irans Jordanem doiveiil se Iraduire par à foneul 



' Jmt^. 



f. HVIII . \. •Il, 



CHAPITHE 11. — KASR HADJLAH. 59 

du Jourdain. Joseph^ en effet, en i'a[)])oi'tant en Palestine le corps 
de son père pour l'ensevelir à Hébron dans la caverne double où 
reposaient déjà Abraham et Isaac, dut s'y reridre à travers la Moa- 
bitide et en franchissant le Jourdain; au delà de ce Heuve, par con- 
séquent sur la rive occidentale, il pleura pendant sept jours son 
père, avec tous ceux qui l'avaient accompagné; puis il alla le dé- 
poser dans le sépulcre de ses aïeux à Hébron. 

Voici, en effet, le passage de la Genèse où ce l'ait est raconté : 

10. Venerunlque ad Areaiii Atad, qua- sila esl trans Jordanem; ubi célé- 
brantes exequias planclu magno alque vehementi, impleveruiit septcni dies. 

1 1 . Quod cum vidissenl habitatores terrae Chanaau , dixerunl : Planclus 
inagnus est iste vEgypliis. El idcirco vocatum esl noinen loci illius, Planclus 
^gypti. 

13. Fecerunt ergo filii Jacob sicul prœceperal eis; 

i3. Et portantes eum in terrain Cbanaan, sepelierunt euin in spclunca 
du[)lici; quam emerat Abrabani cum agro in possessioneni sepulcri ab Epliron 
llelhaeo contra l'aciem Mambre '. 

Quoi qu'il en soit, saint Jérôme interprète la dénomination Belh- 
Hoglah ou Beth-Haglah par domus gyri, Id maison du cercle, de la 
promenade circulaire, et il trouve la raison d'une semblable désigna- 
tion dans les courses ou danses lunèbres qui lurent exécutées au- 
tour du cadavre de Jacob, comme c'était la coutume en Orient 
dans la cérémonie des funérailles, eoquod ibi,more plangentium, cir- 
cumierunl in funere Jacob. Pour donner à ce mot une pareille inter- 
prétation, il faut qu'il ait lu dans le texte qu'il avait sous les yeux 
nVay rT»?, Beth-A'glali, et non n^pan n"»?, Beth-Hoglah, la maison de 
la perdrix, suivant l'interprétation de Gésénius, conformément au 
texte ordinaire. 

L'an 1 980, le moine Burchard signale cette localité comme étant 
à deux lieues de la mer Morte et à une lieue du Jourdain'^. Ces 
deux distances, surtout la première, sont un peu trop fortes. A la 
lin (lu XVI'" siècle, en i58(i, Beth-Hoglah est pareillement men- 

' Genèse, r. 1,. v. io-i3. — ^ BurcliHidiis, Descriplio Terne mnct(e cvaclùtsima , 

C. Mil. 



60 DESCRIPTION DE LA SAMAKIE. 

tioniiée sous le nom de Bethagla par Zuallart, dont j'ai cité plus 
haut le passage relatif à cet endroit, qui ensuite n'est plus nommé 
par aucun voyageur ni du xvn^ ni du xvm*' siècle. En 1 8 2 1 , le Suédois 
Berggren signale de nouveau le Kasr Hadjlah^; puis, en i838, le 
docteur Robinson^ et, après lui, beaucoup d'autres voyageurs parlent 
successivement de ces mêmes ruines, dont le nom leur rappelle la 
Bethagla de l'Ecriture sainte. 



HALTE PRES DE LA MER MORTE. 



A sept heures trente-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche dans la direction du sud-sud-ouest, puis du sud. INous lon- 
geons à notre gauche le Rhôr Hadjlah, aXj^ jys. , que nous traversons 
ensuite. 

A sept heures quarante minutes, une autre dépression du sol 
que nous rencontrons m'est signalée sous le nom de Rhôr el-Bassah , 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous longeons, à notre 
gauche, une dépression nouvelle, ap^^elée Rhôr el-Beliiouï, c^^^ii j)>*. 

A sept heures cinquante minutes, nous laissons à notre droite 
un petit tell, appelé TellSmimia, W«>-<v« jb, ou TellSmimy, (^^e\^ Jo. 

A sept heures cin(juante-cinq minutes, à notre droite, serpente 
XOued Daher,ji\^, qui vient de l'ouest pour aller se jeter au sud 
dans la mer Morte. 

A huit heures, à notre gauche s'élève un tell peu considérable, 
du nom dc.SUujeh, aj^U», Jo. 

A huit heures (piinze minutes, nous passons près d'une source 
qui coule dans un oued. On l'appelle A'tn Djaïr,j^\^ (jv* ; du moins, 
le! est le nom que j'ai cru entendre de la bouche de l'un des Bé- 
douins qui nous servaient d'escorte. L'eau en est potable. Quchpies 
arbustes cruis-sent alentour. Le terrain baisse de plus en plus et 
(Icvieiil marécageux; quand il pleut, il doit être fort dillicih^ à tra- 

' BerggnMi . Itenor i Kuropu och Oealer- * KohiiiHon , liihlicnl Hescarchvs in Pn- 

Intuterne, I. III. p. t'A. legliim, I. 1, p. hhli-ïyfiit. 



CHAPITRE II. — HALTE PRÈS DE LA MER MORTE. 61 

verser. Le sol est partout parsemé de taches blanches provenant 
d'incrustations salines; çà et là on observe des touffes de soude 
et autres plantes de cette nature toutes saupoudrées de semblables 
cfflorescences. 

A huit heures trente minutes, enfin, nous faisons halte sur les 
bords de la mer Morte, en face de l'îlot appelé Redjoum Louth, 
hy ^j, ou Djeziret Louth, \s^ »^>»-- L'endroit où nous descendons 
de cheval est couvert de branches et même de troncs d'arbres que 
le Jourdain, en rongeant ses rives, a emportés dans son cours, 
lors de ses débordements, jusqu'à la mer Morte, et qu'ensuite celle- 
ci a rejetés sur ses plages. Quelques pierres noires bitumineuses 
sont éparses sur ce même point. Quant à l'îlot dont j'ai parlé, il 
est éloigné du rivage actuel d'au moins deux cents mètres. Quel- 
quefois, lorsque les eaux de la mer sont plus basses, on peut 
l'atteindre presque à pied sec. Les voyageurs qui ont pu le visi- 
ter alors y ont remarqué les restes d'une ancienne construction, 
entre autres les arasements d'une espèce de petite tour mesurant 
sept mètres de long sur deux de large. A quelle époque remontent 
ces ruines, et quel caractère offrent-elles? Je ne saurais le dire; car, 
ayant essayé de gagner cet îlot à la nage, j'ai dû renoncer à cette 
entreprise , à cause de la difficulté que l'on éprouve à bien diriger 
ses mouvements dans la mer Morte. On est tellement soulevé et 
ballotté par ses eaux pesantes et saturées de sel, que, s'il est comme 
impossible de s'y noyer, il est, d'un autre côté, fort malaisé de la 
sillonner à la nage en droite ligne vers un but déterminé. Dans 
les évolutions involontaires que le poids des vagues imprime au 
corps, quand on s'efforce de les fendre, on s'expose à avaler de 
cette onde amère et huileuse, dont le goût est exécrable, en même 
temps que ses éléments corrosifs attaquent et picotent les yeux d'une 
manière très- cuisante. Néanmoins, un bon nageur, qui aurait, en 
outre, quelque habitude de cette mer, trouverait sans doute facile 
ce que je n'ai pu exécuter moi-même. Quoi qu'il en soit, le nom 
de Bedjoiim Louth (amas de pierres, monceau de Loth) ou de Dje- 
ziret Louth (île de Loth) a été donné à cet îlot par les Arabes, en 



62 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

vertu de la même tradition qui leur fait appeler communément la 
mer Morte Bahr eJ-Loiith , ]oyXi\ j^ (merde Loth). La catastrophe qui 
détruisit les villes coupables de la Pentapole, et à laquelle Loth 
échappa, a fixé leur attention d'une manière toute particulière sur 
ce personnage, dent le nom est comme inséparable de cette région 
maudite. 

H n entre pas ici dans mon dessein de décrire cette mer célèbre ; 
je me suis, en effet, interdit de parler des localités que je n'ai pas 
moi-môme visitées ou dont je n'ai vu qu'une faible partie. Qu'il 
me suffise de résumer quelques-unes des données les plus certaines 
qui se rapportent à ce coin si intéressant du globe. 

La mer Morte est désignée dans la Bible sous différents noms. 
Ce n'est, en réalité, qu'un grand lac; mais en hébreu le mot d^, iam, 
de même qu'en arabe le motj^, hahr, signifie à la fois mer, lac et 
(rrand Jleuve ; à proprement parler, ce mot s'applique à tout grand 
amas d'eaux soit douces, soit salées. 

La plus ancienne dénomination de cette mer dans les Livres saints 
parait être celle de n'ppn d^, iam ha-rnelah, cria mer du sel,ii en 
grec, dans la version des Septante, r; 8-aXa<Tcra icIôv aîkwv, 37 3-a- 
\a.rj(jfx ij àXvx)'; ou tvs akvKijs, v B-dXcLcrcroL àXos; en latin, mnra 
salis ou salsissimum. {Genèse, xiv, 3. Nombres, xxxiv, 3, is«. Deutéro- 
Noine, iii, 17. Josué, m, 16; xii, 3; xv, 2-5; xvni, 19.) 

Une autre dénomination est celle de iam ha-A'rabah; en hé- 
breu, nanynos en grec, Q-diXoLcrrra Apaé'a, ij 8-aAacrcra Apaé'a, >) 
B-âXa^fJOL Tvs Apaé'a; en latin, mare soliludinis ou mare deserti; le 
mol a'rahah signifiant />///t«c, solitude, désert. (^Deutéronome , ni, 17; 
IV, 69. Josuf', m, ifi; \n, 3. liois, IV, xiv, 5^5.) 

Dans plusieurs prophètes, cette mer est mcntiormée sous \o nom 
de wi/T ih'ieulale, par oj)position à la mer Méditerranée ou mer 
Occidentale, en hébreu, "J^Dipri o^ iam ka-Kadmoni; en grec, î) 

^dXa/TfTOL if mpOS dvOLToXoLS i\>OlVMrxWOS , >'/ Q-dXdrTfTOL if TU pfx)TV '■, «"U 

latin, niarfi orientait-. (Joël, u, Qo; Kzéchicl, xi.vn, iH; Znrharie, 
«IV, 8.) 

La Vulfratp daUH un passage rapp(>ih' mer Morte, mare Mortinnn 



CHAPITRE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. (Î3 

[Josué, in, i(j), nom qui s(3 trouve «'gaiement employé par Pausa- 
nias (1. V, c. vu), par Galien (i. IV, c. xix), par Justin (1. XXXVl, 
c. m, § 6), par Eusèbe (^Onomaslicoii, au mot HoSofjiOL), par saint 
Jérôme et par d'autres auteurs anciens; aujourd'hui, c'est pareil- 
lement celui sous lequel on désigne le plus habituellement cette 
mer. 

Le nom de lac Asphaltite lui est de même donné par beaucoup 
d'écrivains grecs et latins, entre autres par Diodore de Sicile 
(1. Il, c. XLvni, et XIX, c. xcxvui), par Josèphe [AnliquitéH judaïques, 
I. 1, c. IX, § 1 ; 1. IV, c. V, § 1 ; 1. IX, c. X, S i; — Guerre des 
Juifs, 1. l, c. xxxni, § 5; 1. lll, c. x, § 7 ; l. IV, c. vni, S 9), par 
Pline {Histoire naturelle , 1. V, c. xv, § i5), etc. 

L'historien Josèphe l'apjjelle aussi lac de Sodome, r) HoSofxhis 

\lfJiVV' 

Au \if siècle, le géographe arabe Édrisi la nomme mer ou lac 
de Zara, \js:j (Zoar ou Ségor), en ajoutant qu'elle s'appelait égale- 
ment mer de Sadoum, m:»U- (Sodome) et de Wiamoura, I^U (Go- 
morrhe)^ De nos jours, comme je l'ai dit plus haut, les Arabes 
l'appellent le plus souvent Baltr-el-Loulh ou nier de Loth. 

Ces dilTérentes dénominations et d'autres encore que porte la 
mer ou plutôt le lac qui nous occupe en ce moment proviennent 
des diverses particularités qui la distinguent. Ainsi, l'extrême salure 
de ses eaux, beaucoup plus forte que celle de l'Océan et de la Mé- 
diterranée, lui a fait donner le nom de nier Salée ou iner du Sel. 
Tous ses bords sont recouverts au loin d'efflorescences salines. Son 
fond se compose d'un mélange de vase bleue et de cristaux de sel, 
M. le lieutenant de vaisseau Vignes et M. Lartet ont trouvé que la 
densité de ses eaux, appréciée à difï'érentes profondeurs , variait entre 
1,160 et 1,280; cette dernière est à peu près constante au delà 
d'une centaine de mètres, ce qui prouve que les eaux douces des 
affluents ne se mêlent à l'eau de mer que dans la zone supérieure^. 
A l'extrémité sud-ouest du grand bassin ovoïde qu'elle forme, s'é- 

' Edrisi, Géographie, IroducUoii de ' La densité de l'Océan n'est représen- 

M. Jaiibert. t. I, p. 338. tée que par le chiiïre de 1,097. 



64 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

lève, le long de son rivage, un gîte salin très-considérable, connu 
sous le nom de Djebel Esdoum, j.^*x*Jl J^^> (montagne de Sodome) , 
ou Djebel el-Melah , ^1 J^»^ (montagne de sel). Des bancs de sel 
gemme surmontés de gypse et d'argile constituent la masse princi- 
pale de cette petite montagne étroite et allongée, qui a environ 
six kilomètres de long sur un de large à la base, et une hauteur 
de cent mètres. 

Cette base de sel gemme est munie d'espèces de tours, d'aiguilles 
et de piliers de sel. Du pied de la montagne jusqu'à la mer Morte 
s'étendent des plaines tout imprégnées elles-mêmes de sel. 

La seconde dénomination de iam ha-A'rabah trouve son expli- 
cation toute naturelle dans l'existence de la longue vallée qui court 
depuis les pentes méridionales du grand Hermon, au nord, jus- 
qu'au golfe d'A'kabah , l'ancien golfe Elanitique de la mer Rouge, au 
sud, dans une longueur d'au moins 45 o kilomètres. Cette vallée, 
l'une des plus célèbres du monde au point de vue historique, est, 
en même temps, la plus étonnante de toutes au point de vue géo- 
logique. 

En effet, elle descend depuis la hauteur de 563 mètres au-des- 
sus de la Méditerranée, si nous partons de la source du Nahr el- 
Hashany, l'une des trois sources principales et la plus élevée du 
Jourdain, jusqu'à la profondeur de 892 mètres au-dessous de la 
Méditerranée, à l'embouchure du fleuve dans la mer Morte. Celle- 
ci dans sa partie la plus profonde atteint elle-même le chiflVe de 
.'i5o mètres. La différence de niveau du Jourdain entre la plus 
haute de ses sources et son embouchure, par conséquent entre le 
ht de ta vallée à son poiut de départ le plus élevé et celui de cette 
même vallée à l'endroit où elle aboutit à la mer Morte, est donc de 
955 mètres. Or, une semblable dépression est la plus forte qui 
exï»Ui dans le globe, et la surface de la mer Morte est la plus 
basse de toutes les mers ou lacs connus. Puis, à partir de l'extré- 
mité méridionale i\o la mer Morte, la vallée se relève insensiblo- 
inciit depuis ^92 mètres au-dessous de la Méditerranée jusqu'à 
îi/io mètri'H au-dessus. De ce point, vers le nord. Ions les torrents 



CHAPITRE II. — HALTE PUES DE LA MER MORTE. 65 

se rendent dans la mer Morte et, vers le sud , dans le goH'e d'A'kabali. 
Cette ligne de partage des eaux est située à 1 1 o kilomètres en- 
viron au sud de la mer Morte et à 7 1 kilomètres au nord du golfe 
d'A'kabah. 

La vallée d'AVabah pendant 200 kilomètres s'abaisse ainsi de 
955 mètres, depuis la source la plus reculée du Jourdain jusqu'à 
son embouchure; au delà de la mer Morte, elle se relève de 682 
mètres, l'espace de 1 1 o kilomètres, pour s'abaisser de nouveau de 
2A0 mètres dans un parcours de 71 kilomètres, jusqu'à ce qu'elle 
atteigne le niveau du golfe d'A'kabah, oij elle se termine. Les 
Arabes la désignent actuellement sous deux noms différents : ils 
appellent Rhôr, j^s-, toute la partie qui s'étend entre les sources 
du Jourdain et son embouchure dans la mer Morte, et A'rahah, 
*j^, celle qui est comprise entre l'extrémité méridionale de la 
mer Morte et l'extrémité septentrionale du golfe à'A'kabah, *aa*. 
Cette dénomination d'AVabah conservée par les Arabes à toute la 
partie méridionale de la vallée n'est, comme on le voit, que le 
nom antique donné autrefois par les saintes Ecritures, dans le texte 
hébreu, à la vallée tout entière. Celle-ci, comme nous venons de 
le voir, atteint son maximum de dépression à l'embouchure du 
Jourdain, et là commence le bassin de la mer Morte, qui, dans sa 
partie centrale, s'enfonce encore de 35o mètres et occupe de la 
sorte le point le plus profond de la vallée. Cette particularité, sur 
laquelle je reviendrai plus tard, a dû frapper de tout temps l'atten- 
tion des anciens, et de là le nom de tam ha-A'rabah, donné à cette 
mer dans le texte hébreu. 

J'ai déjà indiqué plus haut la raison de la troisième appellation 
de me?' Orientale. 

Quant à celle de mer' Morte, elle est motivée par l'absence de 
tout être vivant dans ses eaux, qui tiennent en dissolution une 
quantité énorme de matières salines. A ce sujet, saint Jérôme 
s'exprime ainsi : 

Mare morluum, in quo nihil poterat esse vitale, et mare amarissimum, quod 
Graeci Xtfxvrjv ka(poLktniv, id est stagnum bituminis vocant. . . Rêvera, juxta 

•• 5 



66 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

litterain , hue usque niliil qiiod spirel et possit incedere, prœ amaritudine nimia , 
in hoc mari reperiri potesl : nec cochleolae quidem parvique vermiculi et an- 
guillae, et ca>tera animanlium sive serpentium gênera quorum magis corpus- 
cule possumus uosse quara nomina. Denique si Jordanes auctus imbribus pis- 
ces illuc inlluens rapuerit, statim moriuntur et pinguibus aquis supernatant'. 

Longtemps avant ce Père de l'Eglise, Aristote avait rapporté 
la même tradition, attestant qu'aucun poisson ne peut vivre dans 
la mer Morte, à cause de l'amertume et de la salure extrême de ses 
eaux. 

AéyovcTt yàp 'srtxpàv ovrws elvai Tj)r Xi(jlvï)v xaï dA[jt.vpàv, Sale (xriSéva 
lj(6vv èyyiveadai^. 

ffOn dit que le lac (Asphallite) est tellement amer et salé qu'aucun poisson 
ne peut y vivre, t? 

Dans le courant du xn^ siècle de notre ère, le géographe arabe 
Edrisi confirme cette assertion dans les termes suivants : 

La mer Morte est appelée ainsi parce qu'il n'y existe rien d'animé, aucun 
poisson, aucun reptile, aucun de ces êtres vivants qui peuplent les autres eaux, 
soit courantes, soit tranquilles'. 

Quelques voyageurs modernes, ayant trouvé sur ses rives des 
poissons morts et des coquillages, en ont conclu qu'elle renferme 
des poissons. Mais ces poissons avaient dû y être entraînés, soit 
par le Jourdain, soit par d'autres cours d'eau, et périr aussitôt; 
ensuite, ils auront été rejetés sur ses bords. Les deux explorateurs 
les plus compétents qui de nos jours l'aient sillonnée et étudiée 
avec le plus de soin sont unanimes, avec leurs compagnons de 
voyage, pour allirmer que rien de vivant n'existe dans son sein. Le 
lieutenant Lynch, savant oflicier de marine américain, qui a par- 
couru en tous sens cette mer pendant vingl-deux jours, du 19 avril 
au 1 1 mai 18/18, déclare, dans le rapport oiliciel de son expédition, 
que, pendant tout le temps qu'il a navigué sur la mer Morte, il 

' fiMUl }Mn»i , dotiimeHlairc Mur hté- ^ Kdrisi , Cn'offmphie , Irudiiclioii do 

dkM/, e. xtvii. M. Jnuhfrl, I. L p. :138. 

• Ariftioln, Melforulnffini . I. il. c m. 



I 



CHAPITRE If. - HALTE PRÈS DE LA MER MORTE. 67 

n'y a rien vu d'animé, et qu'il a soumis, à son retour en Amérique, 
de l'eau qui en provenait à un microscope très-puissant, sans pou- 
voir y découvrir le plus petit animalcule ou la moindre trace de 
substance animale ^ 

D'un autre côté, M. Vignes, lieutenant de vaisseau de la marine 
française, qui, en i86/i, sous la haute direction de M. le duc de 
Luynes, qu'accompagnaient M. Lartet, aide-naturaliste au Mu- 
séum, et M. Combes, docteur en médecine, traversa également cette 
mer de part en part et en fit le tour complet, s'exprime ainsi : 

Les princi[)aiix aflluenls de la mer Morle sont, en première ligne, le Jour- 
dain et, après lui, le Zerka Main, le wady Mojeb et le wady SaGeh. Ces trois 
derniers, quoique bien inférieurs au Jourdain , sont cependant assez importants. 
Les eaux du Jourdain sont douces et agréables à boire, quoique légèrement 
troubles; celles du wady Mojeb et du wady Safieh sont d'une limpidité extrême; 
celles du Zorka Main , sulfureuses et chaudes; provenant des sources abondantes 
de Callirhoé, elles ont encore 3i°,5 à Tembouchure. 

Indépendamment de ces rivières, on trouve sur la côte occidentale les fon- 
taines Ain Feschklia, Aïn Gliuweir et Aïn Turabeh, dont les eaux sont légère- 
ment saumàlres, mais potables ; celles d'Ain Jidy, et enfin les sources chaudes 
d'Ain Sweimeh (3/i°) , au nord ; de Zara (^3°), au sud de Zerka Main ; et celle», 
un peu au sud , du wady Um Rarrheg (28°). Ces fleuves et fontaines nourrissent 
des poissons ot des coquillafjes, qui meurent dans l'eau de la mer Morte. Tous 
nos efl'oris pour trouver des êtres vivants dans la mer proprement dite sont 
restés sans résultat. Dans un certain rayon autour des embouchures, là où la 
salure des eaux est atténuée par l'affluent, on voit des poissons et des crus- 
tacés; ils meurent immédiatement si on les transporte dans l'eau plus saturée 2. 

On voit que les témoignages les plus dignes de foi concordent, 
dans l'antiquité comme dans les temps modernes, pour allirmei* 
que la mer Morte est bien justement nommée ainsi. 

L'eau de cette mer, dit en outre M. Lartet, est extrêmement riche en chlo- 
rure et en bromure de magnésium, et c'est sans doute à l'abondance de ces 

' W. F. Lynch, Narrative ofthe United- ration à la mer Morte, etc. par M. L. 

States expédition to the river Jordan and the Vignes, lieutenant de vaisseau, publié 

Dead sea, p. 887, note. sous les auspices de M. le duc de Luynes. 

" Ea'irail des notes d'tm voyage d'e.rplo- Paris, 1860, p. 6. 

5. 



68 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

sels qu'il faut allribuer l'absence complèle, dans celle pelile mer, de toute 
espèce de ces êtres animés qui vivent géne'ralement dans les nappes d'eau salée. 
Ce qu'il y a de certain, c'est que des animaux accoutumés à vivre déjà dans 
une eau forlement salée y meurent instantanément, comme nous avons pu le 
constater en transportant dans l'eau de la mer Morte des petits poissons qui 
vivent dans une la^fune siluée au nord du djebel Usdom, souvent envahie par 
l'eau de mer el alimentée par une source chaude d'eau salée ^^ 

A plus forte raison, les poissons du Jourdain et des autres tor- 
rents d'eau douce expirent-ils aussitôt qu'ils sont en contact avec 
cette eau. J'ai déjà cité sur ce point un passage Lien connu de saint 
Jérôme. 

Le docteur Anderson, qui accompagnait le lieutenant Lynch 
dans son expédition scientifique sur la mer Morte, a raconté à 
M^ Mislin- que plusieurs fois il avait observé de petits poissons 
descendant vers cette mer. Arrivés à trois ou quatre pieds de 
l'embouchure, ils rebroussaient chemin; si on les effrayait pour 
les obliger d'entrer dans la mer, ils sautaient plutôt liors de l'eau. 

Quant à la dénomination de lac Asphallite que les auteurs grecs 
et latins donnent souvent à cette mer, elle est pareillement justi- 
fiée par l'existence dans son sein d'une grande quantité d'asphalte. 

Le lac, ditStrabon, est rempli d'asphalte, qui, à des e'poques irrégulières, 
monte du fond en produisant des bulles comme de l'eau qui bout. La masse 
de raspiialle se bombe et offre l'apparence d'une petite colline. Il s'élève en 
mi^me temps beaucoup de vapeurs, sorte de fumée invisible aux regards, 
mais (pii n'en ternit pas moins le cuivre, l'argent, tout métal poli et brillant, 
mt^nie for. Les habitants des alentours jugent que l'asphalte va paraître à la 
surface, lor8<|ue les vases de métal commencent à se rouiller. Ils se préparent 
alors à le recueillir au moyen d(' radeaux fabriqués avec des joncs. L'asphalte 
est une sorte df uiotte de tcire qui, liquéliée par la chaleur, se gonlle et coide 
au dehont. Mise en contact avec l'eau froide, comme est, par exemple, celle 
Hii lac, elle se transforme de nouveau en une masse tellement compacte 
qu'il (Hit bPKoin d'instruments tranchants poiu' la couper. La nature de l'eau 
force raHpli(ill<'à «urnager; cette eau, ««n ellet, est si pesante qu'il est inutile, 

' Ksêai tur in /[l'-olo/pe Je la Vuleatinp, ' M*' Mislin, Les Sninls Licu.v, I. III, 

|iar li. I<arii>l. 1" pnrlic l'nriH, iKO^, p. iS(). 
|i. 9A1. 



CHAIMTUE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. ()9 

comme nous l'avons dit, d'essayer d'y najjer jwur s'y mainlenir : on ne peut 
y enfoncer, quand on y entre, mais on flotte à la surface. Les habitants donc 
s'approciient de l'asphalte avec leurs radeaux, le coupent et on emportent au- 
tant qu'ils peuvent ^ 

Quelques lignes ])lus loin, Stiaboti ajoute : 

Celte contrée est travaillée par le feu; entre autres preuves de ce lait, on 
y montre certaines roches calcinées près de Moasada, des crevasses, une terre 
couleur de cendre, des rochers qui distillent de la poix, des rivières bouillantes 
dont l'odeur désagréable se fait sentir au loin, d'anciens [jrou[)es d'habitations 
renversées çà et là; en sorte qu'on pourrait ajouter foi à la tradition répétée 
par tous les indigènes, d'après laquelle il aurait existé jadis treize villes en ce 
lieu, oij l'on reconnaîtrait encore le périmètre de la métropole Sodome, me- 
surant soixante stades de pourtour. A la suite de tremblements de terre, 
d'éruptions de flammes et d'eaux chaudes bitumineuses et sulfureuses, le lac 
aurait débordé, des rochers se seraient enflannnés, et les villes auraient 
été, les unes englouties, les autres abandonnées par ceux qui purent fuir-. 

Tout le monde connaîL le passage de Tacite où cet historien 
parle de la nier Moite et du bitume qu'elle rejette. 

Nec Jordanes pelago accipitur; sed unum atque alterum lacum integer 
perfluit, tertio retinelur. Lacus immenso ambitu, specie maris, sapore cor- 
ruptior, gravitale odoris accolis pestifer, neque vento impeilitur, neque pisces 
aut suelas aquis volucres patitur. Incerlaj undœ superjacta, ut solido, feruni ; 
perili imperitique nandi perinde attolluntur. Certo anni bitumen egerit; cu- 
jus legcndi usum, ut ceteras artes, experientia docuit'. 

Dioscoride met le bitume de Judée au-dessus de tous les autres \ 
Diodore de Sicile nous donne aussi des détails très-instructifs 
sur le lac et sur l'asphalte qu'on y recueille. 

Le lac est placé, dit-il, au milieu de la satrapie de Tldumée; il a cinq cents 

' Strabon, Gcograpliic, I. XVI, c. u, en vue le lac Asplialtite et non le lac Sir- 

S /j9. Strabon appelle le lac, dans ce bonis, situé en Egypte, 
passage, lac Sirbonis ; mais c'est unemé- * Strabon, Géographie, I. \VI, c. ii, 

prise évidente, commise soit par lui, soit S /|6. 

[)ai- un copiste, et tons les développements ^ Tacite, llisloires, I. V, c. vi. 

auxquels il se livre ici prouvent qu'il a eu ' Dioscoride, De re mcdica, I. I, c. \<;ix. 



70 DESCKIPTION DE LA SAMARIE. 

stades de long et environ soixante de large. Son eau est anière et d'une odeur 
désagréable, de sorte qu'on n'y trouve ni poisson, ni aucun animal aquatique, 
et qu'elle corrompt absolument la douceur des eaux d'un grand nombre de 
fleuves qui vont s'y rendre. Il s'élève tous les ans sur sa surface une quantité 
d'asphalte sec de la largeur de trois arpenls. pour l'ordinaire, quelquefois pour- 
tant d'un seul, mais jamais moins. Les sauvages habitants de ce canton nonniieut 
taureau la grande quantité, et veau la petite. Cette matière, qui change souvent 
de place, oITre de loin l'aspect d'une ile flottante; son apparition s'annonce près 
de vingt jours à l'avance par une odeur forle et désagréable de bitume, qui 
rouille au loin, à près d'une demi-lieue à la ronde, l'or, l'argent et le cuivre. 
Mais toute cette odeur se dissipe dès que le bitume, matière liquide, est sorti 
de celte masse. 

Les habitants enlèvent l'asphalte à l'envi les uns des autres, comme feraient 
des ennemis réciproques, et sans se servir de bateaux. Ils ont de grandes nattes 
faites de roseaux entrelacés qu'ils jettent dans le lac; et, pour cette opération, 
ils ne sont jamais plus de trois sur ces nattes, deux seulement naviguant avec 
des rames pour atteindre la masse d'asphalte, tandis que le troisième, armé 
d'un arc, n'est chargé que d'écarter à coups de traits ceux qui voudraient dispu- 
ter à ses camarades la part qu'ils veulent avoir; quand ils sont parvenus à l'as- 
phalte, ils se servent de fortes haches, avec lesquelles ils enlèvent comme d'une 
terre molle la part qui leur convient; après quoi ils reviennent sur le rivage. 

Ces barbares, qui n'ont guère d'autre sorte de commerce, apportent leur 
asphalte en Egypte et le vendent à ceux qui font profession d'enibaumer les 
corps; car, sans le mélange de cette matière avec d'autres aromates, il serait 
dillicile de les préserver longtemps de la corruption à laquelle ils tendent'. 

Au dire dés Arabes qui habitent autour de la mer Morte, Tap- 
paiitiou de fasjdialte sur cette mer serait, aujourd'hui, toujours 
précédée de commotions souterraines. Ainsi, en i836, à la suite 
d'un violent tremblement de lerie, une jjrande masse d'asj)halle 
(échoua vers rexlrémilé méridionale de la mer Morte, et les Arabes 
en em|»orl^rent environ (b;ux cents <|uinlau\. I)<> môme, après le 
Ireuibicnieiit de ferre <|ui, en i83y, secoua si fortement cette 
contrée, on vil de nouveau llottcr sur la mer Morte des masses 
considéralde.s d'asplialte, senddabb's à d(! |)etites îles, au dire des 
Arabe», qui nc biUèrenl d'en recueillir (\c. nond)reu\ (juintaux et 
de le» vendre à d««s niairbamls de Heyrcmlli e( (b» Jérusalem. 

' IHo(i»n* di> Sii'ilr. I. Xl\, r, x\v. 



CHAPITRE II. — HALTE PRÈS DE LA MER MORTE. 71 

A en croire les indigènes, le bitume découlerait, en outre, sur 
plusieurs points, des roches du bord oriental de cette mer. Suivant 
eux, il suinterait des fissures du roc et s'accumulerait peu à peu 
jusqu'à ce que, après avoir perdu son pétrole sous l'induence du 
soleil et s'être insensiblement transformé en asphalte dur et com- 
pacte, il se détache et tombe dans la mer, où il surnage, attendu 
que la densité de l'asphalte est de 1,1 oii, et que la densité moyenne 
des eaux de cette mer est de 1,162 à la surface. 

Cette assertion des Arabes ne doit sans doute être acceptée 
qu'avec une certaine réserve; car M. Lartet, qui a pu suivre, avec 
M. le duc de Luynes et les autres membres de son expédition, le lit- 
toral oriental de la mer Morte, n'a nulle part rencontré de traces 
d'un gîte bitumineux de cette nature. «Toutefois, comme l'observe 
ce jeune et savant géologue, on ne peut nier complètement la pré- 
sence d'émanations bitumineuses sur ce rivage; car, entre le wady 
ed-Draa et le wady Kerak, en un point que rendent remarquable 
un brisement des couches crétacées et un pointement de wacke, 
les calcaires et mêmes les bancs de silex qu'ils renferment parais- 
sent pénétrés d'une matière bitumineuse, qui les a colorés en noir 
foncé, en même temps qu'il s'est formé au milieu de ces couches de 
nombreux cristaux de gypse. Mais H n'est pas j)ossible d'attachei* la 
moindre imj)ortance à ce phénomène local, et l'on ne peut pas y 
rattacher l'origine des masses de bitume qui paraissent avoir fait, 
à diverses reprises, leur apparition à la surface de la mer Morte, 
ni même celle des fragments d'asphalte que ce lac rejette sur ses 
bords ^-n 

Si, à l'orient du lac, les gisements bitumineux indiqués par les 
indigènes sont regardés par M. Lartet comme très-problématiques 
et, dans tous les cas, comme peu considérables, ce savant a, d'un 
autre coté, constaté, à l'occident de ce même lac, plusieurs gise- 
ments de cette nature, ceux, entre autres, auxquels Strabon fait 
allusion, quand il parle de roches dislillanl de la poix, aux envi- 

Bullelin de la Société géolu{riquv. de France , a' série, t. \XIV, j). 18. 



72 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

rons de Moasada (Masada). En effet, en visitant la colline de Sebbeli, 
dont le sommet est couronné par les ruines de l'ancienne forteresse 
de Masada, M. Lartet remarqua dans le lit de l'Oued Sebbeh, qui 
limite au sud la colline de ce nom, des fragments d'asphalte, indi- 
quant le voisinage d'un gisement de cette substance au milieu des 
calcaires dolomitiques crétacés dans lesquels est entaillé ce pro- 
fond ravin. 

Après avoir pénétre le calcaire dolomilique, à fétat fluide, ie bitume, dit 
ce savant ', parait s'être graduellement solidifié dans les nombreuses cavités 
de la roche, qu'il remplit en partie sous forme d'asphalte dur, noir et brillant, 
de telle sorte qu'on se croirait d'ahord en face d'une véritable brèche asphal- 
lique, d'où il serait facile d'extraire des fragments d'asphalte presque aussi gros 
que ceux que l'on rencontre sur la plage. Aussi, comprendrait-on qu'une partie 
de ces derniers pût provenir de la trituration de ces brèches asphaltiques, que 
les eaux torrentielles du wady Sebbeh charrient pendant l'hiver à la mer 
Morte, qui peut rejeter ainsi sur ses bords fasphalte, lorsqu'il s'est dégagé de 
sa gangue dolomitique. Environ à une journée de marche du wady Sebbeh, et 
près du gîte salin du djebel Usdom, on rencontre sur la plage des déhris de 
poudingucs formés de cailloux et de graviers de silex cimentés par du hilume, 
et que les eaux du wady Mahawat paraissent y avoir déposés en s'acheminant 
vers la mer Morte. En remontant ce wady, on voit, en effet, s'augmenter le 
nombre de ces débris de roches bitumineuses et, à trois cents mètres environ de 
sonenlrée,onarriveà un gîte asphaltique important, d'où proviennent les déhris 
dont il vient d'être fait mention, et dont fexistence nous a été signalée par le 
R. M. Trislam, qui l'avait exploré avant nous. Le bitume imprègne fortement 
en ce point les calcaires crétacés; il découle des fissures en retombant |)arfois 
sous forme de véritables stalactites, et sur certains points il imprègne les sables 
el graviers (jui constituent les ailuvions anciennes adossées à ces calcaires, en 
donnant lieu à la formation des sables et des poudingues bitumineux dont il 
vient d'ôlrc question. 

L'cntrafncmenl de ces matériaux bitumineux à la mer Morle ix'ul contri- 
buer, comm(> dans le ras précédent, à enrichir ce lac de fragments d'asphalte, 
que les eaux rcjellont ensuite sur la plage; mais ni Tnn ni l'autre gile n'ont 
une importance assez grande pour qu'on puisse leur attribuer l'origine de ces 
Ile» flotlnnleM de bitume <|ue l'on a vues surnager si souvent sur la mer 
Morii', dont rvn gincmcnls sont à une ccriainc dislancc. (a' (pic nous voyons 

lluUiim ilr 1,1 Siiririr ffrt)loffitiHC de l''niiirr . «j' ndrie, l. XXIV, p. -u) et suivitnlps. 



CHAPITUE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. 73 

se passer sur le bord occidental de la mer Morte peut se produire sous les eaux 
du lac, et, en raison d'un plus grand rapprochement de Taxe de dislocation, à 
l'existence duquel paraissent se rattacher tous ces phénomènes, on devrait 
s'attendre à ce que ces derniers dussent se manifester avec une énergie propor- 
tionnée à leur proximité du fond du bassin. Aussi, est-ce sans doute de ces 
profondeurs que sont venues ces masses considérables de bitume, ainsi que le 
pensaient les anciens et que semblent le prouver leurs descriptions. 

Tels sont les principales dénominations de la mer Morte et les 
principaux caractères qui lui sont propres. 

Elle s'étend du nord-nord-est au sud-sud-ouest dans une lon- 
gueur de 76 kilomètres ; sa plus grande largeur n'en dépasse pas 1 8. 
D'une forme elliptique très-allongée, elle est encaissée entre deux 
chaînes de hautes montagnes, celles de l'antique pays d'Ammon et de 
Moab, à l'est, et celles de Juda, à l'ouest. Au nord, se déroule la large 
vallée du Jourdain, et, au sud, s'étend une grande plaine maréca- 
geuse, remplie de fondrières. Ses eaux sont limpides, mais laissent 
au toucher une impression huileuse et désagréable et, à la longue, 
déterminent l'éruption de pustules. Les différentes teintes qu'elles 
offrent à leur surface varient suivant les saisons, l'état de l'atmos- 
phère, le reflet des montagnes voisines, la hauteur du soleil et une 
foule de causes que je ne puis indiquer ici. Leur aspect général 
est, en somme, à peu près celui de toutes les mers. 

Les plages sont nues et arides, à part quelques endroits, où 
coule un peu d'eau, soit douce, soit sauniiltre, et où croissent 
d'épais fourrés de roseaux et des bouquets de palmiers. 

D'après le rapport de M. Vignes, elles retiennent deux lignes 
régulières de bois flottés, l'une indiquant, sans doute, le point 
atteint par les vagues dans les grands coups de vent; l'autre, le 
niveau le plus élevé dans les conditions ordinaires. En outre, cet 
officier a observé sur les rochers des lignes horizontales tracées par 
les eaux, et distantes entre elles de quelques mètres, et, comme 
elles ne peuvent être le résultat d'une seule saison, il incline à 
penser qu'elles marquent des niveaux successifs de l'eau, qui, par 
suite de causes violentes et à des époques antéi'ieures, aurait baissé 



là DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

subitement. La plus basse de ces lignes est à environ quatre mètres 
au-dessus des bois flottés supérieurs. 

Les courauls occasionnés par le Jourdain et portant du nord au sud sont 
très-sensibles dans la partie nord, dit-il; on les retrouve avec une vitesse 
d'un demi-mille à l'heure dans le canal entre la Lisân et le ras Senin. Des 
contre-courants portant au nord peuvent être remarqués sur les bords. 

La Lisàn, ajoute-t-il, est une presqu'île, relativement basse et sans végéta- 
tion, qui partage la mer en deux parties, dont l'une, celle du nord, est environ 
quatre fois plus grande que celle du sud. Les fonds sont petits dans cette der- 
nière; ils n'atteignent pas plus de 6 mètres; tandis qu'au nord de la pres- 
qu'île, la sonde signale jusqu'à 35o mètres ^. 

Quant à la salubrité de cette mer, elle est plus ou moins grande, 
selon l'époque de l'année où on la parcourt. Ainsi, M. le duc do 
Luynes, en 1 866 , a passé sur cette mer vingt et un jours et vingt 
et une nuits sans quitter son embarcation; or, pendant ce laps de 
temps, du 1 5 mars au 7 avril, ni lui ni aucun des membres de son 
expédition n'ont éprouvé le moindre malaise. M. Vignes l'atteste 
formellement. Cet officier ajoute que la température n'a jamais dé- 
passé 3o degrés, point qu'elle n'a atteint que deux fois, cr Le vent, 
poursuit-il-, nous a rarement fait défaut. Les grandes brises souf- 
flent généralement du nord ou du sud; elles sont quelquefois très- 
fortes, et, dans ces cas, la mer grossit rapidement. -n 

D'un autre côté, le lieutenant américain Lynch, qui exécuta sa 
navigation sur la mer Morte en 1868, du 19 avril au 11 mai, 
s'exprime conmie il suit dans son rapport, à la date du 3o avriP : 

Jusqu'ici, après douze jours de navigation sur la mer Morte, nous avions 
tous joui de la meilleure santé, à une seule exception près; mais alors il se 
présenta des syniplômcs qui m'inspirèrent des inquiétudes. Chacun de nous 
tvail pris l'apparence d'un hydropi(pie; les maigres étaicMit (hîvenus gras, 
tl les gras, presque corpulents; les visages pâles paraissaient llorissants, et 
rcux qui auparavant avaient un teint coloré étaient devenus très-rouges. De 

Extrmi de» noie» d'un l'oyaffc d'ex- /tlonilion à la mer Morte, par 1\1. Vignes, 

phrutioM à In mer Moiie, oie. pot- M. L. y, 7. 

Vignot, limiUmant de voiiwM'aii, p. 7. ' \, y uch , Narratire ofthe UnUed-SlatcK 

krlmil dn noleu d'un rotjnffe d'ex- rxpediiùm , clr. p. 330 et suivantes. 



CHAPITRE II. — HALTE PHES DE LA MEH MORTE. 75 

jjlus, la inoindie égratigiiure passait en suppuration, et le corps de plusieurs 
e'tait couvert de petites pustules. Tous se plaignaient amèrement de la douleur 
qu'ils ressentaient lorsque l'eau mordante de la mer touchait quelques parties 
lësëes. 

Plus loin, il ajoute : 

Autour de nous, il y avait de noirs abîmes; au-dessus de nous, nous aper- 
cevions les pointes âpres des rochers enveloppe'es d'une brunie transparente, 
pareille à une atmosphère visible qui semblait les laisser entrevoir involontai- 
rement; à 1,200 pieds au-dessous de nous, notre sonde avait touché à la plaine 
enfouie de Siddiin, qui est actuellement couverte de l'ange et de sel. Tandis 
que je m'occupais de semblables pensées, mes compagnons avaient cédé à une 
envie de dormir insurmontable, et étaient couchés dans toutes les attitudes 
du sommeil, qui était plutôt un morne assoupissement qu'un repos. A l'hor- 
rible aspect que celte mer nous offrit lorsque nous la vîmes pour la première 
lois, il nous semblait qu'on devait lire, comme à la porte de l'enfer du Dante, 
cette inscription : Que celui qui entre ici renonce à toute espérance! Depuis ce 
temps, accoutumés à des apparences mystérieuses pendant un voyage qui offre 
lant de scènes palpitantes d'intérêt, ces impressions craintives avaient été ou 
diminuées ou écartées par le profond intérêt de nos explorations. .Mais main- 
tenant que je veillais ainsi seul, ce sentiment de terreur revint, et, en regar- 
dant mes compagnons endormis, mes cheveux se dressèrent comme des montagnes, 
ainsi qu'il arriva à Job lorsqu'un esprit passa devant son visage; car, pour 
mon imagination surexcitée, il y avait dans l'expression de leurs visages échauf- 
fés et enflés quelque chose de terrible. L'ange sinistre de la maladie semblait 
planer sur eux; leur sommeil brûlant et fiévreux était pour moi l'avant-cou- 
reur de sa venue. Les uns, ayant le corps courbé, les bras pendants sur les 
rames abandonnées et les mains pelées par cette eau corrosive, dormaient pro- 
fondément; les autres, ayant la tête penchée en arrière, les lèvres fendues et 
saignantes, avec des taches couleur écarlate sur chaque joue, jiaraissaient, 
même pendant leur sommeil, accablés de chaleur et d'épuisement, tandis que 
d'autres encore, sur le visage desquels la lumière de l'eau se réfléchissait, res- 
semblaient à des spectres, et sommeillaient avec un tremblement nerveux de 
tous les membres. La solitude, la scène que j'avais sous les yeux, mes pen- 
sées . . . c'en était trop; assis que j'étais dans cette nacelle, qui se mouvait len- 
tement, il me vint le sentiment que j'étais Charon conduisant, non pas les 
àines, mais les corps des morts et des réprouvés à travers je ne sais quel 
lac de l'enfer. 

Aussi, pour relevei' le courage de ses couipagnous et les ana- 



76 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

cher à l'engourdissement fatal où ils étaient plongés, à la suite de 
cette navigation pénible , par une chaleur trop forte pour des hommes 
habitués à un climat tout dilTérent, le lieutenant Lynch quitta son 
petit navire pendant quelques jours, et se rendit à Kerak. L'air pur 
et vivifiant des montagnes redonna à ses matelots et aux autres 
membres de son expédition les forces dont ils avaient besoin pour 
achever l'exploration complète de la mer Morte. Deux mois après, 
M. Dale, l'un de ses compagnons, succombait à Beyrouth aux at- 
teintes de la fièvre, et presque tous les autres étaient malades; 
néanmoins, ils parvinrent à se rétablir et à retourner en Amérique. 

Quelque temps avant Lynch, le lieutenant Molineux, de la ma- 
rine anglaise, avait fait transporter une embarcation à dos de cha- 
meaux de Saint-Jean-d'Acre à Tibériade. Après avoir parcouru le 
lac de ce nom, vers la fin d'août 18/17, il s'embarqua sur le Jour- 
dain pour descendre vers la mer Morte. Au bout de quelques jours 
de navigation, pendant qu'il suivait lui-même le rivage, son canot 
fut assailli et pillé par des Arabes. 11 parvint néanmoins à le sau- 
ver; mais plusieurs de ses matelots avaient pris la fuite , et ne repa- 
rurent point; deux seulement lui restèrent fidèles. Il entra avec eux 
dans la mer Morte, le 3 septembre, et, sans se laisser rebuter par 
aucun obslacle, il atteignit, en la sillonnant et en pratiquant, che- 
min faisant, plusieurs sondages, la pointe nord de la presqu'île 
El-Meznlah, aj)pelée autrement el-Lisân (la langue). Mais, épuisé 
par la chaleui' et [)ar la fatigue, il dut renoncer à pousser plus 
loin son exj)loi'ation. De retour à Jéricho le G septembre, il était 
dévoré |)ar la fièvre, à laquelle il succondja bientôt à Beyrouth. 

Hemanjuons que ces deux explorations de la mer Morte, qui 
ont coûté la vie, l'une à Dale, l'autre à Molineux, ont été enti'c- 
prises à une époque moins favorable «pie <('ll(' où M. le duc de 
LuyncH accomplit plus tard la sienne. M. \v duc de Luynes, en 
effet, l'exécuta du if) mars au 5 avril, c'est-à-dire avant le com- 
mencement des grandes chaleurs. Lynch, au contraire, avait entre- 
pris Ha navigation sur la mer Morte le 19 avril, c'est-i\-dir(^ près 
d'un mois plus lard, et; <pii (>st bciiicoup dans ces pai'ages. La saison 



CHAPITRE II. — HALTE PRÈS DE LA MER MORTE. 77 

choisie par Moliiieux était encore plus défavorable, puisqu'il avait 
hasardé une pareille exploration dans les premiers jours de sep- 
tembre, mois où la chaleur est encore très-intense en Palestine, 
même sur les hauts plateaux et à plus forte raison dans la vallée 
du Jourdain et sur la mer Morte. 

Quelques années auparavant, trois autres voyages sur cette mer 
avaient précédé celui deMolineux. Dans le courant de l'année i835, 
rirlaiidais Costigan, après avoir descendu le Jourdain sur un canot, 
osa, le premier, avec un seul matelot, aflronter la navigation de 
ce lac redouté, qui, depuis tant de siècles, n'avait été parcouru 
par aucun navire. Il le sillonna pendant cinq jours, et y fit plusieurs 
sondages; mais, exténué de chaleur et de fatigue et manquant de 
vivres, il ne regagna qu'avec beaucoup de peine l'extrémité sep- 
tentrionale du rivage. Transporté mourant à Jérusalem, il expira 
bientôt dans la Ville sainte, où son corps repose encore dans le ci- 
metière catholique. 

En 1887, deux Anglais, G. H. Moore et Wdliani G. Beek, ten- 
tèrent une nouvelle exploration de la mer Morte, qu'ils traversèrent 
en diverses directions, du 99 mars au 1 7 avril. Hs y exécutèrent un 
certain nombre de sondages et de nivellements trigonométriques. 
Malheureusement, abandonnés par leurs guides et par les gens de 
leur escorte, ils furent contraints d'interrompre leurs recherches 
avant de les avoir terminées. 

Dans l'année tS/ii, par les ordres de l'Amirauté anglaise, le 
lieutenant Symonds entreprit une troisième navigation sur cette 
même mer; il en fixa le niveau à 1,281 pieds parisiens ou /loo mè- 
tres au-dessous de la Méditerranée. Suivant lui, la plus grande 
profondeur de ce bassin atteint 35o brasses ou 2,100 pieds an- 
glais, soit 1,970 pieds parisiens ou 6/10 mètres; et, par con- 
séquent, 3,201 pieds parisiens ou 1,0/10 mètres au-dessous de 
la Méditerranée. 

Puis vinrent, comme je l'ai dit, la quatrième expédition, exécutée 
par le lieutenant Molineux en 1867, et, enfin, les deux dernières 
et les plus complètes de toutes, accomplies, l'une, en i8/j8, par le 



78 DESCRIPTION DE LA SAMARIK. 

lieutenant Lynch, et l'autre, en i86Z», par M. Vignes, lieutenant 
de la marine française, et MM. Lartet et Combes, sous la haute di- 
rection de M. le duc de Luynes. Les résultats scientifiques de cette 
dernière exploration ne nous sont encore qu'en partie connus. 
M. Vignes a publié, en 1 865 , un résumé de ses propres recherches, 
intitulé : Extrait des notes d'un voyage d'exploration à la mer Morte, 
dans le wadij Arahah, sur la rive gauche du Jourdain et dans le désm'l 
de Pahnyre, accompagné de deux cartes. 

Dans ce travail, dont j'ai cité plus haut quelques passages, il 
estime, comme je l'ai dit, la dépression de la surface de la mer 
Morte à 892 mètres au-dessous de la Méditerranée, chiffre infé- 
rieur à celui qui avait été indiqué par plusieurs autres voyageurs , 
et que j'ai cru néanmoins devoir adopter, parce qu'il est le résultat 
d'observations faites avec beaucoup de soin et avec d'excellents ins- 
truments. Quant à la profondeur de la mer Morte elle-même, il 
s'est convaincu par de nombreux sondages de la parfaite exactitude 
de la plupart de ceux qu'avait exécutés le lieutenant Lynch; néan- 
moins, sa sonde n'est nulle part descendue plus bas que 35o mètres. 
Lynch, au contraire, signale une profondeur allant jusqu'à 218 
brasses, ce qui équivaut à 899 mètres. Le lieutenant Symonds avait 
même, ainsi que nous l'avons vu, atteint une profondeur beaucoup 
plus grande encore, puisqu'il l'évalue à 35o brasses, c'est-à-dire 
à environ 660 mètres. Ce dernier chiffre est probablement fort 
exagéré, et c'est entre les deux évaluations de Lynch et de M. Vi- 
gnes qu'il faut, selon toute apparence , chercher la vérité. 

Indépendanmient de M. Vignes, M. Lartet a publié plusieurs 
savants articles sur la mer Morte dans la rolloction du Bulletin de 
la iSocicté géologifiue de France et hi piemière partie d'un ouvrage 
plusétendu,au(iuel j'ai emprunté égaliMuiMit ((uelques citations, et 
intitulé : Essai sur la géologie de la Palestine et des contrées avoisinantcs , 
telles (fue l'Egypte et l'Arabie, contenant les observations recueillies dans 
le c(furs de l'exjtédition du duc de Luynes à la m£r Morte. Le monde 
Mvaiit attend avec impatience la seconde partie de ce remarquable 
travail. H nlliMid surloiil j'appai-ilion du grand ouvrage que !<• ciiof 



CHAPITRE II. — HALTE PRÈS DE LA MER MORTE. 79 

même de l'expédition avait composé, avant sa mort, sur les résultats 
géographiques et archéologiques de son voyage, et dont la publi- 
cation, retardée par ce douloureux événement, éclaircira sans doute 
quelques-uns des mystères qui enveloppent encore la mer Morte 
et ses alentours. 

Plusieurs problèmes d'un très-grand intérêt se posent, en effet, 
comme d'eux-mêmes devant l'esprit, en présence de cette mer cé- 
lèbre : 

1° Préexistait-elle à la terrible catastrophe qui a amené la des- 
Iruction des villes coupables de la Penlapole, et servait-elle alors, 
comme maintenant, de grand réservoir aux eaux du Jourdain et des 
autres rivières qui y aboutissent? Ou bien daterait-elle seulement 
de cette époque mémorable, et aurait-elle été produite par un im- 
mense effondrement du sol, à la suite de la conflagration des villes 
maudites et de la vallée remplie de puits de bilume qui formait 
leur territoire? Dans ce cas, où se jetait le Jourdain antérieurement 
à ce grand bouleversement de la contrée? Poursuivait-il son cours 
jusqu'à la mer Rouge par l'Oued el-AVabah? 

2° Oh était située la vallée de Siddim, mentionnée dans la Bible 
comme le lieu ofi combattirent les cinq rois de la Pentapole contre 
les quatre rois qui étaient venus les attaquer, et où, après leur dé- 
faite, les rois de Sodome et de Gomorrhe tombèrent, en fuyant, 
dans des puits de bitume? 

3° Enfin, quel était l'emplacement de chacune des cinq villes 
coupables: Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm et Ségor, et en 
retrouve-t-on quelques débris? 

Examinons d'abord un instant le premier problème. 

Avant que l'on connût l'énorme dépression de la vallée du Jour- 
dain et celle de la mer Morte au-dessous du niveau de la Méditer- 
ranée, l'opinion la plus généralement répandue était la suivante. 
Le territoire de l'antique Pentapole occupait précisément l'espace 
envahi ensuite par la mer Morte. Antérieurement à la destruction 
des villes coupables, il y avait déjà une couche de bitume détrempée 
d'eau sous une couche de terre végétale, au-dessus de laquelle s'é- 



80 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

tendaient de riches campagnes et florissaient les cités maudites. 
Le Jourdain se divisait en une infinité de canaux pour arroser cette 
plaine merveilleuse et lui donner cette fécondité remarquable que 
la sainte Ecriture compare à celle de l'Egypte. Les eaux de ce 
fleuve se perdaient plus loin au milieu des sables, ou s'écoulaient 
dans un grand lac salé, qui existait peut-être au-dessous de la 
plaine. Qnand le feu du ciel eut enflammé le bitume qui était en- 
fermé dans les entrailles de la terre, la combustion, en produisant 
un vide immense, détermina l'afi'aissement du terrain supérieur et 
engloutit à la fois hommes, villes et campagnes. Le Jourdain, trou- 
vant devant lui un vaste abîme béant, s'y engoufi'ra et finit par le 
renqîlir entièrement. 

Lorsque, en 1812, Burckhardt^ eut signalé la grande vallée 
d'A'rabah, dont j'ai parlé précédemment, et qui s'étend au sud de 
la mer Morte dans la direction de la mer Rouge, la révélation de 
ce fait important donna bientôt naissance à une hypothèse, en ap- 
parence très-plausible, en vertu de laquelle on considérait cette 
vallée comme étant l'ancien chenal par où le Jourdain allait autre- 
fois déverser ses eaux dans le golfe Elanitique, aujourd'hui golfe 
d'A'kabah. 

M. Léon de Laborde, en 1828, en publiant son ouvrage sur 
l'Arabie Pétrée, y joignit une carte sur laquelle il n'hésita pas à 
désigner par la dénomination (Yancten lit du Jourdain la vallée en 
question. D'après ce savant, comme d'après beaucoup d'autres, 
l'interruption soudaine du cours du Jourdain, lors de la catastrophe 
«jui bouleversa la Pentapole, avait amené la formation du lac As- 
pliallit(>. 

Néanmoins, dès i835^, M. Letronne émit des doutes très-sé- 
rieux sur ce prétendu lit du Jourdain, doutes qui furent également 
partagés par le ca|)ilaine Callier'. Cet oflicier avait, en i833, 
quille lïébron avec l'intention de suivre toute la vallée d'AVabah, 

' Rurckhanlt, Traveh in Syria nnd ihr. («Iiro i83f), p. 596. — * Journal des 
lloly i.tinil. Savants, janvier 1830 : Lciirc à M. Lc- 

' l/»ln»iiiii'. Journal ilr$ Savautu , or- trouur. 



CHAPITRE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. 81 

depuis rexirémité méridionale de la mer Morte jusqu'au golfe Ela- 
nitique; mais divers obstacles entravèrent les plans du voyageur, 
qui dut aller d'Hébron à A'kabah par le désert de l'ouest. Dans ce 
voyage, le capitaine Callier rencontra plusieurs vallées qui, à une 
distance plus ou moins grande de la mer Morte, quelques-unes à 
sept journées de marche d'intervalle, se dirigent au nord-nord-est 
vers cette mer. Il en conclut que le bassin de la mer Morte devait 
avoir, de toute antiquité, reçu les eaux des montagnes du sud, et il 
en conçut des doutes fort légitimes sur l'ancien écoulement du 
Jourdain dans la mer Rouge. Mais ce qui jeta un jour nouveau sur 
cette question, ce fut la découverte, faite presque en même temps, 
en 1887, par Moore et Beek, d'une part, et par Schubert, de 
l'autre, de la grande dépression de la mer Morte au-dessous de la 
Méditerranée. Cette dépression, estimée à 98 toises par Schubert, 
fut bientôt portée à Ai 9 mètres par M. de Bertou, ensuite, par 
Russegger, en 1888, à /i85 mètres. Réduite, en i8A8,à /loo mè- 
tres par le lieutenant Symonds, qui d'abord l'avait évaluée à 
/i27 mètres, elle retomba, en 18/18, à 890 mètres par les obser- 
vations du lieutenant Lynch; le lieutenant Vignes, enfin, en i86/», 
la fixa à 899 mètres, chiffre intermédiaire entre ceux auxquels 
étaient arrivés le lieutenant Symonds et le lieutenant Lynch, et qui 
probablement est le plus exact. 

Pour en revenir à l'année 1887, où avait été révélée pour la 
première fois au monde savant la connaissance de cette dépression 
extraordinaire, elle vit également s'accomplir une autre découverte, 
due de même à M. de Bertou. Jusqu'alors, la vallée d'A'rabah n'a- 
vait été parcourue dans son entier par aucun voyageur moderne. 
M. de Bertou la suivit dans toute son étendue, depuis l'extrémité 
méridionale de la mer Morte jusqu'au golfe d'A'kabah, et constata 
au milieu de ce désert l'existence d'un double versant, dont la ligne 
de faîte est évaluée par lui à 160 mètres environ au-dessus de la 
Méditerranée. Cette même vallée a été depuis explorée avec le plus 
grand soin, en 1 86ù, par M. le duc de Luynes et les membres qui 
faisaient partie de son expédition, et la ligne de faîte du partage 

I 6 



8l> DESCniPTIOiN DE LA SAMAHIK. 

des eaux signalée par M. de Bertou a été reconnue par eux. M. Vi- 
gnes en évalue l'altitude au-dessus de la Méditerranée à 9./10 mètres. 
11 lut constaté par cette double exploration, dont la seconde con- 
lirma rompléteinent l'existence du l'ait important révélé par la 
pn'mière. qu'il v avait une indépendance absolue entre les deux 
bassins hydrographiques de la mer Morte et de la mer Rouge. En 
effet, toutes les eaux de l'Oued A'rabah et de ses alîîuents au nord 
de cette ligne de faîte aboutissent à la mer Morte; au contraire, 
foutes celles qui se trouvent au sud de cette même ligne se rendent 
au golfe d'A'kabah. 

En face de la dépression énorme de la mer Morte, dépression 
qui est également très-accentuée dans la plus grande partie de la 
vallée du Joui'dain, puisque déjà le lac de Tibériade est à 189 mè- 
tres au-dessous de la Méditerranée; en face aussi de la ligne de 
faîte qui coupe en deux tronçons bien distincts l'Oued A'rabah , 
tronçons tellement différents , à cause de leur inclinaison en sens con- 
traires, que l'un s'appelle Oued A'rabah, et que l'autre est connu plus 
particulièrement sous le nom d'Oued A' kabali; en présence, dis-je, 
de ces deux phénomènes physiques, l'un et l'autre parfaitement 
constatés maintenant, comment croire encore à lancioii écoule- 
ment du Jourdain dans \v golfe Elaniti((ue? 

On aurait |)u, il esl vrai, dit M. Ijarlt'l ', pour conserver cette explication, 
recourir à l'hypothèse d'affaissements gij|antesques. Mais ces afTaisseuienIs 
n'auraient pu se |)ro(luire, ajoulc-l-il, sans déranger Ibrlemenl rhoiizonlalité 
des sëdimenls du fond de la vallée. C'est ce que l'étude straligraphique de ces 
dépôts ii«î |)erinel pas d'adineltre. S'il était , d'ailleurs, nécessaire d'ajouter aux 
preuves précédentes de la non-inleniq)li()n du cours du Jourdain un témoi- 
gnage fourni par les ohservalions géologlipies, nous pourrions dire que l'élude 
attentive de lu structure du sol aux environs du partage des eaux de TArabah 
nous fait considérer cette ligue de faîte comme un barrage crétacé, séparant 
d'une façon couqilèle les deux \ersants anticlinaux de ce désert. A celle alli- 
lu<le, le» terrains crétacés ne sont plus recouverts «pie de letirs propres débris 
el n'olTrenl aucune trace du passage d'un ancien cours d'eau se dirigeant vers 
la nier itouge. Il i'kI, d'ailleurs, à remanpu'r (pie, dans les alluvions aiuieiiiies 

• Hullrlhi (le lu StH'irl^ ffi'oloffùiup tli' l'vmirr . •»' si-ric. (. XMI. p. 'i'5i. 



CHAPITRE H. HALÏE PUES DE LA MER MORTE. 83 

de rOued Arabah, les galets paraissent de plus en plus gros, à mesure que 
l'on se rapproche, en marchant vers le sud, du partage des eaux. A cette preuve 
de la direction vers la mer Morte des anciens coui-s d'eau, qui ont entraîné et 
déposé ces sédiments, viondiait également s'ajouter la présence, vers l'extrémité 
sud-ouest de ce lac, dans les mêmes alluvions anciennes, de cailloux appar- 
tenant à des variétés de porphyres feldspathiques quartzifères dont les gise- 
ments ne se retrouvent qu'au sud de ce point. 

Donc, si les renseignements fournis par M. Lartet sont exacts, 
comme tout porte à le supposer de la part d'un géologue aussi 
sérieux et d'un explorateur aussi consciencieux des contrées qu'il 
décrit, il faut renoncer à l'hypothèse de l'ancien écoulement du 
Jourdain dans la mer Rouge. Quant à la mer Morte, M. Lartet pense 
que non-seulement elle est antérieure à l'époque de la destruction 
de la Pentapole, mais encore qu'elle était, dans un âge très-reculé 
et qui a précédé de longs siècles l'apparition de l'homme sur cette 
terre, hien plus étendue qu'elle ne l'est maintenant. 

Suivant lui, on peut observer d'anciens dépôts de cette mer 
autour de son bassin, et fort loin au nord et au sud des limites 
(ju'elle occupe acluellemenl. 

Ces sédiments, dit- il', se présentent, en général, sous la forme d'innom- 
brables feuillets de marne d'un gris clair, alternant avec des couches extrê- 
mement minces, de couleur et quelquefois de nature toute différente, et sou- 
vent exclusivement composées de substances salines, telles, par exemple, que 
du gypse lenticulaire ou des argiles salifères. 

Si, poursuit-il plus bas, on joint à la puissance, en quelques points fort 
considérable, de ces dépôts le nombre infini de lits de natures diverses dont 
ils sont composés, on arrive bien vile à l'idée qu'il a dû s'écouler un espace 
de temps très-long avant que le dépôt ait été effectué complètement. . . 

Au sud du lac, ces dépôts constituent en grande partie cette ligne arquée 
d'anciennes falaises qui limitent la plaine marécageuse dite de la Sebkah. Ils 
s'étendent de là, assez loin au sud, dans l'Oued Arabah... 

Au nord de la mer Morte, ces terrains acquièrent une grande extension. 
Ils s'étalent dans la vallée de chaque côté du Jourdain. Ce fleuve, ainsi que 
l'Oued Djeib et les divers alïluents du bassin, a creusé son lit et déposé ses 
alluvions an milieu de ces dépôts. 

Bttlklin (le In Société gpoingique de France, a' série, t. WII, p. Zi5i. 



84 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

En remontant celte vallée près de l'Oued Zerka, M. Lartet .• 
constaté que ces mêmes dépôts atteignent une hauteur d'environ 
loo mètres au moins au-dessus du niveau de la nier Morte. Par 
là, il demeure à ses yeux prouvé que ce lac, bien loin d'avoir pris 
naissance à l'époque qu'on lui assigne ordinairement, était, au 
contraire, vers la fin de la période tertiaire ou au commencement 
de la période quaternaire, beaucoup plus vaste qu'il n'est mainte- 
nant, puisqu'il recouvrait de ses eaux une grande partie de la vallée 
du Jourdain et une partie également notable de l'Oued A'rabab. 
Lorsque, sous l'influence de causes qu'il est difficile de déterminer, 
il s'est peu à peu retiré et renfermé dans des limites beaucoup 
plus restreintes, il a laissé derrière lui des dépôts marneux très- 
considérables et riches en lits gypseux et salifères; et c'est à tra- 
vers ces dépôts que le Jourdain et les autres affluents de la mer 
Morte se sont ouvert un passage. Ils ne sont plus aujourd'hui en 
contact avec ces collines marneuses et blanchâtres, couvertes seu- 
lement de quelques arbustes épineux ou de plantes salées, comme 
les terrains qui les produisent; mais ils coulent au milieu d'un li- 
mon jaunâtre, qui provient des terrains qu'ils ont traversés avant 
de se jeter dans le Rhôr et où s'épanouit une végétation luxuriante. 

Mais, me dira-t-on, si vous admettez que la dépression de la val- 
lée du Jourdain et de la mer Morte est bien antérieure à l'époque 
liistori(|ue, en sorte que jamais le Jourdain n'a pu se jeter dans la 
mer Rouge; si vous admettez, en outre, avec M. Lartet, que non- 
seulement la mer Morte n'est pas le résultat d'un énorme affaisse- 
ment du sol par suite de l'embrasement de la Pentapole, mais en- 
core que, primitivement et à une épo(jue antéhistorique, elle était 
bien plus éloiubie (pie mainleiiant, où placez-vous alors la vallée 
de Si(hlim cl le territoire des cinq villes coupables? J'arrive ainsi 
à la .seconde question (|ue j(; im^ suis posée, et je vais essayer de la 
résoudre en mettant d'accord la Riblc avec les données de la géo- 
logie (pii semblent lui Atre conlraires. 

Kt d'abord, «pie dit rKcrihire sainic par rappoil à la vallée <le 



I 



CHAPITRE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. 85 

Siddiin, en hébreu nntyn poy, emek lia-Siddim, en grec v (p<xp<xy^ 
r) àXvTCïf, Tf KoïkcLs 7} àXvxrj, en latin vallis Silvestris? 
Nous lisons dans la Genèse : 

1. Factum est autem in iliotenipore, ul Âmraphel , rex Sennaar, el Ariorli, 
rex Ponli, et Chodoilahomor, rex Elamitarum, et Thadal, rex Genliiun, 

9. luirent belluni contra Rare, regem Sodomorum, et contra Rersa, regeni 
Goniorrhœ, et contra Sennaab, regeni Adaniœ, et contra Senieber, regem Se- 
boiin , contraque regem Râla.', ipsa est Segor. 

3. Omnes lii convenerunl in vallem Silvestreni, qua; nunc est mare salis. 

Quelques versets plus loin, la Bible ajoute : 

8. Et egressi sunt rex Sodomorum, et rex Gomorrba», rexque Adama;, el 
rex Seboim, necnon et rex Râla;, quai est Segor, et direxerunt aciem contra eos 
in valle Silvestri. 

10. Vallis autem Silvestris habebal puteos niullos bituminis. Itaque rex 
Sodomorum et Gomorrliœ lerga verlerunt, cecideruntque ibi : el qui remanse- 
rant, lugerunt ad montem '. 

De ces différents versets il résulte que la vallée de Siddini , ap- 
pelée, dans la Vulgate, vallis Silvestris , sans doute à cause des l'oréts 
ou des vergers qui la couvraient, et, par les Septante, ij Çxxpdy^ v 
àXvKïj ou ïî KotXoLs il àXvxïj, la vallée salée, en raison probablement 
des dépôts salifères qui s'y trouvaient, avoisinait les cinq villes de 
la Pentapole, puisque les quatre rois ligués pour venir les attaquer 
se réunirent en cet endroit, et que les cinq rois de la Pentapole y 
rassemblèrent aussi leurs forces pour détendre leurs villes et le 
territoire qui en dépendait. Cette vallée, comme nous l'apprend 
en outre la Bible, était remplie de puits de bitume. Entin, d'après 
le texte sacré, elle devint ensuite la mer salée: 

Omnes bi convenerunl in vallem Silvestrem, qua) nunc est mare salis. 

Le nunc de la Vulgate n'est pas dans le texte hébreu; mais le 
sens reste le même : 

kTous ceux-ci se réunirent dans la vallée de Siddim; elle (est) la mer salée. ^5 
' Genèse, c. xiv, v. i, a, 3, 8 cl lo. 



86 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Les Septante traduisent ainsi ce verset : 

Havres ovrot auvs(pcôvrj(Tav êiit t»}i» (pâpayya Trjv àXvxtfv ' avrtj >; ^-dXaaaa. 

La Bible, comme on le voit, est positive sur ce point : elle adirine 
que la vallée de Siddùn est la mer salée. 

Que dit, maintenant, l'historien Josèplie en racontant les mêmes 
faits? 

Fevôfievot Se xarà ^àSofia œI paroTreSevova-i xarà rtjv xoïkdiSa. tyjv leyo- 
(ÂévTjv ^péaia ctai^aXTOu * xaT' èxsîvov yàp tov xctipov (ppéara. ^v èv tô» Tf^Trw ' 
vvv ixévTOi Tris ^oSo(xiTÔ5v zrôXscos dÇiaviaôeîcrrjs, ^ xoiXàs êxsivri Xifxvri ys- 
yopsv v A^ÇoatItis Asyofiévt] '. 

ff Étant arrivés près de Sodome, ils (les quatre rois) dressent leur camp dans 
la vallée appelée Puits d'asphalte; car alors il y en avait en cet endroit. 
Mais, après la destruction de la ville de Sodome, celte vallée devint le lac dit 
Aspbaltite. " 

Josèplie se joint à la Bible pour attester que la vallée de Siddim, 
qu'il désigne sous le nom de Puits d'asphalte, a été engloutie sous les 
eaux et est devenue le lac Asphaltile. Nous apprenons également 
par lui que cette vallée était voisine de Sodome. 

Quelle conclusion laut-il tirer de ces passages de la Bible et de Jo- 
sèplie? Devons-nous, avec la plupart des commentateurs, admettre 
cjue la vallée de Siddim conq)rcnait toute l'étendue actuelle de la 
mer Morte, et que celle-ci, par conséquent, n'existait pas avant la 
ralastroplie qui bouleversa entièrement le territoire de la Penta- 
pole? Mais alors (|ue devenaient les eaux du Joui'daiii et celles des 
divers allluents (pii se jettent actuellement dans la mer Morte? Le 
Jourdain, à lui seul, d'aj)rè8 des évaluations plus ou moins rigou- 
reuHCs, porte journellenuMit à cette mer, à certaines épocpies de 
raiiiiéc, 6,5oo,ooo tonnes d'eau. Il est permis d'évaluer à une 
huiiiine h peu près égale le voluim* d'eau <|U(; lui l'ournissent en 
outre tous les autres oued réunis (|iii y aboutissent de l'ouest, de 

' .{nliiiniléê jiniiûtiue» , I. I, r, ix. 



CHAPITRE II. — IIALTR PUES DE LA MER MORTE. 87 

l'esL (îl du sud. Cela t'ait i3 millions de tonnes d'eau qui chaque 
jour sont déversées dans ce grand bassin, du moins à certains mo- 
ments. Il est alors très-plein et déborde hors des limites plus res- 
treintes dans lesquelles il se renferme habituellement. Néanmoins, 
la chaleur est si grande au fond d'une semblable dépression, et l'éva- 
poralion qui s'exerce à la surface du lac est si puissante qu'elle lui 
enlève, même alors, presque autant qu'il reçoit, et l'équilibre finit 
bientôt par se rétablir entre ses pertes et ses gains. 11 n'est donc 
pas nécessaire d'admettre l'existence d'un canal ((uelconque qui 
conduirait l'excédant des eaux de la mer Morte dans une des deux 
mers voisines, hypothèse que réfute d'ailleurs péremploirenient 
l'énorme dépression de la premièie par rapport 'soit à la mer 
Rouge, soit à la Méditerranée. 

Mais, sans ce grand bassin de la mer Morte, capable de présen- 
ter à l'intensité des rayons du soleil une surface liquide considé- 
rable soumise à l'évaporation , oîi allaient se perdre, je le répète, 
les eaux du Jourdain et des autres affluents dont j'ai parlé? A mon 
avis, n n'y a que deux manières possibles de résoudre ce problème, 
en tenant compte à la fois de la configuration actuelle du pays, des 
données de la géologie et de celles de la Bible. Tous ces éléments 
divers doivent entrer en ligne de conq)te comme autant de faits 
qui ne peuvent évidemment se contredire qu'en apparence, et qui 
doivent, au fond, se concilie!". 

Cherchons d'abord à bien préciser la question au sujet de la 
vallée de Siddira, et interrogeons de nouveau les Livres saints sur 
ce point. 

Abraham et Loth se trouvant entre Bethel et Haï, et, leurs trou- 
peaux s'étant très-multipliés, des querelles surgirent entre leurs 
bergers. 

8. Abiaiii ' dit alors à Lolli : Je le prie, qu'il n'y ait point de dispute entre 
moi el loi, ni entre mes bergers et les liens, car nous sommes h'ères. 

9. Tout le pays n est-il pas à ta disposition? Sépare-toi, je te prie, d'avec 

Ce [)ali-iîii-clie ne s'ii()pc'liut pas encore Abraliani, mais Abram. 



88 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

moi. Si tu choisis la gauche, je prendrai la droite; et si tu prends la droite, 
je m'en irai à gauche. 

10. Loth, levant les yeux, vit toute la plaine du Jourdain, qui, avant que 
le Seigneur détruisit Sodome et Gomorrhe, e'iait arrosée parlout comme le 
jardin de rÉternel et comme le pays d'Egypte, jusqu'aux environs de Zoar 
(Ségor). 

11. Loth choisit pour lui toute la plaine du Jourdain, et il alla du côté 
de l'orient ; ainsi ils se séparèrent l'un de l'autre, 

12. Ahrani donc demeura au pays de Chanaan; et Loth demeura dans les 
villes de la plaine, et il y dressa ses tentes jusqu'à Sodome^. 

Nous avons vu plus haut que la vallée de Siddim, appelée dans 
la Vulgate vallis Silvestris, devait avoisiner les cinq villes de la Pen- 
tapole, qui, probablement, s'élevaient alentour. Nous avons vu éga- 
lement, d'après un passage formel de la Bible, qu'elle fut ensuite 
transformée en mer de sel. Tout porte à croire que la plaine du 
Jourdain signalée ici, dans le texte hébreu, ^l'T'ri "isp-^D, kol hikkar 
ha-Jarden, tout le cercle, toute la plaine autour du Jourdain, dans la 
version des Septante , Tsàcrav tïjv TSepiywpov tov lopSdvov , dans la 
Vulgate, omnem circa regionein Jordauis , est identique, au moins dans 
sa partie méridionale, avec la vallée de Siddim où les rois de la 
Pentapole furent vaincus par les quatre rois ligués contre eux. 

Pesons tous les termes du verset suivant : 

Elevalis itaque Lot oculis, vidit omnem circa regionem Jordanis, quœ 
univei-sa irrigahalur, antecjiiam suhverlerct Dominus Sodomam et Gonior- 
rliam, sicut paradisus Doniini, et sicut ^Egyptus, vcnientihus in Segor. 

Loth 8C trouvait alors avec Abraham entre Haï et Bethel. Des 
hauteurs où il a planté sa tente, il jette les yeux vers l'est et 
aperçoit toute la vallée du Jourdain, qui, avant la destruction de 
Sodome et Gomorrhe par le S(Mgneur, était tout entière arrosée 
ju»(|u'à Ségor comme le jaidin de l'Kternel et comme la terre 
d'Egypte. 

Or, de» hauts plateaux de Bethel, en touinaiit son regard vers 



CHAPITRE II. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. 89 

l'est, on plonge dans la vallée de Jéricho. Cette vallée, que traverse 
le Jourdain et qui est désignée, par conséquent, sous le nom de 
plaine du Jourdain, s'étendait-elle alors sans interruption jusqu'à 
Ségor (Tsoar), sillonnée en tous sens par des canaux d'irrigation, 
comme le Delta de TEgypte, et couverte d'admirables vergers? 
Dans ce cas, il faut supposer que la mer Morte n'existait point à 
cette époque, puisque celle-ci, au dire de Josèphe et d'Eusèbe, 
était comprise précisément entre Jéricho au nord et Tsoar au sud. 
En effet, après avoir décrit les riches et délicieux jardins de 
Jéricho, Josèphe parle immédiatement du lac Asphaltite, dont il 
détermine ainsi l'étendue : 

TavTïjs Ttjs Xt(Jivïjs fxrixos [xèv bySorfjiovTa xat 'aevxax6<Jioi aldSioi, xadb 
Sïj (xéxpi Tjocipcov jrjs Apa^tas éxTSiveTatj evpos Se aevTtjxovTa. xai èxoaov '. 

f Ce lac a une longueur de 58o stades, en tant qu'il s'étend jusqu'à Zoar 
d'Arabie; sa largeur est de iSo.'n 

D'un autre côté, nous lisons dans Y Onomasticon d'Eusèbe : 

(doiXacra-a ij àXvxrj, ») xaXovfiévti Nexpà xaï Acr(paXTÎ'T<$, |!xeTa|ù lspi)(Ovs 
xa.) Xoopcov. 

«La mer salée, appelée mer Morte et Asphaltite, entre Jéricho et Zoor.w 

D'oii il suit que Zoar ou Zooi", la Ségor de la Vulgate, la Tsoat\ 
nyls, du texte hébreu, était située vers l'extrémité méridionale de 
la mer Morte et non point à l'extrémité septentrionale, comme le 
prétendent sans fondement quelques critiques, qui, ne tenant au- 
cun compte des textes les plus formels et d'une tradition non in- 
terrompue, placent la vallée de Siddim au nord de la mer Morte 
et sont disposés à confondre Zoar avec Jéricho. Pour eux la Penta- 
pole, cette plaine du Jourdain arrosée comme la terre d'Egypte 
jusqu'à Zoar, ou, en d'autres termes, la vallée de Siddim, ce n'est 
autre chose que la vallée elle-même du Jourdain jusqu'à l'embou- 
chure de ce fleuve dans la mer Morte. Ainsi, disent-ils, tout s'ex- 

' Guerre des Juifs, I. IV. c. vui, S 'i. 



90 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

plique, et ce problème de l'accord de la Bible avec la coiifiguratioii 
actuelle de la contrée est tout naturellement résolu. Mais, encore 
une lois, si l'on ne veut pas tout confondre, sous prétexte de tout 
simplifier, il est impossible d'identifier la vallée de Siddim avec la 
plaine de Jéricho et de chercher au nord de l'embouchure actuelle 
du Jourdain l'emplacement des cinq villes maudites et du terri- 
toire qui leur appartenait. Cette vallée, comme l'atteste un passage 
de la Bible des plus positifs, est devenue la mer Morte : 

Oinncs hi convenerunt in vallem Silveslrem, quœ nunc est mare salis. 

Elle était donc située au sud de la plaine de Jéricho, qui, depuis 
l'époque historique, n'a jamais été envahie par les eaux de la mei' 
Morte, a toujours été vantée pour son admirable fertilité et ne 
demanderait encore qu'à produire, si elle était mieux cultivée. 
Ce ne peut être là la plaine maudite, consumée par les feux du 
ciel et condamnée à une éternelle stérilité. Par conséquent, le 
même problème subsiste toujours, et je n'y vois que deux solutions 
possibles : 

i" Ou bien la Penlapole occupait l'emplacement de tout le 
bassin actuel de la mer Morte; 

a° Ou bien elle n'en occu])ait (|ue la partie méridionale, celle 
qui, à partir de la prescjuîle de la Lisiln, n'est plus qu'une simple 
ia|runc. En ellet, tandis qu'au nord de cette presqu'île, la sonde 
accuse une profondeur qui atteint en certains endroits 35o mètres, 
la plus grande profondeur, au sud de cette même presqu'île, n'est 
plus que de (> mètres. Il y a donc deux zones bien distinctes dans 
ce vaste bassin, séparées l'une de l'autre par un canal (|ui, dans 
sa partie la plus resserrée;, compte à peine '^,300 mètres de large. 

Dans la première hypothèse, il faut a<lmettrc ((ue la mer Moite, 
dont M. Lartct a constaté les anciens dépôts hien au delà de ses 
limites acluelles, et qui, par conséfpienl , à une é|)()(|ue antéhisto- 
rique, était bien plus étendue (|u'elle ne l'est maintenant, était, 
du temps (r\braliani. ch^sséchét» ou l'éduile à l'état de lac souter- 
rain. \jP. bassin qu'elle remplit <i('lu('ll(>m<>iil él.iif alors rccouNcrt 



CHAPITRE H. — HALTE PRES DE LA MER MORTE. 91 

d'uiie puissante couche végétale, que fécondaient de nombreux ca- 
naux dérivés du Jourdain et des autres affluents qui se jettent au- 
jourd'hui dans ce lac. Leau de ce fleuve et de ses affluents pouvait 
se perdre à la fois par l'irrigation, par l'évaporation et par des 
infiltrations souterraines, sans qu'on soit contraint d'imaginer un 
prétendu écoulement vers la mer Rouge, auquel s'opposent l'extrême 
dépression de la vallée du Jourdain en cet endroit et les deux ver- 
sants anticlinaux que j'ai signalés dans l'Oued A'rabah, au point où 
il devient l'Oued el-A'kabah. 

Lorsque, ensuite, la vengeance divine, provoquée parles crimes 
abominables des villes maudites, détruisit la Pentapole, les feux 
du ciel, en embrasant les nombi'eux puits de bitume qui parse- 
maient la vallée de Siddim, au témoignage de la sainte Ecriture, 
conununi(juèrent au sous-sol de cette vallée une conflagration 
générale ; de là un allaissement des couches supérieures et la 
réapparition du lac souterrain qui avait primitivement formé les 
dépôts susdits, et où s'engoufl'ra le Jourdain avec les autres aflluents 
qui y aboutissent. 

D'après la seconde hypothèse, à l'époque d'Abraham comme de 
nos jours, le Jourdain se serait jeté dans la mer Morte au sud de 
la ])laine de Jéricho, mais cette mer aurait alors compris seulement 
le giand et profond bassin septentrional qui s'étend au nord de la 
presqu'île de la Lisân, et la Pentapole aurait embrassé dans ses 
limites cette presqu'île, la lagune méridionale, le canal qui la re- 
joint à la zone antérieure, c'est-à-dire au lac proprement dit, et 
peut-être aussi la Sebkhah, qui s'arrondit en plaine marécageuse au 
sud de cette lagune. 

Conformément aux doimées de la Bible, le territoire de la Pen- 
tapole (ou la vallée de Siddim ainsi délimitée) aurait été également 
arrosé par le Jourdain, (pii, de même qu'il sort du lac Houleh et 
du lac de Tibériade, après les avoir traversés l'un et l'autre, aurait 
pareillement traversé de part en j)art ce troisième lac et en serait 
ressorti à l'ouest de la Lisàn, pour arroser la vallée de Siddim, dont 
je viens d<^ déternn'ner l'étendue. H est permis de supposer que la 



92 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

mer Morte était alors beaucoup moins salée et huileuse qu'elle ne 
Fa été depuis, car c'est principalement au sud du grand bassin 
auquel je réduis son périmètre à cette époque qu'abondent les 
gisements salés et bitumineux, soit autour de la lagune méridio- 
Dale, soit sous cette lagune même. 

M. le lieutenant Vignes a remarqué, après Lynch, que les cou- 
rants occasionnés par le Jourdain sont très-sensibles dans la partie 
nord de la mer Morte, et qu'on les retrouve encore avec une vi- 
tesse d'un demi-mille à l'heure dans le canal entre la Lisân et le 
ras Senin. 

Le Jourdain, en sortant de la mer Morte, mais avec un volume 
d'eau beaucoup moins considérable qu'il n'y était entré, pouvait 
donc, suivant cette seconde hypothèse, que je regarde comme assez 
plausible, arroser, sans l'inonder toutefois, la grande plaine qui 
devint plus tard la lagune et la Sebkhah. Ses eaux, en eiïet, du 
moins je le suppose, en traversant la mer Morte d'alors, c'est-à- 
dire le grand bassin septentrional qui précède la Lisân, et qui, je 
le répète, devait être à cette époque bien moins salé que mainte- 
nant, n'avaient point contracté dans leur parcours assez d'amer- 
tume et de salure pour être impropres à féconder par des irriga- 
tions la plaine où elles seraient amenées. Réparties de tous côtés 
au milieu de cette plaine, qui n'était autre que celle de la vallée 
de Siddim ou de la Pentapole, elles pouvaient fort bien s'épuiser 
et se perdre à la longue, en se divisant dans d'innombrables petits 
Hinaux, subdivisés eux-mêmes en rigoles, et soumises, par consé- 
quent, à des inhllrations continues et à une évaporaiion incessante 
sous cette zone réellenuMit torride. 

En résumé, quelle (jue soit celle de ces deux hypotlièses que 
l'on ado))t(>, elles me paraissent concilier k la fois les données de 
la Bible el celles de la géologie. La PentapoK;, arrosée jadis par le 
Jourdain, comme l'allirment les Livres saints, s'est bien efl'ective- 
mcnl ensuite ulTaisséc, ù la suite de l'iMubrasement des villes cou- 
pahlvs, pour iornn;r, soit le bassin (■onq)let de la mer Morte, soit 
tteuliMlienl la lagum* nHTidionalc Le texte sacré a donc pu dire en 



CHAPITRE II. — HALTE PRÉS DE LA MER MORTE. 93 

loule vérité : la vallée de Siddim, qui est la mer Salée. En s'arrêtant 
à l'une ou à l'autre de ces deux hypothèses, on ne se heurte pas 
à des impossibilités physiques et l'on n'est point forcé de contredire 
soit la Bible, soit la géologie. J'admets à la fois et les faits révélés 
par la première et ceux que la seconde a constatés. Le profond 
sillon de toute la vallée du Jourdain, la dépression extraordinaire 
du bassin de la mer Morte, celle de l'Oued AVabah, qui se relève 
ensuite jusqu'à ce que, ayant atteint la ligne du partage des eaux, 
il s'abaisse de nouveau vers l'ancien golfe Élanitique, sous le nom 
à'Oued A'kabah, tout cela est regardé par des géologues très-con- 
sciencieux et très-compétents comme bien antérieur à l'époque de 
la destruction de la Pentapole, et comme l'un des traits tellement 
caractéristiques de la contrée, qu'il doit être contemporain de la 
formation générale de cette contrée elle-même. Je suis loin de 
contester une pareille affirmation et de prétendre avec quelques 
critiques que cet affaissement gigantesque et cette dislocation pro- 
fonde, accompagnée de soulèvements non moins importants, soient 
de date relativement si récente et de la même t'poque que la des- 
truction de la Pentapole. D'un autre côté, je m'incline avec respect 
devant les paroles de la sainte Ecriture énonçant des faits non 
moins certains que ceux qui résultent de l'étude attentive du sol. 
Ni les uns ni les autres ne peuvent être niés : il s'agit seulement 
de savoir les concilier. 

La troisième question que je me suis posée est celle de l'empla- 
cement de chacune des cinq villes de la Pentapole. Sans essayer 
de la résoudre ici , puisque je n'ai pas parcouru moi-même cette 
partie de la Palestine, et que je n'ai pas le droit de parler de loca- 
lités que je n'ai pas visitées personnellement, je vais me borner 
sur ce point à quelques considérations générales, qui peuvent être 
émises a friori et sans inspection préalable des lieux. 

J'ai dit plus haut que la vallée de Siddim occupait, soit le bassin 
complet de la mer Morte, soit la partie méridionale et très-peu 
profonde de ce bassin. Elle est donc, par suite d'un affaissement 
plus ou moins considérable du sol , ensevelie depuis de longs siècles, 



n DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

cesl-à-dire depuis la destruction des villes maudites, sous une nappe 
d'eau salée, qui le devient de plus en plus, à mesuie qu'elle se sa- 
ture davantage d'éléments salifères. Mais cela ne veut pas dire que 
ces villes elles-mêmes aient été pareillement englouties et que le 
site en soit à tout jamais introuvable sous la couclie liquide qui les 
recouvre. Rien ne prouve, en effet, qu'elles aient été situées au 
milieu de la vallée. Tout semble indiquer, au contraire, qu'elles 
devaient plutôt en occuper les contours, au pied des montagnes 
qui la bordaient , afin d'être plus rapprochées des sources qui pou- 
vaient jaillir de ces dernières et d'avoir, en outre, une position ])lns 
forte et j)lus saine. 

Le savant Reland' et, après lui, plusieurs critiques, notamment 
M. de Saulcy^, ont prouvé suffisanmient que la submersion des 
villes maudites sous les eaux du lac Aspbaltite ne résulte d'aucun 
des textes de la Bible, et je renvoie le lecteur aux arguments qu'ils 
invoquent et aux conclusions qu'ils en tirent. 

Parmi ces villes, la plus importante, je veux dire Sodome, en 
hébreu, dId, Sedom; en grec, xà ^oSofjiOL, i) tsoXis ^oSofxiTwv; 
en latin, Sodoma, a conservé son nom dans celui de la montagne 
dite Djchel es-Sdoum, ^^à^\ J^^»-, ou Djebel el-Melak, Ali J<a^ 
(montagne du sel), qui s'élève à l'extrémité sud-ouest de la mer 
Morte. Cette dénomination de Es-Sdoum, qui s'est perpétuée fidè- 
lement jusqu'à nos jours et qui reste attachée à cette montagne, 
désignée pareillement par Galien sous le nom de montagne de So- 
dome^j est un point de repère très-précieux pour retrouver l'em- 
placement de la ville ainsi appelée et celui de Zoar, sa voisine. Ce 
nom prouve en outre cpie la vallée de Siddim ne doit point être 
cherchée au nord de la mer Morte et être identifiée avec la plaine 
de Jéricho; mais il faut nécessairement la reconnaître, soit dans 
la lagune et la |)res(ju île (\v la mer Morte, soit dans le bassin com- 
plet de cette mer. En effet, Zoar et Sodome en occupaient l'extré- 

iUrloml. Pnlipatina, p, a.Vi, afif) l'I Morte, t. il, p. 37 et suivnnles. — "' (în- 
• i»6. lien, Dr Himplicium mrdtrnmnilonmt fa- 

* Dp SniiJry. Vnynffr iiulour ilr la mvv nilliilibus , I. IV. c. M\. 



CHAPITRE 11. — HALTK PRKS DE LA MER MORTE. 95 

mité rnéiidionale, comino cela ressort des versets suivants, que j'ai 
déjà cités : 

10. Loth, levant les yeux, vit toute la plaine du Jourdain, qui, avant que 
le Seigneur de'truisît Sodome et Gomorrhe, étail arrose'e partout comme le 
jardin de rÉternel et comme le pays d'Egypte, jus<|u'aux environs de Zoar. 

1 1. Loth choisit toute la plaine du Jourdain, et il se dirigea vers Torienl. 
Ils se séparèrent ainsi l'un de l'autre. 

i«. Abram habita le pays de Clianaan, et Loth dans les villes de la plaine, 
et il dressa ses tentes jusqu'à Sodome'. 

Le verset lo nous apprend que cette plaine était arrosée jus([u'à 
Zoar, et du verset 12 il résulte que Loth, pour aller camper jus- 
iju'à Textrémité méridionale de la plaine, poussait ses troupeaux et 
ses tentes jusqu'à Sodome. 

En combinant ces deux versets, on arrive à la conclusion que 
Zoar et Sodome se trouvaient toutes deux à l'extrémité de la plaine 
en question et, par conséquent, devaient être voisines l'une de 
l'autre. 

La conclusion est la même lorsqu'on examine cet autre passage 
de la Genèse, où il est dit que Loth, parti de Sodome vers l'aube 
du jour, au moment où le feu du ciel allait tomber sur cette ville, 
atteignit Zoar quand le soleil commençait à paraître sur la terre : 

1 5. Cumque esset mane, cogebant euui angeli, dicenles : Surge, toile uxo- 
reni tuam et duas filias quas habes; ne et tu pariter pereas in scelere civitatis. 

tG. Dissimulante eo, apprelienderunt manum ejus, et manum uxoris, ac 
duaruni filiarum ejus, eo quod parceret Dominus illi. 

17. Eduxeruntque eum et posuerunt extra civitatem; ibique locuti sunt 
ad eum, dicentes : Salva animam tuam; noli respicere post tergum, nec stes 
in omni circa regione; sed in monte salvum te fac, ne et tu simul pereas. 

18. Dixitque Lot ad eos : Quaeso, Domine mi, 

19. Quia invenit servus tuus gratiam coram te, et magnificasli misericor- 
diam tuam quam fecisli mecum, ut salvares animam nieam , nec possum in 
monte salvari, ne l'orte appréhendât me maium el moriar. 

90. Est civitas haec juxta, ad quam possum l'ugere, parva, et salvabor in 
ea : nuniquid non modica est, et vivel anima mea? 

' lienèse, c. xiii. v. 10- tu. 



96 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

21. Dixilque ad eum : Ecce etiain in hoc suscepi preces tuas, ut non sub- 
vertam urbem pro qua locutus es. 

92. Festina et salvare ibi; quia non polero facere quidquam donec ingre- 
diaris illuc. Idcirco vocatum est nomen urbis iHius Segor. 

93. Sol egressus est super terram, et Lot ingressus est Segor ^ 

Quel est, maintenant, l'emplacement précis de Sodonie et de 
Zoar? Est-il actuellement reconnaissable ? Quel est aussi l'empla- 
cement probable des trois autres villes de la Pentapole, savoir : 
Gomorrhe, Adama et Séboïm ? En subsiste-t-il quelques vestiges 
encore apparents sur le sol, ou sont-elles entièrement détruites? 
C'est là une question que je dois m'interdire de traiter, parce que, 
n'ayant point exploré ce district particulier de la Palestine, je ne 
puis ni contrôler les témoignages des voyageurs qui l'ont visité, ni 
jeter moi-même aucune lumière nouvelle sur ce sujet. Deux ou- 
vrages importants devront être surtout consultés attentivement là- 
dessus; c'est d'abord celui que M. de Saulcy a publié en i853 sous 
le titre de Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques, 
ouvrage dans lequel ce savant et passionné explorateur de la Pa- 
lestine a soulevé tant de questions et émis tant de conjectures dont 
la hardiesse et même la témérité apparente n'excluaient pas tou- 
jours la justesse, car plusieurs ont été confirmées depuis. Ce sera 
ensuite le grand travail que M. le duc de Luynes avait commencé 
à rédiger dès i865, l'année qui suivit celle oii il avait parcouru 
avec tant de soin tout le bassin de la mer Morte et l'Oued AVabah 
dans toute son étendue. Achevé, heureusement, avant la mort de 
fauteur, ce travail verra sans doute bientôt le jour et, avec celui 
de ses compagnons de voyage et dignes collaborateurs, contribuera 
certainement à nous donner sur la mer Morte, et en particulier sur 
la Pentapole maudite, des renseignements plus précis et plus nom- 
breux que ceux que nous possédons jusqu'à présent. 

' Ctfnhe. c. XIX, v. i6-a3. 



CHAPITRE II. — LE JOURDAIN. 97 



LR JOURDAIN. 



Il est temps de reprendre la suite de mon itinéraire. 

A neuf heures quarante-cinq minutes du matin, nous nous re- 
mettons en marche dans la direction du nord-est, laissant à notre 
droite, à quatre kilomètres de distance, l'embouchure du Jour- 
dain. 

A dix heures trente minutes, nous suivons une vallée ou 7?/<oV, 
j)^, bordée de mamelons qui affectent toutes sortes de formes et 
autour desquels les eaux se sont creusé de nombreux ravins. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous franchissons un petit 
marais; près de là se trouve l'un des gués du Jourdain. Nous mar- 
chons alors directement vers le nord, le long de la rive droite du 
fleuve. 

A dix heures cinquante-cinq minutes, nous faisons halte à l'en- 
droit où, selon la tradition actuelle des Latins, Notre-Seigneur fut 
baptisé par saint Jean-Baptiste. Le fleuve peut avoir là t2 5 mètres 
de large au plus; son courant est très-rapide et ses eaux jaunâtres. 
Ses rives noires et limoneuses sont couvertes d'une lisière ver- 
doyante de roseaux gigantesques, de peupliers, de saules, d'aca- 
cias, de tamariscs et d'autres arbres, entre lesquels courent et 
s'enguirlandent des lianes, et dont les branches servent d'asile à 
une foule d'oiseaux, qui y gazouillent. En parcourant ce fourré, je 
rencontre deux bons Abyssins, qui se sont fabriqué une cabane de 
roseaux dans une petite clairière, oii ils vivent comme des ermites, 
attirés en ce lieu par le souvenir du grand mystère qui s'y accom- 
plit autrefois, et recueillant de temps en temps les aumônes des 
pèlerins que le même souvenir y amène. Ceux-ci ont l'habitude de 
se plonger dans les eaux sacrées du fleuve, et d'y renouveler les 
vœux de leur baptême, usage pieux et traditionnel que nous nous 
empressons d'imiter. A moins d'être très-bon nageur, il est très- 
difficile, quand le Jourdain est aussi gros qu'il l'est actuellement, 
de le traverser en cet endroit; car on risquerait d'être emporté 

7 



98 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

par la violence du coiuaiil ; il est plus sage de ne pas trop s'écarter 
de la rive. 

Ce fleuve, appelé en hébreu Yardeii, ]iy_, et avec l'article ha- 
Yarden, |"i")»n, en grec lopSdvvs, en latin Jordanis, tire probable- 
ment son nom de l'impétuosité de son cours, due à la pente très- 
marquée de son lit; il descend de ses trois sources conmie un 
torrent, et jusqu'à la mer Morte, où il s'engloutit, il conserve tou- 
joui*s un courant très-rapide. De là, sans doute, la dénomination 
qu'il porte, empruntée à la racine hébraïque ii^, descendre. J'ai 
déjà dit, en efi'et, que sa source la plus élevée, à Hasbeya , est située 
à 563 mètres au-dessus de la Méditerranée; que sa seconde source, 
de Banias, a une altitude de 383 mètres, et qu'enfin celle de Tell 
el-Kady, qui est la plus basse, domine néanmoins encore la Médi- 
terranée de i85 mètres. Or, à son embouchure dans la mer Morte, 
le niveau de ce même fleuve est à 392 mètres au-dessous de la 
Méditerranée. Ainsi, depuis les trois points d'oi^i il sort jusqu'à 
celui où il aboutit au grand lac qui absorbe ses eaux, il descend 
continuellement par une pente souvent très-accentuée, et dans un 
lit dont la partie la plus basse présente une difi'érence de niveau 
de 955 mètres avec la partie la plus haute. 

Les noms sous lesquels les Arabes le désignent actuellement 
sont : El-Arden, yà^i»!, qui reproduit en l'altérant un peu la déno- 
mination antique; Ech-Cheriah, iUj^^l, l'ahreuvoii\ l'aigMadc; Ech- 
Cherial el-Kebir^ j-w^i iijtjjjiJ\ , le grand abreuvoir, la grande aignade, 
pour \i\ distinguer de l'un de ses aflluenls, qu'ils appellent Cheiial 
el-Mandhour, Vliiei-omaa; de l'anti(|uité. 

Au point de vue chimique, les eaux du Jourdain, ainsi que l'ont 
rcmar(|ué plusieurs savants, enti'e antres MM. Mitclicock, Hisclioir 
et Lailet, diflèrent considérablement, par leur conjposition et par 
leur degré de salure, de celle des autres fleîuves. 

Voiri, clil M. \jUvM\ i'niialjsc «jihï M. Tcrreil a i)i('n voiihi liiiro des wliiin- 
liiluiiH (i'cuii (|in' iioiiH (ivoiis {Miihés, lo si avril 18G6, dans ce lltMivc, à l '^ ki- 

' Ihllflin lit- lu SociM fféolnffiipic tiv Frotin- , •>' w'iic. I. XXIII. p. 7 A H. 



CHAPITRE II. — LE JOURDAIN. 99 

lonièJres de son omboiichure et en amont du gue des pèlerins , au guë dit des 
Gawarinehs. 

Densité = 1,0010. 

Résidu salin laissé par un litre 0,878 

Eau 999'» 37 

Gomposilion. 

Chlore 0,^13 5 

Acide suifurique o,o3A 

Acide carbonique traces 

Soude 0,339 

Chaux 0,060 

Magnésie o,o65 

l'olasse traces 

Silice, alumine, fer traces 

Total 0,81 3 

Cette analyse, ajoute M. Lartet, montre bien qu'à l'exception du brome, 
dont on n'a pu y constater la présence, les eaux de ce fleuve, dont le volume 
doit égaler celui de la masse déversée par tous les aflluents réunis, contiennent 
les mêmes éléments salins que la mer Morte. 

On ne doit point s'étonner de ce fait et en tirer une conclusion trop hâtive 
et trop absolue à l'égard de l'origine de la salure de la mer Morte, comme 
l'ont fait certains auteurs, notamment M. le docteur Marcet. Si l'on se reporte, 
en eflcl, à la petite carte géologique qui accompagne notre premier mémoire, 
on verra que le Jourdain coule longtemps au milieu des sédiments que nous 
avons considérés comme ayant dû être déposés autrefois par la mer Morte, 
alors qu'elle s'élevait à un niveau de beaucoup supérieur, et qui sont restés 
imprégnés de matières salines en rapport avec la composition actuelle des 
eaux du lac. Il n'est donc pas étonnant, malgré la sécheresse du pays et 
l'interposition du limon déposé par le Jourdain sur ses propres bords, que ce 
fleuve, drainant pendant les trois quarts de son cours ces dépôts encore im- 
prégnés de leur salure originelle, leur emprunte une forte proportion des sels 
qu'il restitue journellement à celte mer. 

Malgré leur salure, les eaux du Jourdain sont très-potables, et 
(juand, après les avoir recueillies jaunâtres, on les laisse reposer 
un peu, elles deviennent claires et limpides. 

Elles sont poissonneuses; mais aucun pêcheur n'y jette actuel- 
lement ses fdets; aucune barque ne les sillonne non plus. Deux 
voyageurs ont, de nos jours, essayé de descendre ce fleuve, depuis 



100 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

le lac de Tibériade jusqu'à la nier Morte; ils ont, l'un et l'autre, 
le lieutenant anglais Molineux en 18/17, ^^ ^^ lieutenant améri- 
cain Lvnch en 18/18, rencontré dans cette navigalion de très-grands 
obstacles; car ils eurent à franchir vingt-sept rapides très-dange- 
reux et plusieurs autres moins considérables. Le fleuve se replie 
sans cesse sur lui-même, roulant ses flots troubles tantôt sur un 
fond vaseux, tantôt sur un lit hérissé de rochers et de gros blocs, 
au milieu desquels il se précipite en bouillonnant et qui forment 
autant d'écueils, plus ou moins redoutables. 

Ligne de démarcation toute naturelle entre la zone orientale et 
la zone occidentale de la Palestine, il les séparait profondément, 
et ce n'est qu'à de rares intervalles qu'on pouvait et qu'on peut 
encore passer d'une rive à l'autre en traversant des gués, où l'on ne 
doit toutefois se hasarder qu'à l'époque des basses eaux. Plusieurs 
ponts permettaient, en outre, de le franchir plus sûrement. Trois 
seulement, qui accusent une restauration moderne, sont encore 
debout, l'un au nord du lac El-Houîeh , qui porte le nom de Djisr el- 
Bhadjar; l'autre entre ce lac et le lac de Tibériade, appelé Djisi' Benât 
ïdkoub; le troisième, enfin , à 1 1 kilomètres environ au sud de ce lac; 
son nom est Djisi^ Medjamich. Depuis ce point jusqu'à la mer Morte, 
c'est-à-dire dans une longueur qui, à vol d'oiseau, atteint 100 kilo- 
mètres, et que doublent au moins les replis multipliés du fleuve, ce 
dernier, faute de pont encore subsistant, doit être nécessairement 
passé à gué, ce qui, à l'époque des hautes eaux, est presque im- 
praticable; et alors il présente une barrière extrêmement difficile 
à franchir pour ceux qui veulent se rendre d'une rive à l'autre. 

Aucun pont n'existant sur le Jourdain lorsque les Hébreux, sous 
la conduite; (U\ Josué, se disposèrent à le traverser en face de Jé- 
richo, ce passage au moment des hautes eaux, eifectué impunément 
par tout un jxîuple d'hommes, de femmes et d'enfants, est, humai- 
nement parlant, inexplicable; il faut donc ou le nier, ce qui 
/fquivaudrait à rejeter les faits les mieux attestés de l'histoire, ou 
y reconnaître avec la Bible une inlei'vention miraculeuse de la 
IVovidence. 



CHAPITIIK II. — LE JOURDAIN. 101 

Voici coniinenl l'Ecrituro sainte raconte ce mémorable événe- 
ment : 

1 li. Igitui- egressus est populus de laberuaculis suis, ut transirel Jordaueni ; 
et sacerdotes, qui portabant arcam fœderis, pergebant ante euni. 

i5. Ingressisque eis Jordanem, et pedibus eorum in parle aquai linclis 
(Jordanis autein ripas alvei sui, ternpore messis, impleverat), 

16. Steleruut aquœ descendentes in loco uno, et ad instar nionlis intu- 
mescentes apparebant procul ab urbe quai vocatur Adom usque ad locuni 
Sarlhan; quœ autem inferiores erant in mare Solitudinis (quod nunc vocatur 
Mortuum) descenderunt, usquequo omniuo deficerent. 

17. Populus autem incedebat conira Jéricho; et sacerdotes, qui porlabant 
arcam fœderis Domini, stabant super siccam humum in medio Jordanis ac- 
cincli, omnisque populus per aronlem alveum transibat •. 

Puis, dans le chapitre suivant, nous lisons : 

U. Vocavitque Josue duodecim viros, quos elegeral de fdiis Israël, siugulos 
de singulis tribubus, 

5. Et ait ad eos : Ite ante arcam Domini Dei veslri ad Jordanis médium, 
et portate inde singuli siugulos lapides in bumeris vesiris, juxta numerum 
niiorum Israël, 

6. Ut sit signum inler vos; et quando interrogaverinl vos filii veslri cras, 
dicentes : Quid sibi volunl isti lapides? 

7. Respondebitis eis : Delecerunl aquui Jordanis anle arcam i'œderis Do- 
mini, cum trausiret eum. Idcirco positi sunt lapides isti in mouumentum 
filiorum Israël usque in œlernum. 

8. Fecerunt ergo fdii Israël sicut prœceplt eis Josue, portantes de medio 
Jordanis alveo duodecim lapides, ut Dominus eis imperarat, juxta numerum 
iiliorum Israël , usque ad locum in quo caslrametati sunt, ibique posuerunl 
eos. 

9. Alios quoque duodecim lapides posuit Josue in medio Jordanis alveo, 
ubi steterunt sacerdotes qui porlabant arcam fœderis, et sunt ibi usque in 
prœsentem diem. 

10. Sacerdotes autem qui portabant arcam stabant in Jordanis medio, 
donec omnia complerentur quœ Josue ut loqueretur ad populum prœceperat 
Dominus, et dixerat ei Moyses. Feslinavitque populus, et transiit, 

18. Cumque ascendissent portantes arcam fœderis Domini, et siccam hu- 

' Josué, c. m, V. 1/1-17. 



10-2 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

uium calcare cœpissent, reversœ suiit aquae in alveura suum, et fluebaul sicul 
anle cousueverant. 

1 9. Populus autem ascendit de Jordane decimo die mensis primi , et cas- 
frametali sunt in Galgalis, contra orientalem plagam urbis Jéricho ^ 

Comme on \e voit d'après ces versets, le passage du Jourdain 
par les Hébreux en face de Jéricho eut lieu le dixième jour du pre- 
mier mois de l'année, lorsque le Jourdain coulait à pleins bords. 
D'après le récit biblique, les prêtres qui portaient l'arche sainte 
n'eurent pas plus tôt mis le pied dans le fleuve, que le cours de ce- 
lui-ci s'arrêta soudain; les eaux venues d'en haut s'amoncelèrent 
en collines, tandis que celles d'en bas descendirent vers la mer 
Morte et laissèrent le lit du Jourdain à sec. Les prêtres placés avec 
l'arche au milieu de ce lit virent défiler devant eux tout le peuple; 
puis ils remontèrent eux-mêmes sur l'autre rive pour se remettre 
à la tête des colonnes. Douze pierres, pour représenter chacune des 
douze tribus, furent placées dans le fleuve à l'endroit qu'avait oc- 
cupé l'arche sainte, et douze autres furent emportées à Galgala; 
elles devaient attester aux générations futures le passage miracu- 
leux du Jourdain. En clïet, ce fleuve, qui, à l'époque des basses 
eaux, est guéablc en plusieurs endroits, notannnent devant Jéri- 
cho, ne l'était plus au moment où les Hébreux le passèrent; car la 
Bible nous dit qu'il couvrait alors ses rives. C'était le dixième jour 
du premier mois de l'année judaïque, qui répond à notre mois 
d'avril, et que les Juifs désignaient sous le nom de abib; c'était ce- 
lui où l'on commençait la récolte de l'orge dans les parties les plus 
chaudes de la Palestine et j)rincij)aloment dans la vallée du Jour- 
dain. Voilù pouripioi fauteur sacré nous dit : 

JurdaiHH aul(Mu ripas aivei siii, leinpore uiessis, inipleveral. 

Plu» bas, il ajoute : 

Populiih aulum aMvndil ib* Jordane derinio die mensis |irinii. 

Maih, me dira-t-on [leut-êlrc, les deux esiuons envoyés pai Jo- 
• Jotué, c. ly, V. ^i-ii». iH «'1 i(j. 



CHAPITRE II. — LE JOURDAIN. 103 

sué du dernier lieu de campement des Hébreux sur la rive gauche 
du Jourdain, pour reconnaître les forces de l'ennemi dans la pre- 
mière ville qu'on allait rencontrer sur la rive droite, avaient réussi, 
quelques jours auparavant, à traverser deux fois le gué du fleuve 
devant Jéricho, pour se rendre dans cette ville et regagner ensuite 
leur camp. Or, la Bible ne nous dit pas que le ciel ait fait un mi- 
racle en leur faveur; par conséquent, ce gué était alors praticable. 
A cela je répondrai que, si deux hommes choisis pour cette recon- 
naissance hardie, et probablement aussi vigoureux qu'intrépides, 
ont pu traverser le Jourdain sans se laisser entraîner par la vio- 
lence du courant, la môme chose n'était pas possible à une foule 
innombiable composée non -seulement de guerriers et d'hommes 
valides, mais encore de vieillards, de fenmies et d'enfants, dont 
un grand nombre, sans contredit, auraient été emportés, même au 
gué, par l'impétuosité et la profondeur des eaux, si une semblable 
multitude avait tenté le passage quand le fleuve coulait à pleins 
bords. 

Josèphe, rapportant le même fait, s'exprime ainsi : 

ùie^l6^os Se tov (/Ipcmnyov t^v Sidëacriv ^yiéyas yàp Hv b tjorafxbs 7<jj 
psvfiaTif xa) ovTS ye(pùpats zfopevTbs, ou yàp e^svxTÔ tsto tsp6TspoVj (Sovao- 
fiévovs Te y£(pvpovv ov)(^ é'i^eiv (rypkriv xsapè. tcov 'isoXsfxtcov v7reXa(x€avov , 
TSopOyidoiv TE [iri TvyyavàvTWv^ ^ SiaSarov avTo7s ênayyéXXerat b ©eà? zsoiri- 
«jeiv TOV zfOTOifxbv, (xeicocras avrov rb 'csXfjOos^ 

«Le chef des Israélites redoutait le passage du Jourdain; le lleuve, eu effet, 
roulait une grande masse d'eau; il ne pouvait être franchi sur des ponts, qui 
n'existaient point encore, et si les He'breux avaient voulu en établir, ils pen- 
saient que les ennemis ne leur en auraient pas laissé le loisir; ils n'avaient 
pas non plus de bateaux. C'est alors que Dieu leur promit qu'il leur rendrait 
le fleuve guéable en diminuant l'abondance de ses eaux.» 

Puis l'historien juif nous raconte que, au moment même où les 
prêtres descendirent dans ce fleuve, ils s'aperçurent que, confor- 
mément à la promesse divine, il était traversable; que ses eaux 

' A ntiquilés judaïques , I. V. c. i, S 3, 



104 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

étaient moins profondes et la force Je son courant atténuée. En- 
suite, quand tout le peuple l'eut franchi, et que les prêtres, qui 
étaient restés au milieu du fleuve pendant toute la durée du pas- 
sage, l'eurent traversé aussi, il recouvra aussitôt l'abondance de 
ses eaux et la violence impétueuse de son courant. 

Pour Josèphe, comme pour l'écrivain sacré, le passage du Jour- 
dain par les Hébreux sous la conduite de Josué est donc un fait 
miraculeux; seulement Josèphe semble chercher à rendre ce mi- 
racle un peu moins éclatant, le fleuve n'ayant pas été tout à fait 
mis à sec par Dieu à l'endroit où les Hébreux le franchirent, 
mais la hauteur et l'impétuosité torrentielle de ses eaux ayant été 
uniquement diminuées, de manière à le rendre guéable sans dan- 
ger. Ce n'est là, comme on le voit, qu'une nuance en moins dans 
la manifestation du prodige, et qui n'en change pas la nature, 
cette diminution soudaine et momentanée du fleuve à une pareille 
époque de l'année n'étant pas moins en dehors des lois naturelles 
que la disparition complète de ses eaux dans un espace déterminé. 
Ces deux faits nécessitaient également une intervention particulière 
de la Providence, et c'est tout ce qu'il s'agit de constater. 

Au même endroit où, selon la tradition, le Jourdain s'était re- 
tiré miraculeusement pour laisser passer les Hébreux à leur entrée 
dans la Terre promise, plus tard, l'an 896 avant Jésus-Christ, il 
s'ouvrit également sous les pas d'ÉHe et d'ÉHsée, qui le franchirent 
à pied sec le jour où le premier de ces deux propiiètes fut enlevé 
au ciel. 

Nous lisons, à ce sujet, dans le IV** livre des Rois : 

U. Elle dit h Elisdc : Dcniciircz ici (à Rellicl), parce que le Sci|pieur m'a 
envoyé à Joriclio. Elisdo lui rcporuUl : Vive le Seijjiieiir, vive votre àinc, je ne 
vous nhandoniierni point. Lorsqu'ils furent arrivés h Jéricho, 

5. Les enfanta des prophètes qui étaient à Jéricho vinrent dire à Elisée : 
Ne savcz-vous pas que le Seigneur vous enlèvera aujourd'hui voiro maître? Il 
leur répondit : Je lu sais, n'en dites mot. 

G. Kiio dit encore h Elisée : Demeurez ici, parce que le Sci{jneur nùx v.w- 
voyé juMju'au Jourdain. Elisée lui répondit : Vivo le $ei|j[ncur, vive votre àme, 
je ne vous aliandonnerai point. Ils allèrent doue tous deux ensnud)le. 



CHAPITRE H. — LE JOURDAIN. 105 

7. Et cinquante des enfants des prophètes les suivirent et s'arrêtèrent loin 
vis-à-vis d'eux. Et ils se tinrent tous deux au bord du Jourdain. 

8. Alors Élie prit son manteau et, l'ayant plie', il en frappa les eaux, qui se 
divisèrent en deux parts; et ils passèrent tous deux à sec. 

9. Lorsqu'ils furent passés, Élie dit à Elise'e : Demandez-moi ce que vous 
voudrez, afin que je vous l'obtienne avant que je sois enlevé d'auprès de vous. 
Elisée lui répondit : Je vous prie que votre esprit soit double en moi. 

10. Élie lui dit : Vous me demandez une chose bien difficile. Néanmoins, 
si vous me voyez lorsque je serai enlevé d'auprès de vous, vous aurez ce que 
vous avez sollicité; mais si vous ne me voyez pas, vous ne l'aurez point. 

11. Lorsqu'ils continuaient leur chemin et qu'ils marchaient en s'entrete- 
nant, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent tout à coup l'un de 
l'autre, et Élie monta au ciel au milieu d'un tourbillon. 

19. Elisée le voyait monter, et disait : Mon père, mon père, le char d'Israël 
et son conducteur! Après cela, il ne le vit plus; et, prenant ses' vêtements, il 
les déchira en deux. 

i3. Il leva de terre en même temps le manteau qu'Elie avait laissé tomber 
pour lui; et, s'en revenant, il s'arrêta sur le bord du Jourdain. 

1/1. Il prit alors le manteau qu'Elie avait laissé tomber pour lui, et il en 
frappa les eaux, et elles ne furent point divisées. A celte vue, il dit : Où est 
maintenant le Dieu d'Élie? Et il frappa les eaux une seconde fois, et elles se 
partagèrent d'un coté et d'un autre, et il passa au travers. 

i5. Ce que voyant les enftuits des prophètes qui étaient dans Jéricho 
vis-à-vis de ce lieu-là, ils dirent : L'esprit d'Élie s'est reposé sur Elisée, et, 
venant au-devant de lui, ils se prosternèrent à ses pieds avec un profond 
respect ^ 

Cent vingt-huit ans environ avant cet événement, le Jourdain, 
probabiement au gué de Jéricho, avait été traversé par David et 
toute sa suite fuyant devant son fils rebelle Absalon^. 

Au commencement de l'ère chrétienne, c'est en ce même lieu, 
d'après une ancienne tradition, que Notre-Seigneur fut baptisé par 
saint Jean-Baptiste. Celui-ci baptisait d'abord au delà du Jourdain, 
c'est-à-dire sur la rive orientale du fleuve, dans un endroit que 
saint Jean appelle Béthanie, qu'd ne faut pas confondre avec la 
BéLlianie qui devint si célèbre par la résurrection de Lazare. Cette 

' Rois, I. IV, c. Il, V. /j-i5. — ■ Ibid. I. II, c. xvu, v. 9-i. 



106 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

même localité est désignée dans quelques manuscrits sous le nom 
de Bethabara, BvdoL^ctpâ, mot qui dérive de l'hébreu nnay n>3, Belh 
A'barah (maison du passage, du gué). Il en est question dansl'Oïîo- 
maslicon d'Eusèbe : 

^riOcxëctpà, Sttov ^v lœdvvrjs (3ix7r1i^cov, -aspav tou lopSdvov. Kaî SeixvvTai 
6 T</7ro5 sv (jj xa.) zsXeiovs tvv àSsk(pvv eis sti vvv to Xovrpov (piXoTifxovvTai 
Xa(x€dv£tv. 

ffBethabara, où Jean baptisait au delà du Jourdain. On montre l'endroit 
où encore aujourd'hui un grand nombre de frères ambitionnent le bonheur de 
recevoir le baplême. ^ 

C'est à Béthanie ou Bethabara que saint Jean-Baptiste fit cette 
réponse aux Pharisiens qui l'interrogeaient sur ce qu'il prétendait 
être : 

93. Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droite la voie 
du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. 

a6. Or, ceux qu'on lui avait envoyés étaient des Pharisiens. 

20. Ils lui tirent encore une nouvelle demande et lui dirent : Pourquoi 
donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni prophète? 

96. Jean leur répondit de cette sorte : Pour moi, je baptise dans l'eau; 
mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. 

97. C'est lui qui doit venir après moi, qui existe avant moi, et je ne suis 
pas digne de de'nouer les cordons de sa chaussure. 

98. Ceci se passa à Bdthanie (ou Bethabara), au delà du Jourdain ^ 

C'est également à ce même endroit que Notre-Seigneur se ren- 
dit dans les circonstances qu'indiquent les versets qui suivent : 

39. Lies Juifs tâchèrent alors de le prendre (Jésus); mais il s'échappa de 
leurs mains; 

lio. Et il s'en alla de nouveau au delà du Jourdain, au môme lieu où Jean 
d'abord avait baptisé; et il (h'uuuira là. 

lit. Plusieurs vinrent l'y trouver, et ils disaient : Jean n'a fait aucun mi- 
racle. 

Ua. El tout ce (pu* Jean a dit de celui-ci s'est trouvé véritable. El il y en eut 
beaucoup qui rrurent eu lui '-'. 

' Snint Jran, r, 1, v. •j.'{-jK. — ' Ibid. c. x, \. '.Siy't'i. 



CHAPITRE II. — LE JOURDAIN. 107 

Quant au lieu précis où Notre-Seigneur fut iui-mônic baptisé, 
aucun passage des Evangiles ne le fixe d'une manière bien nette. 
Dans saint Matthieu nous lisons, à ce sujet : 

1 3. Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain trouver Jean , pour être baptisé 
par lui. 

ih. Mais Jean s'en défendait, en disant : C'est moi qui dois être baptisé par 
vous, et vous venez à moi? 

i5. Et Jésus lui répondit : Laissez -moi faire pour celte heure. Car c'est 
ainsi que nous devons accomplir toute justice. Alors Jean ne lui résista plus. 

i6. Or Jésus, ayant été baptisé, sortit aussitôt hors de l'eau, et en même 
temps les cieux lui furent ouverts : il vil l'Esprit de Dieu qui descendit en 
forme de colombe, et qui vint se reposer sur lui. 

17. Et au m(5me instant une voix se fit entendre du ciel, qui disait : Ce- 
lui-ci est mon fils hien-aimé, dans lequel j'ai mis toute mon affection ^ 

Saint Marc n'est pas plus explicite, et son récit ^ n'est que l'a- 
brégé de celui de saint Matthieu. Saint Luc ne nous dit pas davan- 
tage si Notre-Seigneur fut baptisé au delà ou en deçà du Jour- 
dain ^. 

Du passage correspondant de saint Jean, on peut inférer, avec 
Quaresmius* et d'autres auteurs, que ce grand mystère s'accomplit 
à Béthanie ou Bethabara et, par conséquent, au delà du Jour- 
dain; car, après le verset que j'ai déjà cité plus haut : 

Ceci se passa à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait, 
l'évangéliste ajoute imiuédiatement : 

99. Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'agneau 
de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde. 

3o. C'est celui-là même de (jui j'ai dit : Il vient après moi un homme qui 
existait avant moi et qui m'a précédé. 

3i. Pour moi, je ne le connaissais point; mais je suis venu baptiser dans 
l'eau, afin qu'il soit connu dans Israël. 

32. Et Jean rendit alors ce témoignage, en disant : J'ai vu le Saint-Esprit 
descendre du ciel conmie une colombe et demeurer sur lui ^. 

' Sailli Matthieu, c. lu, \. 1^1-17. * Quavesiums, ElucidalioTeira'sancla-, 

■ Saint Marc, C. i, v. 9-1 1. t. 11, p. 765. 

' Saint Luc, c. m, v. -n cl 22. * Saint Jean, c. i, v. 98-3-3. 



108 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Néanmoins, la conclusion qui semble ressortir de ce passage et 
localiser à Béthanie au delà du Jourdain le baptême de Notre- 
Seigneur n'est nullement rigoureuse; car nous savons que les évan- 
gélistes suppriment souvent dans leurs récits respectifs, qui ne sont 
que des abrégés de la vie du Christ, beaucoup de détails intermé- 
diaires. De ce que l'évangéliste saint Jean, après avoir dit : Ceci 
se passa à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait, poursuit 
ainsi son récit : Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, etc. il ne 
s'ensuit pas nécessairement que Jean fût encore au delà du Jourdain; 
car il avait pu repasser, dans l'intervalle, sur la rive droite de 
ce fleuve. Il baptisait, en effet, à un gué, comme l'indique le nom 
môme de Bethabara, et probablement au gué le plus rapproché de 
Jérusalem, par conséquent au gué situé devant Jéricho, car saint 
Matthieu nous dit : 

5. Alors la ville de Jérusalem, loule la Judée et tout le pays des environs 
du Jourdain venaient à lui; 

6, El, confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain'. 

Le saint précurseur devait donc constamment passer d'une rive 
à l'autre pour remplir son pieux ministère, suivant que la foule 
de ceux qui venaient recevoir de ses mains le baptême arrivait de 
l'est ou de l'ouest. 

Quoi qu'il en soit, une tradition, aujourd'hui très-accréditée, 
place sur la rive droite du fleuve le lieu du baptême de INotre-Sei- 
gneur. Des sanctuaires, actuellement détruits, avaient été élevés, 
dès les premiers siècles de l'Église, près de l'endroit présumé de ce 
baptême. Une croix le désignait à la piété des fidèles; des dalles 
de marbre couvraient les deux rives du fleuve. Une grande multi- 
tude de pèlerins s'y rassemblaient à certaines époques déterminées 
et se plongeraient avec respect dans les eaux sacrées, chacun étant 
revAlu du linceul qui devait l'envelopper après sa mort. Les ma- 
lades, et surtout les lépreux, y aflluaient aussi pour y clKMchcr la 
guénaou de leurs maux. 

' Saint Matthieu, c. m. v. 5 cl (>. 



CHAPITRE II. — LE JOURDAIN. 109 

Nous lisons à ce sujet dans Gréjroire de Tours, au vi^ siècle : 

In Jordane habelur locus in quo Dominus baptizatus est. In uno etenim 
reflexu aqua ipsa revolvitur, in quo nunc leprosi mundantur; cum enim adve- 
ncrint , saepius lavantur in flumine, donec ab infirmitate lavenlur . . . Ipse quo- 
que Jordanis ab eo loco, in quinto milliario mari commixlus Morluo, nomen 
amillil '. 

Au vn^ siècle, Bède le Vénérable reproduit les détails suivants, 
déjà fournis par Arculphe et par Adarnnanus : 

In loco in quo Dominus baplizalus csl, crux lignea slat usque ad colium 
alla; quae aliquolies aqua transcendenle absconditur : a quo loco ripa ulterior, 
id estorientalis, in jactu fundae est. Superior vero ripa, in supercilio monticuii , 
grande monasterium gestat, B. Joannis Baptistae clarnm; de quo per ponlem 
arcubus sufTullum soient ascendere ad illani crucem et orare. In exirema Au- 
minis parle quadrala ecclesia quatuor lapideis cancris superposila est, coclili 
crela desuper tecla, ubi vestimenta Domini, cum baptizaretur, servata esse 
dicuntur^. 

L'auteur de la vie et du pèlerinage de saint Willibald, qui visita 
la Palestine vers 728, ne parle plus du pont dont il est question 
dans le passage précédent. 

Unam noctem manebant ad monasterium sancti Joannis Baptistae : et inde 
ibant super unum milliarium ad Jordanem, ubi Dominus fuit baptizatus; ibt 
nunc est ecclesia in columnis lapideis super elevata, et subtus ecclesiam est 
nunc arida terra, ubi Dominus baptizatus fuit; in ipso loco et ibi nunc bapti- 
zant. Ibi stat crux lignea in medio, et parva derivatio aquae stat illic. Et unus 
funiculus extensus super Jordanem bine et inde firmalur. Tune in solemnitate 
Epiphania3 infirmi et œgroti venienles babent se cum fimiculo et sic demer- 
guntur in aquam ^. 

Le temps, les hommes ou les débordements du fleuve ont com- 
plètement fait disparaître les traces de l'église carrée signalée dans 
ces deux passages. Quant au monastère de Saint-Jean-Baptiste, il 
en subsiste encore des restes assez considérables, dont je parlerai 
tout à l'heure. 

' Grégoire de Tours, De gloria marhjrum, c. xvii. — ^ Bède le Vénérable, De Lo- 
ci,i sanclis, I. II. c, xiii. — ' Willibaldi vila , c. xvii. 



110 DESCRIPTION DE LA SAMARIK. 

Avant de m'éloigner de cette partie des rives du Jourdain sanc- 
tifiée par le baptême de Notre-Seigneur, je mentionnerai ici un 
autre événement qui s'accomplit probablement non loin des mêmes 
bords. Vespasien, Tan 68 de notre ère, s'était emparé de Gadara, 
l'une des villes principales de la Pérée, et pendant qu'il retournait 
lui-même à Césarée, il chargea Placidus de poursuivre les fugitifs 
qui s'étaient échappés de Gadara. Celui-ci les atteignit près de Be- 
thennabris, les défit et s'empara de ce village. Alors la terreur s'em- 
para de toutes les populations voisines, et une multitude immense 
s'enfuit vers le Jourdain dans la direction de Jéricho, afin de pou- 
voir traverser le fleuve et de chercher un refuge dans cette ville, 
alors puissante et bien fortifiée. Mais Placidus, ne laissant point aux 
fuyards le temps de se reconnaître, les accula sur les bords du 
Jourdain, qui était grossi par les pluies et n'était pas guéable. 

TlXaxiSos Se rdïç 'nmsva-i xa) to7s zrpoayovaais evTrpayiais reôappiixcûs 
e'ÎTrerOf xaï ^léy^pi (xèv lopSdvov tovs de) xara'Xoi,{xëavo(xsvovs àvrlpsi ' crvvsXâ- 
aas Se tspbs rbv zfOTafxhv 'csàv io zsXrjOoç elpyo[X£vovs VTrb tov psvfxaros (Tpa- 
(pèv yàp VIT* ofxSpcov â^aiov ^r) dvTixpv 'aapsTda'aero ^ . 

Quinze mille de ces malheureux furent tués sur la rive orientale 
du fleuve , et tous ceux , en foule innombrable , qui , pour se dérober 
aux coups de la cavalerie ennemie, se précipitèrent dans les ondes 
du Jourdain furent emportés par le courant, qui entraîna une 
masse énorme de cadavres jusqu'à la mer Morte. Les fuyards qui, 
en montant sur des barques, avaient cru trouver un asile au milieu 
de cette mer, y furent atteints ù leur tour par les Romains, montés 
eux-mêmes sur d'autres cmbai'cations. 

Ces détails confirment l'assertion que j'ai émise, à savoir ([u'aii 
moment des hautes eaux le Jourdain n'est que très-diflicihMuent 
guéahle; ils nous apprennent, en outre, qu'à cette époijue, la mer 
Morte était parcourue par de nombreuses barques, puiscpu^ les 
Juifs en trouvèrent |)Our échapper aux soldats de Placidus, et que 

' iiuen-e de» Juif», I. IV, c. vu, S f». 



I 



CHAPITRE II. — KASR EL YEHOUDl. 111 

ceux-ci purent égalenieiil s'en procurer d'autres pour achever la 
poursuite et la destruction de leurs adversaires. 



KASR EL-YEHOUDI. 



A deux heures trente minutes, pendant que la petite caravane 
à laquelle je m'étais adjoint se met en marche pour l'A'ïn es- 
Soulthan, dans la direction du nord-ouest et ensuite de l'ouest- 
nord-ouest, je prends, de mon côté, guidé par un Bédouin, celle 
du nord-nord-ouest et bientôt du nord. Mous nous avançons très- 
rapidement à travers une plaine mamelonnée et profondément 
rongée par les eaux. 

A deux heures trente-huit minutes, nous franchissons l'Owc^/ e/- 
Kelt, oJ<JI àlj, qui va se jeter un peu plus loin à l'est dans le Jour- 
dain. Des arbustes en grand nombre croissent dans le lit de cet 
oued, qui serpente en replis multipliés et que j'ai déjà identifié 
plus haut avec le Nahal Kerith des Livres saints. 

A deux heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte un 
instant au Kasr el-Yehoudi, ^^àj^l jj»ai, après avoir franchi plu- 
sieurs ravins. Ayant marché tout le temps au trot de mon cheval, 
je calcule que nous venions de parcourir environ deux kilomètres 
et demi pendant ces quinze minutes, ce qui fixe approximativement 
à cette distance l'intervalle qui sépare les ruines dont je vais parler 
de l'endroit assigné par la tradition actuelle au baptême de Notre- 
Seigneur. 

Les ruines appelées Château du /wjpar les Arabes sont connues 
parmi les chrétiens sous le nom de couvent de Saint-Jean-Bapttste. 
Elles sont situées sur un petit plateau qui s'élève à 800 mètres 
environ à l'ouest du Jourdain, et qui surplombe immédiatement 
vers l'est un ravin semblable à un ancien ht de rivière, qu'on ap- 
pelle Oued Kharrar^S^ iij ; ainsi, du moins, le désignait mon guide. 
Ces ruines sont celles d'un ancien couvent fortifié qu'environnait 
un mur d'enceinte. 11 est depuis longtemps bouleversé de fond en 
comble; ce ne sont partout que voûtes écroulées et murs renversés. 



112 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Il n'en subsiste plus qu'une chapelle basse à voûtes cintrées, affec- 
tant la forme d'une simple salle rectangulaire et terminée à l'est 
par une abside. Les murs sont couverts de nombreuses croix tra- 
cées là à la hâte par de pieux pèlerins, et dont quelques-unes 
sont peut-être fort anciennes. Au-dessus de cette chapelle, qui me 
parait remonter à une époque bien antérieure aux croisades, s'éle- 
vait une église, aujourd'hui presque totalement détruite, h part 
quelques bases de pdiers et plusieurs pans de murs. A droite et 
à gauche gisent des restes de constructions attenantes. 

A l'ouest et au bas de ce deir, on remarque un ancien puits; 
c'est peut-être celui dont il est question dans Procope comme ayant 
été bâti par Justinien pour le monastère de Saint-Jean près du 
Jourdain ' : 

Ces mots èv tm lopSocvri ne doivent pas se traduire par sur le 
Jourdain, mais par près du Jourdain; autrement, Justinien n'aurait 
pas eu besoin de faire construire un puits pour ce monastère, s'il 
avait pu être alimenté d'eau par le fleuve. D'ailleurs, les bords im- 
médiats du Jourdain ne pouvaient pas se prêter à l'assiette de cons- 
tructions solides, le sol en étant trop mouvant et trop exposé aux 
débordements. Par conséquent, il est impossible d'admettre, avec 
un certain nombre d'anciens pèlerins, que le monastère de Saint- 
Jean-Baptiste ait été élevé près de l'endroit même oii le saint pré- 
curseur avait baptisé Notre-Seigneur. Pour expliquer la distance 
du fleuve par rapport à ce monastère, ils prétendent que le ravin 
que l'on remarque à l'est est l'ancien lit du Jourdain, lequel s'est 
ensuite éloigné davantage vers l'orient. 

Nous lisons, par exemple, dans Zuallart, qui voyageait en Pa- 
le.stine l'an i586, ce qui suit : 

(,)ualro mile diidit lerico, en un lieu bien dësert, ne trouvent les ruines 
«riin inonatitiTc et d'un»» i)elle «^(}lise, édifiëc cy devant, coiniuo dit Ni(M^|)li()re 
(I. VIII, r. xxxi) par »'" ilt'lène, sur la caveriio où jadis s. Jcaii Haplislc avoit 

' Hnvrnp^. lUpir6v toO iovt/1 iviavoZ xTt(T(iirwv, I. V. c ix. 



CHAPITRE II. — KASK EL-YEHOUDI. 113 

sa retraite; au pied de laquelle ledit fleuve passoit lors; et en ce lieu (selon 
la tradition des Pères) le Sauveur, aagé de trente ans ou environ, volut estre 
et fut par luy baplize 

Le vénérable Bède escript que, de son temps, ledit lieu estoit marqué d'une 
croix de bois de la baulteur d'un homme ou environ , laquelle souvent estoit 
cachée en l'eau, quand le fleuve s'enfloit, mais (estant la rive orientale d'ice- 
luy haulte et fascheuse pour y descendre) on avoit faict sur l'occidentale un 
petit pont en archades, allant depuis le {jrand monastère S. Jean jusques à la 
susdite croix : et par iceluy on y alloit adorer Dieu 

Près de ce lieu, se voyent les ruines d'une petile église, laquelle souioit 
estre sur la rive du bord du fleuve, et édifiée, selon la tradition des Pères 
orientaux, au lieu où furent mis et gardez les habitz du Sauveur, .\otez que 
j'ay dit que ladite église souioit estre sur le bord du fleuve, et à présent ses 
ruines en sont esloignées, pour ce que iceluy fleuve s'est retiré de son cours 
ancien (comme font souvent tous fleuves rapides, changeans de fosse) d'envi- 
ron deux mile plus avant vers l'orient et l'Ai'abie. 

Dudit monastère S. Jean a esté abbé s. Zosime, qui administra le s. sacre- 
ment d'eucharistie à s^' Marie d'Egypte faisant pénitence es desertz outre le 
fleuve Jordain : mesme, selon ledit Nicéphore, Volaleranus et autres (parlans 
des anachorètes otmoynes de la Palestine), ce Zosime y vesquil cincquantc trois 
ans 

Pour conclusion, le monastère susdit a duré en son estre jusques h la venue 
des Mahométistcs en la Terre sainete, losquelz l'ont destruit : depuis ce temps, 
les Frères mineurs du mont Syon y souloyent aller tous les ans, durant l'oc- 
tave de l'Epiphanie, célébrer l'oflice d'icelle feste, en commémoration du sacré 
baptesme du Rédempteur; mais maintenant ils n'y vont seulement que quand 
l'occasion s'offre d'y accompagner les pèlerins. L'église d'iceluy monastère es- 
toit consacrée au nom du S. Salvateur baptizé et de S. Jean Baptiste, et fut cy 

devant fort visitée en mémoire du grand baptesme Laquelle église et le 

lieu du baptesme du Rédempteur sont distans de deux mile de celuy où les 
Hébreux traversèrent ledit fleuve '. 

Cotovicus, qui voyagea en Palestine quelques années après Zual- 
lart et qui ne put lui-même se rendre au Jourdain, ne fait que re- 
produire les détails donnés par ses devanciers sur ce fleuve et sur 
le lieu présumé du baptême de Notre-Seigneur, qu'il fixe également 
près du couvent de Saint-Jean-Baptiste : 

Inde orientem versus ad ripam fluminis Jordanis itur. . . Lotions pro more 
' Jean Zuallart, Le très- dévot voyage de Jérusalem , I. IV, c. vrr. p. .^y-Sg. 
I. 8 



Il/i DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

peracla, recitatisqiie et leclione evaiifjelica ol oialionihus consiiotis, occidcnloni 
versus, priiis ad nieridiom aliqiiaulukiin declinando, duo quasi millia passuum 
procedilur : ubi teinj)lum insigne ab Helena supra ripam fluminis quondam 
exslruclum, quo loco Joannes Christum baptizavit, una cura adjuncto monas- 
terio videre est. Utrumque tameii dirutum et collapsum bodie et a flumine 
remotum. Nam cura mutato alveo flumen refluxerit, ac retrocesserit, a fluminis 
ripa duobus circiler millibus passuum abesse comperitur*. 

Avant ces deux pèlerins, Boniface de Raguse, qui avait été gar- 
dien du Saint-Sépulcre à Jérusalem de i552 à iBôg, avait ])areil- 
lement avancé la même tradition : 

Inde surventes (id est ex Jordanc), pergimus ad occidentem : ad meridiem 
aliquantuiuin declinando ad duo niilliaria, occurrit nobis ecclesia ab Helena 
maire l'abricata super ripam Jordanis, super quam Joannes stabat quando 
Christum baptizavit, et monasterium circa ipsam, in quo Zosimus abbas fuit, 
sub tituio Salvaloris baplizati et Joannis Baptistœ celebrata^. 

Ces détails donnés par Bonilace de Raguse, et, entre autres, 
ceux-ci : ad occidenteni; ad meridiem aliquantulum declinando ad duo 
milliaria, occurrit nobis ecclesia, etc. détails copiés ensuite textuelle- 
ment |)ar Cotovicus, nous montrent que, au xvi*^ siècle, les pèlerins 
allaient se baigner dans le Jourdain à l'est-nord-est du Kasr el- 
Yelioudi, et probablement au gué connu actuellement sous le nom 
de Makliadet el-Rlioranieh; aujourd'hui, au contraire, ils sont 
condiiils au sud-sud-est de ces mêmes ruines. Ce gué pourrait bien 
Hre eiïectivement le Bethabara où Jean baptisait, et, par consé- 
t|uent, il serait permis de penser que ce serait là, soit sur la rive 
gauche, soit sur la rive droite du fleuve, que Notre-Seigneui* aurait 
lui-même reçu le baptême des mains de son saint précurseur. En 
elfet, si l'on part du Makliadet el-Rhoranieh, et ({ue l'on se dirige 
d'abord un peu vers le sud et <Misuite vers l'ouest, on atteint, au 
bout de trente à trenle-cin(| minutes de marche, le Kasr el-Vehoudi, 
f<» qui répond aux deux milles indiqués par Boniface de Raguse 

' (<olAviriiH, flinrranum Hirt-mtoliffui- ' nonifiicius, Do pemmi niliu Tma- 

liiuuni ri Syri/truni , p. .'{ 1 1 ■'.] j «j . sniicltf , I. II. 



CHAPITRE II. — KASH EL-YEHOUDI. 115 

comme séparant l'église de Saint-Jean-Bapliste des bords du Jour- 
dain. Ce n'est pas là, en réalité, en ligne directe l'intervalle qui 
s'étend entre les ruines du Kasr el-Yehoudi et les rives du fleuve, 
mais c'est à peu près celui que l'on parcourt pour aller du Makha- 
det el-Rlioranieh aux ruines en question. 

Bernard le Sage, qui visita la Palestine en 870, transcrit mot 
pour mot, au sujet de ce couvent et du lieu où Notre-Seigneur fut 
baptisé, un passage emprunté à Bède le Vénérable, et que celui-ci, 
comme je l'ai dit pins haut, avait tiré d'Arculphe et d'Adamna- 
nus '. 

Le docte Quaresmius avoue ses doutes sur ce point; voici l'opi- 
nion qu'il propose, sans l'affirmer positivement : 

Ego in re dubia non asseverando, sed opinando dicerem hanc ecclesiam di- 
catam fuisse D. Joanni Baptista? : quoniam e regione loci est ubi in Jordano 
fit prœdicabat et baptizabat; et quia in flumine commode aedifîcari non po- 
tuit, prope ipsum œdilicala fuit^. 

Cette hypothèse me semble très-vraisendjlable, et, tout bien 
considéré, j'incline beaucoup à l'admettre. Si, depuis, les pèlerins 
latins ne vont plus se baigner au gué appelé Makhadel eî-Moranieh , 
c'est que leur itinéraire est, en général , combiné avec une excursion 
aux bords de la mer Morte, et que, pour ne pas trop allonger leur 
course, leurs guides les mènent de préférence à un endroit du Jour- 
dain moins éloigné de la mer Morte que ne l'est le Makhadet el- 
Bhoranieh. 

A l'époque d'Ediisi\ vers le milieu du xn* siècle, le monastère 
de Saint-Jean était occupé par des moines grecs. 

Au commencement du xiv* siècle ou dans les dernières années 
du xm*", le frère Ricoldus, de l'ordre des F^'ères prêcbeurs, qui 
parcourut alors la Palestine, nous apprend que, le jour de la fête de 
l'Epiphanie, il trouva rassemblée près du couvent de Saint-Jean- 

' Bernard le Sage, Itinerarium. (Më- FAucidntio Terrœ snnctœ , t. II, p. 7/16. 
moires de la Sociélë do géographie de — ^ Edrisi, Géographie, Iraduction de 
Paris, l, IV, p. 810,) — ' Quaresmius, \\ Amedée Jauljort. t. II, p. V\h. 



116 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Baptiste une foule considérable, composée de dix mille chrétiens de 
toute nation, qui furent baptisés dans le Jourdain : 

Inde (de Jéricho) fesliiianles quatuor miiiaria in Jordanem, invenimus, juxta 
Jordanem, lociim ubi habitabal bcatus Johannes Baptista, ubi in memoriain 
suam est pulchruni monunientum. Ibi in festo Epiplianie invenimus christia- 
nos ad baptisnium ullra dcceni milia, ex omni populo et nacione. Ibi edifica- 
vimus altare juxta flumen , ubi cetebravimus et predicavimus et baptizavimus 
gaudentes et llentes. Cum autem omnis populus baplizarelur et clamaret Kyrie 
eleison, tanlus luit flelus et ululatus, quod putabamus angelos descendere de 
celo et voce querula nobiscum damantes. Et lune cantavimus evangelium : 
rFactum est autem, cum baptizaretur omnis populus '.t? 

Un pèlerin plus ancien, Wilbrand d'Oldenborg, qui visita la 
Palestine en 1211, nous dit que, de son temps, il y avait près du 
Jourdain une église, élevée autrefois à l'endroit où Jean-Baptiste 
avait baptisé et qui alors était presque entièrement détruite : 

El bine (a Jéricho) paululum procedentes per vallem planam et amenam, 
venimus ad Jordanem, qui est tluvius admodum altus etveloces liabens aquas, . . 
(lirca quem locum eral quedam ecclesia edificata,que tune temporis fere tola 
est destructa, ubi, ut dicunt, ipse lohannes Baptista baptizavit baptismo peni- 
tencie. De islo eciam ait liber Uegum : tr Descendit (Naaman, princeps milicie) 
et lavit in Jordane septies, et restituta est caro ejus sicut caro pueri parvuli-ii 
Igilur et nos carnem interioris nostri hominis restitui et mundari sperantes, 
descendimus et lavabamur in eodem Jordane; sed ipsi Arabes, nobis illudentes, 
balneum et ipsum Ihivium mulli luti injectione lurbaverunl-, 

11 est probable que, dans ce passage, il est question de la petite 
église construite sur les bords mômes du Jourdain, et non pas du 
couvent de Sainl-Jean-Baptisie, signalé, cinquante ans au])aravant, 
par Edrisi comme habité par des moines grecs, et près de cent ans 
njirès, par le frère Hicoldus comuKî encore debout : nl>i in memo- 
riam Huuin (id est Joannis Baptista») esl pulchriirn monwiwulmn; au- 
Irerneiil, il faudrait admettre que ce couvent avait été rebAti dans 
l'inU^rvalle. 

• KioiMim di? Mont» CruclH, Jtinera- ' Wilbrand d'Oldenborg, /'«c^r/Ma/io, 

rliHH , |i. toy, /•dit. I.Aiirenl. p. 189, «Mil. I.iiiii-rnl. 



CHAPITRE II. — TKLL DJELDJOUL. 117 



TKLL DJELDJOUL (gILGAL OU GALGALa). 

Après avoir jeté un coup (l'œil rapide sur les ruiues du Kasr 
el-Yehoudi, je prends, avec le Bédouin qui m'accompagne, la direc- 
tion de l'ouest en suivant les traces d'une voie antique; les pavés 
de cette route sont inégaux et aujourd'hui pour la plupart déplacés. 
Nous traversons successivement plusieurs petites collines. 

A trois heures dix minutes, la plaine devient plus égale et moins 
boursouflée de mamelons; elle est couverte de toufles de plantes 
grasses et alcalines. 

A trois heures trente minutes, nous avons à notre gauche YOued 
el-Kell, oJiJt à!^, qui décrit de nombreux détours et dans le lit 
duquel croissent beaucoup d'arbustes. Notre direction est tantôt 
ouest, tantôt ouest-sud-ouest. 

A trois heures trente-cinq minutes, je rencontre sur une laible 
éminence, et au-dessus de la rive gauche de l'Oued el-Kelt, les 
arasements d'une petite enceinte détruite et des tas de pierres de 
faibles dimensions provenant de constructions démolies. Ces ruines 
portent le nom de Tell Djeldjoiil, Jj^M- Jj'. 

A trois heures cinquante-cinq minutes, nous parvenons à d'au- 
tres ruines beaucoup plus étendues, appelées pareillement Tell 
Djcldjoul. Le sol qu'elles recouvrent est parsemé d'amas de pierres, 
([uelques-unes d'assez grandes dimensions, mais la plupart de 
moyenne grandeur, mêlées à de menus matériaux. Au milieu à peu 
près de ce kharbet ou de cet ensemble de ruines, on remarque de 
nombreux petits cubes de mosaïque épars sur une plate-forme où 
s'éhwait une ancieiuie église, dont ils formaient le pavé et qui avait 
renfermé elle-même, dit-on, les douze pierres transportées du lit 
du Jourdain, par l'ordre de Josué, sur l'emplacement de Gilgal ou 
Galgal. Nous sommes bien, en elîet, sur le lieu oiî canqièrent les 
Hébreux après qu'ils eurent franchi le Jourdain. 11 est appelé en 
hébreu dans la Bible Gilfral, hib:, et, avec l'article, ltn-fiil(rnl, baVsn, 



118 DESCRIPTION DE LA SAMARiE. 

en grec FàXyaXa, en latin Galgala, nom qui s'est conservé et se 
reconnaît facilement dans l'arabe ôy^^-^»- , Djeldjoul. 
Nous lisons à ce sujet dans le livre de Josué : 

19. Populus aulem ascendit de Jordane decimo die luensis prinii, el cas- 
tramelati sunt in Galgalis, contra orientaleni plagam urbis Jéricho. 

90. Duodecim quoque lapides quos de Jordanis aiveo sumpserant posuil 
Josue in Galgalis, 

ai. El dixit ad filios Israël : Quando interrogaverinl filii vestri cras paires 
nostros, et dixerinl eis : Quid sibi volunt lapides isti? 

aa.'Docebilis eos, atque dicelis : Fer arenlera alveum transivit Israël Jor- 
danem isliim'. 

Nous voyons, dans ce passage, que les Hébreux, au sortir du lit 
du Jourdain, allèrent camper à Gilgal, à l'orient de Jériclio, et y 
transportèrent les douze pierres que Josué avait fait prendre dans 
le lit du fleuve, alin de rappeler à leurs descendants la manière 
miraculeuse dont ils l'avaient francbi. 

L'bistorien Josèpbe fixe l'emplacement de Gilgal à cinquante 
stades à l'ouest du Jourdain et à dix stades à l'est de Jéricho. 

Oi Se 'aemrixovTa -cspoeWôvTes alâStix (3a.XXovTat al parÔTreSov ànb Séxa 
i/laStCàv TÎjs îeptxovvros'. 

Cette distance indiquée par Josèphe est très-juste, car le Tell 
Djeldjoul est à une heure et demie de marche, soit du gué fippelé 
Makhadet el-Bhoranieh, soit de celui où les pèlerins se rendent 
d'habilude aujourd'hui et entre lesquels les Hébieux durent fran- 
chir le fleuve, puisqu'ils le passèrent en face de Jériclio. Or, une 
heure el demie au pas réguliei' d'un cheval écjuivaut à neuf kilo- 
mètres et, par consécpient, aux cincjuante stades de Josèphe. 

Ouaiil à la distance de dix stades ou 1,850 mètres de Jéricho, 
elle nuus amène droit au village actuel de Hieha, jusqu'où devaient 
H étendre les jardins et les maisons de campagne de ranli(|ue Jéricho , 
)af|uelie, à cette époque, avoisin;iil hi ionlainc (ri^lisi'c, l'V'ïii es- 

' JoêUê, r, IV, V. ly -j-j. — ' JdM'pJir', Aiit'ufuitrs jmlnhiucs , I. V, <". I , S /l. 



CHAPITRE 11. — TKLL DJELDJOUL. t19 

Soullliau de nos jours. Par conséquent, cette seconde distance est 
encore très-exacte. 

C'est au camp de Gilgal que Josué circoncit les enfants d'Israël 
qui étaient nés dans le désert, et il lit cette opération avec des cou- 
teaux de pierre. 

2. Eo lempore ait Dominus ad Josue : Fac libi cultros lapideos, et circuin- 
cide secundo filios Israël. 

3. Fecit quod jusserat Dominus, et circumcidil filios Israël in colle praipu- 
tiorum. 

8. Postquam autem omnes circumcisi sunl, manserunt in eodeni castrorum 
loco donoc sanareutur. 

9. Dixitque Dominus ad Josue : Hodie abstuli opprobrium /^|jypti a vobis. 
Vocatumque est nomen loci illius Galgala, usque in praesentem diem'. 

Voici les versets correspondants dans la version des Septante : 

9. T7rà Se 70VT0V rbv xaipbv sine Kvpios tS> \r](TOÎ' Woir](Jov a-eavrài (la- 
Xot-tpo^s 'StTpiva.s ÈH 'mérpas dxpoTÔfxoVj xai xaOïaas vrspnsfxs tovs vîovs 
l<Tpar]X SX SevTépov. 

3. Ka< STioitjcTev Ivo'ovs [lay^ctipas tssTpivas àxpoi6[iovs, xoà tgspisTSfJis 
roiis viovs iTpari^ eVi toî» xaXov(xévov tÔttov Boufos tôjv dxpoëixrliôjv. 

8. ïlepiTfxtiOévTes Se vav^iav sl)(Ov avroOi xaSrffxsvoi év 7ti xsapS(i€oXf} 
é'cos vy(d(TÔïi<7a.v. 

9. Kai elns K.vpios tw 1ïj(toi viôi ^avij' Er rfi (rnyiepov ^(lépçt i(perAov 
rèiv àveiStŒfxov AiyvTrIov d(p' ûf/wv ' xoiï éxalsas to ovofxa rov tottov éxstvov 
TâXyaXa. 

cf Alors le Seigneur dit à Josué : Fais-toi des couteaux de pierre d'un silex 
tranchant, et circoncis en ce lieu pour la seconde l'ois les enfants d'Israël. 

frEt Josué fit des couteaux de pierre tranchants et circoncit les enfants 
d'Israël dans l'endroit appelé Colline des Prépuces. 

r Après qu'ils eurent été circoncis, ils demeurèrent tranquilles en ce lieu , se 
reposant dans le camp, jusqu'à ce qu'ils fussent guéris. 

ff Et le Seigneur dit à Josué, fils de Navé : Aujourd'hui je vous ai délivrés de 
l'opprobre de l'Egypte, et ce lieu fut appelé Galgala. ^ 

' .losiir, r. \, V. •.? , ."i , H et «). 



120 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

La Vulgate et les Septante, comme on le voit, traduisent égale- 
ment les mots hébreux harhôth Izerim par couteaux de pierre {fac tibi 
cuUros lapideos, tsoivcrov (tsolvtÔj ^cL^ft-ipcLs TSeTphacs). L'interpréta- 
tion de quelques critiques modernes, qui pensent que ces deux mots 
signifient seulement couteaux tranchants, est donc contredite formel- 
lement par les deux versions les plus accréditées de la Bible. Ce qui 
prouve, en outre, qu'elle est erronée, c'est qu'en parcourant avec 
soin l'emplacement actuel du Kharbet Djeldjoul, l'ancienne Gilgal, 
on y rencontre encore un certain nombre de petits couteaux en si- 
lex, soit brisés, soit intacts, qui sont restés là comme des témoins 
irrécusables de la manière dont il faut entendre les mots en ques- 
tion. Des couteaux tout à fait semblables ont été trouvés par M. l'abbé 
Richard, au mois de mai de l'année 1870, dans le tombeau de 
Josué que j'avais découvert en i863. Or, un autre passage des 
Septante, que je citerai dans le chapitre où je décrirai ce tombeau 
célèbre, nous apprend que les Israélites y renfermèrent avec le corps 
de ce grand homme les couteaux de pierre qui lui avaient servi à 
circoncire le peuple à Gilgal. Evidenmient, pour opérer la circon- 
cision d'une multitude aussi considérable que l'était celle des Hé- 
breux quand ils francliirent le Jourdain en face de Jéricho, Josué 
dut faire fabriquer une très-grande quantité de couteaux de pierre, 
et il dut être aidé dans l'opération elle-même par les prêtres et les 
anciens du peuple. Une partie de ces instruments en silex fut en- 
seveh'e sans doute dans le tertre artificiel dit des Prépuces; une autre 
fut plus lard déposée avec Josué dans sa lombc. 

Les Hébreux avaient traversé le Jourdain le dixième jour du ])re- 
Hiicr mois de l'année, et le (juatorzième du même mois, après qu'ils 
eurent été circoncis à Gilgal, ils célébrèrent en ce lieu la pAque. 
Ils avaient proi)al)l(îment franchi le lleuve entre le gué dit Mahhadct 
cl'Iiltoranieh et l'endroit où les pèlerins ont l'habitude d'aller se 
baigner maintenant; car le passage d'une foule aussi considérable, 
n'il avait eu Vuni à un sciul et mènui gué, aurait nécessité plusieurs 
jours. (Jonnne le Jourdain avait été miraculeusement mis à sec dans 
une certaine étendue de son coins, les Israélites purent U\ traverser 



CHAPITRE II. — TELL DJELDJOUL. 121 

par colonnes sur beaucoup de points à la fois, ce qui leur permit 
de célébrer la pâque à Gilgal au jour indiqué par la Bible. 

Manseruntque filii Israël in Gaigalis, et fecerunt phase, quartadecima die 
mensis ad vesperam , in campestribus Jéricho ^ 

La manne cessa alors de tomber du ciel, et, le lendemain, les 
Israélites se nourrirent des fruits de la terre, des pains sans levain 
et de la farine d'orge de la même année. 

C'est de Gilgal que Josué partit pour entreprendre la concpiôte 
de la Palestine; mais, de temps à autre, il revenait à ce premier 
campement'-. 

Nous voyons plus tard Samuel se rendre chaque année à Gilgal 
pour y juger le peuple. 

Et ibat (Samuel) persingulosannos circuiens Belhel et Galgala elMasphalh, 
et judicabal Israeleni in sui)radictis locis^. 

C'est à Gilgal que SaiU fut ensuite reconnu roi de tout Israël : des 
victimes pacifiques y furent alors immolées devant le Seigneur, et 
l'on y célébra de grandes réjouissances l'an i ogS avant Jésus-Christ. 

Et perrexit omnis populus in Galgala, et fecerunt ibi regeni Saul corani 
Domino in Galjjala, et immolaverunt ibi victinias paciticas coram Domino. El 
laetatus est ibi Saul, et cuncli viri Israël uimis^ 

Deux ans à peine s'étaient écoulés, que ce roi encourut la dis- 
grâce et la réprobation du Seigneur pour avoir usurpé les fonctions 
sacerdotales et offert, à Gilgal, un holocauste à l'Éternel à la place 
de Samuel. Ce prophète, airivant au moment même oij Saiil ve- 
nait d'achever ce sacrifice, lui annonça que, parce qu'il avait trans- 
gressé les ordres de Dieu, son règne ne serait point stable, et 
qu'un autre avait été choisi du ciel pour le remplacer. 

8. El expeclavit scplem diebus (Saul) juxla placilum Saniuelis, et non venit 
Samuel in Galgala, dilapsusque est populus ab eo. 

' Josuê, c. V, V. 10. ^ Rois, 1. I, c. vu, v. iG. 

* Ibid. c. IX, V. 6; c. X, V. (), 7, y, * Ibid. I. I, c. xi, v. 10. 

i5, ho; c. XIV, V. G. 



122 DESCRIPTION DE LA SAMxVRIE. 

9. Ait ergo Saul : Afferte milii holocaustuin et pacifica. El oblulit liolo- 
caustum. 

10. Cumque complesset offereiis holocaustum , ecce Samuel veniebal; et 
egressus est Saul obviam ei ut salufaret eum. 

11. Locutusque est ad eum Samuel : Quid fecisti? Respondit Saul : Quia 
vidi quod populus dilaberetur a me, et tu nou veueras juxta placitos dies, 
porio Philistbiim congregati fuerant in Macbmas, 

19. Dix! : Nunc descendent Pbilisthiim ad me in Galgala, et faciem Do- 
mini nou placavi. Nécessita te compuisus, obtuli holocaustum. 

i3. Dixitque Samuel ad Saul : Stulte egisli, nec custodisti mandata Do- 
uiini Dei lui, quae praecepit tibi. Quod si non fecisses, jam nunc praeparasset 
Dominus regnum tuum super Israël in sempilernum ^ . . . 

Après la mort d'Absalon, tué par Joab, David, que la révolte de 
son fils avait forcé de fuir au delà du Jourdain, se préparait à re- 
passer ce fleuve, lorsque toute la tribu de Juda alla au-devant de 
lui à Gilgal pour le ramener triomphalement à Jérusalem : 

El reversas est rex; et venit usque ad Jordanem , et omnis Juda venit usque 
in Galgalam, ut occurreret régi, et traduceret eum Jordanem '^. 

Dans \ Onomasticon y au mot FàXyaXa, Eusèbe résume de la sorte 
les principales données que la Bible nous fournit à propos de cette 
localité : 

FoXyaXa, ri avTtf èalt Tfj dvcoTépco xeifxévrt FaX^wX 'cfphs ri'klov àvcnokah 
Ttjs tsakat lepi)(ù), eta-co rov lopSavov evda rsepiéreixev lr](TOvs roiis ctTro tov 
XaoVj xa) tÔ rsd'j^a ^yayzv, xai tspcoTOv uItov fxsTéXa€ov, sjikeiiïovios tov 
fiolpva, xa< ëalrjaav tous ànb tov lopSdvov XîOovs. ÈvTavOa TSpÙTOv xoiTé- 
ixeivev )f (Txtfvrt toC (xapTvphv. Ko.) yéyove xXrfpov ^vXijs loriSa. AeUvvTai è 
rdiros ipnyLOs as Ispbs ^-pria-xevôfxevos. 

"(ialgala, la même (jui est cilée plus haut sous le nom de (ialgol; elle est 
«iluée ù rorient de l'aïu-ienne Jdriclio, eu deçà du Jourdain. C'est là (jue Josué 
rirroncit le peuple, et célébra la pàque : là, pour la prcmièn; fois, les Israé- 
lilc« mangèrent du pain d(! IVoment, la manne venant à leur manquer. Là aussi 
iU plarèrenl les pierres (|ui |>rovenaienl du Jourdain. C'est à (lalgala (pu> 
l'arrlie <rnlliuncu demeura d'abord. Elle lui dévohu! à la tribu de Juda. On 
iiioiiln* (MK'orr n'ilv bnHlilé di'seih;, qui est vénérée comuu' sainlc. v 

• lioiM, 1. 1 , r. Mil . V. K , ;$. _ « //„>/. I. Il . c. MX . \ . I r., 



CHAPITRE II. — TELL DJELDJOUL. 123 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage en latin, ajoute que Gai- 
gala était au second mille de Jéricho : 

Osteuditur usqiie hodie locus desertus in secundo Jerichus milliario. 

Cette distance avait été évaluée par Josèplie à dix stades de l'an- 
cienne Jériclio ; celle qu'indique saint Jérôme est de deux nnlles 
ou d'environ quinze stades. 

D'autres localités du nom de Gilgal existaient en Palestine; j'en 
parlerai dans la suite. 

Le même Père de l'Eglise, dans son Epitaplie de sainte Paule, 
nous montre cette pieuse Romaine visitant le camp de Gilgal : 

Intuita est castra Galgala;, et aceivum Prœpuliorum et secuudaî circunici- 
sionis myslerium, et duodecim lapides qui, de Jordauis illuc transiali alveo, 
duodecim aposlolorum rundanienln firuiaverant ^ 

Au mot Bovvos OLKpoëv&liMv , nous lisons dans Eusèbe : 

Bofros dxpo€v(7liwv' T(y7ro5 êv TaXytxXots, èv y tsepiéi£\isv \r)<T0vs thv 
XoLOv, ùs (XTro Svo (7ï]fJ.etMv lepi^ovs' êvBa SeixvvvTai eis hi vvv oi Xi'ôoi 
ovs ïjveyKav dTrb tov lopSdvov. 

«Colline des prépuces, lieu à Galgala oii Josue' circoncit le peuple, à deux 
nnlles environ de Jéricho; on y montre encore les pierres qui furent apportées 
du Jourdain. 7) 

Cette distance de deux milles indiquée ici par Eusèbe, et repro- 
duite par saint Jérôme dans la traduction de ce passage, doit peut- 
être se compter à partir de la nouvelle Jéricho, celle qui existait 
de leur temps, et non de l'antique Jéricho, qui était voisine de la 
fontaine d'Elisée. 11 faut probablement de même faire cette re- 
marque, à propos du précédent passage de XOnomaslicon, au mot 
Jéricho, passage où saint Jérôme nous dit qu'on montrait de son 
temps l'emplaceuient désert de Galgala à doux milles de Jéricho. 
Comme il n'ajoute pas de ïaïuique Jéricho, il est permis d'en inférer 
qu'il entend parler ici de la nouvelle ville. Dans ce cas, il n'y au- 

' Saiivli Hicronyiiti opéra, 1. 1. p. 888. édil. Miguo. 



124 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

rait pas de contradiction entre ce chiffre de deux milles et celui 
de dix stades que donne Josèplie; car cet iiistoricn parle nettement 
de l'antique cité. 

Antonin de Plaisance, au commencement du vn*" siècle, Arculplie, 
vers la fin de ce même siècle, Willibald, au commencement du 
vni% mentionnent à Gilgal l'existence d'une église qui renfermait 
les pierres transportées du Jourdain par Josué. 

On lit dans Arculplie : 

Galgai itaque, ubi supra memorata fuiidala est ecclesia, ad orientaleiu aii- 
liquae Iliericho plagam cis Jordanein est, in sorte tribus Juda, in quinto miliario 
ab Hiericho, ubi et tabernaculum fixum multo tempore fuit. In quo loco, ut 
Iradilur, constructa supradicta ecclesia, in qua illi duodeni supra memorati 
Iiabentur lapides, ab iiiius regionis morlalibus miro cultu et bonorificentia 
babita honoratur '. 

Saint Willibald nous apprend, dansson Itinéraire, que cette église 
élait petite et en bois: 

El pergebanl a Jordane, et veniebant ad Galgala. Ibi suntintus quinque 
millia, et duodecini lapides iillc sunt in ecclesia : illa est lignea et non magna, 
lllic sunt duodecini lapides qnos tulerant filii Israël de Jordane '". 

L'an 870, Bernard le Sage signale également cette église: 

Duodecini lapides quos Josue de Jordane tolli prœceperat in ecclesia Gal- 
galis facla altrinsecus jiixla parietes cjusdeni jacent, vix singiili nunc duobus 
viris elevabiles. (Quorum unus ncscio quo casu fractus scd ferro niedicante 
reconjunctus est'. 

Aujourd'liui il ne subsiste plus aucun reste de celte; église, sauf, 
connue je l'ai dit, ({uelques fragments de la m()saï([U(; (|ui en for- 
mait le pavé. 

Plusieurs voyageurs placent Gilgal au sud de l'Oued el-Kelt, à 
l'endroit que j'ai indiqué sous le nom de Kbarbet Moliarfer on Me- 
liariftM'; mais c'est là évidemment une erreur, comme le prouve le 

\rcn\Uw , De »ilu Lncorum Hiinctomm , ^ HcrniU'd lo Sage, hincrarium. {W- 

I. II. c. »»»v. niuircH de la Socidt(5 de g(<ogra|)lii(' <!<• 

' Wiilibolflutt, //iWar/tt/n. c. wni. Paris, i. IV, p. KoO.^ 



CHAPITRE II. — TELL DJELDJOUL. 125 

nom de Tell Djeldjotd, conservé par les Arabes à la localité dont 
nous venons de parler. 

Non loin deGilgal se trouvait la vallée d'A'chor, en hébreu nlDv ppy, 
E'mek A'chor, en grec Èiiexccy^Mp, en latin Achor, où Achan fut la- 
pidé, par l'ordre de Josué, avec toute sa famille, pour s'être réservé, 
contrairement aux prescriptions du Seigneur, une part du butin 
dans le sac de Jéricho. 

2/1. Tollens itaque Josue Achan, (ilium Zare, argentumque et pallium, et 
auream regulam, filios quoque et fiMas ejus, boves et asinos et oves, ipsumque 
tabernaculum , et cunclam supeilectllem; et omnis Israël cum eo, diixeninl 
eos ad valiem Achor. 

96. Lbi dixit Josue : Quia lurbasti nos, exturbet te Doniinus iii die bac. 
Lapidavitque eum omnis Israël; et cuncta quœ iHius erant consumpta sunt. 

96. Congregaveruntque super eum acervum magnum lapidum, qui per- 
nianet usque in prœsentem diem. Et aversus est furor Domini ab eis. Voca- 
lunique est nomen ioci ilHus vallis Achor usque hodie •. 

Cette vallée est indiquée comme formant vers l'est l'une des limites 
septentrionales de la tribu de Juda : 

Et tendens usque ad terminos Debera de valle Achor, contra aquilonem res- 
piciens Galgala, quœ est ex adverso ascensionis Adommim, ab australi parte 
torrenlis; transitque aquas, quœ vocanlur fons Solis, et erant exitus ejus ad 
fontem Rogel '-. 

Il semble résulter de ce verset que la vallée d'A'chor doit être 
cherchée au sud de Gilgal : contra aquilonevi respicteiis Galgala, «re- 
gardant Gilgal vers le nord, -n Voici la traduction littérale de ce verset 
d'après le texte hébreu : 

ft Puis cette frontière (celle de Juda) montera vers Débir depuis la vallée d' A'chor 
vers le septentrion regardant Gilgal, qui est vis-à-vis de la montée d'Adoum- 
mini, laquelle est au midi du torrent v 

La version des Septante est la suivante : 

Ko) xspocrava^aivsi rà 'àpia en) rb TerapTOv irjs (papayyos A)(fi)p, xaï 

' Josiié, c. vu, v. a/i-QC). — * Iln'd. c. \v, v. 7. 



126 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

xœraËcLÎvei stî) TaXyàX, v èaliv ànévavTt trjs TSpoa^oicrEws ASafifxiv, >/' êcrlc 
xaia A΀a Tr} (pdpayyi. . . 

On voit que les Septante ne traduisent pas le mot n^'issi, et 
vers le nord. 

Si la vallée d'A'chor se trouvait au sud de Gilgal, que j'identifie 
avec Tell Djeldjoul, on est amené tout naturellement à l'identifier 
elle-même avec l'Oued el-Kelt, qui serpente précisément au sud do 
ce tell, et dans lequel nous avons déjà reconnu le Nalial Keritli, 
où Élie fut quelque temps nourri par des corbeaux'. 

D'un autre côté, Eusèbe, dans X Onomasticon , affirme que la vallée 
d'A'chor était située au nord de Jéricho : 

A)(à)p, xoiXàs A)(Cûp xaXov[j.évïj ) evBa êAtdoëôXrjarav tov Aycop Kké^ctvTa. 
To àvddtifxaj nfap' â xa) Aywp Mvofxdaôv ' xsnat Se èv ^opeiois lepi)(ju), xa) 
ovTù) xaXenai zspbs tuv èiiiyjMpicov. 

Saint Jérôme traduit et développe ainsi ce passage : 

Aciior, hebraice dicitur Emec Achor, quod iiilerpretatur vallis lumuhtis vel 
turbarum, eo quod ibi tumultuaUis et turbatus sit Israël, in qua lapidaverunl 
quondam Achan, propter furtum anatheniatis. Estautem ad septentrionem Je- 
richus. 

Si ces deux écrivains ne se sont pas trompés, nous devons cher- 
cher la vallée d'A'chor au nord de Jéricho, et, par conséquent, au 
lieu de l'identifier avec l'Oued el-Kelt, situé au sud de cette môme 
ville, noussomuies amené à la reconnaître dans rO«e^/en-A^o//WmeA, 
JMNsyJl :>l3, doni je j)arlerai pUis tard, et qui traverse la ph\iue de 
Jéricho au nord de; cette ville, avant d'aller se jeter dans le Jourdain. 

RETOUR À L'a'ÏN R8-80ULTHAN. 

A quatre heures, nous nous remettons eu marche vers l'ouest; 
h quatre heures (juarante-cinf[ minutes, nous laissons A notre gauche 

' ïiniM. I. III, r. XVII, V. ;{-7 



CHAPITRE H. — RETOUR A L'A^IN ES-SOULTHAN. 127 

io village à'Er-BHia, Us?^l, situé sur un plateau peu élevé au nord 
(le VOiiedel-Kelt, o».KJi ^1^. Notre direction est alors celle del'ouest- 
nord-ouest. Nous traversons, au delà des maisons et des jardins de 
ce hameau , des champs où l'on trouve des matériaux appartenant 
à d'anciennes constructions entièrement renversées. 

A quatre heures trente-quatre minutes, les ruines cessent pour 
un instant de se montrer; des buissons de seder et de zakkoum cou- 
vrent le sol. A quatre heures quarante-cinq minutes, les mômes débris 
reparaissent et ne cessent de joncher çà et là une plaine en partie 
cultivée et en partie couverte d'arbustes. Nous passons près d'un 
tell qu'avoisinent des restes de voûtes ogivales. A quatre heures cin- 
quante-deux minutes, nous faisons halte près de l'A 'in es-Soulthan, 
à l'endroit où nos tentes avaient été dressées. Je m'empresse, avant 
la nuit, sous la conduite de l'excellent frère Liévin, de gravir avec 
deux autres pèlerins le sommet de la montagne de la Quarantaine, 
pour y examiner les vestiges de la forteresse antique qui le cou- 
ronne et du sanctuaire vénéré que j'ai déjà décrit en parlant de 
cette sainte montagne. 

Sans revenir ici sur les détails que j'ai déjà donnés à ce sujet, 
j'ajouterai seulement que cette montagne est pour la première fois 
citée sous le nom qu'elle porte encore aujourd'hui par Fretellus, 
diacre d'iVntioche vers la fin du xn* siècle'. Une trentaine d'années 
plus tard, Wilbrand d'Oldenborg la mentionne également sous ce 
nom : 

Abhinc revertebamur Hiericho , et non longe ab ilia ascendebamus quemdam 
rnonlem altissimum, in quo Dominas dicilur qnadraginla jejunasse diebus, 
a quibus ipse mons hodie Quarennia nuncnpatiir^. 

A la fin du xm'' siècle, vers i 288 , le moine Burchard du Mont- 
Sion en parle comme il suit : 

De Galgalis ad dimidiam leucam eundo in Jéricho addextrani ultra viam est 
nions Quarenlena dictus, ubi Dominus qnadraginla diebus et noclibus jejunavit, 

' Stephani Baluzii Miscellmeu liisto- ' Wilbrand d'Oldenborg, Per«gTj)M»/»o, 

rira, édit. Mansi. I. /139. édit. Lanrenl. p. 190. 



128 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

alUis iiimis et diffîcilis ad ascendenduni. Sed teniptafus est in alio monte, qui 
per très leucas distat ab islo, supra in deserto, a latere Belliel et Hay auslrali. 

Subler Quarentenam fera quantum bis potest jacere arcus oritur fons He- 
lisei et efiluit, cujus aquas sanavit Heliseus, quia amare erant et stériles. Hic 
fluit juxta locum Galgale a parte australi, et impellit magna molendina, et 
poslea divisus in rivos plures rigat canamellas et ortos et jardinos, usque in Jé- 
richo el infra, et induit in Jordanem. 

Juxta Galgala, ad dimidiam leucam contra austrum, est vallis Achor, sub 
monte, ubi lapidatus fuit idem Achor pro furto anathematis '. 

Dans ce passage du moine Burcliard il faut remarquer plusieurs 
choses. D'abord, ce religieux distingue le mont de la Quarantaine, 
où Nolro-Seigneur jeûna pendant quarante jours, de celui oi^i il fut 
tenté par le diable, bien que la tradition contraire ait prévalu, et 
que la plupart des pèlerins s'accordent généralement à placer sur 
la cime de cette même montagne l'endroit oi!i cette tentation eut 
lieu, endroit que signalent encore à la piété des visiteurs les restes 
d'un oratoire fort ancien. Ensuite, Burcliard place à tort la fontaine 
d'Elisée au sud de Galgala; car la Bible nous apprend que cette 
dernière localité était à l'est et non au nord de Jéricho, laquelle 
avoisinait primitivement cette fontaine, position que confirme celle 
du Tell Djeldjoul, dont le nom et l'emplacement répondent par- 
l'ailement à ceux qu'indiquent la Bible pour Gilgal. 

Nous voyons également que, vers la fin du xui*' siècle, la fontaine 
d'Elisée faisait tourner de grandes meules de moulins et arrosait 
des plantations de cannes à sucre. Ces plantations ont complètement 
disparu actuellement, mais il existe encore des débris considérables 
des moulins à sucre, lahotialmi es-soukkar, signalés par Burcliard. 

Dans les dernières années de ce même siècle ou dans les piemières 
(hi XIV'', le frère Hicold du Mont-de-la-Croix, de Tordre des Erères 
prèclH.'urs, visita la montagne de la Quarantaine, dont il parle en 
CCH termes : 

Indu (a Jordnnt!) asccndiniiis ad monleni (cniptacionis in (hvserlo, ubi diiclus 
l'Ht lli(*HUs, f'I in loro ubi jcjunasit quadraginla dichus el (|U!i(li'.-igitila noclihus. 

' HunlinrdiiH rin MouIp Sioii. Drfnipti'o Ternr sniirltr, p. 58. ('djl. Liiiiiciil. 



CIIAPITRK H. - HKTOUB A L'VÏN ES-SOULTHAN. 129 

Est eciani ibi ecclesia et cella; uhi célébrantes et prœdioaaics multis cbristianis, 
qui convenerant, et beremitis, qui morabanlur ibidem, didicinius ab eis mulla 
loca et niansiones Cbristi per ordinem. Inde duxerunt nos ad locum et ad 
montem multum altiorem et valde difïîcilom, ad eumdem ubi diabolus as- 
sumpsit Ihesum et ostendit ei omnia régna niundi.Et vere locus estaplus ternp- 
tacioni et cupiditati, quia, cuni in se sit desertus et nicbil boni habens, tanien 
sub se in planicie pulcberrinia quasi omnia sunt. Est enim diclus nions super 
fluenta Jordanis et planiciem Icricho, que habet rivos, fontes et ortosmagnus, 
sicut paradisus, et campos canamellc, unde faciunt zucharum. Ibi palme et 
plantacio rose in Jericlio'. 

Ces mois inde duœei^iint nos ad locum et ad montem multum altiorem 
semblent indiquer que le frère Ricold, après avoir visité la partie 
de la montagne de la Quarantaine où l'on montre encore la grotte, 
transformée plus tard en chapelle, dans laquelle Notre-Seigneur 
jeûna quarante jours, monta plus haut encore et atteignit le sommet 
où le Sauveur fut tenté par le diable. De même queBurchard, Ricold 
signale dans ce passage les plantations de cannes à sucre qui exis- 
taient alors dans la plaine de Jéricho. 

Bien avant ces deux religieux, Sapwulf, qui parcourut la Pa- 
lestine en 1101 et 1102, signale la même montagne comme ayant 
été témoin du jeûne et de la tentation de Notre-Seigneur : 

Inde (a fonte Helysei) vero ascenditur ad montem cxcelsum, ad locum ubi 
Dominus jejunavit quadraginta dies, et ubi postea tentabatura Salhanas, quasi 
triuni miiiariiim '^. 

Boniface de Raguse, qui fut gardien du Saint-Sépulcre depuis 
l'année i55'i jusqu'à l'année loSg, nous donne de curieux détails 
sur l'une des grottes de cette sainte montagne, qu'il regarde à la 
fois comme étant celle où Notre-Seigneur jeûna et celle où il fut 
tenté. 

Hinc progredientibus (id est a vasta solitudine et monasterioD. Hieronymi) 
ad occidenlem , aliquantulum ad septenlrionem declinanlibus occurret mons al- 

* Ricoldus de Monte Crucis, Itinera- Hierosolimam et Terrain sanctam. (Mé- 
rium, p. 109, édit. Laurent. moires de la Socie'lé de géographie de 

* Relatio (le peregrinatione Sœivutjî ad Paris, t. IV, p. 8 '18.) 



130 DESCKIPTION DE LA SAMAIUE. 

fissimus, Quaranlana ab incolis locorum illoriim mincupalus, ob id, quia 

Chrislus quadragenario dieruin nocliumque jejunio nostrum jejunium 

in eo consecravit, et sua tentalione nostras videlicet carnis, mundi et diaboli 
tentationes superavit 

In islo monte est antrum quoddam, in quo, ut pie creditur, saepius Christus 
oravit : ibi est altare et imago illius elegantissima parieli depicta. Sunt juxta 
et duae aliae capellae, imaginibus ab Helena sancta, Magni Constantini matre, 
adornatse. 

In eodem monte est etiam quaedam magna spelunca, sepulchrum pœniten- 
tium, id est anachoritarum , vocata : ibi enim innumera sunt corpora , quibus nec 
capiltus in capite deest; sanctorum enim sunt in pace sepulta, intacta, ut prae- 
dixi, adhuc permanent : quidam in Domino obdormientes , oculis ad cœlum 
ievatis, quidam genibus flexis, alii autem in crucis modum manibus extensis 
vivos referunt^ 

Quaresniius, qui fut lui-même gardien du Saint-Sépulcre de 
1616 à 1626, et qui plusieurs fois gravit la montagne de la Qua- 
rantaine, avoue n'avoir jamais pénétré dans cette grotte merveil- 
leuse, pleine de cadavres parfaitement conservés et gardant encore 
les diverses postures décrites par Boniface de Raguse. Seulement 
il ajoute que plusieurs prêtres maronites dignes de foi lui avaient 
affirmé avoir vu eux-mêmes les corps de ces saints anachorètes, tels 
que Boniface de Raguse les avait précédemment vus et décrits. 

Ego non semel montem hune sacrum ascendi, tamen in illam spcluncam 
descendere non polui; verum esse sanctorum corpora, ut vidit el describit Bo- 
niracius,a fide dignis sacerdolibusmaronilisetaliis,qui illase vidisse, uldictum 
est, testali sunt, inlellexi^. 

Le frère Liévin, qui, de nos jours, a bien souvent visité cette 
même montagne, n'y a point découvert la grotte signalée par Bo- 
niface de Raguse. Dans toutes celles que j'ai moi-même examinées, 
je n'ai retrouvé aucun squelette, encore moins aucun corps intact; 
mais, comme les flancs de la montagne sont percés d'étage en étage 
de trè»-nomhrcu8es cavernes, d'un accès fort difficile actuellement, 
h cause de In dégradation des degrés taillés dans le roc qui y con- 

' Hnntfart^ t\f hnftuHo, Ih ppronnirullu * Qum'ùHin'iUH, ElucidnlioTeirœmnetfr, 

TriTtr Mnnchf , I. I. I. II. p. 7.^)8. 



CHAPITRI': II. — RETOUR A L'A'IN ES-SOULTHAN. 131 

duisaient, H peut s« faire que l'une de ces cavernes renferme les 
pieuses reliques, plus ou moins bien conservées, d'un certain nombre 
d'anciens anachorètes. Quoiqu'il en soit, Boniface de Baguse ajoute 
que sur le sommet du mont de la Quarantaine se trouve une cha- 
pelle indiquant l'endroit où Notre-Seigneur fut tenté par le diable; 
là, dit-il, on voit sur les parois l'image du Christ peinte par les 
ordres de sainte Hélène, avec celle du démon confus à ses pieds. 

Praefati in cacumine montis est capella quœdam, in loco ubi Chrislus de- 

latus est a diabolo Ibi in imagine Cluisti ab Helena parieti picta cernilur 

etdiabolus confusus sub pedibus ejus '. 

Dans les restes de l'oratoire que j'ai vu sur le plateau supérieur 
de la Quarantaine, je n'ai observé les traces d'aucune peinture; 
mais on en remarque dans un oratoire inférieur, dont j'ai parlé pré- 
cédemment, et qui se trouve sur les flancs de la montagne. 

La nuit était déjà venue quand nous regagnâmes nos tentes. 
Comme nous devions quitter définitivement la fontaine d'Elisée le 
lendemain matin pour retourner à Jérusalem, les femmes de Rieha 
vinrent exécuter en notre honneur autour de notre campement des 
danses tout à fait primitives, qui doivent probablement remonter 
parmi les Arabes à une époque très-reculée. L'une d'entre elles 
dansait seule, tandis que ses compagnes, lui faisant vis-à-vis el 
pressées les unes contre les autres, battaient la mesure en frappant 
en cadence dans leurs mains et en se balançant de droite à gauche, 
d'avant en arrière, ou inversement, avec un ensemble très-ré- 
gulier; en même temps, elles psalmodiaient un refrain monotone 
sur un rhythme tantôt plus lent, tantôt plus accéléré, selon que la 
danseuse et elles-mêmes se livraient à des mouvements plus ou 
moins nonchalants ou précipités. Par intervalle aussi, elles pous- 
saient ce cri inarticulé et guttural , propre aux femmes de lOrient 
et par lequel elles expriment soit leur joie, soit leur douleur. Des 
torches agitées par le vent et à la clarté vacillante illuminaient cette 

' Ronif'flce dp \\ngi\so. Dr prmini cullit Terrœ saurirr , I. I. 



132 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

scène lanlaslique, parfaitement adaptée au désert sauvage où nous 
nous trouvions. 

Aux femmes succédèrent ensuite les hommes, qui commencèrent 
la danse du sabre, si chère aux Bédouins. Cette danse ressemble 
beaucoup à celle que nous venons de décrire ; seulement celui qui 
la dirige est armé d'un sabre recourbé, qu'il tient d'abord horizon- 
talement des deux mains et dont il semble menacer ses compagnons. 
Ceux-ci, alignés devant lui et étroitement entrelacés, entonnent un 
refrain, qu'ils répètent incessamment, en battant des mains; tantôt 
ils ploient les genoux et s'inclinent presque jusqu'à terre; tantôt 
ils se redressent; ils avancent, puis reculent; ils se renversent en 
arrière ou se courbent en avant, ils se balancent soit à droite, soit 
à gauche, voyant toujours briller à leurs yeux la lame étincelante 
du sabre, qui, manié par une main habile, va, vient en tous sens, 
semble les menacer ou les fuir tour à tour et lance dans la nuit 
des éclairs. Les mouvements, tantôt plus lents, tantôt plus rapides, 
qui lui sont imprimés ralentissent ou précipitent les chants et 
les évolutions des danseurs, qui, pris d'une sorte d'ivresse belli- 
queuse, s'animent par degrés, et laissent lire dans l'expression de 
plus en plus farouche de leur visage, et dans le feu toujours plus 
ardent de leurs regards, le véritable délire auquel ils sont en proie. 

Cette danse, pour laquelle les Bédouins sont très-passionnés, se 
prolongea pendant près d'une heure; puis tout rentra dans le silence. 

iirsTouu: dk jériciio, kmplxcements divers de cette villk. 

il est temps nuiintcnanl, avant de nous éloigner de .léricho et 
des divers sites qu'elle a successivement occupés, de résumer ra- 
pidement les principaux faits de son histoire et de fixer ces diffé- 
rtMitu sites. 

Jéricho, en hébreu imt, Jereho, Inn^, Jeriho, et nfr^n';, ./mAo/t, 
en grec le/5«;^w et \ept)(pvs, en latin Jcî'irhn, tirait probablement 
non nom, Koil d'un ancien cult(; en ritonneur de la lune établi en 
rel endroit parmi les kananéens, |iriiiiiliis liahitanls du pays, soit 



CHAPITRE H. — HISTOIRE DE JERICHO. 13:{ 

des parfums qu'y exhalaient ses beaux jardins : l'étymologie de son 
nom paraît être, en effet, le mot hébreu n-i^ (lune), iareah, ou 
la racine nn (exhaler un souffle, une odeur). 

Jéricho, dit saint Jérôme, odor ejus, vel lunaK 

Cette ville est signalée pour la première fois dans le livre des 
Nombres : 

Profectiquo castrametati sunt in campeslribus, Moab ubi lians Jordanein 
Jéricho sita est^. 

Au chapitre xxvi du même livre nous lisons : 

Locuti sunl ilaque Moyses et Eleazar sacerdos in campeslribus Moab, super 
Jordanem, contra Jéricho' 

Ces mêmes expressions super Jordanem contra Jéricho, qui se re- 
trouvent encore dans d'autres passages de ce livre (xxvi, 63; 
XXXI, 12; xxxni, /i8; xxxiv, i5; xxxv, 1; xxxvi, i3), nous la 
montrent comme située au delà du Jourdain par rapport aux Israé- 
lites, qui étaient alors campés à l'est de ce fleuve, dans les plaines 
de Moab. 

Dans le Deutéronome, elle est surnommée ville des palmiers. 

1. .'Vscendit ergo Moyses de campeslribus Moab super montom Ncbo, in 
verticem Phasga contra Jéricho, ostenditque ei Dominus omnem lerram 
Galaad usque Dan 

3. Et auslralem partem, et latitudinem cam|)i Jéricho, civitalis pahuarum, 
usque Segor *. 

Ce surnom est également donné à Jéricho dans les Paralipo- 
mènes (II, xxvni, i5), et il indique que cette ville était alors en- 
tourée de belles plantations de palmiers. 

Avant de franchir le Jourdain, Josué envoya deux espions pour 
explorer la contrée et reconnaître la force de Jéricho. Cette ville 
était, à cette époque, gouvernée par un roi, ainsi que la plupart des 

' ïlievonyini opéra omnia , Liber de uo- ' \ ombres , c. \\\\, \. i. 

minibus liebraicis, édif. Migii«\ t. III, ' Ibid. c. xxvi, v. 3. 

p. 795. ' Deutéronome, r. wxtv, v. 1 el ?). 



13^ DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

villes des Kanaiiéens; elle était environnée de remparts, avec une 
porte que Ton fermait pendant la nuit. La maison de Rahab, qui 
reçut les espions israélites, était adossée aux remparts, témoin le 
verset suivant, où nous apprenons que ces espions purent s'échapper 
de la ville au moyen d'une corde suspendue à l'une des fenêtres de 
cette habitation : 

Demisil ergo eos per funem de fenestra; donius enim ejus haerebat muro^ 

On sait comment ces mêmes remparts tombèrent bientôt mira- 
culeusement au son de la trompette des prêtres israélites, après que 
les Hébreux, campés à Gilgal, eurent, pendant sept jours consé- 
cutifs, fait processionnellement le tour de la ville assiégée, à la suite 
de l'arche sainte, conformément aux prescriptions du Seigneur. On 
sait aussi comment Jéricho fut frappée d'anathème et vouée à une 
entière destruction, à l'exception de la maison et de la famille de 
Rahab. Tout y fut exterminé ou brûlé, à part l'or et l'argent, les 
vases d'airain ou de fer qui y furent trouvés, que l'on consacra au 
trésor de l'Éternel. Achan, qui osa s'approprier une part du butin, 
fut lapidé par le peuple dans la vallée d'Achor, comme nous l'avons 
vu plus haut. 

Non-seulement cette cité importante et riche fut anéantie, mais 
encore Josué prononça des malédictions terribles contre celui qui 
tenterait delà rebâtir: 

Muicdictus vir coram Domino qui suscilaverit et œdificaverit civitalem Jéri- 
cho. In primogenito suo fundamenta iliius jaciat et in novissimo liberoruin 
ponat portas ejus^. 

Jéricho fut assignée à la tribu de Benjamin. 
Fu«i'uiit4|ne civilalcs cjus Jéricho cl Betliha{[la cl vaUis Casis -\ 

S<ui.s le règne de David , des envoyés de cm prince ayant été dé- 
putés auprès (lu roi des Ammonites, Manon, pour le consoler de 
la mort de son père, furent ignominieusement rasés et insultés. 

' Jotué, C. II. V. |5. — ' IhiH. r. VI, v. 96. — ' Ihld. r. xviii, v. -il. 



CHAPITRE II.— HISTOIRE DE JÉRICHO. 135 

Comme ils étaient tout honteux des outrages qu'ils avaient reçus, 
David leur fit dire de demeurer à Jéricho jusqu'à ce que leur 
barbe fût repoussée. 

Quod cum nunliatum esset David, misit in occursum eoruin (erant enim 
viri conf'usi turpiter valde), et mandavit eis David : Manete in Jéricho, donec 
crescat barba vestra, et tune revertimini '. 

Le môme fait est rapporté dans les Paralipomènes^. 

Cette ville probablement n'avait point encore été relevée de ses 
ruines, depuis qu'elle avait été renversée par Josué; dans tous les 
cas, elle n'était point alors renfermée dans une enceinte murée, 
car ce ne fut que plus tard, sous le règne d'Achab, roi d'Israël, et 
d'Asa,roi de Juda, que Hiel, de Bethel, rebâtit Jéricho, et encourut 
la malédiction prononcée par Josué : il perdit, en effet, Abiram, 
son fils aîné, le jour où il en jeta les fondements, et Ségub, le plus 
jeune de ses fils, mourut quand il en posa les portes. 

In diebus ilHs œdificavit Hiel de Relhel Jéricho : in Abiram primitivo suo 
fundavit eam, et in Segub novissimo suo posuit portas ejus; juxta verbuni 
Domini, quod loculus fuerat in manu Josue, filii Nun'. 

Lorsque Elie eut été enlevé au ciel sur un char de feu , au delà 
du Jourdain devant Jéricho, Elisée, son disciple, demeura quelque 
temps dans cette ville, dont il rendit saines les eaux de la fontaine, 
qui alors étaient amères. Il les purifia en jetant dans la source un 
vase plein de sel, ainsi que le témoignent les versets suivants : 

19. Dixerunt quoque viri civitatis ad Eliseum : Ecce habitatio civitatis 
hujus optima est, sicul lu ipse, domine, perspicis; sed aquœ pessimœ sunt, 
et terra sterilis. 

20. At ille ait : AITerte mihi vas novum, et mittite in illud sal. Quod cum 
attulissent, 

ai. Egressus ad fonlem aquarum, misit in illum sal, et ait : Hœc dicil Do- 
minus : Sanavi aquas bas, et non erit ultra in eis mors, neque sterilitas. 

32. Sanatœ sunt ergo aquae usque in diem banc , juxta verbum Elisei , quod 
locutus est*. 

' Rois, 1. 11, e. X, V. 5. ' Rois, l 111, c. xvi, v. 3/i. 

' Paralipomcnes , 1. l, c. xix, v. ô. ' Ihid. I. IV. c. u. v, 19-2-2. 



136 DESCRIPTION DE LA SAMAHIK. 

Lors du siège de Jérusalem par Nabuchodonosor, le loi Sédécias, 
voyant la ville près de tomber au pouvoir de reiinemi, s'enfuit, avec 
une partie des défenseurs de la place, du côté du Jourdain; mais il 
fut poursuivi et atteint par les Chaldéens dans les plaines de Jéricho , 
et ceux qui raccompagnaient se dispersèrent. 

Et perseculus est exercilus Chaldaeorum regem Sedeciam, comprehendit- 
que eum in planitie Jéricho; et omnes bellatores qui erant cum eo dispersi 
sunt et reliquerunt eum^ 

Au nombre des Juifs qui rentrèrent en Palestine sous la conduite 
de Zorobabel, à la fin de la captivité de Babylone, il y avait 3/i5 ha- 
bitants de Jéricho. 

Filii Jéricho, trecenli quadraginta quinque'^. 

Ils participèrent au rétablissement des murs de Jérusalem, non 
loin de la porte du Troupeau et de la tour Hananeel. 

1. El surrexil EHasib sacerdos magnus, et ft*atres ejus sacerdotes, et a?di- 
ficaverunt portain Gregis; ipsi sanctificaverunt eam, et statueruiit vahas ejus, 
cl usque ad lurriin centuin cubitorum sanctificaverunt eam , usque ad turrini 
Hananeel. 

2. Eljuxlaeun) {pdificaveriinl viri Jéricho •'. 

Jusqu'à la captivité, Jéricho probablement n'avait pas changé 
d'emplacement; c'était la ville rebiUie par Hiel sur les ruines de la 
Jéricho kananéenne détruite par Josué, et dont la restauration avait 
attiré sur la tète de son auteur les malédictions prononcées par le 
successeur de Moïse. Or, la Jéricho primitive était située près de la 
fontaine dite |)lus tard d'Elisée, qu'elle renfermait peut-être dans 
son enceinte. 

Nous avons là-dessus, connue plusieurs savants critiques l'ont 
rcmanjué et, entre autres, Hobinson et M. de Saulcy, un passage 
formel de Josèphe : 

' //(>/#, I. IV, c. XXV, V. f); Jérémie, c. xxxix. v. F». — ^ AW/v/.v, I. I, c. ii. v. .Vi; 
I. Il, r. ni. V. 3fi. — ' Ihiil. I. II. V. ni. v. t H •.. 



CFIAPITRE II. — HISTOIRE DE JEUiCHU. 137 

TrapcinciTï] , TSapà inv tsaXaiàv dvixSXv^ovcra zsà^iv, ^v Introvs à Nau^ "Brar?, 
crlpaTriyos ÉêpatW, TSpéTïjv eVks yrjs Xavavaicov Soptxrvfov^. 

tf Près de Jéricho est une source abondante et dont les eaux très-fécondes 
arrosent et fertilisent la contrée: elle coule près de l'ancienne ville, celle que 
Josué, fils de Nave et général en chef des Hébreux, conquit la première sur les 
Kananéens», 

Il est difficile de déterminer l'emplacement précis qu'occupait 
cette antique cité; car l'enceinte en a complètement disparu du 
sol, tant celle que Josué a renversée que celle qui fut plus tard 
relevée par Hiel. Nous savons seulement, par le passage de Josèphe, 
que je viens de citer que la ville touchait alors à la fontaine d'Eli- 
sée. Tout ce qui en. subsiste, ce sont quelques tell artificiels et 
des amas de matériaux informes dispersés dans la plaine. 

Je suppose qu'au retour de la captivité, et pour ne plus encourir 
l'efTet terribl(; des malédictions de Josué, les anciens habitants de 
Jéricho qui revinrent se fixer dans leur patrie, depuis longtemps 
abandonnée, allèrent s'établir un peu plus au sud, à l'endroit que 
Robinson et M. de Saulcy regardent comme renq)lacement de la 
Jéricho hérodienne , c'est-à-dire près des bords de l'Oued el-Kelt. 

Un passage même d'Eusèbe dans YOnomasltcoUy passage repro- 
duit par saint Jérôme sans rectification, fait remonter plus haut ce 
changement de site, en l'attribuant à Ozan de Bethel, celui que la 
Bible désigne sous le nom de Hiel de Bethel. 

Iepj;^(i), rsôXis i^v xa.Té(Txœ\>ev lr](jovç, ràv (SatJtléa aùrfis dvsXeôv. Av6* Çjs 
éiépoLv rjyeïpsv O^àv sx Ba/^»7X, (pvXfjs Ec^pai'/M" ijv b Kupjo? vyi'JJv Y-naovç 
Xptalbs Ttjs iSias vsotpovalaLS tj^i'cûaev * xaTa€)^tj6ei(7tjs Se Koi ainrjç STri tîjs 
ZToXiopxias 7ïjs lepov(Ta}.n[i, Sià triv tôjv évoixovvTcov diric/liav^ étépa èx 
TpiTOv avvéarltj, sis hi vvv Setxvvfxévrj y rséXis. Ka) tôjv Svo Se tmv tspoxépwv 
sis hi vvv Ta i)(vt] crcô^eTai, 

ff Jéricho, ville que Josué sapa de fond en comble, après en avoir tué le roi. 
A la place de celle-ci, Ozan de Belhel, de la Iribu d'Ephraïm, en éleva une 
uuhv. (Test colle (pie Xolre-Seijpiciir Jésus-Christ tlai{jna honorer de sa pré- 

' (iKcnr (les .litij's , I. IV, c. \ III , S ,'5. 



138 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

sence. Celle-ci fut également renversée lors du siège de Jérusalem , à cause de 
la perfidie de ses habitants; et une troisième ville fut ensuite bàlie, qui existe 
encore; quant aux deux premières, les vestiges en subsistent aujourd'hui.^ 

Mais comme Hiel de Betliel subit ies effets terribles des malé- 
dictions divines en relevant la Jéricho détruite par Josué, on est 
naturellement porté à penser qu il la rebâtit sur le même emplace- 
ment qu'elle occupait primitivement; car il n'est pas dit que ces 
mêmes malédictions aient atteint le fondateur de la troisième Jé- 
richo. J'inclinerai donc plutôt à supposer que celle qui fut relevée 
par Hiel le fut sur les ruines maudites de la ville primitive, et que 
c'est pour cela précisément que, coupable d'avoir transgressé les 
défenses du Seigneur formulées par la bouche de Josué, il avait vu 
retomber sur sa tête les malédictions dont nous avons parlé. 

Quoi qu'il en soit, que Jéricho ail changé d'emplacement, quand 
Hiel la reconstruisit, comme le prétend Eusèbe, ou plus tard, à 
l'époque du retour de la captivité, comme je suis plus disposé à le 
penser, toujours est-il, ainsi que l'affirme Josèphe, que la Jéricho 
qui existait de son temps, celle qu'Hérode avait embellie de si ma- 
gnifiques constructions et que Notre-Seigneur avait visitée, occu- 
pait un site différent de celui de la cité antique et était probable- 
ment située sur les bords de l'Oued el-Kelt, au pied des montagnes , 
à l'endroit qui est connu aujourd'hui sous le nom de Kharbet Ka- 
koun. Strabon nous apprend que Pompée détruisit deux forts qui 
défendaient les approches de la ville, et appelés, l'un Threx, l'autre 
Taurus'. J'ai déjà dit que l'un de ces forts était peut-être celui 
dont les ruines couronnent encore le sommet de la montagne de la 
Quarantaine. Gabinius fit de Jéricho le siège d'un grand conseil 
ou synode". Hérode l'agrandit et l'orna considérablement. 11 y 
construisit plusieurs palais, un hippodrome et un ainphithéAtre' 
et, au-dc.shus de la ville, une citadelle appelée Gypros, du nom de 
sa mère. 



' Slnibon. Géographie, I. XVI, en, S ko. — ' Josèphe, Guerre des Juifs, I. I ^ 
r. Mit. X .V - • Itl. Ihid. I. I. r. xwni, SS (} .-1 8. 



CHAPITRE II. — HISTOIRE DE JÉRICHO. 139 

È7rcovv(iov Se xai Tfi fxtnp] ywpiov vTrèp lepi)(oCvTa oixoSofxti'aas , da<paAetoi 
Te Sict(popov xoà xaTaycûyaîs riSKrlov, êxdXea-e KvTrpov^. 

ff Hérode bâtit également, en l'honneur et au nom de sa mère, une place au- 
dessus de Je'richo, à la fois très-sûre et très-agréable à habiter, qu'il appela 
Cypvos. ri 

C(3 même historien signale ailleurs cette citadelle dans les termes 
suivants : 

O Se ^aaiAeiis xa) êv leptxoT, [xera^v Kv-rrpov tov (ppovplov xa\ rô5v vrpo- 
répcov (2aaiXei'cov , aXXa xaTaaxevaaaixsvos à[xeivci) xai y^ptitjifxrûiepa tspbs ras 
éTTtSrjfxtas, (XTib iwv (tùtSiv ù)v6[xaa-e ^tXwv *. 

ff Le roi (Hérode) éleva à Jéricho , entre la citadelle de Cypros et les châteaux 
royaux qu'il avait précédemment construits, d'autres palais, plus délicieux 
encore, plus commodes pour la réception de ses hôles, et auxquels il donna le 

nom de ses amis-^î 

Près de ces palais il avait fait creuser des piscines, dont la fraî- 
cheur tempérait, pendant l'été, l'ardeur de la température sous ce 
climat brûlant, et qui étaient propres à la natation. L'une de ces 
piscines, connue actuellement sous le nom de Birket Mousa, existe 
encore, aux trois quarts comblée. J'en ai parlé ailleurs en émettant 
la conjecture que, à cause de son étendue, elle est peut-être celle 
où Héiode fit noyer traîtreusement le prince Aristobule. Quant aux 
divers palais mentionnés par Josèphe, ils ont été complètement 
rasés, et l'on en cherche vainement la trace sur le sol; il en est de 
même du château fort de Cypros, qui fut détruit par des séditieux 
sous le règne d'Agrippa. 

Oi Se (/} aariaal ai xa.ia.'kaQàyievoi (ppovpiov h xaXeÎTai (xèv Kvrrpos, xaûûnepOe 
Se ^r IspixovvTos , Tovs fxèv (Ppovpovs à'jté(T<pa^aVy ra. Se èpvfxara. xaléppi^l^av 
eis yrjv ^. 

f Les séditieux, s'étanl emparés de la citadelle appelée Cypros, qui dominait 
la ville de Jéricho, égorgèrent la garnison qui s'y trouvait et en renversèrent 
les fortifications. ?> 

' Anliq. judaïq. 1. XVI, c. v, S 2. — ' Guerre des Juifs, 1. I, c. xxi, S A. — ^ Ibid. 
I. Il, c. xviu, S fi. 



làO DESCRIPTION DE LA SÀMÂRIE. 

On sait qu'Hérode, atteint d'un mai incurable et prévoyant sa fin 
prochaine, se fit transporter à Jéricho pour y passer les derniers 
instants de sa vie. 

Comme il pensait que , à cause de ses cruautés , sa mort serait pour 
ses sujets l'occasion d'une joie universelle, il fit enfermer dans l'hip- 
podrome de cette ville les personnages les plus distingués de la na- 
tion, en recommandant instamment à sa sœur Salomé et à Alexas, 
mari de cette princesse, de les livrer tous au glaive et aux traits de 
ses soldats, dès qu'il aurait rendu lui-même le dernier soupir. De 
cette manière, cet exécrable tyran voulait faire pleurer son trépas 
par son peuple, à cause de l'épouvantable hécatombe qui devait le 
suivre. Torturé par ses douleurs physiques et par les remords de 
sa conscience, il chercha bientôt à s'arracher la vie; mais il en 
fut empêché par un de ses cousins. Sur ces entrefaites, il se hâta 
de faire exécuter son fils Antipater, accusé d'un complot parri- 
cide, et qu'il retenait en prison, partagea définitivement sa suc- 
cession entre ses fils Archélaiis, Hérode Antipas et Philippe, et 
sa sœur Salomé; puis il expira, cinq jours après l'exécution d'Anti- 
pater. 

Avant que le bruit de sa moit se fiU répandu, Alexas et Sa- 
lomé s'empressèrent de désobéir aux injonctions de ce tyran, en 
relâchant tous ceux qu'il avait fait enfermer dans l'hippodrome de 
Jéricho. 

^aXrjôfxtj Se xaï AXe^às, «rpir CK-nvcrlov yevéaOat toi» ^-oivaTOv zov /3ao-<- 
Xéeatf 70VS en) rbv IrniôSpoiiov xoLTajtexXeia-fxévovs êxnéfXTrovTai êTrl rà aù- 
t&vK 

Ensuite, rassemblant les soldats dans ranq)hilhé;Ure, ils leur 
donnèrent lecture d'une lettre d'Hérode ([ui les remerciait de leurs 
services et leur recommandait de lémoignei* la iiiêinc fidélité à 
leur nouveau roi. Archélaiis. 



Ka} 2aX«iJ/!i»j Koi K\t^ôif (Tvvayayivjet rh erlpaiicoTixbv els tÔ afxÇiiOéa- 
ov th iv \tpt)(fiVirrt '^ 

' AMliif. jutlniii. I. Wll, I-. Mil. S .j. -^ ' Ifiiil. 



CHAIMTHK II. — inSTOIBE DE JKUICHO. 141 

L'hippodrome et rampliithéàtre signalés par Josèplie dans ces 
deux passages sont, de même que les autres édifices dont il a été 
question plus haut, démolis de fond en comble, et la place qu'ils 
occupaient est devenue méconnaissable. Les matériaux qui avaient 
été employés à leur construction ont été dispersés ou bien ont servi 
à bâtir plus tard les monastères, les églises, les aqueducs et les 
moulins, eux-mêmes renversés, dont les ruines sont éparses dans 
la plaine de Jéricho. 

Josèphe décrit la ville d'Hérode, celle qui existait de son temps, 
comme étant située dans la plaine et dominée par une longue chaîne 
de montagnes nues et stériles, qui s'étend, vers le nord, jusqu'à 
Scythopolis et, au sud, jusqu'à la Sodomitide et au lac Asphaltite. 

iSpvTat (xèv èv tteSt'œj \[/iXov Sa virépxeiTat avTrjs xa) àutapirov opos [irfxi- 
(tIov xotrà fxèv jb ^Speiov xXtfxa, yiéy^pi rijs ^xv6o7ro\nô)v y fis êxTeiveraty 
xarà Se xà (jiea-ïjtxSpivhv', [Jié)(^pi tijç ^oSo(in<Sv )(wpas xctï rcôv 'aepdrwv rfjs 

A(T(paATlTtSos ' . 

Josèphe ajoute que la plaine du Jourdain est, pendant l'été, 
brûlée par les ardeurs du soleil, et que les chaleurs excessives qui 
y régnent rendent l'air insalubre. Elle manque d'eau, et, sauf les 
bords du fleuve, où croissent de magnifiques palmiers, elle est 
aride. Puis il décrit la fertile oasis de Jéricho, due à la fontaine 
d'Elisée, dont les eaux arrosent un espace long de soixante et dix 
stades sur vingt de large, et où s'épanouit la plus riche végéta- 
tion de la terre. Je ne reproduirai pas ce passage, que j'ai déjà cité 
ailleurs. Enfin, il nous apprend que Jéricho était à cent cinquante 
stades de Jérusalem et à soixante du Jourdain. 

Strabon , de son côté, s'exprime ainsi au sujet de la même ville de 
Jéricho : 

\tpixo\ii S' ècrTi tseSîov xvxXu) zfspts^éfjLsvov bpeivf} Tivt xai 'aov xat 3-ea- 
TposiSus rspos atÎTo xsxXifxév^ ' êvraCôot S* ècrViv à (potvtxùv, fxe(xiy(xévtjv ê)(fi>v 
xix] àWaiv vXtjv i^'fxspov xx) svxapivov, tarXcoro^'Wv Se iw (poti>ixt ' Îtt) fxfixos 

' Guerre (les Juifs, 1. IV. c. vni,S 2. 



1A2 DESCRIPTION DE LA SAMÂRIE. 

(rlctSîav éxatôv SiâppvTOs dnas xa) [lecrloç xaroixtôjv sali S' aôrov xa) 
^ûUTiXstov xa.} o ^ov ^aXadyiOv isctpdSsta-os ' . 

"Jëricho est une plaine (s'élend dans une plaine) environnée de montagnes 
qui s'inclinent jusqu'à un certain point vers elle en forme de théâtre. On y 
voit des plantations de palmiers mêlés à une foule d'autres arbres fruitiers 
cultivés par Thomme; mais c'est le palmier qui y abonde surtout. Cette plaine 
a une longueur de cent stades; elle est entièrement arrosée par des eaux cou- 
rantes et est remplie d'habitations. Là aussi se trouvent un palais royal et un 
jardin rempli de baumiers.w 

Cette description nous montre que Jéricho, à l'époque d'Au- 
guste et par conséquent d'FIérode, était un assemblage de nom- 
breuses maisons disséminées au milieu de superbes jardins. 

Archélaùs, qui succéda à Hérode avec le titre d'ethnarque, re- 
bâtit magnifiquement le palais royal de Jéricho, qui avait été in- 
cendié par un certain Simon, esclave d'Hérode, dont la révolte fut 
étouffée par son trépas. Ce même prince amena , au moyen d'un 
aqueduc, dans la plaine de Jéricho la moitié des eaux qui coulaient 
dans le village de Néara, afin d'y arroser des plantations de pal- 
miers qu'il y avait faites. 

AvoixoSofJLSi Se xa) rà év lepi^ovvTi (Saa-fkeiov èxirpsitcoç , tcûv tê vSdrcov 
titiaoL Neapàv ttiv xojfJLtjv w^eXe? èTiippéov-ca. é^ riynaeiois i-néalpt-^/ev, èira- 
yciyyrjv avrôjv rsotovfxsvos tç5 tstSicp (poivi^tv Ctt' avTOv 'aeÇ'VTSVfiévoj '^. 

J'indiquerai plus loin l'emplacement probable de ce village de 
Néara, qui appartenait à la tribu d'Ëphraïm. 

J'ai dit que Notre-Seigneur fut baptisé par saint Jean-Baptiste 
dans le Jourdain : suivant les uns, sur la rivo occidentale du fleuve; 
suivant les autres, sur la rive orientale, et probablement au gué qui 
est situé à l'est de la fontaine d'Elisée. Nous avons vu également 
que la montagne dite de la Quarantaine, qui domine vers l'ouest 
rniili(pie Jéricho, était vénérée comme ayant été témoin du joAne 
ili» Noire-Seigneur et de sa lenlation ])i\v h' (léiiion. 

' Slrnlion. I. \VI . r. n . S 'i i . ~ ' Aiiflti. jiulniq. I. W II . r. \in .Si. 



CHAPITRE II. — HISTOIRE DE JÉRICHO. 145 

Une autre fois le Sauveur descendit à Jéricho, et, au sortir de 
cette ville, il guérit deux aveugles assis le long de la route, qui à 
grands cris imploraient sa divine pitié. 

29. Et egredientibus iilis ab Jéricho, secuta est eum turba mutta. 

30. Etecceduocœci, sedentessecus viam, audierunt quia Jésus transiret; et 
clamaverunt, dicentes : Domine, miserere nostri, fUi David. 

3i. Turba autem increpabat eos, ut tacerent. At illi magis clamabant, di- 
centes : Domine, miserere nostri, fili David. 

39. Et stetit Jésus, et vocavit eos, et ait : Quid vultis ut faciam vobis? 

33. Dicunt illi : Domine, ut aperiantur oculi nostri. 

3/i. Misertus autem eorum Jésus, letigit ocuios eorum. Et confestim vide- 
runt, et secuti sunt eum^ 

Saint Marc, en racontant le même fait, ne parle plus que d'un 
seul aveugle, auquel il donne le nom de Bartimée ou fdsde Timée. 

1x6. Et veniunt Jéricho, et proficiscente eo de Jéricho, et discipulis ejus, et 
plurima multitudine, fiiius Timœi, Bartimœus, cœcus,sedebatjuxta viam men- 
dicans. 

67. Qui, cum audisset quia Jésus Nazarenus est, cœpit clamare et dicere : 
Jesu fili David, miserere mei^, etc. 

D'après le récit de saint Luc, Notre-Seigneur accomplit ce mi- 
racle, non pas en sortant de Jéricho, mais au moment d'entrer 
dans cette ville, et il ne parle également que d'un seul aveugle. 

Faclum est autem, cum appropinquaret Jéricho, caecus quidam sedebat 
secus viam, mendicans^, etc. 

Dans tous les cas, les trois évangélistes fixent en dehors de la 
ville l'endroit oii s'accomplit ce miracle, sur les bords de la route 
conduisant à Jérusalem et, par conséquent, de celle que l'on prend 
encore aujourd'hui; car elle n'a pas changé. C'est donc au bas de 
la montée connue aujourd'hui sous le nom d'A'kabet Djaher, l'an- 
cienne montée d'Adoummim, qu'il faut très-probablement placer le 
lieu de ce miracle. 

' Saint Matthieu, c. xx, v. ss()-3A. — " Saint Marc, c. \, v. /|6 et suiv. — ' Saint 
Lue, r. XVIII, Y. ,T.') el suiv. 



U'i DESCUIPTION DE LA SAMAUIK. 

Immédiatement après avoir raconté cette gnéiison miraculeuse, 
saint Luc nous montre Notre-Seigneur se promenant à travers Jé- 
richo, et Zacliée montant sur un arbre, afin de le mieux voir. 

1. El ingressus perambulabat Jéricho. 

2. Et ecee vir noinine Zachaius, et hic princeps erat pubiicanoruni, et ipse 
dives. 

3. Et quaerebal videre Jesum, quis essel; et non poterat prae turba, quia 
statura pusHUis erat. 

6. Et praecurrens ascendit in arborem sycomorum , ut videret eum; quia inde 
erat Iransiturus. 

5, Et cuni venissel ad locum, suspîciens Jésus vidit iilum, et dixit ad eum : 
Zachaee, feslinans descende, quia hodie in domo tua oporlet nie nianere ^ 

Nous avons vu plus haut, d'après le témoignage de Strabon, 
que la ville de Jéricho était remplie de jardins; les rues, par con- 
séfpient, pouvaient être bordées d'arbres, et rien n'était plus facile 
pour Zachée, qui, à cause de la foule et de la petitesse de sa taille, 
ne pouvait apercevoir Notre-Seigneur, que de trouver un arbre où 
il pût grimper pour être à même de le voir. 

Lorsque Vespasien s'empara de Jériclio, elle était le chef-lieu 
de l'une des onze toparchies de la Judée ^. Il se rendit facilement 
maître de cette ville; car elle avait été abandonnée par la plus 
grande partie de ses habitants^. Il y établit un camp et y laissa, fi 
son départ, une garnison*. Ce fut probablement dans cette circons- 
tance que Jéricho fut détruite, comme cela ressort du passage sui- 
vant d'Eusèbe, que j'ai déjà cité : 

KaTa^)jôe/(T>j5 Se xa\ aùiîjs è-nt Ttjs tsoXtopxtas jijs lepoi^aaXvju , Sià T>;r 
TÔw évotxovvTùJV àitKrllaVy érépa en zpkov cwéalr), eU ëri vvv SeixvvfxévVf 
wlXts. 

wCeile-ri (la seconde Jéricho) ayant élé renversée à son tour à l'époque du 
•iëge de Jérusalem, ù cause d(> la perfidie de ses habilanls, une lroisi(>me ville 
•Vlftva enHuite; c'est celle (pie l'on voit encore aujourd'hui. ^^ 

Celle troisième Jéricho devait occuper l'i^nplacement actuel du 

iw ' .Sfliiii Lue, r. XIX, v. i-6. — * Josèplic, Guerre (1rs Jiiifit, I. III. c ni, ,S U. — 
• /r/, ibid. I. IV. c. vm, S Q. — • Id. Un,i I. IV, c. ix, S i. 



CHAPITRE II. — IIISTOIHR DE JERICHO. l/»5 

misérable village de Rilia. Elle devint le siège d'un évêché dépen- 
dant de l'archevêché de Césarée maritime, et nous retrouvons les 
noms de plusieurs de ses évêques mêlés aux actes de différents con- 
ciles. Ainsi, en 325, Janvier, évêque de Jéricho, souscrivit au 
concile de Nicée; Macer, à celui de Constantinople, en 38 1 ; Eleu- 
thère, au synode de Diospolis, en /n5; Jean signa la lettre svno- 
dale que Jean, évêque de Jérusalem, adressa au patriarche de Cons- 
tantinople, en 5 18; enfin, Grégoire assista, en 536, au synode de 
Jérusalem qui anathématisa Anthime'. 

Le Pèlerin de Bordeaux, qui visita Jéricho l'an 333 de notre 
ère, s'exprime ainsi au sujet de cette ville : 

Descendentihus moiitem in parle dextra, relro moiiuinentum est arbor syco- 
mori in quam Zachœiis ascendit, ul Christum videret. A civilale passas mille 
quingentos est fons Heiisa;i prophelaj . . . Supra eumdem vero fonteni est do- 
mus Rachab l'oniicariœ, ad quam exploratoros introierunt, et occullavil eos, 
quando Hiericho versa est, et sola evasil. Ibi fuit civitas Hiericho, cujus mu- 
res gyraverunt cum arca Testaraenli filii Israël, et ceciderunt mûri. Ex eo non 
paret nisi locus ubi luit arca Teslamenti, et lapides duodecim quos lilii Israël 
de Jordane levaverunt. Ibidem Jésus filius Navc circumcidit filios Israël, cl cir- 
rumcisiones eorum sepelivit. 

Ce passage tious apprend qu'au bas de la descente des monts 
de Juda, dans la plaine de Jéricho, on montrait encore, au temps 
du Pèlerin de Bordeaux, le sycomore sur lequel Zachée était monté 
pour mieux voir Notre-Seigneur. Or, nous savons, d'après l'Évan- 
gile, que ce sycomore s'élevait dans la ville même de Jéricho. Par 
conséquent, cette indication contribue à prouver que, à l'époque de 
Jésus-Christ, la ville avoisinait les bords de l'Oued ol-Kelt, au bas 
de la descente dont j'ai déjà parlé. 

Le Pèlerin de Boideaux ajoute que, à quinze cents pas de la ville, 
on trouve la fontaine d'Elisée. A partir de quelle ville ? Est-ce de 
la ville qui existait à l'époque de Notre-Seigneur? Est-ce de celle 
qui s'élevait de son propre temps? Il ne nous le dit pas. Dans tous 

' I.oQiiien, Orteris christianus , t. III, p. 65'i. 



l/«6 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

les cas, il afiirme que la ville primitive, celle qui tut détruitj» par 
Josué, avoisinait la fontaine d'Elisée, assertion conforme à un pas- 
sage formel de Josèphe que j'ai déjà cité. Si l'on montrait alors 
au-dessus de la fontaine, et probablement sur le tell qui la domine 
vers l'ouest, la maison ou les restes de la maison de Rahab, cette 
tradition, assurément, n'était rien moins que certaine; mais elle 
reposait sur une autre tradition vraie, qui plaçait près de cette fon- 
taine les ruines de l'antique Jéricho. Enfin, le même pèlerin semble 
comprendre dans le périmètre de la cité primitive le lieu oi*i fut 
placée l'arche d'alliance, ainsi que les douze pierres enlevées du 
Jourdain, et où furent circoncis les enfants d'Israël [ex eo non paret 
nisi locus uhi fuit arca Testamenti. . .); mais, en cela, il se trompe 
évidemment, attendu que la Bible nous apprend que le camp de 
Gilgal, oij cette circoncision fut pratiquée et oiîi l'arche d'alliance 
séjourna quelque temps, était à l'orient et, suivant Josèphe, à dix 
stades de Jéricho. 

Qu'on me permette de citer maintenant un autre passage, em^ 
prunlé à l'Itinéraire d'Antonin le Martyr, qui, suivant les uns, a 
été écrit vers l'an Ti-yo et, suivant d'autres, vers l'an 600 de notre 
ère : 

De Jordaiic usque ad Jéricho sunt millia sex. Jéricho in oculis omnium vi- 
delur ut paradisus. A terre motu mûri diruti. Domus Raab slal, qiiœ est xeno- 
dochium, et ipse cubiculus in quo exploratores deposuit, et est oiatorium 
sanctœ Mariœ. Lapides vero iiii, quos levaverunt filii Israël de Jordane, non 
ion^je a civitatc positi sunt in basilica, postaltare^ 

A celte époque, comme cela ressort de ce texte, la maison de 
Rahab, ou ce qui était regardé comme l'emplacement de cette mai- 
son, était devenu un hospice pour les pèlerins, et un oratoire sous 
le vocable de sainte Marie passait pour remplacer la chambre où 
le» espions avaient été cachés-. Quant aux pierres enlevées du Jour- 

' Anloniiii Mm-l. Iiincriaium, c. xiii. n'slnur(^s pn^ci'deniineiil par Jiislinien. 
* Il «'«(fit probnbjpinfinl ici de l'bos- (Procope, De (rdijiciis Juslimum, I. V, 
pice el de 1 dglitic en l'honnour do la Vierge , c. ix.) 



CHAPITRE 11. — HISTOIRE DE JERICHO. l/i7 

dain, on les voyait dans une basilique, derrière i'autel, non loin 
de Jéricho et, par conséquent, en dehors de la cite antique. Ces 
mots no7i longe a civitate peuvent très-bien s'appliquer aux ruines 
de Djeldjoul jiar rapport à l'extrémité orientale de celles de Jé- 
richo. 

Nous lisons dans le même Itinéraire, au chapitre xv : 

Exeunles de Jéricho veniinus contra Hierosolymam. Non longe a civitate Jé- 
richo est illa arbor in quam Zachœus ascendit, ut videret Dominiiin, cl inlra 
oralorium inclusa est et ])er teclum desuper sicca videtur. 

Le sycomore de Zachée, signalé déjà par le Pèlerin de Bordeaux 
comme encore debout, était, à l'époque d'Antonin le Martyr, ren- 
fermé dans un petit oratoire, découvert dans sa partie supérieure, 
et l'on apercevait sa tête desséchée qui en dépassait le toit. 

Je ne suivrai pas à travers les âges les récits des autres pèlerins 
subséquents relativement à Jéricho ; car cela me mènerait beaucoup 
trop loin. Mon but est seulement de donner sur chaque localité 
les renseignements les plus précis, en remontant aux plus anciens. 
Je me contenterai de dire, en terminant, que cette ville fut proba- 
blement ravagée, en 6i/i, par les bandes de Chosroës et, en 687, 
par celles d'Omar ebn-el-Khatlab, lorsque ce khalife s'empara de 
Jérusalem; car Adamnanus rapporte, d'après Arculphe, qui visifa 
la Palestine vers 670, que la troisième Jéricho, qui avait succédé 
à celle que Notre-Seigneur avait honorée de sa présence, était de 
son temps complètement ruinée, à l'exception de la seule maison 
de Rahab. L'emplacement que cette ville avait occupé était alors 
cultivé en blé et en vigne. Quant à l'intervalle qui la séparait du 
Jourdain, il était couvert de palmiers, au milieu desquels il y avait 
des champs oii habitaient dans des maisons de nombreux cultiva- 
teurs de petite taille, de la race kananéenne. 

Jéricho, urbs quam Jésus, Jordane transmisso, subvertit. Sanclus noster Ar- 
culphus conspexit locum pro quo Oza de Rethei, ex tribu Ephraim, aliam ex- 
struxit, quam noster Salvator sua prapsenlia visitare dignatus est. Quœ, eodem 
lempore quo Hierosolymam oppugnanlos obsidebant Romani, propler civium 



l/i8 DESCRIPTION DE LA SAMAHIi:. 

perfidiam capta et destructa est; pro qua lertia condila est, qu» post multa 
temporum intcrvalia et ipsa subversa est. Cujus nunc quœdam, ut Arculphus 
refert, ruinarum vosligia monstrantur. Mirum dictu, sola douius Raab, tribus 
in eodem loco destructis civitafibus, remaosit. . . cujus lapidei parieles sine 
culmine permauent. Locus vero totus urbis, ab humana desertus habitatione, 
nullam domum habens commorationis, segetes et vineta recipit. Inter locurn 
eiusdem destructae civitatis et Jordanem fluvium grandia insunt paluiela : in 
quorum medio campuli interpositi habentur, inquibus quorumdam chananaeee 
stirpis homuncionum prope innumerœ sunt fabricatae habitantium domus '. 

Toutefois, ce passage d'Adamnanus, relatant ie témoignage d'Ar- 
ciilphe relatif à Jéricho, n'est peut-être pas aussi concluant qu'il 
paraît l'être, en ce qui concerne la ruine complète et l'abandon 
total de la troisième Jéricho; car les mots tribus in eodem loco de- 
slnictis civitatibns laissent penser que l'auteur a mal compris les 
paroles, néanmoins si claires et si précises, d Eusèbe et de son tra- 
ducteur, saint Jérôme, ([ui, tous deux, assignent à Jéricho trois 
emplacements divers et successifs. Adamnanus, au contraire, paraît 
aduiettrc que les trois Jéricho se sont succédé sur le même empla- 
cement. Par conséquent, il est permis de penser qu'il a en vue le 
site du village actuel de Riha, lorsqu'il nous parle, en dehors de 
la troisième ville détruite, qui, pour lui, selon toute vraisemblance, 
devait avoisiner la fonlaine d'Elisée, de champs couverts de mai- 
sons habitées par des Kananéens. Seulement, le village de Hiha 
ne renferme plus maintenant qu'une très-faible population, tandis 
<|u'alors celle-ci était beaucoup plus considérable (^prope innumerœ 
fiunt fahricatœ hahiUnilium domus). 

Pendant l'époque des croisades, l'évêque de Jéricho était sulTra- 
ganl du palriarche de Jérusalem. On y comptait, en outre, trois 
monastères, l'un de l'ordre des Carmes, l'autre de l'ordre des Ba- 
sili<»ns (!t \o Iroisième de celui des Bénédictins. Les revenus des jar- 
«lins de cette ville furent assignés au Sainl-Séj)ulcre; plus tard, la 
reine Mélissendc, veuve du roi Foulques d'Anjou, les attribua à 
Tiibbaye de Béthanic, ((u'(>ile avait fondé<^ en i i^y. 

' Adamiinnn», Ih l.ori» saiiriiH, I. 11. (. xi. 



CHAPITRE 11. — HISÏOIUK 1)K JEItlCHO. l/i9 

Après la chute du royaume latin, la dtkadeuce de Jériclio dut 
aller toujours croissant; néanmoins, nous savons par plusieurs pè- 
lerins que, grâce à la fertilité de son sol arrosé par la fontaine 
d'Elisée, ses jardins gardèrent encore longtemps leur riche culture. 

J'ai déjà cité précédemment le passage suivant du moine Bur- 
chard, qui écrit, vers la fin du xui*" siècle : 

Hic (fons Heh'sei) fluil juxta locum Galgale a parle auslrali, et iinpeliit 
magna niolcnditia, et postea divisus iii rivos plures rigat canainellas et ortos et 
jarditios, usque in Jéricho et inlra '. 

La beauté de ces mêmes jardins est vantée, quelques années 
plus tard, par le frère Ricold, de l'ordre des frères prêcheurs : 

Est enim dictas mons super lluenla Jordanis et planicieni lericho, que habet 
rivos, fontes et ortos magnos, sicut paradisus, et cauipos canamelle, unde fa- 
ciunl zucharuni. Ibi palme et plantacio rose in lericho^. 

Aujourd'hui, comme je l'ai dit plus haut, les palmiers, les roses 
et les cannes à sucre ont disparu, et les quelques jardins qui en- 
vironnent encore l'humble et chétif village de Riha, tout en témoi- 
gnant de la fécondité inépuisable de son terroir, n'ollrent plus 
néanmoins qu'un triste spécimen des admirables plantations qui y 
florissaient jadis. 

' Bu rchardus de Monte Sien, Z>e«cn;>- * Uicoklus, /////e/-«»'««M<, p. io<), édil. 

tio Teirœ satictœ, p. 58, édil. Laurent. liaurenl. 



150 DESCRÏPTIOX DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE TROISIEME. 

DÉPART DE L'a'ÏN ES-SOULTHAN. MONTEE D'ADOMMIM. KHAN EL-HAT- 

ROUR. KAl'aAT ED-DEMM (cASTELLUM ADOMMIm). A^ÏN EL-HAOUDII, 

PEUT-ETRE e'n-CHEMECH. ABOU-DIS, PROBABLEMENT BAHOURIM. 

EL-a'zARIEH (bÉTHANIe). RETOUR À JERUSALEM. 



DEPART DE L'A IN ES-SOULTHAN. 



Le 5 avril) à sept heures dix minutes du matin, nous quittons 
la fontaine d'Elisée, en nous dirigeant vers le sud. 

A sept heures vingt minutes, nous laissons à notre gauche le 
Tell es-Samerate, cyl^UaJt Jj, dont j'ai déjà parlé. 

A sept heures trente minutes, nous traversons un ruisseau ali- 
menté par les eaux de VA'ïn ed-Douk, J^oJI (jvc. 

A sept heures trente-cinq minutes, nous apercevons à notre 
droite un autre tell, que j'ai également signalé. 

A sept heures trente-sept minutes, nous franchissons Y Oued el- 
Kehf oJXJ! àt^, le Nahal-Kerith des Livres saints, selon toute ap- 
parence, comme nous l'avons vu plus haut. Je ne parlerai plus des 
ruines que l'on rencontre au nord et surtout au sud de cet oued , 
et (jui sont connues sous le nom de Kharbet KaJcoun, ^^51^ i^j-^. Lu 
prohahicment s'élevait, à l'époque de Notre-Seigneur, la Jéricho 
embellie par Hérode de tant de superbes édifices. 

A sept heures trente-neuf minutes, nous passons près du Tell 
rl-A'Imk, ^5^^l Jb. 

MON'rb: D'ADOMMIM. 
f 

NotiM commençons à monter (hnis la direction de ronest-iionl- 
oiieMt, cheniinanl péniblement sur une xoic aiiti(|iir, doiil les pavés 



CHAPITRE III. — iMONTI'E D'ADOMMIM. 151 

sont disjojuls et qui, par intervaile, s'élève en escalier. C'est Yas- 
censun Adommim de la Bible, en hébreu □"'pix nb^^^maaleh Adoum- 
mint, en grec TSpGa-^ctfTis ASccfXfiiv, en latin ascensio ou ascenstis Adom- 
mim ou Adummim; en arabe, cette montée est désignée aujourd'hui 
sous le nom dW'hahel er-Riha, \^jl\ Axiic, cr montée de Jéricho, n et 
quelquefois aussi sous celui iï A'hahel Beil-Djuher, jxs>- cxxj ii/JU, parce 
([u'on rencontre bientôt, sur la gauche, les restes d'une ancienne 
construction, assise sur un monticule rocheux et appelé Beil Djaber, 
jj<=>- c>^. La montée d' Adommim est indiquée dans la Bible comme 
formant de ce côté la limite entre la tribu de Juda, au sud, et 
celle de Benjamin, au nord, et comme étant située au sud d'un 
torrent; or, elle longe précisément dans les contours qu'elle décrit 
les bords méridionaux de l'Guèd el-Kelt. Nous lisons dans le livre 
de Josué, à ce sujet : 

Ml lendens (Icrininiis tribus Jiula') usqiie ad (enninos Del) • rac valk» 
Achor, contra a(|uiloiiem respiciens Gal{[ala, «pia> est ex adverso asceusioiiis 
Adoinmiiii, ah auslrali parle torrenlis '. . . 

La mémo montée est signalée dans le verset suivant : 

Kl perlransit (lermiiius tribus Benjamin) us([iic ad tumulos qui suul e re- 
{jione ascensionis Adotnmini'^. . . . 

Dans YOnomasticon, au mot k8a^\j.iv, Eusèbe s'exprime ainsi : 

(pvXijs iovScty xaôfiv vvv eprifxoSy rjs à tSttos xaXsÏTai MaXyiSofxve] , 

KaTiévTcov àiTo AiXîas els lepi)(c6 ' evOa éuTi ^povpiov. 

Saint Jérôme développe ce passage en le traduisant : 

Adommim, quondam villula, nunc ruinœ, in sorte tribus Judœ, qui locus 
usque hodie vocatur Maledomim, et grœce dicitur Ava^aais Ylvppcov, latine 
aulom appellari potest Ascensus Ruflbrum sive Rubentium, propler sanguinem 
qui illic crebro a latronibus funditur. Est autem confinium tribus Judœ et Ben- 
jamin, descendentibus ab ;Elia Jericbum, ubi et castellum militum silum est 
ob auxilia vialorum. Hujus cruenli et sanguinarii loci Dominus quoque in pa- 
rabola doscendenlis Jericbum de Jerosolyma rcîcordalur. 

' Josué, 0. w, V. 7. — ' Ibid. c. wiii, v. iS. 



152 DESCRIPTION DE LA SAMARIK. 

Je ferai remarquer ici que les mots svBcl è&li (ppovpiov et, par 
conséquent, ceux de la traduction latine, ubi et castelhim mililum 
situm est oh axixilia viatoriim, doivent se rapporter non pas au mot 
qui précède immédiatement, comme on pourrait le penser, mais 
bien à Adommim, qui est le sujet du paragraphe. Car un poste 
militaire destiné à protéger les voyageurs le long de la route con- 
duisant de Jérusalem à Jéricho devait, pour assurer la sécurité de 
cette route, en occuper le point central et non l'une des extrémités; 
j'indiquerai bientôt oii il était situé. 

A huit lieures, la montée devient un peu moins roide. Nous 
avons toujours à notre droite l'Oued el-Kelt, qui, à mesure que 
nous nous élevons, s'enfonce de plus en plus profondément entre 
deux murailles presque verticales de rochers gigantesques. 

A huit heures quinze minutes, nous laissons à notre droite une 
chambre voûtée en plein cintre avec des regards, ce qui porte 
à penser que c'est une ancienne citerne. Remontant peut-être 
à l'époque romaine, elle a été réparée à une époque plus ré- 
cente. On l'appelle, comme la ruine précédente, Beit-Djaher, 

Gliemin faisant, nous remarquons çà et là, le long de la route, 
les vestiges d'un aqueduc antique. Construit en petites pierres très- 
dures et bien cimentées entre elles, il date probablement de l'é- 
poque romaine. Il devait, avant d'aboutir à la plaine de Jéricho, où 
il amenait, selon toute apparence, les eaux d'une source supérieure 
qui maintenant se perd dans l'Oued el-Kelt, alimenter, sur les 
bords de la route, plusieurs citernes et notamment celles dont les 
ruines portent aujourd'hui le nom de Beil-Djahev. 

A iiuit heures trente minutes, nous quittons un instant la route 
pour gravir, sur notre droite, une colline qui snr|)l(>mbe les 
(Ifincs escarpés de l'Oued el-Kelt, et, plongeant de là nos regurds 
dans les profondeurs énormes de ce gouffre béant, nous aperce- 
vons devant nous, sur les parois de l'oued et dans sa partie in- 
férieure, plusieurs grottes arlilicielles dont les plus considérables 
sont munies de murs du côté qui regarde le ravin. Nous observons 



CHAPITRE III. — MONTEE D'ADOMMIM. 153 

aussi ies restes assez bien conservés d'un pont-aqueduc traversant 
Toued. 

Ces grottes faisaient partie de l'ancienne laure dite de Chou- 
ziba, fondée par un moine nommé Jean, contemporain de saint 
Zosime. 

'^vvïjxfxa^e T(p TtCOdi^S. dvinp, Icjâvvtjs loijvoyiaj raîs dpsTals tsapaTrXr]'(Tios ^ 
èv XoL/^têp T»7 Àaupa. KeTrai Sk tsphs tï] êayoLTtçl tris ya.pdSpa.s y âvà rb 
àpKTÔJOv fxépos Ttjs y.ect)(p6pov iris (Ç>epov(7ï}s tovs Sia7:opevo{iévovs êç lepo- 
croXvyiCjôv £77} tjjv lepi^ovoicov 'oSXiv^. 

ffDu même lemps que Zosime et semblable à ce saint en vertus, florissait, 
dans la laure de Cbouziba un nommé Jean, Cette laure est située près de Textré- 
mité du ravin profond qui borde, vers le nord, la grande route conduisant de 
Jérusalem à Jéricho. ^ 

Nous trouvons également dans le moine Pliocas quelques détails 
relatifs à cette laure ; 

Ka) [xerà Ttjv fxovrjv roturtiv (t^i- tov dyîov Eùôu|u/0L»), êtrli Sioî(Tlr}fxa. 
côas] (xiXîcov lË'. Ka) ovtojs evpt'irxsTai (pdcay^ (xeydXtjj xai (lécrov ravTiiS 
Siépystcii yeîyiappos, »fs 'oep) to àvTixpv fjtépos èaTiv ri yLOvi) tov Xo^iSà-. 

ff Après ce monastère (celui de saint Euthyme), au bout d'un intervalle de 
douze milles environ, on rencontre un grand ravin au milieu duquel coule un 
torrent; dans la partie de ce ravin qui l'ait face (par conséquent, vers le nord 
pour ceux qui arrivent du sud) est le monastère de Choziba.« 

On sait que le moine Phocas visita les Lieu\ saints vers Fan 1 185. 
La distance qu'il donne entre le monastère de saint Euthyme et 
celui de Choziba est beaucoup trop grande, si, comme je l'ai sup- 
posé, on place le premier de ces couvents au Deir Neby Mousa; 
mais l'indication relative à la position de Choziba est tellement pré- 
cise, qu'on ne peut guère hésiter à reconnaître ce couvent à l'en- 
droit que je signale, après d'autres voyageurs. 

Un renseignement plus net encore sur l'emplacement du même 

* EvagriusScholasticus, Histoire ecclé- coi. 2716.) — * Phocas, Descriptio Terrœ 
siastique, IV, 7. ( Patrolog.gr. t. LXXXVI , .lanct^, S 1 9. 



154 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

couvent nous est fourni par l'Iiigouinène russe Daniel, qui vint en 
Palestine soixante et dix ans avant le moine Phocas. Le voici : 

On compte vingt-six grandes verstes de Jérusalem jusqu'au Jourdain, dont 

quinze jusquà Khousiva Cet endroit se Irouve dans le lit profond d'un 

torrent, près de la route, à main gauche (par conséquent, à main droite quand 
on vient de Jéricho). On compte de Khousiva jusqu'à Jéricho cinq verstes, et 
de Jéricho jusqu'au Jourdain six grandes versles^ 

La verste russe étant de 1,67 1 mètres, cinq verstes de Khousiva 
à Jéricho égalent 8,355 mètres. La distance, en réalité, est un peu 
moins grande entre ces deux points; mais il est à croire que l'hi- 
goumène russe se sert ici du mot verste, qui est le mille russe, 
pour indiquer la même distance que le mille romain , dont la va- 
leur est moins considérable; car, du village actuel d'Er-Riha, la 
Jéricho du moyen âge , aux grottes qui nous occupent en ce mo- 
ment, il y a juste cinq milles romains. 

Le traducteur de ce passage ajoute en note ce qui suit : 

Dans Josué, le même lieu (Chuziha) est nommé Emek Ketzitz, c'est-à-dire 
vallée d'incision, ce qui s'applique parfaitement à l'horrible ravin déchiré qu'on 
voit à gauche de la route qui conduit de Jérusalem à Jéricho, peu avant le 
commencement de la descente rapide qui mène à la plaine du Jourdain .... 
Un torrent coule au fond de ce sombre ravin, formé par des rochers abrupts 
tapissés de cavernes jadis habitées par des anachorètes, dont le plus célèbre était 
Jean, surnommé le Chozéwile, qui y avait établi un couvent que les Grecs 
nomment jusqu'à présent Xo^e€d. 

L'identification proposée par M. de Noioiïdu nom doGliuziba avec 
celui d<; Ketziz, et, par conséquent, de la vallée où se trouvent les 
ruines de ce couvent avec celle (jui, dans le texte liéhreu, est ap- 
pelée y^s{? pDv, E'mek Kezizy en grec kfxcKOLats ou ÀfieTcxcLaeis, en 
latin vallis Cmis, est très-problématique. Cette localité n'est signalée 
qu'une seule fois par l'écrivain sacré, dans l'énumération des villes 
fie In tribu de Henjauiin : 

Kui'ruiilquc rivitalcs ojuH Jéricho et llcllihagla et vallis (lasis-. 

Pèlevinaffir en Terre minte de riiiffoumvin' ritsup Daniel. Inuliul |iiir Aliiiili.iiii de 
.Noroiï, |i. /i5. — * Jtmié, c. wni. v. ai. 



CHAPITRE ni. — KHAN EL-HATROUH. 155 

M. de Saulcy, dans son Voyage eu Syrie et autour de la mer Morte, 
signale non loin du Bir el-Haoudli une vallée appelée Oued Kâaziz, 
et il s'exprime ainsi à ce sujet : 

Nous avons rencontre, à deux kilomètres à l'est du Bir el-Haoudh ou fontaine 
des Apôtres, la tête d'une valie'e qui s'appelle Kâaziz, et qui nous a conservé 
intact le nom de la cité de Benjamin nommée dans Josué Amik-Kaziz^. 

Pour retrouver les restes de la ville de ce nom mentionnée par 
Josué, il me paraît donc plus naturel de les chercher le long de la 
vallée indiquée par M. de Saulcy que près de l'Oued el-Kelt, à 
cause du rapprochement trop éloigné des mots Ghuziba et Kaziz. 

Redescendus de la colline du haut de laquelle nous avions aperçu 
les grottes en question, nous continuons à suivre, dans la direction 
tantôt de l'ouest-sud-ouest, tantôt du sud-ouest, la même voie 
antique, que bordent toujours les vestiges du même aqueduc; la 
montée est plus facile. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous longeons à notre 
gauche un oued appelé Er-Roummaniy ^jUj^yi. 

A neuf heures cinq minutes, la montée commence à redevenir 
plus roide; des degrés ont été ménagés de distance en distance 
dans le roc pour aider à l'ascension ou à la descente. 

A neuf heures dix-sept minutes, je remarque, lenversée par 
terre, à gauche de la route, une petite colonne monolithe, avec sa 
base attenante; c'est une ancienne borne milliaire; elle est sans 
inscription; les Arabes la désignent vulgairement sous le nom de 
Dahbous el-A'hcd, JsjjkJI ^^:>. 

KHAN EL-liATROLR. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte au Khan 
el-llalrour, j^jXÂ ^^U-. Ce grand établissement, destiné à héberger 
les voyageurs, tombe en ruine de toutes parts; néanmoins, il est 
de fondation assez récente; car il dat<^ seulement, m'a-t-on dit, 

' De Siiulcy, Voyage en Syrie cl autour de la mer Marie, i. Il, p. l 'lo. 



!56 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

d'Ibrahim Pacha. Sa l'orme est celle d'un vaste rectangle; il est cons- 
truit en pierres de dimensions moyennes, mais régulières. Inté- 
rieurement, il renferme une citerne et un oratoire musulman dont 
le mihrab est bien conservé. Ce khan ou caravansérai a succédé 
à un autre beaucoup plus ancien. Il est placé là à moitié chemin 
à peu près de Jérusalem à Jéricho, et à l'endroit culminant de la 
roule. 

KAi/aAT ED-DEMM (cASTELLUM ADOMMIm). 

A quelques minutes de là, au nord-est, je vais visiter sur une 
colline les restes d'un petit fort appelé Kal'mit ed-Demm, ;f;«xJi iuXi, 
cliâteau du sang. Un fossé pratiqué dans le roc, large de six mètres 
sur une profondeur à peu près égale, l'environne de tous côtés, 
excepté sur deux points, à l'est et à l'ouest, où une étroite chaussée 
a été ménagée pour y pénétrer. Au delà de ce fossé règne une 
enceinte consistant en un mur très-épais construit en blocage, mais 
revêtu de pierres régulières de grandeur moyenne. Ce revête- 
ment a disparu en beaucoup d'endroits. Les voûtes des salles qui 
existent encore offrent rapj)arence d'une ogive peu prononcée; 
d'autres sont écroulées et couvrent le sol de leurs débris. Tel qu'il 
est, ce fortin, qui sert actuellement de refuge à des bergers et à 
leui-s troupeaux, ne paraît pas remonter au delà du moyen îlge; 
il a été construit, soit par les musulmans, soit par les croisés; mais 
il doit occuper certainement l'emplacement d'un fort plus ancien, 
et les fossés creusés dans le loc appartieiinciil pciil-êhc» à cette 
époijue plus reculée. 

A mon avis, il est question de ce fort dans le passa};(* où lùisèJK! 
parle d'Vdoummim, passage (|ui est tenniné par ces mois : svOol 
éo^t ^povpiov, OH un ponte militmrc a rlr f-lahli, mois (|ni gramnia- 
ticalemenl semblent se raj»porler à {epr/^rj}, (pii précède immédia- 
loinenl, mais qui logiipiemciil , (-omiiir \v \'i\\ (h'>j;i dil . (ioivciil 
fMî nipporler à A'îovfji/ix/»',' (jui »'st le sujrl de hi plusse cl JObjcl 
du paragniphc. 



CllAPlTKI-: III. — KAL'AAT El)-I)K.MM. 157 

Il en est de même, dans la traduction de saint JtTÔme, des 
mots : ubi caslellum militmn silum est oh auxilia vialorum, que l'on 
doit réunir, par la pensée, non pas à Jerichum, qui précède im- 
médiatement, mais à Adommim, dont tout ce qui suit n'est que le 
corollaire. D'ailleurs, saint Jérôme, en ajoutant au témoignage de 
l'existence de ce fort la raison de son établissement, c'est-à-dire 
la protection des voyageurs, qui ne pouvait être mieux assurée sur 
cette route, infestée par les voleurs autrefois comme maintenant, 
qu'en plaçant un poste à moitié chemin entre Jérusalem et Jéricho, 
saint Jérôme, dis-je, nous indique lui-même par là que nous de- 
vons rattacher à la localité signalée par lui sous le nom d'Adom- 
mim le fort en question. 

Toujours est-il que , au moyen âge , un fort s'élevait en cet endroit. 
Nous lisons, en effet, dans le moine Burchard du Monl-Sion : 

De lericho qualuor leucis coiilra occidentcMii, via que ducit in lerusalem, 
ad sinislram Quarcnlcne est casinim Adoininiin, ubi ille qui descendit ab Jé- 
rusalem in lericho incidit in lalrones. Quod modernis lemporibus multis con- 
ligil ibidem, et ab effusione frequenti san^juinis locus ille nomen accepil. Est 
enim borribilis visu et periculosus valde, nisi aliquis vadal sub conductu '. 

Le nom Kal'aat ed-Demm (château du sang) n'est que la re- 
production arabe de celui de castrum Adommtm, et la distance 
marquée par le moine Burchard entre ce vastrum et Jéricho, je veux 
dire ([uatre lieues à l'ouest de cette dernière ville, est parfaite- 
ment exacte; car il faut environ trois heures et demie de marche 
pour se rendre de la fontaine d'Elisée au Kal'aat ed-Demm, en se 
dirigeant presque constamment à l'ouest-sud-ouest. 

C'est au Khan el-Hatrour, désigné pareillement sous le nom de 
Khan el-Ahmar, qu'une fort ancienne tradition place l'histoire du 
bon Samaritain, faisant soigner dans une hôtellerie un homme dé- 
pouillé par des voleurs sur la route de Jérusalem à Jéricho et laissé 
[)ar eux à demi mort. 

3o. Jésus, re[»renaiil, dit : Vu homme descendait de Je'rusalem à Jéricho. 

' lUiiclwirdtis de Moule Sion , Dcsniptio TcirfC sunrla- , »'dil. LnuiTiif, p. G-a. 



158 DESCRIPTION 1)K LA SAMAUIE. 

el il tomba enlro les mains de voleurs , qui , Tayant dépouillé et couvert de plaies , 
s'en allèrent, le laissant a demi mort. 

3i. Or il arriva qu'un prêtre descendait ptir le même chemin; l'ayant vu, 
il passa outre. 

3a. Pareillement un lévite, se trouvant près de là, le vit et passa outre 
aussi. 

33. Mais uu Samaritain, qui était en voyage, vint près de lui et, le voyant, 
fut touché de compassion. 

3^. Et s'approchant, il banda ses plaies, y versant de l'huile et du vin; 
et, le mettant sur sa mouture, il le conduisit en une hôtellerie et prit soin de 
lui'. 

Que ce soit là une histoire véridique ou une simple parabole, 
comme on le pense généralement, toujours est-il que riiôtellerie à 
laquelle Notre-Seigneur fait allusion peut fort bien avoir été une 
espèce de khan, semblable à ceux que l'on rencontre encore main- 
tenant partout en Orient, et bâti jadis sur le même emplacement 
que celui dont je viens de signaler les ruines. 

Quant à l'étymologie de la dénomination Maaleh Adoummm 
(montée des rouges), j'ai cité plus haut celle que donne saint Jé- 
rôme dans le passage suivant : 

Adommim, quondam villula, nunc ruinœ, in sorte tribus Judœ, qui locus 
usque hodie vocalur Maledomim, et grœce dicitur AvdSacris Tlv^prov^ latine 
autem appellari potest Ascensus RuITorum sive Rubentium,propter sanguinem 
qui illic crebro a latronibus funditur. 

Cette étymologie semble confirmée par le nom de KaVaol cd- 
Demni (cbâtcau du sang), donné au fortin que j'ai décrit. 
M. de Saulcy en propose une autre : 

Les flancs déchirés que nous apercevons, surtout à l'ouest du fort, pré- 
sentent de grandes taches d'un rouge assez vif pour trancher sur le ton 
jaunâtre de tout le terrain environnant, et j'avoue que je suis forl (enté de 
rniire que la dénomination anlicjue de Ma'alch Adoummim, aussi bien (pie 
ci'lle de tour Rouge, portée par cet endroit au moyen à|fe, el de Khan cl-Ahmar, 
qu'il porte de nos jours, vient de cette cause purement géologicpie, plutôt <pje 
iratirihiier cette dpitliële au sang qu'ici les voleurs do grand chcmiii répan- 
flnienl trop souvent '. 

.S«»M/ l.ur, r. %. V, .•{(•-. '5^1. — ' De Snnhy, yf>}lii,^f ru Tme sninle, I. I. p. i<).'5. 



CIIAPITHK m. — A'ÏIV KL-HAOUDH. 159 

A onze heures trente-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche vers le sud-ouest, en nous engatjeant dans une descente 
assez rapide; la voie que nous suivons est en partie pratiquée 
dans le roc en l'orme d'escalier. 

A onze lieures trente-huit minutes, elle devient plus facile et 
n'est plus que légèrement inclinée. 

A onze heures cinquante-cinq minutes, nous descendons dans le 
lit de ïOuedSeder, ^J^ àlj, qui décrit de nombreux détours et que 
nous traversons plusieurs fois successivement. 

A midi quinze minutes, nous parvenons sur un petit plateau 
cultivé; une quantité énorme de sauterelles dévorent le blé qu'on 
y a semé et voltigent par nuages épais sur notre passage. 



A IN EL-HAOLDI!. 



A midi vingt minutes, nous commençons à descendre vers l'ouest, 
puis vers ie sud-ouest. 

A midi trente minutes, nous suivons le lit de VOued el-Haoudh, 
jsyA :>l3, que nous traversons à plusieurs reprises. C'est le même, 
je pense, que celui dont j'ai parlé tout à l'heure; seulement il 
change de nom en cet endroit. 

A une heure trente minutes, nous faisons halte près de YA'ïn el- 
Haoudh, jo^^ (JVC (la source de Tauge). Les chrétiens la désignent 
sous le nom de fontaine des Apôtres. L'eau en est bonne, mais pleine 
quelquefois de petites sangsues. Elle s'écoule sous une arcade ogi- 
vale par un conduit pratiqué à travers une construction d'appa- 
rence arabe et à moitié ruinée, et elle tombe dans un petit bassin 
oblong, en forme d'auge; de là le nom que les indigènes donnent 
aujourd'hui à la fontaine. A côté est un birket carré mesurant 
six pas sur chaque face, qu'elle remplit seulement à l'époque des 
grandes pluies. Gomme les apôtres ont dû nécessairement passer 
par là à la suite de Notre-Seigneur en se rendant de Jérusalem à 
Jéricho et en revenant vers la Cité sainte, et qu'ils se sont proba- 
blement désaltérés à cette fontaine, ainsi que le font tous les voya- 



160 DESCUlPTIOiN DE LA SAMAIUE. 

geurs qui accomplissent ce voyage, les clirétiens la vénèrent sous 
la dénomination que j'ai indiquée plus haut. On voit sur les flancs 
rocheux dune colline voisine les restes d'un khan d'apparence 
arabe. 

L'A^ïn Haoudh est très-probablement la source appelée, dans la 
Bible , E'n-Chernech , z*rip py ; en grec , ij TSrjyv t^ov HXiov ou TSrjytf 
Bai6(TCLfxvs; en latin, Ensemes ou fons SoUs. Située sur la limite de 
la tribu de Juda et de celle de Benjamin, elle est mentionnée entre 
la fontaine de Rogel et la montée d'Adommim, comme cela résulte 
des versets suivants : 

7. Et tendens (terminus Judae) usque ad lerminos Debera de valle Achor, 
contra aquiionem respiciens Galgala , quœ esl ex adverso ascensionisAdommim, 
ab australi parle torrentis : transitque aquas, quœ vocantur fons Solis; et 
erunt exitus ejus ad fonlem Rogel '. 

16 Descenditque (terminus tribus Benjamin) in Geennom (id est 

vallem Ennom) juxta latus Jebusœi ad austrum : et pervenit ad fontem Rogel, 

17. Transiens ad aquiionem, et egrediens ad Ensemes, id est fonlem 
Solis; 

»8. Et perlransit usque ad tumulos qui sunt c regione ascensionis Adom- 
mim^ 

Or, telle est précisément la position de l'A^ïn Haoudh. Les an- 
ciens Kananéens avaient peut-être élevé là un petit sanctuaire en 
l'honneur du soleil, qui était certainement une de leurs divinités, 
comme le prouve l'existence en Palestine de plusieurs villes du nom 
de Deth-Chemech (maison du soleil), avant l'arrivée des Hébreux 
dans la Terre promise. 

ABOII-DIS. 

A deux heures, nous poursuivons noire marche vers l'ouesl, en 
|rravi88aiit un sentier taillé en escalier à travers des collines pier- 
reuses. 

A deux lieures vingt minutes, nous parvenons sur nii philenn 

' Jo$m/, r. jv, V. 7. — ' Hiiil. V. \\\n. V. jfi-iR. 



CHAPITRE III. ~ ABOU-DIS. KJl 

où je remarque plusieurs citernes antiques pratiquées dans le roc 
et couvertes à leur orifice d'un gros bloc monolithe de forme ronde, 
percé à son centre; il pouvait se boucher avec une autre pierre 
engagée dans cette ouverture. 

A une faible distance de là, vers le sud-est, nous apercevons le 
village à'Aboii-Dis, jj*u>i ^! , situé sur une colline. Une maison plus 
considérable et plus élevée que les autres est celle du cheikh. Ce 
village est probablement l'antique Bahourim, en hébreu, nnina et 
anns; en grec, Bapax/|X, BoLOvpeifi, Bixovpî(i, ^CLyovpyjs et BaouptV; 
en latin, Balmrim. 

David, fuyant devant son fils Absalom, après avoir franchi la 
montagne des Oliviers, passa par cette localité dans sa retraite vers 
le Jourdain, ce qui prouve qu'elle élait voisine de la route con- 
duisant à Jéricho et non loin à l'est de la montagne des Oliviers. 
Il fut assailli près de là de pierres et d'outrages par un nommé 
Séméï, fils de Géra, de la maison de Saiil, qui se mit à le maudire. 

1. Clinique David Iransisset paululuni monlis (Olivarum) verlicem, appa- 
ruit Siba, puer Miphiboselh , in occursuni ejus 

5. Venit ergo rex David usque Baluirim; et ecce egrediebalur iiidc vii* de 
cognatione domus Saul, nomine Semei, filius Géra, procedebatque egrediens, 
et maledicebat; 

G. Mitlebatque lapides conU'a David* 

Jonathas, fils d'Abiathar, et Achimaas, fils de Sadoc, chargés 
bientôt d'un message secret pour David par l'intermédiaire d'une 
servante, qui vint les trouver près de la fontaine de Rogel, où ils se 
tenaient, se hâtèrent de partir et d'aller le transmettre au roi; mais, 
se voyant découverts et poursuivis, ils se réfugièrent à Bahourim, 
dans une maison dont le vestibule contenait un puits, où ils descen- 
dirent. Quand ceux qui les poursuivaient furent parvenus à cette 
maison, on leur dit qu'ils s'étaient contentés de boire un peu 
d'eau, et qu'ils s'en étaient allés. Après le départ des émissaires 
d'Absalom, Jonathas et Achimaas remontèrent du puits et s'em- 

' liois, I. 11 , c. XVI, V. 1, ï-*, <) et suiv. 

1. 1 I 



IC-i DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

pressèrent d'aller porter à David le conseil de traverser immédia- 
tement le Jourdain. 

17. Jonalhas autem et Achimaas stabant juxta fontein Rogel; abiil aiicilla 
et nuntiavil eis; et illi profecii siint, ut referrenl ad regem David nuntium; 
non eniin poterant videri, aut introire civitateni, 

18. Vidit aulem eos quidam puer, et indicavit Absalom; illi vero concito 
gradu ingressi sunt domum cujusdam viri in Baluirim, qui habebat puteum 
in veslibulo suo, et descenderunt in euni. 

19. Tulit autem mulier et expandit velamen super os putei, quasi siccans 
ptisanas ; et sic latuit res. 

20. Cumque venissent servi Absalom in domum, ad mulierem dixerunt : 
l-bi est Acbimaas et Jonatbas? Etrespondit eis mulier: ïransieruut festinanler, 
gustata paululum aqua. At lii qui quœrebanl, cuni non reperissent, revers! 
sunt in Jérusalem. 

21. Cumque abiissent, ascenderunt illi de puteo, et pergeutes nuntiave- 
runt régi David, et dixerunt : Surgite et transite cito fluvium ^ 

L'historien Josèplie, en racontant le même fait, ajoute quelques 
détails qui sont utiles à recueillir, parce qu'ils contribuent à faire 
reconnaître dans Abou-Dis le Bahourim de la Bible. 

revoixévovs S* avrovs ànb arlaSiojv iris tsôXsws Svo ^■s<Sv^al rives iinteîs 
xj\ Sta€txXkova-i tsphs rbv ASea-a.'kcofjLOv. O S' evOvs STrsfx^'S tous o-uXXvxpaf/^- 
povs. ^ot{(TavTes Se tovto ol Tcov àpy^iepéciôv iffaïSes, éKTpairévTes rfjs bSov 
'aoLpayptjfxaf eis xcôfxiiv rivà loiv lepocToXvfxojv ovx àirojdev éavTOvs ëScoxav ' 
î^axovpris ijv évofxa t^ Jcajfxp- 

«Comme ils (Acbimaas et Jonatbas) se trouvaient à deux stades de la ville, 
deux cavaliers les aperçoivent et en donnent avis à Absalom. Celui-ci dép(Vlie 
aussitôt des bommes pour s'emparer d'eux. Les fils des pontifes s'en étant 
doutés, se détournent de la roul(? et se réfugient aussitôt dans un village peu 
éloigné de Jérusalem et nommé Hacbouris.^ 

Or, Abou-Dis est précistMnent un peu écarté, vers le sud, de la 
rotite condui.sant dcî Jéru.salem ji Jériclio, et à une faiblc! distance de 
la Cité sainte, cinq kilomètres environ. Ce village;, par sa position 
fi par sa proximité de Jérusalem, répond donc très-bi(Mi ;m\ iudi- 

' liw, I. II. c. XVII, v. 17-ai. — ' Antiq. juilnhj. I. Vil, r. i\, S 7. 



CHAPITRE III. — KL VZAHIKH (BKÏHANIE). 103 

cations rouriiies par Josoplie, relativement à celui fie Bacliouris, 
le Bahourim du texte hébreu. ■' 

Plialtiel, époux de Michol, contraint de la rendre à David, à 
qui elle avait été d'abord donnée par Saiil, l'accompagna en pleu- 
rant jusqu'à Bahourim. 

\k. Misit autem David nuntios ad Isboselh fiiium Saul, dicens: Redde uxo- 
rem meam Michol, quam despondi mihi centuni praepufiis Philisthiiin. 

i5. Misit ergo Isboselh, et tulit eam a viro suoPhaltiel, filio Lais. 

iG. Sequebaturque eam vir suus, piorans, usque Bahurin); et dixil ad euiu 
Abner : Vade et revertere. Qui reversiis est'. 

rl-a'zarieh (bétuaisie). 

Mous nous arrêtons ensuite bientôt en passant à la pierre dite r/u 
Colloque. On l'appelle ainsi parce que, d'après la tradition, Notre- 
Seigneur y était assis lorsqu'il conversa avec Marthe, et qu'il eut 
avec elle le sublime entretien rapporté dans les versets suivants : 

19. Multi auleiu ex Judœis vénérant ad Marthaui et Mariaui, ut consola- 
rentur cas de fratre suo, 

90. Marlha aulein, ut audivit quia Jésus venit, occurrit illi : Maria aulcm 
domi sedebat. 

3 1. Dixit ergo Marlha ad Jesuni : Domine, si fuisses hic, l'raler meus non 
fuisselmorluus; 

9 2. Sed et nunc scio quia quœcumque poposceris a Deo, dabit libi Deus. 

23. Dixit illi Jésus : Resurjjet frater tuus. 

26. Dixit ei Martha : Scio quia resurjjet in resurrectione in novissimo die. 
9 5. Dixit ei Jésus ; Ego suni resurrectio et vita; qui crédit in me, etiam si 

mortuus fuerit, vivet; 

96. Et omnis qui vivit, et crédit in me, non morietur in îBlernum. Credis 
hoc? 

27. Ail illi : Utique, Domine, ego credidi quia tu es Chrislus lilius Dei 
vivi, qui in hune mundum venisti. 

98. Et cum hœc dixisset, abiit, et vocavit Mariam sororem suam silenlio, 
dicens : Magisler adest, et vocal le. 

' //o/.v. I. H, c. m, \. 1/4- H». 



IGA DESCRIPTION DK LA SAMARIK. 

9(). nia, ut audivit, suqjil cilo, cl vciiil ad oiun. 

3o. Nondiim enim vcneral Jésus iu caslellum; sed adlnic oral iu illo loco 
ubi occurrerat ei Marlha'. 

La pierre témoin de ce colloque divin est ainsi dériile par 
Quaresniius : 

Lapis quidam oblougus, non multuni a reliqua rupe elevalus, salis durus, 
n>ixli coloris, aibi et nigri , qui communiter lapis BelhaniiB appellaliu', a 
lidelibus magna babitus veneratione, quoniam, secundum veterem Iradilio- 
uem, cum Cbrislus Dominus Bethaniam venit Lazarum resuscilaturus, supra 
eum sedil, expeclans Mariam Magdalenam ab eo per Martbam vocalam'-. 

Je n'ai rien à ajouter à cette description, qui est très-exacte. 
Quant à la tradition relative à la pierre dite du Colloqtie, remonte- 
t-elle jusqu'aux premiers siècles du christianisme ou date-t-elie 
d'une époque beaucoup plus récente? Je l'ignore : toujours est-il 
«ju'au moyen âge elle était bien établie, comme le prouve le pas- 
sage suivant du moine Burchard, en 1288 : 

De Adommini duabus leucis contra occidenlem est Bacliurini, de tribu 
Benjamin, de quo fuit Semei, filins Géra, qui maledixit David, (piando l'njjil 
a facie Absalom , ut dirilur 11 IJegum. Et est castrum salis pulciiruni et iu 
monte alto sitiim. 

De Bacliurini contra occidenlem, quantum bis potest jacere arcus, loco 
procliviori, esl Bclliania, caslellum Marthe et Marie. Anle cujus inlroilum 
minus quam jactns esl lapidis, juxta cisternam , in campo oslenditur locus ubi 
Domino Belhaniam venienli primo ocrurrit Marlba et poslea Maria ab ea 
xicala*. 

Ce passage est très-précieux, parce qu'il nous montre qu'ù cette 
épo(|ue Abou-Dis élait considéré comme l'ancienne lîaliourim, oj)i- 
iiion (pie j'ai adoptée comme Irès-vraisemblable. \in elle! , si l'on fixe 
le cmlrum Adimimim au Kal'aat vd-î)emm, et (jue Ton marclie de lu 
l'espace de deux lieues vers le sud-ouest [ad occidentevi) , on aiYive 
tout droit à Abou-l)i», le castrum Baciturim du moine Burchard. 

' Saint Jrau, r. \i, \. m)-3o. " Burcluirdiis de Mttnic Siou, Ih'srn'it- 

* i)\\uw*\n\u% . Kluridotw Torrtv HHucUv . lia Terne mucUv , ('dit. liauroiil . p, (i-j. 
t. Il, p. 330. 



CHAPITRE 111. — EL-A'ZAUIEll (BÉTIIANIE). 165 

IMus à l'occident encore, mais dans un voisinajje assez lappio- 
clié, ce que Burchard exprime par les termes naturellement un 
peu vagues de : a à deux portées d'arc, v quantum bis potcsl jacere 
arcus, on trouve Bétlianie. Ce village est situé, en réalité, à vingt- 
cinq minutes de marclie au nord-nord-ouest d'Abou-Dis et non à 
l'ouest; mais il ne tant pas demander des indications aussi pi'écises 
à un simple itinéraire de pèlerin. 

Avant d'entrer à Bétlianie, ajoute Burchard, et, par conséquent, à 
l'est de ce village en venant de Jéricho, on montre dans un chanq), 
près d'une citerne, l'endroit où Marthe accourut à la rencontre d(^ 
Notre-Seigneur, qui venait précisément d'au delà du Jourdain, où 
il s'était réfugié, et se rendait à Bétlianie par la voie de Jéricho. 
Cela ressort, en effet, des versets suivants : 

'23. Et anibulabat Jésus in templo, in poilicu Saloinonis. 

'iti. Circunidederunt ergo euni Judœi, et dicebant ci : Qiiousquo anitiiani 
nosUani tollis? Si tu es Christus, die nobis palani. 

3c). Quuirebant ergo euin apprehendere; et exivit de manibus coruni. 

ko. Et abiit iteruni trans Jordanem, in euni locum ubi erat Joannes bapli- 
zans primuni, cl niansit illic'. 

Or, au commencement du chapitie qui suit immédiatement, le 
même évangéliste nous raconte la venue de Notre-Seigneur à Bé- 
tlianie, où il ressuscita Lazare. Comme il arrivait de Bethabara 
au delà du Jourdain, c'est-à-dire du gué qui est directement à 
l'est de la fontaine d'Elisée, il n'avait pas d'autre route à prendn^ 
pour aller à Béthanie que la voie romaine de Jéricho. C'est donc à 
l'est de Béthanie qu'eut lieu la rencontre de Notre-Seigneur avec 
Marthe, et cette rencontre, ajoute la tradition, se fit près d'une ci- 
terne. 

Ante cujus intruituni minus quani jactus est lapidis, juxtu cisternaiu, 
in canipo oslendilur locus ubi Domino Bethaniam venienli primo occurrit 
Maitba. 

L'indication de cette citerne, (|ue l'on montre encore aujourd'hui 

Sdhil Jvdit , c. x , V. :î3 el t>/i, ,']() cl /lo. 



IGfi DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

non loin de la pierre du Colloque, et que les chrétiens désignent 
sous le nom de cilenw de Martlw, prouve qu'à l'époque de Bur- 
chard la tradition était la même que celle qui règne encore aujour- 
d'hui. Il est à croire qu'un petit oratoire devait jadis s'élever en cet 
endroit, selon la remarque de Quaresmius : 

Circa hune lapidem cernunlur quœdam fundamenta, ex quibus dijudicalur 
pios fidèles sacelium circa ipsum erexisse in memoriam Christi super eum 
sedentis*. 

En nous dirigeant de là vers l'ouest, nous atteignons bientôt 
les premiers jardins de Béthanie. Les murs qui les environnent 
sont bûtis en pierres sèches, parmi lesquelles j'en remarque un 
assez grand nombre qui paraissent provenir d'anciennes construc- 
tions. 

A deux heures quarante-cinq minutes, nous sommes à Béthanie, 
village peu considérable et dont les maisons sont grossièrement 
construites; il es* habité par des musulmans. Ce qui nous attire 
tout d'abord, c'est la fameuse crypte connue sous le nom de tom- 
beau de Lazare. Un escalier de vingt-six marches, dont la direction 
est celle du nord au sud, puis décrit un coude de l'est à l'ouest, 
conduit à un vestibule voûté en ogive, long de trois mètres sur 
deux de large, à l'angle sud -ouest duquel est un autel grossière- 
ment bâti, où les Pères de Terre-Sainte viennent quelquefois célé- 
brer la messe. De là on pénètre, en descendant trois autres marches, 
et par un corridor bas et étroit, dans une autre chambre, voûtée 
également en ogivcî, dont la longueur est de deux mètres et demi et 
la laigeurde deux mètres. C'est le tombeau de Lazare, vénéré à la 
fois par les musulmans et par les chrétiens. Cette ancienne grotte 
sépulcrah;, actuellement ouverte, était jadis fermée par une grosse 
pierre, placée non pas verticalement devant l'entrée, en guise de 
porte, comme pour le tombeau de Noire-Seigneur, mais horizon- 
lalenienl au-dessus de l'ouverture par hupielle on pénèti'e aiijour- 

' Qiinnwiiiiii». A»r. rii. 



CHAPITRE m. — EL-A'ZARIEH (BÉTHANIE). 1G7 

d'jjui, en se couibaiit, dans la chambre funéraire. Cette particulu- 
rite est très-nettement indiquée dans l'Evangile. 
Nous lisons, en efl'et, dans saint Jean : 

Jésus crgo, riiisum fremeiis in seinelipso, veiiil ad iiioiiuineiiluin. Eral 
.uileiii spc'lunca, el lapis superposilus erat ei^ 

Pour la lermelurc du tombeau de Nolre-Scigncur, au contraire, 
l'Kvangile se sert de l'expression suivante : 

Et (Joseph) posuit illud (coi'pus Jesu) ih monumeiito suo novo, quod cxci- 
deral in peU'a. Et advolvit saxum magnum ad ostium monumenli, et abiil^. 

Et eoce terra; motus factus est niagnus. Angélus enim Domini descendit de 
cœlo; cl accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum^. 

Les mots lapis supei'j)osilus eral et, cr une pierre avait été placée 
au-dessus de la grotte, ti nous montrent péremptoirement que celle- 
ci était souterraine, et qu'on devait y descendre au moyen de quel- 
ques degrés. 

Notre-Seigneur se trouvait probablement dans la chambre (jui 
sert actuellement de vestibule, et qui est depuis loii[gtenq)s trans- 
lormée en une petite chapelle, lorsqu'il ordonna d'ôter la pierre qui 
couvrait l'entrée du sépulcre, et lorsque, ensuite, la pierre une lois 
enlevée, il s'écria d'une voix i'orte : cr Lazare, sors du tombeau. -n 
Aussitôt le mort en sortit, les pieds et les mains enveloppés de 
band(dcttes et la tête couverte d'un suaire. Jésus ajouta : r Déliez-le 
et laissez-le aller, n 

39. Ait Jésus : Tollitc lapidem. Dicit ci Mariha, soror cjus qui mortuus 
luerat : Domine, jam lœlet, quatriduanus est enim. 

/io. Dicit ei Jésus : Nonne dixi tibi quoniam, si credideris, videbis gloriam 
Dei? 

hi. Tulerunt ergo lapidem. Jésus auleni, clevatis sursuin oculis, dixit : 
Pater, gratias ago tibi, quoniam andisti me. 

A 2. Ego autem scicbaui quia semper me audis, sed propler popuhim ([ui 
circunislat, dixi; ut credanl quia tu nie misisti. 

Siiinl Jean. c. \i , v. 38. — ' Saint Mallhieu , c. xwn , v. Go. — ^ hl. c. xxvin , v. 2. 



168 DESCRIPTION DI-: LA SAMARIE. 

43. Hœc cuiu (lixisset, voce magna dainavil : Lazare, veiil foras. 

hU. Et slalim prodiit qui fuerat niortuus, ligalus pedes et manus iiislilis, 
et faciès iliius sudario erat ligata. Dixit eis Jésus : Solvite eum et sinite 
abire'. 

Le tombeau où s'accomplit cet éclatant miracle de Notre-Seigneur 
dut être de bomie heure consacré par la vénération des fidèles. 

Nous lisons dans le Pèlerin de Bordeaux, qui écrivait l'an 333 de 
notre ère : 

lude ad orienlem passus mille quingentos est villa quae appellalur Betha- 
nia. Est ibi crypta ubi Lazarus positus fuit, quem Dominus suscitavit. 

Cette crypte était-elle déjà devenue un oratoire et était-elle com- 
prise dans une église plus considérable? Le Pèlerin de Bordeaux 
ne le dit pas, mais la chose est possible. Dans tous les cas, elle 
était signalée par la tradition comme étant le tombeau de Lazare. 

L'an 339, Eusèbc, dans ÏOnomasttcon, annonce que l'on mon- 
trait de son temps à Béthanie le lieu où avait été mis Lazare : 

^ridavta, ivOa b Xpitrlbs thv Ad^apav i^ystpev ' SsiHvvTat eis en xat vvv ô 
Aa^âpov tSttos. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, vers la fin du même 
siècle, y ajoute quelques détails précieux. 

Bclhania, villa iii secundo ab JFMa milliario, in latere mentis Oliveli, ubi 
àSalvator Lazarum suscitavit, cujus et monumentum ecclesia nunc ibidem ex- 
strurla demonslrat. 

De ce témoignage il résulte clairement que, à cette époque, une 
église avait été élevée au-dessus de ce tombeau, qui était contenu 
dans son enceinte. 

Ailleurs, ce môme Père de l'Eglise, en reproduisant «iiic hîttre 
écrite par sainte Paule et par sa (ille sainte Eusiochie à Mnicclla, 
pour l'engager h quitter Hornc vX à les rejoindre en Palestine, leur 
prête ceH paroi oh : 



CHAPITRE TH. — EL-A'ZARIEH (BETHANIE). IGO 

Ergone ciit illa dies, quando nobis lieeat in Oliveli moule cuin 

ascendenle Domino voto et animo sublevari? Videre exire Lazarum fasciis coHi- 
jjatnm ^? 

Ailleurs encore, dans son Epitaphe de sainte Pauie, il nous 
montre celte pieuse Romaine pénétrant dans le sépulcre de Lazare 
et visitant la maison de Marie et de Marthe : 

Post ingressa sepulcruni Lazari, Marias et Marthœ vidit hospitium-. 

Si, au iv'^ siècle, le tombeau de Lazare était vénéré par les fi- 
dèles à cause du grand miracle que Notre-Seigneur y avait ac- 
compli, s'il était déjà renfermé comme une crypte dans un sanc- 
tuaire, il est diflicile de croire qu'une tradition si enracinée alors 
lût de date récente, et que les cliiétiens se fussent mépris sur le 
véritable emplacement d'un tombeau que la religion avait àà con- 
sacrer de très-bonne heure. Or si, comme tout porte à le croire, 
la tradition était alors parfaitement fondée sur ce point, elle n'a 
pu s'altérer depuis, ce tombeau ayant été sans cesse vénéré jusqu'à 
nos jours, ainsi que l'attestent les témoignages de nombreux pè- 
lerins. Antonin de Plaisance, au commencement du vi"^ siècle, si- 
gnale à Bétlianie le monument de Lazare, monumenlum Lazari^; 
Arculphe, dans la dernière partie du même siècle, mentionne dans 
ce bourg un grand monastère et une basilique élevée au-dessus de 
la grotte d'où Notre-Seigneur avait fait sortir vivant Lazare , mort 
depuis quatre jours. 

Arculfns quemdam Belliania! campulum magna olivaruin siiva circum- 
dalum visilavil, iibi grand»' inesl monaslerinm et grandis basih'ca sup(;r illam 
œditicata speiuncam de qua Dominas quatriduanum mortnum suscitavil La- 
zarum*. 

Bernard le Sage, en 870, parie égah^mentirun monastère exis- 
tant à Béthanie, et d'une église contenant le tombeau de Lazare. 

llicroiii/mi upcm (niiitia , Mil. WlfTuo. ^ Aiiloiiin. IMaceiit. r. \vi. 

II. p. l'if)!. * AdainuiiiiMs, I. 1, c. wiv. 

' 11)1(1. |). HH-. 



170 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Inde Iraiisiviimis ad Bellianiam , que est ad nieiidieiii, dislaiis a moule 
Oliveti miliario uiio, in descensu ipsius nionlis, in qiio est nionaslcriuni , cujus 
ecclcsia sepulcrum monstrat Lazari'. 

Un fragment du livre d'Arculphe, cité à la suite de l'Itinéraire de 
Bernard le Sage dans le même ouviage, contient le passage sui- 
vant : 

Ubi monumenlum Lazari est ecclesia ibidem slrucla demonsUat, eL mo- 
nasleriura grande in carnpo quodam Bethanie, magna olivarum silva ciicum- 
datum. Est autem Bethania duodecim sladiis ab Jérusalem^. 

Cette église, puisqu'elle est déjà mentionnée par saint Jérôme 
et peut-être même indiquée par le Pèlerin de Bordeaux , lorsqu'il 
parle de la crypte où avait été placé le corps de Lazare , est si- 
gnalée encore dans les siècles subséquents par une foule de pèle- 
rins. Elle dut être réparée, sans doute, à l'époque des croisades. 
Vers iio3, le moine Sœwulf nous dit qu'on voyait à Bethanie 
l'église Saint-Lazare, qui renfermait le tombeau de ce personnage 
et ceux de beaucoup d'éveques de Jérusalem. 

Bethania vcro, ubi Lazarius a Domino resuscltalus est a mortnis, dislat 
a civilalc quasi per duo miliaria ad orientem, in alio laterc montis Oliveti : ibi 
est ecclesia sancli Lazari, in qua conspicitur sepulclirum ipsius et nmllorum 
episcoporum Jerosolimilanorum^. 

En iii/i, le couvent de Saint-Lazare et l'église du même nom 
appartenaient aux chanoines du Saint-Sépulcre. 

Après l'expulsion des Latins de Jérusalem, le moine Burchard, 
eu 1283, descendit dans le tondjeau de Lazare, qui alors était 
encore recouvert de marbre et renfermé dans une chapell(^ ornée 
elle-même de plaques de marbre : 

hi Bellianin adliuc oslcMidilur donius Sinionis leprosi, in <|iiii ciim eo \v 
cubuil DomiiiUH iliesus. llein donius !\larllie, in «pia fuit sepius liospilaliis. 
Qufi liudie ckI ccclosia in honore ipsarnni (Mariu' <•! .Martiiir) l'-icla. Ilciii se- 

' Mriniiire» de ta Société de ffvoffruphir '' Jbid. \). Ho',]. 

de Ptiriê. I. IV. p. 71^. ' Ihld. |.. HhH. 



CHAPITRE III. — EL-A'ZARIEH (BÉTHANIE). 171 

niilcliiuiu Lazari, de quo rcsuscitalus fuit, non longe ab ecclesia, ubi facla 
est caj)ella niarniorea, valde decens ot pulcbra, et monumentuni ipsuni niar- 
inore tectuin, in quod ejjo eciam descendi. Sarraceni luultum bonorant sepul- 
chtuin istud, propter miraculuni lesuscilalionis ibi factuni a Domino ^ 

Un témoi^jnajjc égaieincnt précieux à recueillir, et que j'oubliais 
(le citer, est celui de Wilbrand d'Oldenborg, qui visita la Pales- 
tine en 12 11. 

Inde veninius Betbaniam. Quod est castelluni parvuin, duas babens eccle- 
sias in se, a Sarracenis observâtes : unam in qua aliquando erat domus 
Sinionis leprosi. In illa vidiinus locum ubi Maria Magdalena, exemplum peni- 
lencie, amplexala pedes Doniini, graciani quesivit et obtinuit. Alteram, in qua 
erat orlus Marie et Marthe. In qua vidiinus monumentum a quo Dominus 
resuscitavit Lazarum. Istc ecciesie adeo vicine sont ut, secundum nicani opi- 
nioneni, Lazarus in orlo vel curia Simonis fuerit sepullus-. 

On voit, par toutes ces citations et par beaucoup d'autres que je 
pourrais produire encore, que la grotte où fut enseveli Lazare a 
toujours été de la part des chrétiens, et cela dès les premiers siè- 
cles de l'Eglise, l'objet d'un culte tout particulier, à cause du grand 
miracle que Notre-Seigneur y avait opéré. Les musulmans eux- 
mêmes, autrefois comme maintenant , l'ont constamment eue en sin- 
gulière vénération. 11 est donc impossible, à mon sens, d'en contester 
sérieusement l'authenticité. Seulement , comme ce tombeau a formé , 
dès le règne de Constantin^ probablement, la crypte d'une église et 
qu'il paraît avoir été revêtu de plaques de marbre depuis longtemps 
enlevées, il a dû subir, ainsi que le vestibule qui le précédait, 
diverses modifications; quelques-unes même, par exemple l'esca- 
lier de vingt-six marches qui conduit dans ce vestibule, ne remon- 
tent pas au delà du xyi*^ siècle. Ce sont les Franciscains de Jérusalem 
qui obtinrent alors des musulmans, à prix d'argent, le droit de 
l'établir, quand ceux-ci murèrent l'entrée primitive et érigèrent 
une mosquée à coté du tombeau. Cette petite mosquée, dans la- 

' Burchardus lie Moule Sion, Z)<?.sn7/>- nalio, éilit. Laurent. (). i8f). — ' Wi- 
lio Tcrrœ suite t(C, éiWl. Lauvcul, \). ij -2, cciihore, Histoire ecclésiastique, I. VIJI, 

Wilbrarichis de Okienborg. Pcief>ii- c. \\\. 



172 DESCRIPTION DE LA SAMARTE. 

quelle les Arabes de l'endroit m'empêchèrent de pénétrer, occupe 
une partie de l'emplacement que couvrait jadis l'église Saint- 
Lazare. 

On montre également à Béthanie, à une distance de 85 pas 
environ à l'est du tombeau de Lazare, les restes d'une abside et un 
fragment de pavé en mosaïque d'une ancienne église chrétienne. 

Au sud de ce même tombeau, à une quarantaine de pas d'in- 
tervalle, les pèlerins vénèrent l'emplacement de la maison dite de 
sainte Marte-Madeleine et de sainte Marthe, et ont l'habitude d'v ré- 
citer l'évangile suivant : 

38. Factuni est autem, dum irent, et ipse iiilravit lu quoddam castelluin : 
et muh'er quœdam, Martiia nomine, excepit illum in donium suam. 

89. Et liuic erat soror iiomiue Maria, quœ eliam sedeiis secus pedes Do- 
mini, audiebat verbum illius. 

ûo. Martha autem salagebat circa frequens ministerium; quœ stelil, el ail : 
Domine, non est tibi curae quod soror mea rehquit me solam niinistrare? Die 
ergo iili ut me adjuvet. 

/il. Et respondens dixitilH Dominus : Martha, Martha, sollicita es, el lur- 
baris erga plurima. 

/j2. Porro unum est necessarium. Maria optimam parlem elegit, qua; non 
aulerclur ab ea^ 

J'ai déjà cité plus liant un passage de saint Jérôme, dans lequel 
ce Père de l'Kglise nous montre saintti Paulc visitant à Béthanie le 
tombeau de Lazare, et ensuite la maison de Marthe et de Marie. 

Post ingrcssa sepulcrum Lazari, Mariaî et Martliaj vidit liospitium. 

L'emplacement que l'on montre aujourd'hui comme représen- 
tant la maison des d<Mix sœurs de Lazare est-il bien hî même que 
celui que sainte Pauh? visita au iv'' siècle? Je ne saurais rallirmer 
avec la même certitude (jue pour le tombeau témoin de la résur- 
rection miraculeuse de l'ami de Jésus, caries assertions des pèle- 
rin» subséquents ont plus d'une l'ois varié relativement à la j)lace 
occupée par celte maison. (}(i<'lques-uns menu; dislingueni à Hé- 

' SrtinI l.ur,r.. j, v. DH'lfjt. 



CHAPITHK III. — KL-A'ZAIUEH (BKTHAiMR). 173 

lliaiiio lieux maisons, rime ayant appartenu à Marthe et l'autre à 
Marie, et séparées l'une de l'autre par quelque intervalle. 
On lit, par exemple, dans Quaresmius : 

Locus a Belhania, vel sepulcliro Lazari, circa terliain partem miliiaris 
dissitus ostendilur, ubi (ut vêtus et recepta habet harum partium traditio) 
aîdificata erat donius B. Mariœ Magdalena-. Est locus isle in planitie, sed pa- 
rum élevai us. Vix prœexislenlis domus l'undamenla oeiuunlur. 

Un peu plus bas, Quaresmius ajoute : 

Dislat parum a loco prajcedenli, domo videlicel sanclœ Maria; Magdalenae , 
locus alius illo euiiiieulioi-, (jui vulgo in parlibus illis dicitur domus sanctae 
Marlliœ, bospilis Cliristi; quia, secunduni vetereni Iraditioneni, oliin erat ibi 
sancta; bujus niulieris domus; in prœsenlia vix aliqua cernuntur vestigia'. 

Le moine Burcliard, en i'i83, c'est-à-dire plus de trois siècles 
avant Quaresmius, ne signale, au contraire, à Bétlianie, avec la 
maison de Simon le lépreux, que celle de Marthe, devenue ensuite 
une église clirétienne en l'honneur de Marthe et de Marie, ce qui 
implique que cette maison avait jadis servi de résidence aux deux 
sœurs. 

In Bolbania adliuc oslendilur domus Simonis leprosi, in qua cuni eo 
recubuil Dominus Ihesus. lleui domus Martlie, in qua fuit scpius bospitalus. 
Que bodie est ecclesia in bonore ipsarum fada'-. 

Saint .ïérômc. dansTEpilaphe de sainte Paule, ne mentionne pa- 
reillement (ju'une seule et unique maison, sous le nom de Mariœ 
et Marlhœ li<)sj)ilinm. 

Quant à la maison dite de Simon le lépreua;, on en montre actuel- 
lement lYMuplacement h 190 pas environ à l'ouest du tombeau de 
Lazare. 

On sait que, peu de jours avant sa passion, Notre-Seigneur vint 
à Bétlianie, et pendant qu'il était à table chez Simon le lépreux, 
une femme s'approcha de lui, tenant dans ses mains un vase d'al- 
bûtre rempli d'mi parfum précieux, et le répandit sur sa tête. 

' QuîU'esmius, Elnruhilio Tcrifc .tancta- , I. II. p. X^o. — " Buvcliardus. é<li!. Lau- 
rent, p. O'i. 



174 DESCRIPTIOIV DE LA SAMAUIE. 

6. Cum aulem Jésus essel in Belliania, in doino Simonis leprosi , 

7, Accessit ad eum mulier habens alabaslrum ungiienli preliosi, el efrudit 
super caput ipsius recumbentis'. 

Saint Marc'- reproduit à peu près ies mêmes détails que saint 
Matthieu, sans nous dire davantage quelle était cette femme. Mais 
saint Jean nous apprend que c'était Marie, sœur de Martlie et 
de Lazare, que Jésus venait de ressusciter peu de temps aupara- 
vant. 

1. Jésus ergo ante sex dies Paschaî venit Bethaniam, ubi Lazarus fuerat 
inortuup, quem suscita vit Jésus. 

2. Fecerunt auteni ei cœnam ibi; et IMaiiba niinistrabat; Lazarus vero unus 
erat ex discumbentibus cum eo. 

3. Maria ergo accepit libram unguenli nardi pislici, pretiosi, et unxit pedes 
Jesu, et extersit pedes ejus capiilis suis; et donius impleta est ex odore un- 
guenli'. 

A l'époque des croisades, en 1 io3, Sœwulf, après avoir parlé de 
l'église Saint-Lazare à Béthanie, ajoute : 

Sub allare est locus ubi Maria Magdalene lavit pedes Doniini Jesu, larri- 
mis et crinibus suis tersit, etosculabatur pedes ejus et unguenlo ungebal*. 

Ainsi, au commencement du x\f siècle, on montrait ;\ Bétlianie, 
sous l'autel même de l'église Saint-Lazare, (;t non loin du tombeau 
de ce saint personnage, l'endroit où Marie-Madeleine avait par- 
fumé les pieds de Jésus. 

J'ai déjà cité plus haut un autre passage de Wilbrand d'Olden- 
borg, qui, en l 'i 1 1 , parle de deux églises presque contigui'^s, l'une 
bAtic sur reuq)la(emcnt de la maison de Simon h^ lépreux, et où 
sainte Marie-Madeleine avait baisé les pieds de Jésus, l'autre occu- 
pant le jardin de Marie et de Marthe, et où se trouvait le tombeau 
de Lazare. 

Actuellement, les ruines (|ui sont désignées à la piété des ])èle- 

' Saint Mallliieu, v. xxvi. v, (i-j. * Sjewiiif, lirlntio de percgi-innlioiic nd 

* Sit'ml Mure, c. mv, \. ',\. Terrain nanctam, oie. (M«^n. i\o. lu Sociélt'* 

' Sfiliil Jrnii , I'. \ii, V. i-.'l. tl«> g('(»grnpliii' d»' Paris. I. I\. p. (S/iS."! 



CHAPITUK m. — EL-A'ZAUIEII (liÉTHANIE). 175 

riiis comme «tant celles de l'église élevée sur le site de la maison 
de Simon le lé])reux sont fort indistinctes. 

D'autres, beaucoup plus considérables, appartiennent à l'ancien 
couvent de Saint-Lazare, mentionné par Adamnanus^ d'après Ar- 
culphe. A l'époque des croisades, il dépendait des chanoines du 
Saint-Sépulcre ; plus tard , en 1 1 38 , la reine Mélissende, femme du 
roi Foulques d'Anjou, donna Thekoa en échange de Béthanie aux 
chanoines du Saint-Sépulcre , et transforma l'ancien couvent de Saint- 
Lazare, agrandi alors et fortifié par elle, en une abbaye de reli- 
gieuses de l'ordre de Saint-Benoît. Le pape Célestin II, en i iii3, 
confirma cet échange par une bulle. Nous savons par Guillaume 
de Tyr^ que, pour protéger cette abbaye contre les déprédations 
des Arabes, la reine Mélissende éleva une puissante tour construite 
en pierres de taille. La partie inférieure en subsiste encore, et les 
gros blocs qui la revêtent extérieurement proviennent peut-être 
d'une plus ancienne construction. Après la mort de la première 
abbesse, nommée Mathilde, Mélissende y plaça comme supérieure 
sa sœur cadette, Ivette ou Judith, religieuse du même ordre à l'ab- 
baye de Sainte-Anne à Jérusalem. Des revenus inq)ortants, entre 
autres ceux de Jéricho, furent assurés à l'abbaye de Béthanie, qui, 
après la chute du royaume latin de Jérusalem, en 1187, fut pro- 
bablement dévastée par les Sarrasins. Il n'en subsiste plus actuel- 
lement que des restes informes. 

Pour en revenir au village de Béthanie, il est appelé par les 
Arabes El-A'zarieh, iojlj^l, que d'autres écrivent et prononcent 
io;jUJl , Elr-A'azarieli, nom qui dérive évidemment de celui de La- 
zare, en arabe jlj^î, qui y fut ressuscité par Notre-Seigneur. Ce 
fait éclatant, ainsi que l'église et le monastère de Saint-Lazare, qui, 
de bonne heure, en consacrèrent le souvenir, firent étendre peu à 
peu à tout le village le nom de ce saint personnage, et la dénomi- 
nation de Béthanie fut remplacée, parmi les chrétiens, par celle de 

' Adamuanus, De Locis sanclis, I. I. «rTuniin nuinilissimam qiiadris el polilis 
c. XXIV. lapidibus, oflicinisdislinctainnecessariis, 

" \\illelmus Tyrius, I. XV. t\ xxvi : inullis suniptilHis aedificari praecepit." 



176 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Lazarium, qui amena ensuite parmi les Arabes celle sous laquelle 
il est encore désigné aujourd'hui. 

Quant au nom deBéthanie, en grec B7;ôav<a, en inl'm Betliania, 
il paraît avoir été , en hébreu , ''pn d""? , Beth-Hiné (^maison des dattes) , 
ce qui semble indiquer qu'autrefois cette localité était plantée de 
palmiers. Cette étymologie est celle que proposent Reland et Light- 
foot. Saint Jérôme interprétait autrement ce nom : 

Bethania, id est domiis aflliclionis, vel domus obedientiae ^ 

Il le tirait des deux mots ni-ir n">3, Beth-A'niah, le dernier mot 
signifiant clémence, douceur, et aussi affliction, soumission. 

Béthanie est indiquée dans l'évangéliste saint Jean comme se 
trouvant à quinze stades de Jérusalem : 

Erat autem Bctliania juxla Jerosolymam quasi sladiis quindecim'-. 

Cette distance répond à celle de deux milles donnée par saint 
Jérôme dans VOnomaslicon. 

Bethania, viila in secundo ab ;EHa miiiiario. 

D'El-A'zarieh à Jérusalem, on met environ quarante minutes de 
marche, intervalle de temps parfaitement confoiine aux quinze 
stades de l'Evangile et aux deux milles de saint Jérôme. 

Avant de quitter ce village, une question se présente naturelle- 
ment devant nous. 

Nous lisons dans saint Luc, à propos de l'ascension de Notre- 
Seigneur, le passage suivant : 

5o. Eduxit autcm cos (Jésus) foras in Bethaniani; d olcvalis manibus suis 
benedixil cis. 

61. El factum est, dum benediccret ilUs, rccessil ab cis cl fcrcbaltu- in 
cœlum. 

fia. Et ipsi adorantes regrcssi 8unl in Jérusalem cum {pndio niai^no^. 

l)aii« le texte grec, la teneur du premier verset est encore plus 
nette. 

' lUnonyini opriii owh/V/ , l'ulil. Mi|riiP, * Saint J cm , v. xi, v. j8. 

I. III, I». |0|/|. ' Sfliut Luc, C XXIV, V. IH)4)-}. 



CHAPITRE in. ~ EL-A'ZARIEH (BÉTHANIE). 177 

M^rjyoLys Se avToiis e^<u sms sis ^v6avîa.v ... 

ff Jésus les conduisit hors de la ville jusqu'à Béthanie. . . . i? 

Il semble résulter de ce témoignage que c est à Béthanie que 
Notre-Seigneur monta au ciel, puisque, après avoir dit : 

Jésus conduisit ses apôtres jusqu'à Béthanie, 

saint Luc ajoute aussitôt : 

Élevant les mains, il les bénit. 

Et pendant qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et monta au ciel. 

Saint Marc raconte ainsi l'ascension de Notre-Seigneur : 

16. Novissime recumbentibus illis undecim apparuit; et exprobravit incre- 
dulitatem eorum et duritiam cordis, quia iis qui videranl euin resurrexisse 
non crediderunt. 

1 5. El dixit eis : Euntes in niundum universum prœdicate Evangeliuin onini 
créa tu rœ. 

19. Et Domiuus quidem Jésus, postquam iocutus est eis, assumptus est in 
cœlum, et sedet a dexlris Dei ^ 

Saint Marc, comme on le voit, ne précise pas l'endroit où Notre- 
Seigneur monta au ciel. 

Seulement, comme il raconte son ascension immédiatement après 
le dernier entretien qu'il eut avec les onze apôtres, pendant qu'ils 
étaient à manger ensemble, probablement au cénacle, on est tout 
d'abord porté à penser, le cénacle étant sur le mont Sion, que 
Jésus-Christ s'éleva au ciel du haut de cette colline. 

Voici maintenant un troisième passage relatif à cet incomparable 
événement, que j'emprunte aux Actes des apôtres : 

6. Igilur qui convenerant, interrogabant eum, dicentes : Domine, si in 
tempore hoc restitues regnuni Israël? 

7. Dixit auteni eis : Non est vestrum nosse tempora vel momenta quœ 
Pater posiiit in sua potestate; 

8. Sed aocipielis virtulem supervenientis Spiritus sancii in vos, et erilis 

' Saint Marc, c, xvr, v. i4, j5 cl 19. 



178 DKSCRIPTION DK LA SAMAHIK. 

inihi lestes in Jérusalem, et in onini Jiuhea et Saniaria, et iis([ii(' ad iilliintini 
lerrœ. 

9. Kl ciiin haec dixisset, videnlibus illis, elevaUis est; et iiubes suscepit 
oum ab oculis eoruni. 

10. Cumqiie infiiereiitur in cœlum eunteni illiim,ecce duo viii astiterunl 
ju\fa illos in vestibus albis, 

1 1. Qui et dixerunt : Viri Galiliei, quid slalis adspiciontes in cœlum? Hic 
Jésus, qui assuniptus est a vobis in cœlum, sic veniet quemadmoduni vidistis 
eum eunteni in cœlum. 

19. Tune reveisi sunl Jerosolymam a monte qui vocatur Oliveti, qui est 
juxta Jérusalem , sabbati habens iter ^ 

Ce dernier verset fixe sur le mont des Oliviers et à la distance 
d'unenip sure sabbatique, c'est-à-dire de deux mille coudées hé- 
braïques ou d'un mille, le lieu d'où les apôtres se disposèrent 
à revenir à Jérusalem, après avoir vu leur divin maître monter 
au ciel. 

Cette indication formelle de l'auteur des Actes des apôtres, c'est- 
à-dire saint Luc, nous montre que, lorsque ce même évangéliste 
nous dit (pie Notre-Seignenr conduisit ses apôtres jusqu'à Béthanie, 
et qu'ensuite, après les avoir bénis, il s'éleva au ciel devant eux, 
il Tant admettre imj)licilement, ce que le texte sacré n'exprime 
point, qu'il les ramena de Bétbanie au mont des Oliviers, Béthanie 
étant à deux milles de Jérusalem et, par conséquent, à la distance 
de deux mesures sabbatiques et non pas seulement d'une, comme 
le marcpient les Actes des apôtres. 

Peul-ètie aussi, sans suj)|)oser avec quelques ciitiques l'existence 
de deux Béllianifi prcsqjie rontijjuiis, l'une sur renq)lacement du 
\illa{;e actuel (rKI-A'zaiieh , Taulii' sur le somnu't de la monla|jnc 
des Oliviers, à l'endroit qu'occupe aujourd'hui le villa^jc de KeiV 
rl-Tliour, serait-il permis néanmoins de supposer que le terri- 
toire de la Béthanie de Lazare, celle qui est signalée plusieurs fois 
par les évangéhstes, commençait au sommet mèm(> de la montagne 
des Oliviers; et ainsi les deux passages de sainl Luc l'elalils au li<Mi 

' Arle» (ItfM fiftôtrcM, c. 1, v. C-i*i. 



CHAPITRK III. — KL-A'ZAHIEH (BÉTHANIE). 179 

(](; l'ascension de Notre-Seigneur, l'un dans son Evangile, l'autre 
dans les Actes des apôlres, s'accorderaient jjarfaitenient entre eux. 
En nous disant que Notre-Seigneur conduisit ses apôtres jusqu'à 
Bétlianie, saint Luc voudrait dire seulement qu'il les mena jusqu'au 
teiritoire dépendant de Bétlianie, la ])ente orientale du mont des 
Oliviers, au bas duquel, vers l'est, était situé ce village, pouvant 
fort bien être cultivée par les gens de ce petit bourg. 

Quant au passage de saint Marc cité également plus haut, il ne 
contredit qu'en apparence les deux passages beaucoup plus expli- 
cites de saint Luc, saint Marc ayant supprimé les intermédiaires 
qui séparaient l'ascension de Notre-Seigneur de son apparition aux 
onze apôtres, et n'ayant pas, d'ailleurs, indiqué le lieu d'où il re- 
monta de la terre au ciel. 

Je ne fais qu'effleurer ici très-rapidement cette question impor- 
tante, que je traiterai plus au long dans la monographie que je don- 
nerai plus tard de la Ville sainte et de sa banlieue. En résumé, 
comme j'essayerai de le montrer par de nombreux documents da- 
tant des premiers siècles de l'Eglise, ce n'est point au village de 
Béthanie dont nous parlons en ce moment, mais sur le sommet du 
mont des Oliviers que Jésus-Glirist est remonté au ciel, et la ba- 
silique élevée par l'ordre de sainte Hélène en ce lieu ne faisait que 
consacrer une tradition incontestable. 

Quoi qu'il en soit, si Bétlianie n'a pas eu la gloire d'avoii* été le 
théâtre et le témoin de l'ascension de ]Notre-Seigneur, elle eut 
l'honneur de jouir plusieurs fois de sa divine présence, et elle as- 
sista à l'un des plus éclatants miracles qu'il acconq)lit pendant sa 
vie mortelle. Le tombeau de Lazare est là, toujours ouvert et non 
moins vénéré des musulmans (|ue des chrétiens. C'est, sans contre- 
dit, l'un des sanctuaires les plus authentiques de la Palestine; car 
la tradition qui s'y rapporte remonte, d'âge en âge, jusqu'aux pre- 
miers siècles du christianisme, le Pèlerin de Bordeaux le mention- 
nant dès 333, sous le nom de cnjpla, ce qui permet de supposer 
qu'il était déjà transformé en urle chapelle souterraine. 

Quant aux objections qu'on a alléguées contre l'authenticité de 



180 DESCRIPTÏOA DE LA SAMARIE. 

ce inonuniciit, elles se réduisent à deux, qui me paraissent bien 
(iiibles : 

1° La forme de ce tombeau n'est pas celle des anciens tombeaux 
juifs. 

2" Il devait être eu dehors du villa^ore; or, celui que l'on montre 
actuellement à la piété des fidèles se trouve précisément dans le 
village même; donc il est apocryphe. 

Il is hardly necessary to remark, dit Robiiison ^ tliat Ihere is nol llie 
sliglilesl probability of ils ever having been the tomb of Lazarus. The fonn is 
nol ibat of Ibe ancient sepulclires; nor does ils position accord wilb tlie naria- 
live of fbe New Testament, whicb implies Ibat llie lomb was nol in the town. 

D'abord, la forme des anciens tombeaux juifs est très-variable, 
comme je le prouverai en déciivant toutes les nécropoles judaïques 
que j'ai rencontrées, chemin faisant, en Palestine. Si le tombeau 
de Lazare était fermé au moyen d'une grosse pierre placée dessus 
horizonlalement, j'ai retrouvé des sépultures analogues et anlé- 
rieures à l'époque chrétienne sur plusieurs points de la Palestine; 
d'ailleurs, comme je l'ai dit, cette particularité est très-nettement 
indiquée par l'évangéliste : 

Erat aulem spelunca, et lapis superposilus erat ei*-^. 

Eu outre, ce tombeau, ainsi que le vestibule qui le précédait, 
étant devenu de bonne heure la crypte d'une église et ayant été 
transforFué en sanctuaire, a dû nécessairement perdre l'aspect qu'il 
avait primitivement. A l'époque où Lazare y fut déposé, il était 
Irès-probablement tout entier prati(|ué dans le roc. Plus tard, 
quand il fut renfermé dans l'enceinle d'une église, le roc disparut 
sous un revèlement de marbre, et des voûtes furent constinites 
pour remplacer le toit préexistant; ces voûtes, dans leur état ac- 
tuel, semblent être une restauration de l'époque des croisades. 
Quuiit nu parement en marbr(\ il a été entièrenu>nt enlevé /cl là 
où le KM' fail dél'aiiL iiii appareil de maçonnerii* le renq)lace. 

' RoltîiiMoii . ItihUnil lirtmirrlirs , \, \. p. /|.'l-». — ' Sitinl .Irini , v. xi, v. ',\H. 



CHAPITRE III. — HETOUR A JERUSALEM. 181 

La première objection, tirée de la forme du tombeau, me semble 
donc sans valeur. 

La seconde, qui se fonde sur sa présence au milieu du villa^je, 
contrairement aux babitudes des Juifs, qui enterraient d'ordinaire 
en dehors des endroits babités, est également facile à réfuter. Rien 
ne prouve, en effet, que, du temps de Notre-Seigneur, ce tombeau 
ne fut point en dehors du village antique. Si, depuis, des maisons 
se sont groupées autour de ce tond)eau, devenu un sanctuaire 
chrétien très-vénéré, cela n'a rien d'étonnant; le contraire aurait 
même de quoi nous surprendre, et nous inspirerait des doutes sur 
l'authenticité de ce monument sacré. 



RETOUR A JEHUSALBM. 



Après avoii' examiné suftisannnent le petit village d'EI-A*zarieh , 
nous nous remîmes en route pour Jérusalem, que nous atteignunes 
au bout de quarante minutes de marche. Notre direction est d'a- 
bord celle de l'on est-sud-ouest, puis de l'ouest. 

Après avoir cheminé une dizaine de minutes, nous revoyons les 
remparts et les principaux monuments de la Ville sainte. 

Un peu plus loin, le frère Lievin signale à notre attention l'en- 
droit où, selon la tradition. Notre -Seigneur aurait maudit un 
liguier. 

Nous lisons à ce sujet dans saint Matthieu : 

1 7. Et reliclis illis, abiit foras extra civilatem iu Bethaniain, ibique mausil. 

18. Mane aulem icvertens in civitalem, esuriit; 

19. Et videns fici arborera unam secus viam, venit ad eam; et nihil inve- 
iiit in ea nisi folia tantum, et ait illi : Nunquain ex te fructus nascalur in 
sempiternum. Et arefacta est continuo ficulnea '. 

Quaresmius détermine ainsi le lieu où s'accomplit ce miracle : 

Locus in quo eral ficnhioa, lit ex anliqua doceniur traditione, est fere in 

Saint Matthieu , c. xxi. v. 17-iy. — Saint Marc, c.xi, v. i'j-i3. 



182 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

medio ilineris inter Jérusalem ol Bellumiam, clislans al) utraque ciroa iiniini 
milliare^. 

On y remarque encore aujourd'hui plusieurs figuiers, plantés 
dans un petit carré au sud et sur le bord de la route et enfermé 
entre deux murs de rochers taillés par la main de l'homme, qui a 
jadis extrait de là des matériaux de construction. 

Quelques minutes au delà de ce point, qui, selon la remarque 
très-juste de Quaresmius, occupe à peu près le milieu de la route 
entre Jérusalem et Béthanie, nous changeons tout à coup de direc- 
tion, et nous nous avançons vers le nord, laissant à notre gauche 
le mont dit du Scandale, puis le village de Silouan, et longeant la 
vallée de Josapliat. Nous descendons ensuite dans cette vallée, et, 
après avoir franchi le torrent de Cédron, nous remontons, vers 
l'ouest-nord-ouest, les rampes qui nous conduisent à la porte Setti 
Mariam, par laquelle nous rentrons dans Jérusalem. 

' Quaresmius, Elucidalio Terrœ sanctœ, l. Il, p. 3i2. 



CHAPITRE IV. — SEJÔUH A JERUSALEM. 183 



CHAPITRE QUATRIEME. 



SEJOUR A JERUSALEM. DEPART POUR MA PREMIERE GRANDE TOURNEE. 

Ch'aFATII. kHARRET KL-MIGIIRAM, JADIS PEUT-ETRE MKiUON. KHAR- 

BET ES-SOUm'a. kllARBET DEIR llAZEM. kllARRET THARAKAT. 

KHARRET TELL EL-FOUL, L'ANCIENNE GiREAIl DE RENJAMLN OU GIBEAH DE 
SAUL. 



SEJOUR A JERISALEM. 



Je restai à Jérusalem jusqu'au lundi de Pâques, 18 avril, pour- 
suivant mes études sur la ville et assistant en même temps à toutes 
les cérémonies de la semaine sainte. Je les décrirai plus tard dans 
ma monographie de cette cité célèbre, travail qui comprendra à la 
fois son état actuel et son état ancien, et pour lequel je continue à 
réunir de nombreux matériaux. Une particularité que je signalerai 
seulement ici, c'est que, partis le matin de TA^ïn es-Soultlian par 
une chaleur assez forte, qui dépassait 2 5 degrés centigrades, nous 
ne trouvâmes plus, en arrivant vers quatre heures du soir à Jéru- 
salem, qu'une température de 6 degrés au-dessus de zéro. Le len- 
deujain, G aviil, la tenq>érature baissa encore, et une neige abon- 
dante couvrit bientôl la ville entière et toutes les montagnes de 
Juda d'un blanc linceul, qui ne disparut qu'au bout de quelques 
jours. Ceci jappelait naturellement à ma pensée le passage de Jo- 
sèphe où il est dit que, tandis que dans les autres parties de la 
Judée il tombe de la neige, les habitants de la plaine de Jéricho 
se servent de vêtements de lin : 

E(t7< Se xa.) TO TBspiéyov oviros evxpoLTOv ùs Xtvovv dfx(pisvvv<Tdat tous êrti- 
X^ptovs, vt(po{xévt]i Ttjs aXXtjs lovSatasK 

' Guerre des Juifs . I. IV, c. vm, S o. 



\Sà DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Nous voyons également dans les saints Evangiles que, peiiclaut 
la semaine de la Passion de Notre-Seigneur, par conséquent à la 
même époque à peu près que celle oi\ je me trouvais à Jérusalem, 
saint Pierre était en train de se chauffer à un l'eu allumé dans la 
cour de la maison du grand prêtre, lorsque, interpellé par une ser- 
vante, il eut la faiblesse de renier son maîtie : 

17. Dixit er^o Petro ancilla ostiaria : Numquid et tu ex discipulis es hoini- 
iiis istius? Dicit iHe : Non sum. 

18. Stabant autem servi et ministri adprunas, quia frigus erat, et calei'a- 
cicbant se; erat autem cum eis et Peirus staus, et calefaciens se^ 

Cette particularité prouve la grande diversité de climats qui 
règne en Palestine, et qui permet aux productions les plus diffé- 
rentes d'y naître et de s'y développer. 

DÉPART l»OLU JIA PREMIKRE GRANDE TOURNEE. 

Le 18 avril, à huit heures trente minutes du matin, je quitte 
Jérusalem, accompagné d'un drogman, d'un bachibouzouk et de 
deux moukres. Ma direction, au sortir de la porte de Jall'a, est 
celle de rouest-nord-ouesl, puis du nord. 

\ huit heures <|uarante-cin(| minutes, je laisse à ma droite les 
Kobour el-Molouk ou Tombeaux des rois, que je décrirai dans ma 
niuno|,n-a))hie de Jérusalem. 

Un peu phis loin, nous passons à côté d'un petit sanctuaire mu- 
sidman, connu sous le nom iVOualy cheikh Djen'ah, ^[^ ^ J^; il 
est couronné d'une coupole, et (piehpies constructions attenantes 
l'aNoisinenl. 

Hicnlôt après, nous iranchissons la vallée de Josnplial ou du 
iîédron, pres(pu; à sa naissance, et ensuite nous gravissons les hau- 
teurs du Scopus. 

J'ai déjà parlé, dans mon précédent ouvrage sur la Ju(lé(;-, de 
celle colline célèbre, qui fut témoin de l'entrevue d'Alexandre et 

• SaÏHl Jem. r. wiii, v. 17 d 18. rluvchcologiqmdclaValvsline ,[.\ ,\).hox , 

' DeiwripùoH (fèoffrnithiiiup , hintorlifur hoW. 



CHAPITRE IV. — KHARBET EL-MIGHRAM. 185 

du grand prêtre Yaddous, et où, plus tard, Cestius Gallus et en- 
suite Titus assirent leur camp, quand ils vinrent attaquer Jéru- 
salem. 

A huit heures cinquante minutes, je remarque, chemin faisant, 
les arasements d'une tour antique, de forme carrée, qui défendait 
jadis la route; près de là est une citerne creusée dans le roc. 

A neuf lieures cinq minutes, les traces d'une voie antique sont 
très-reconnaissablos; là j'observe une autre citerne, pareillement 
antique. 

A neuf heures quinze minutes, YOiied Oumtn el-A'med, J àl^ 
tX.«jJl, serpente à notre gauche. 



cil AKATII. 



A neuf heures vingt minutes, nous parvenons à Ch'afatli, is\ÀJt^, 
village situé sur un plateau élevé et qui me paraît être rancieime 
Maspha de Benjamin, en hébreu Mitspah, l'une des villes oii Sa- 
muel jugeait Israël, et oii avaient lieu les grandes assemblées du 
[)eiq)le. J'en ai parlé sullisamment ailleurs \ 



KIIARBKT EL-MIGURAM. 



A neuf heures quarante minutes, guidé par un fellah de Cli a- 
fath, je vais examiner, à treize minutes de là, vers l'ouest, des 
ruines connues sous le nom de Kharhet el-Mighram, -^t ï^y^. Elles 
couvrent un plateau en partie livré à la culture. Des amas de ma- 
tériaux provenant de constructions renversées jonchent le sol. Une 
enceinte rectangulaire, longue de quarante pas environ et bâtie 
avec des blocs assez grossièrement taillés, est encore en partie de- 
bout. Je remarque çà et là plusieurs citernes pratiquées dans le 

l'OC. 

(iO nom de Mi/rhiain ne serait-il pas une altération de celui de 
' Description de la Palestine, l. I, p. Sqô-'io-j. 



186 DESCRIPTION DE LA SÂMARIE. 

Migron, en hébreu jn^p, en latin Magron, localité dont il est ques- 
tion dans le vei^set suivant : 

Porro Saul morabatur in extreuia parle Gabaa, sub nialogranato, quœ erat 
in Magron; et erat populus cuni eo quasi sexcentorum viiorum'? 

Ailleurs, dans Isaïe, nous lisons : 

28. Veniet in Aiatii, transibil in Magron; apud Machni;is comniendabit 
vasa sua. 

29. Transierunl cursini, Gaba sedes nostra; obslupuil Hania, Gabaath 
Saulis fugit-. 

Il s'agit ici de la marche de Sennachérib vers Jérusalem, que le 
prophète indique par avance. 

Le verset 28 nous montre que Magron (^Migron dans le texte 
hébreu) était située entre Aiath au nord et Machmas au sud, puis- 
que Sennachérib s'avançait du nord au midi. 

Si l'on identifie Aiath avec Aï ou Haï, aujourd'hui très-vraisem- 
blablement Kharbet el-Koudeireh, comme j'ai essayé de le prou- 
ver', et Machmas, en hébreu Mikhmach, avec le village actuel de 
Mikhmas, dont le non» reproduit fidèlement la dénomination an- 
tique, il s'ensuit cjue Magron ou Migron, occupant une place inter- 
médiaire entre ces deux points, répond assez bien par sa position 
au village de Bourka. 

D'un autre coté, dans le verset 99, trois autres localités nous 
sont signalécîs pai- le j)rophèt(î après les trois précédentes et, par 
consé(|uent, au sud de celles-ci : ce soiit celles de Gaba, de Hama 
<'t de (labaatli Saulis. 

(iaba, comme je l'ai numtré *, est le village appelé aujour- 
d'hui Djjîb'a, (pu» sépare de Mikhmas le ravin profond de l'Oued 
Soueinil. 

n.iuia, ainsi que je h» dirai tout à l'iM^ure, est le village actuel 
d'IOr-ilam. 

Hois, I. I, c. XIV, V. a. — * haïe, c. x, v. aS el ag. — ^ Dencviplion de la Pa- 
leuliitr , I. III. p. n^-Ôa. — * Ueitcrîpliou de lu Ptilesllur . l, III. p. •ij-yi». 



CHAPITRE IV. — KHARBKT DEIR HAZEM. 187 

Quant à Gabaatli Saulis, il paraît devoir être identifié avec le 
Kharbet Tell el-Foul, situé un peu au sud d'Er-Hani. 

Le passage d'isaïe est donc en contradiction avec celui du prenner 
livre des Rois, relativement à remplacement de Migron ou Ma- 
gron, le premier plaçant cette localité entre Aï et Mikhmach, et 
le second affirmant qu'elle était voisine de Gabaa, au territoire de 
laquelle elle touchait. 

Pour accorder ces deux textes, ne serait-il pas possible d'admettre , 
avec quelques critiques, l'existence de deux localités du même nom , 
celui de Migron signifiant, en hébreu, précipice et pouvant s'appli- 
quer avec beaucoup de raison, dans un district montagneux, coupé 
par tant de ravins, à plusieurs villes ou villages situés près d'un 
oued aux boifls escai'pés? Le Kharbet Mighram (pii nous occupe 
en ce moment correspondiait, dans ce cas, au Migron du ])i'emier 
livre des Rois, et Bourka à celui d'isaïe. 



KHARBET KS-80UM A. 



De retour à Cb'alath à dix heures trente minutes, je quitte im- 
tnédintement ce village pour prendre la direction de l'est-nord-est. 

A dix heures trente-cin(j minutes, je gravis une colline rocheuse, 
dont le sommet est couronné par quelques débris de constructions, 
au centre desquelles est une belle et grande citerne, pratiquée dans 
le roc; une voûte bâtie en pierres et à fleur du sol la recouvre. 

Au bas de la colline, vers le sud, des pierres provenant de cons- 
tructions détruites et plusieurs fragments d'anciennes bâtisses sont 
épars au milieu des blés. 

On domie à ces ruines le nom de Kharbet es-Somn a, ^y^\ ^j^. 



KHARBET DEIK HAZEM. 



Je signale ici deux autres l'uines, qu<^ j'ai visitées en i8()3 et 
dont la première, appelée Kliarbel Deir Ilazein, -jp-joi '>4/^. est 
située à environ un kilomètre à l'est-sud-est du Kharbet es-Souma. 



188 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Elle couvre une colline oblongue, aujourd'hui cultivée. Les traces 
d'un mur d'enceinte qui en environnait la plate-forme sont encore 
reconnaissables. Quelques citernes creusées dans le roc sont en par- 
lie comblées; de menus matériaux jonchent le sol, les plus grosses 
pierres ayant été transportées à Jérusalem. 



KHARBET THABAKAT. 



La seconde ruine, connue sous le nom de Kharbet Thabakal, 
i^\ÀA\s i^j^, est celle d'un ancien village détruit, sur une autre col- 
line, à dix minutes au nord-nord-oucst de la précédenle et à cinq 
minutes au sud-sud-est de Tell el-Foul. 11 ne subsiste plus de ce 
kharbet que trois cavernes et cinq citernes creusées dans le roc : 
tout le reste a été rasé. 



KHARBET TELL EL-FOUL. 



Je reviens maintenant au Kharbet es-Sou m*a, du sommet duquel 
je descends à dix heures quarante-cinq minutes, en m'avançant 
vei's le nord. 

Après avoir traversé une vallée, j'atteins, à onze heures, la col- 
line appelée Tell cl-Foul, JyUl Jo- (la colline des fèves). Elle est 
actuellement cultivée d'étage en étage. Sur la plate-forme supé- 
rieure, on remarque les restes d'une tour rectangulaire mesurant 
approximativement dix-huit mètres de long sur seize de large. Les 
fondations en ont été sondées par le lieutenant Warren, au mois 
de mai i 808, jusqu'A une assez grande profondeur : elles consistent 
en moellons peu réguliers cimentés seulement avec de la terre. 
(}uant h la tour j)r()j)i(Miient dite, elle devait être bAtie avec des 
blocs plus considéiables, dont (pn"l(jues-uns sont encore en place. 
Au centre avait été construit une 8ort(i de puits carré, aboutissant, 
dauN sa partie inférieure, h une grande pierre |)crcée d'un orifice cir- 
nilairc et placée au-dessus d'une cavité jkui considérable, dont le 
diainèlre n<* dépasse pas i"',.*io et la liaiileur r",')!o. Au lour ré- 



ClIAPITliE IV. — KHAHHET TELL EL-FOUL. 189 

puaient un chemin de ronde et une enceinte, aujourd'hui en grande 
partie démolie; elle était construite avec des blocs assez mal 
équarris; les vides étaient remplis avec des blocailles. 

Au nord et au bas de cette colline, s'étendent, le long de la 
route conduisant de Jérusalem à Naplouse, pendant l'espace de plu- 
sieurs centaines de mètres, des ruines assez indistinctes, au milieu 
descpielles on remarque quelques gros blocs et des citernes creusées 
dans le roc. Ces ruines m'ont été indiquées sous le nom de Kliarbel 
Hanoula, byU^ i^j-^; on les appelle également A^Aa/èef Tellel-Foul, 
Jylll Jo i^^j.^. Elles appartiennent à la même localité antique, dont 
la colline ainsi nommée était l'acropole naturelle, que l'art avait en- 
suite fortifiée. 

Gomment s'appelait jadis cette localité? La dénomination mo- 
derne et purement arabe qu'elle porte maintenant ne nous met 
nullement sur la voie de celle qu'elle portait autrefois. Mais le sa- 
vant Robinson ^ a prouvé, par des arguments qui me paraissent 
très-plausibles, pour ne pas dire décisifs, qu'il faut reconnaître en 
cet endroit l'ancienne Gibe'ah, de Saùl, en hébreu Gibe'ath-Chaouly 
h^H^ nyaa, ainsi nommée parce que ce prince y avait sa maison 
de famille. 

Ahiil autem Samuel in Rainatha; Saul vero ascendit in domum suam in 
Gabaa ^. 

Cette ville est appelée en hébreu tantôt Gibe'ah et, à l'état dit 
construit, Gibealh, tantôt Gibeath-Cliaoul; en grec, elle est désignée 
sous la dénomination de Faéawv SaovX, et ailleurs simplement sous 
celle de Taé'aa ou Faé'aôa; en latin, de même, la Vulgate la nomme, 
soit Gabaa Saul, soit seulement Gabaa , comme dans le dernier verset 
que je viens de citer. 

Le mot gibe'ah signifie hauteur, colline ronde, de la racine hé- 
braï(jue yna, gab'a, être rond, bossu, désignation qui convient par- 
iaitement à la colline conique de Tell el-Foul. 

• ' .Hobiiisoii, liiblicnl Hesenrches in Palestine, 1. 1, p. •^)77-r)79. — " Hois, I. I , c. xv, 
V. 3/i. 



190 DESCRIPTION DK LA SAMARIR. 

Déjà, en iSAS, un savant allemand, M. Gross', se fondant sur 
ce que Gibe'ah devait être au sud de Hamah, avait émis la conjec- 
ture qu'elle pouvait être à Tell el-Foul. 

Mais Robinson a placé cette hypothèse dans une lumière plus 
grande et l'a, je crois, convertie en certitude, par la citation du 
passage suivant de Josèphe. 

Cet historien, en effet, parlant de la marche de Titus sur Jéru- 
salem, nous apprend qu'il s'avança à travers la Samarie jusqu'à 
Gophna (aujourd'hui Djifna) et que, après y avoir passé une nuit, il 
quitta cette ville au lever de l'aurore. Une journée de marche le 
conduisit à une vallée appelée en hébreu vallée des Epines, où il 
campa près d'un village nommé Gabathsaoul, ce qui signifie col- 
line de Saul, éloigné de Jérusalem d'environ trente stades : 

tivôa (xiav é(JTZtpctv avXfJciixevos , VTtb T/)r eoj nrpésitJi' xoà Siavvaots rjyiépas 
(liaôfibv (tI paroTreSeverai xaTx tov virh lovSatojv zraTpicos KxolvBwv avXwva. 
xaXovfJLSvoVj nfpSi iivt xojfÂrj F aSoiOa-aovXr) Xsyo(iévï) (^crv^aivsi Se toîjto Xo- 
Çov ^aovXov)f Sié^cûv aTrô tcûv lepo(7oXvfxci)v oaov àito rpnxxovra alaStcov'-. 

Trente stades équivalent à 5,55o mètres. Or, de Jérusalem à 
Tell el-Foul, il y a, à un ou deux stades près, la distance marquée 
par Josèphe. 

Celte indication nous conduit donc tout naturellement à la ruine 
dont nous nous occupons en ce moment et autorise pleinement 
l'hypothèse de Gross et de Robinson. 

De Gabathsaoul, Titus, comme le rapporte le même historien, 
tenta le même jour, avec six cents cavaliers seulement, une recon- 
naissance hardie jusqu'aux portes de Jérusalem, reconnaissance qui 
faillit lui coûter la vie. pai* suite d'une sortie que firent les hahitanls, 
lors(|ue, passant devant les tours (h's Feunnes, il voulul pousser 
ju8qu*à celle de Pséphina. Après avoir échappé à ce danger, il re- 
gagna son campement de la vallée des Epines. Pendant la nuit, il 



' CirtMH. Theoloff. Slud. mul krilihru, [i. U)8'». — ' (iverve (les Julfii , I. V. c. ii , 
S I. 



CHAPITRE IV. — KIIAHBET TELL EL-FOUL. 191 

y lui rejoint par la 5' légion, venant d'Emniaus, et, le lendemain, 
il alla établir son camp sur les hauteurs du Scopus. 

Cette Gabalthsaoul est la Gibe'ath-Gliaoul du texte hébreu, ville 
dont il est plusieurs lois question dans l'histoire de Saùl, qui en était 
originaire; elle est tantôt citée sous ce nom complet, tantôt sous 
celui de Gibe'ah, nom (|ui, dans la Vulgate et dans la version des 
Septante, devient, ainsi (jue nous Tavons déjà dit, Gabaon, Gabaa 
et Gabatha. 

Le livre de Josué mentionne parmi les villes de Benjamin celle 
de Gibe'ath, en hébreu nra?, en grec Faé'awô, en latin Gahaatli : 

Et Selah, Eleph, o\ Johus, qu«} est Jérusalem, Gabaaih et Cariath '. 

Comme cette Gibe'ath est citée dans le voisinage immédiat de 
Jérusalem, il est permis de penser qu'il s'agit ici de notre Gibe ah. 

Plus tard, sous les Juges, «îlle acquit une triste célébrité par l'ou- 
trage indigne que plusieurs de ses habitants firent subir à la femme 
du Lévite d'Éphraïm, crime qui attira l'extermination, non-seule- 
ment de la ville où il avait été commis, mais encore de la tribu de 
Benjamin, à laquelle elle appartenait. On peut lire dans la Bible 
cette lamentable histoire, racontée aux chapitres xix et xx du livre 
des Juges. Je vais me contenter d'en extraire ici quelques passages, 
qui serviront i\ prouver que cette ville de Gibe'ali est la même ([ui, 
dans la suite, après la naissance de Saiil, fut appelée Gibe'ath- 
Chaoul ou Gibe'ah de SaiU , et qui alors portait le nom de Gibe'ah de 
Benjamin ou simplement Gibe'ah, en grec et en latin Gahaa; par 
conséquent, «jue nous devons l'identifier avec le Kharbet Tell el- 
Foul. 

Lorsque le Lévite d'Ephraïm quitta Bethléhem, où il était allé 
voir sa femme, ({ui l'avait abandonné pour se retirer dans la maison 
de son père, la Bible nous dit qu'il sortit de cette ville, bien que 
le jour fiit déjà avancé. H était accompagné de sa femme et d'un 
serviteur. La nuit allait survenir au moment oii ils passèrent 

' Josué ^ c. xviii, V. '^8. 



192 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

auprès de Jébiis ou Jérusalem. Le serviteur proposa d'entrer dans 
la ville des Jébuséens et d'y demeurer jusqu'au lendemain matin; 
mais le Lévite refusa de demander un asile à une ville habitée 
par des Kananéens, et il voulut aller jusqu'à Gibe'ah ou même 
jusqu'à Ramah. Arrivés à Gibe'ah, ils s'y arrêtèrent, le soleil étant 
alors couché. 

1 1. Jaiiique erant juxla Jebus, et dies inutabatur in noctem; dixitquo puer 
ad dominum suum : Veni, obsecro, declinemus ad uibem Jebusœoruni, et 
maneamus in ea. 

12. Gui respondit dominas : Non ingrediar oppidum {jenlis alienœ, quae 
non est defiiiis Israël, sed transibo usque Gabaa; 

i3. Et cum illuc pervenero, manebimus in ea, autcerte in urbe Rama. 
i4. Transierunt ergo Jebus, et cœptum carpebant itcr, occubuilque ois 
sol juxla Gabaa , quœ est in tribu Benjamin. 
i5. Diverteruntque ad eam, ut mancrent ibi'. 

Josèphe, en rapportant le même fait, nous dit que le Lévite, en 
passant devant Jébus, ne voulut pas séjourner dans une ville kana- 
néenne et préféra parcourir vingt stades de plus pour s'arrêter dans 
une ville d'Israélites. Parvenus à Gaba, ville de la tribu de Benja- 
min, ils y entrèrent, quand le soleil était déjà couché. 

Tâ> S' ovx tfpecrev r; yvcifÀt] tsaf^' àXXo(pv\ois dvSpdai ^evovaôat [X.(tvavaici)v 
yàp fjv >) TséXis^, àXXà ispoeWSvTss etxocri aldSia eis olxelctv tj^îov xaid- 
yeaOai zsôXtv ' xa) xpoiTtfaas tt} yvcôixrj zsapijv eîs Taëàv (^vXtjs tvs Ber<a- 
fxhtSos ^. 

Dans un autre ])assa{je du même écrivain, tiré de son ouvrage 
intitulé : la (iuen-e des Juifs, et que nous avons cité tout à l'heure, 
nous avons vu que Gahathsaoul était à trente stades de Jérusalem. 
Faut-il donc distinguer une ville de Gaba, située à vingt stades de 
Jérusalem, d'une autre ville appelée Gahathsaoul , éloigiu^e de trente 
stades de celte même niétropole? Non, assurément, et ])ersoime, 
que je Hache, n'a jamais l'ail («'(le distinclion. (pic n'autorise aucun 

' JufffM, r. xi\. V. t i-if). — ' Aniii/. jtiilfiïi/. I. V. r. ii. S 8. 



CHAPITUI*: IV. — KHARBEÏ ÏELL EL-FOUL 193 

texte des Livres saints. Tout porte, au contraire , à penser qu'il s'agit, 
dans ces deux passages de Josèphe, d'une seule et même ville, 
désignée ici sous le nom de Gabathsaoul, et là sous celui de Gaba. 
Celle-ci n'est d'ailleurs pas marquée précisément comme se trouvant 
à vingt stades de Jérusalem. Seulement le Lévite, ne voulant pas 
céder aux conseils de son serviteur, qui l'engageait à l'aire halte pour 
la nuit à Jébus, lui dit : Marchons encore une vingtaine de sUules, et 
nous rencontrerons une ville habitée par des gens de notre nation ; ce qui ne 
doit pas être pris tout à fait à la lettre, et faire conclure nécessai- 
rement au lecteur que la ville de Gaba où ils s'arrêtèrent était juste 
à vingt stades de Jérusalem. A cette distance-là, en effet, c'est-à-dire 
à celle de 8,700 mètres, on ne trouve, sur la route que nous par- 
courons, et qui était celle-là même ([ue suivit le Lévite à son retour 
de Bethléliem, aucune ruine de ville qui puisse répondre à celle 
de Gaba; tandis qu'un peu plus loin, et à une demi-heure environ 
au sud de Hamah, ville où le Lévite n'eut pas le temps de parve- 
nir, à cause de la nuit qui l'avait surpris en chemin, s'élève une 
colline répondant parfaitement aux données de la sainte Ecriture et à 
celles de Josèphe, qui y fixe, ailleurs, la ville de Gabathsaoul. Cette 
hauteui", jadis acropole d'une ville détruite, est celle de Tell el- 
Foul. Son élévation et sa forme conique justilient très-bien la dé- 
nomination de Gibe'ah; en outre, son éloignemeut de Jérusalem 
d'une heure dix minutes de marche; sa position au sud de Ramah, 
aujourd'hui Er-Ram; sa ruine complète, qui déjà du temps de 
saint Jéi'ôme faisait dire d'elle à ce Père de l'Eglise : usque ad solum 
diruta; l'impossibilité, à mon avis, de reconnaître cette ville de 
Gibe'ah soit dans El-Djib, l'antique Gabaon, soit dans Djeb'a, jadis 
Geba, trop distantes l'une et l'autre pour que le Lévite eût pu les 
atteindre dans le court intervalle qui s'écoula entre le moment où 
il passa devant Jérusalem et celui où le soleil disparut complète- 
ment à l'horizon : tout, je crois, légitime la conjecture qui place à 
Tell el-Foul la Gibe'ah de Benjamin, identique elle-même avec la 
Gibe'ah patrie de Saùl , ou Gibe'ath-Chaoul. 

Deux passages très-précis, tirés, l'un d'Isaïe, l'autre de saint 
I. i3 



l9/i DESCUIPTION" DE LA SAMARIK. 

Jérôme, s'opposent, en ontre, à ridentificalion de celle ville soil 
avec Djeb'a, soit avec El-Djib. 

Le passage d'Isaïe est celui qui est relalii à la marche de Sen- 
nachérib sur Jérusalem, et que j'ai déjà reproduit plus haut. 

Voici le verset où la distinction des deux villes, appelées l'une 
Geb'a (en latin Gaba), l'autre Gibe'atli-Chaoul (en latin Gabaaili 
Savlis), est nettement établie : 

Transierunl cursim, Gaba sedes noslra; obsliipuit Rama, Gabaath Saulis 
fugit». 

La traduction littérale du texte hé])ren correspondant est la 
suivante : 

rrjls hancbiront le pas, ils camperont à Geb'a; Ramali sera dans répou- 
vante, Gibe'atli-Chaoul prendra la fuite. n 

Ce pas est le ravin profond qui sépare Mikhmas, jadis MiLlimarh , 
de Djeb'a, l'antique Geb'a, dont il est ici question. 

Une fois l'ennemi canq)é à Geb'a, l'épouvante s'emj)are de l»a- 
mah, puis de Gibe'ath-Chaoul, situées plus au sud. Cette dernière 
ville ne peut donc pas être identiliée avec le village actuel de 
Djeb'a. 

Elle ne peut pas davantage Atre coid'ondue avec El-Djib, Tan- 
lique Gibeon ou Gabaon, car saint Jérôme, en nous racontant le 
pèlerinage de sainte F\iule en Palestine, s'exprime ainsi : 

Al(|ue inde proficiscens asccndil Bcthoron infcriorem et superiorem, urbcs 
n Salomone condilas, sed varia postea bollorum lempestato deletas, ad dexlc- 
ram aspicicns Aialon et Gal)aon, nbi .Icsiis, tiliiis Nave, contra (|uin(pie rejTCtt 
dirnicans, soli iinpernvit el iunen. . . in Galtaa url)e, us(|ue ad .solinii diriita, 
pauluium 8ubHtilit, rncordata |ieccali ejiis, et conciibinm in trusta divisa*, et 
nibuh Henjamin Irccenlos virospropter Aposloinm reservatos. Qiùd diu jnoror? 
Ad |ji'>ain inaus(d«'(i llelftin' (b'i'cliclo injrressa esl .lerosolvmam'-^. 

Dniis v.v passage si net et si précis, nous voyons (pie sainte Paulc. 

' Imiir, r.x, v. q«(, — ' llieromjiiii oftvru tnintia . 1. 1. p. H8.'!. (mIiI. \b|f?ir. 



GHAPITRI-: IV. — KHARBET TELL EL-FOUL. 195 

venant à Jérusalem par la voie de Bétlioron, laissa à sa droite Ga- 
baoïi, s'arrêta quelque temps au milieu des ruines de Gabaa, qui 
lui rappela le crime de ses habitants, et déjà détruite jusqu'aux fon- 
dements, puis entra dans la Cité sainte. 

La confusion de Gibe'ah, en latin Gabaa, avec Gibeon, en latin 
Gahaon, est donc impossible, de même qu'elle l'est avec Geb'a. Ce 
passage de saint Jérôme prouve également que la Gibe'ali de Ben- 
jamin, comme nous l'avons déjà dit, est identique avec la Gibe'aii 
patrie de Saiil; car, imn)édiatement après que sainte Paule s'y est un 
instant reposée, saint Jérôme nous dit qu'elle entra dans Jérusa- 
lem, circonstance qui place Gabaa dans le voisinage et au nord de 
cette ville. Cette position et cette proximité sont confirmées par 
l'indication de Josèphe relative à Gabathsaoul, et s'accordent 
avec le site de Tell el-Foul. 

Sans insister davantage sur ce point, qui me parait suffisamment 
démontré, achevons d'analyser sommairement l'histoire de la ville 
dont nous parlons en ce moment. 

Le siège de Gibe'ah par les enfants d'Israël pour venger l'outrage 
commis sur la femme du Lévite nous apprend, par les détails (pie 
la Bible nous donne à ce sujet, que cette ville était alors assez con- 
sidérable et environnée de murailles : 

Eruperunt filii Benjamin de porlis Gabaa ^ 



Si l'on objecte que la colline dite Tell el-Foul n'a jamais pu 
servir d'assiette à une ville, j'en conviens tout le premier; aussi ne 
la regardé-je que comme l'acropole de l'antique Gibe'ah, et je ré- 
pète que la ville proprement dite s'étendait tout autour de cette 
éminence, et principalement versle nord, jusqu'à des ruines situées 
de ce côté à sept ou huit cents mètres de distance. 

Les Benjamites succombèrent enfin, après plusieurs victoires, 
sous l'elfort des autres tribus réunies, et Gibeah, prise par une 
ruse de guerre semblable à celle qui avait amené autrefois la con- 

' Ju{res, c. Ax, V. af). 

i3. 



196 DKS(:UIPTIOx\ UK LA SAMARIK. 

f|uète d'Aï, lut livrée aux flauimes , ainsi que toutes les autres villes 
(le Benjamin. Les malheureux restes de cette tribu, au nombre de 
six cents bommes, se réfugièrent sur le rocher de Rimmon, et lu- 
rent épargnés, alin que le nom de Benjamin ne disparut pas com- 
plètement, et que cette tribu, presque entièrement exterminée, 
pût se relever de ses ruines et se repeupler. 

Quelques siècles plus tard, Gibe'ah est mentionnée dans la Bible 
comme étant la patrie de Saiil, qui y avait sa maison, et qui l'ha- 
bita encore après qu'il eut été sacré roi par Samuel ^ 

Sous le règne de David, une famine ayant désolé pendant trois 
ans la Palestine, ce prince consulta l'oracle du Seigneur, qui lui 
répondit que cette calamité avait pour cause le crime de Saiil et 
de sa maison sanguinaire, qui avait persécuté et massacré les Ga- 
baonites, malgré la sauvegarde que Josué leur avait accordée. 

David, ayant convoqué les Gabaonites, leur demanda quelle sa- 
tisfaction ils réclamaient. Ceux-ci, désireux d'anéantir la maison de 
leur persécuteur, insistèrent pour qu'on leur livrât sept des des- 
cendants de Saiil, afin de les mettre en croix à Gibe'ah. David aban- 
donna à leur vengeance Armoni et Mépbiboseth, fds do Saul et de 
Bispah, et cin([ lils de Michol, lille de Saùl. Ces malheureux fu- 
rent donc «rucifiés à Gibe'ah sur une hauleur, et, pendant qu'ils 
étaient suspendus au gibet fatal, Hispab, assise près d'eux sur un 
cilice, veillait avec sollicitude sur leurs cadavres, dont elle écartait 
les oiseaux de proie et les bètes carnassières. Ayant appris ce fait, 
David en fut touché et, ayant ramené de Jabès en Galaad les os- 
sements de Saiil et ceux de son fils Jonathas, il donna Tordre de 
les ensevelir, ainsi (jue les sept victimes, dans le tomb(N\u de Kis, 
père de Saiil'^. 

C«»lte demandt! des habilanls de Gibeon contribue à prouver, ce 
(jue nous avons déjà établi, la distinction à faire entre Gibeon cl 
(iib«''ali, puisqu'ils sollicil(*nt la ])ermission de crucifier les des- 
ceiidaiits de Saiil à Gibt^'ath-Chaoul, pairie de leur ancien persé- 

' llniii , I. I, c. \. V. «G; c. XI, v. ^i ; c. XV, v. .'JA; c. xxm . v. hj ; c. xxvi, v. i. — 
* Koli, I. Il . c, \\t. 



CHAPITRE IV. — KHARBET TELL EL-F()UL. 197 

cuteur. Or, si Gibe'atli-Chaoul eût été la même ville que Gibcou, 
ils se seraient contentés de dire à David : rr Livrez-nous les rejetons 
de la maison de Saiil, pour que nous les mettions en croix dans 
notre ville, n 

Quant au tombeau de famille de Kis, père de Saiil, il devait être 
dans le voisinage de Gibe'ah. D'après le texte liébreu, il se trouvait 
dans un endroit appelé Tsel'a, y*??, mot que les Septante tradui- 
sent par èv TYi isXevpà et la Vulgate par in Intere, crdans les lianes 
de, à côté de,n mais qui paraît être un nom propre et être celui 
d'une localité très-rapprochée de Gibe'ah, où Kis, père de Saiil, 
avait un liéritage paternel et son tombeau de famille. 

Peut-être faut-il l'identifier atec le Kliarbet Tiiabakal dont j'ai 
parlé plus haut, à cause de sa proximité de Tell el-FouI. 

Il n'est plus ensuite question, dans la Bible, de Gibe'ah que lors 
de l'approche de l'armée de Sennachérib s'avançantvers Jérusalem, 
tlont le prophète Isaie annonce par avance les différentes é4;apes. 
J'ai déjà cité précédemment le passage célèbre où cette marche est 
décrite et où Gibe'ah est nommée, après Ramah, comme ayant pris 
la fuite d'épouvante. 

Cette ville existait encore à l'époque du siège de Jérusalem par 
Titus. C'était alors un simple bourg, comme nous l'apprenons par 
Josèphe, qui le place à trente stades de Jérusalem ', chiffre sulH- 
samment exact, ainsi que nous l'avons observé, et qui fixe à Tell 
el-Foul l'antique Gibe'ah de Benjamin ou Gibe'atli-Chaoul. 

A l'époque de saint Jérôme , elle était rasée , et depuis lors son 
nom seul est quelquefois mentionné par de rares voyageurs; car 
son emplacement véritable avait été oublié ; il n'a été retrouvé que 
de nos jours par la sagacité de Gross, et surtout de Robinson, qui 
me semble avoir tranché définitivement la question, en apportant 
de nouvelles preuves à l'appui de la conjecture de l'écrivain alle- 
mand. 

' Guerre des Juif s , I. V, c. ii, S i. 



198 DESCIUPTÏON DK LA SAMARIK. 



CHAPITRE CINQUIEME. 



kUARBET BEIT-KOLTIIA. KHARBET ERHA. KIIEKAIB ER-RAM. ER-RAM, 

JADIS RAMAH. KHARBET a'tARA. KEFR a\aB. KHARBET SOUEIKEH. 

EL-BIREH. BEITIN. THAYEBEH. 



KHARBET BEIT-KOUTHA. 



A onze iieures treize minutes, je descends de la colline dite Tell 
el-Foul dans la direction du nord. Chemin faisant, je parcours des 
champs actuellement ensemencés, et qui jadis étaient couverts 
d'hahilations, depuis longtemps détruites; le long de la route, 
quelques arasements sont encore visibles. 

A onze heures dix-huit minutes, je remarque les vestiges d'une 
ancienne construction carrée en gros blocs, qui me paraissent être 
ceux d'une petite tour. 

L'antique Gibe'ah s'étendait jus(|ue-là. 

En continuant à m'avancer veis le nord , je parviens, à onze heures 
vingt-huit minutes, au Kharbet Bcit-Koulha, Usy o^lj -^j^. Lu s'éle- 
vait jadis, à droite de la route, un bourg qui subsistait encore 
avant l'occupation musulmane, comme le prouvent les débris d'une 
fort ancienne église. Elle renfermait une crypte, aujourd'hui com- 
blée. Ce n'est plus aclueHement qu'un amas confus de décombres. 
Les Kusses, m'a-t-on dit, ont tiré de cet endroit, il y a (picl(|ucs 
armées, de belles piciiM's de taille et |)lusieurs colonnes moiiolilhes 
pr)ur leurs vastes consiruitions au nord-ouest de Jérusalem. Une 
colonne de petite dinu^nsion est encore là gisante sur le sol. 

Outre cette église, je dislingu*' les arasements d'un certain 
nombre de maisons, quehpies citernes creusées dans le roc et un 
birket n'cliingnlairr', long de douze pas sur six de large; il est en 
parlie exravé dans le roc <*l en partie \M. 



cHAi^niiE V. — i:k-ram. 199 



KUAttBET latlIA. 



A onze heures cinquante minutes, je me remets en murclie vers 
le nord-noid-esl, puis vers le nord-est. 

A midi dix minutes, je francliis VOued el-HaJij, i^\ ^'j. Les 
flancs rocheux de ce ravin ont été autrefois exploités comme car- 
rière, et l'intervalle qui sépare les rainures profondes pratiquées 
dans le roc indique les dimensions considérables de la [)lupart 
des blocs qui en ont été extraits. 

A midi vingt-cinq minutes , je rencontre sur un [)lat('au des ruines 
appelées Kharbel Erlia, ^jï -v^. 

Plusieurs maisons sont encore en partie debout; d'autres, en plus 
grand nombre, sont renversées; elles consistaient en une seule pièce 
et, par la forme légèrement ogivale de leurs voùles, ne semblent 
point antérieures à la domination musulmane. Un mur d'enceinte, 
dont les traces sont reconnaissables, environnait ce petit bourg. 



KIIKRAIB KR'RAM. 



A midi trente minutes, je descends dans la direction de l'ouest- 
nord-ouest, puis du nord-ouest, et, à une heure deux minutes, j'ar- 
rive à Kheraïb er-Ram, p|^' 4-*^lj^-. Ces ruines couvrent l'emplace- 
ment d'un ancien faubourg de Hamah, aujourd'hui Er-Ram, dont 
il va être question tout à l'heure. Des citernes creusées dans le roc 
datent peut-être de cette époque reculée. ()uant aux restes d'un 
klian considérable, appelé Khan cs-Soulilian, ^jUoLJI yU>, et qui 
se compose encore de plusieurs magasins aux voûtes légèrement ogi- 
vales, juxtaposés parallèlement les uns à côté des autres le long de 
la route, ce sont ceux d'un caravanséraï arabe. 

ER-RAM, JADIS RAMAII. 

A une heure dix miimtes, je commence à gravir vers le nord- 
nord-est les pentes de la haute colline d'Er-Uam, dont les flancs 



200 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

rocheux oui été jadis exploités comme carrièi'c, |)iincij)alemenl vers 
l'ouest. Le sentier qui conduit au sommet de celte colline est asvsez 
roide; dans plusieurs endroits, il a été taillé dans le roc, en forme 
d'escalier, 

A une heure quinze minutes, j'atteins les premières maisons du 
village ainsi appelé. Continuant à monter, j'observe sur le point 
culnu'nant les débris d'une ancienne tour, actuellement divisée en 
plusieurs habitations particulières; les assises inférieures, composées 
en partie de beaux blocs rectangulaires, paraissent antiques; les 
autres accusent une époque plus récente. Un peu plus bas s'élève 
une mosquée, qui renq)lace une ancienne église chrétienne, dont 
elle occupe le ciiœur; les iiabitants y vénèrent la mémoire du 
cheikh Hasen. Les colonnes de ce sanctuaire proviennent de l'église. 
Dans la cour qui le précède est une citerne, probablement antique. 

En parcourant le village, qui ne compte guère plus de deux 
cents habitants, je lemarque de nombreuses pierres de taille, évi- 
demment antiques, encastrées dans des bâtisses grossières, d'appa- 
rence musulmane. La cour de l'une de ces maisons est ornée d'une 
colonne enlevée à l'église ()uo j'ai signalée. 

Kr-Ham, comme son nom et sa position le démontrent, est l'an- 
tique liamali , non, et, avec l'article défini, Ha-Ramali, nç-in, déno- 
mination dont celle d'Er-liam, pjp' , est la reproduction lidèle. llln 
grec cette ville s'appelait l*àfia, en latin Rama. b]lle a[)partenait 
à la tribu de R(;njamin. INous la trouvons mentionnée dans le livre 
(h* Josué avec celles de GilxMUi e( de Beeroth : 

(iabaa, cl Hniiia, ci Unnilli '. 

ïilUi était «dleclivemenl voisine de ces (huix villes, à 1 esl de la 
première et au suil-sud-esl <le la seconde. 

Son nom par lui seul indi<|ue (|u'(>lle était située siii- une liau- 
leur, connue toutes les autres villes iiinsi désignées dont il est 
qiieKlion dniiH les saintes Kcritures. 



ClIAPirnE V. - ER-KA\f. 201 

Le livie (k's Juges mous apprend que la propliétesso Débora ju- 
geait le peuple sous ua palmier qui portait son nom, et qui s'élevait 
entre Rama et Betbel : 

h. Erat autem Debbora proplietis uxor Lapidolli, quœ judicabal [)opubiin 
in illo tempore. 

5. Et sodebat sub pabna , quaj iiomino iiiius vocabalur, inlcr Rama et 
Rcllicl, in monte Ephraim, ascendebantque ad eam fdii Israël in omne judi- 

citini'. 

La plupart des critiques pensent qu'il s'agit, dans ce dernier 
verset, de la Ramali dont nous parlons en ce moment; mais j'incli- 
nerais [)lus volontiers à croire que l'écrivain sacré a en vue ici 
une aulre Ramab, plus voisine de Betbel, et qui me paraît corres- 
pondre au village actuel de Ram-Allah. 

Dans l'histoire du Lévite d'Ephraïm, Ramab est citée comme 
étant au delà de Gibe'ah, en venant de Jérusalem. 

Effectivement, telle est la position d'Er-Ram par rapport à Tell 
el-Foul , jadis Gibe'ah. Quaire kilomètres au plus séparent ces deux 
points, et le Lévite, qui avait l'intention de passer la nuit soit à 
Gibe'ah, soit à Ramab, s'il le pouvait, lut contraint de s'arrêter 
dans la première de ces deux villes, à cause des ténèbres qui étaient 
survenues. 

i3. El cuni ilbic (Gabaa) pervenero, nianebinius in ea, aul cerle in uibe 
Itania. 

ili. Transierunt eigo Jebus, et cœplum car|)ebanl iler, occubuitque eis sol 
juxta Gabaa, {[U(X» est in Irihu lîcnjamin. 

i5. Diverleiuntcjue ad eani, ut maneienl ihi^. 

Le passage du livre des Juges est, ainsi que nous l'avons dit, 
Tune des preuves à l'appui de la conjecture qui place à Tell el- 
Foul l'antique Gibe'ah. 

Plus tard, sous le règne d'Asa, roi de Juda,Baasa, roi d'Israël, 
s'empara de Ramab, ville située sur la frontière des deux Étals, et 

Ju/rra, c. IV, V. 'i el 5. — ■ Jufres, c. .\ix , v. i3-i5. 



202 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

oiili'epiit (Je la ibrlifier, afin de fermer de ce côté les issues du 
royaume d'Asa. 

Ascendit quoque Baasa, rex Israël, in Judain, et axlificavit Rama, ul non 
posset quispiam egredi vel iugredi de parle Asa, régis Juda^ 

Asa, pour euipêclier i établissement de cette forteresse, qui com- 
mandait l'une des entrées de ses Etats, acheta par de riches présents 
l'alliance de Ben-Hadad, roi de Syrie, qui résidait à Damas. Ben- 
Hadad envahit aussitôt le nord de la Palestine , et força ainsi Baasa 
de retourner au plus vite sur ses pas pour repousser cette invasion. 
Asa, débarrassé de son ennemi, s'empara de Bamah, détruisit les 
fortifications commencées et en employa les matériaux à celles de 
Geb'a de Benjamin et de Mitspah. 

îîi. Quod cum audisset Baasa, iiilermisil œdiiicare Rama, et reversus est 
in Tliei"sa. 

2 2. Rex auleni Asa nuntium misit in omnem Judani dicens : Nemo sil excu- 
salus. Et lulerunl lapides de Rama et ligna ejus, quibus œdificaverat Baasa, 
el exslruxit de cis rex Asa Gabaa Benjamin et Masplia-. 

Le même fait est rapporté dans les Paralipomènes'. 

Isaïe, prophétisant l'approche de Sennachérib vers la Ville sainte, 
mentionne Hamah comme saisie de terreur, dans un passage (pie 
j'ai déjà reproduit*. 

Après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, Hamah devint 
un dépôt de prisonniers, qui de là étaient transportés à Babylone. 
delà ressort, en elfet, du verset suivant de Jérémie : 

.Sermo qui faclus est ad Jercmiam a Domino, poslquani diniissus est a Na- 
Inizardan niagislro mililisB de Ran)a,quando lulilcum vincluni calenis in medio 
oniiiium qui niigrabanl de Jérusalem el Juda, el ducebanlur in Babylonem^. 

Bamali fui réhabilée au retour de la captivité, ainsi que nous le 
voyuiit) par le livre d'Ksdras, qui nous a[)prend que six cent vin(>;t 

' //«M, I. III, r. XV, V. 17. * haïe, c. x, v. ay. 

• /fol*, I. m. r, XV, V. Ul el aa. " Jêrvnùe, c. \i,, v. 1. 

' Vtmilip. I. Il, r. \\i, V. I, B cl H. 



CIIAPITUE V. — EU-RAM. 208 

et un liomiues de Hamali et de Geb'a (Gabaa dans la Vuljjate) re- 
vinrent de l'exil avec Zorobabel : 

niii Rama et Gabaa, sexcenli viginti uiius'. 

Dans YOnomasticon d'Eusèbe, Harnah est désignée sous le nom de 
ville de Saûl, sans doute «à cause de son voisinage de Gibe atli-Chaoul 
et parce qu'elle avait été jadis une dépendance de cette dernière 
localité, quand celle-ci était la résidence du roi Saiil. Cet écrivain 
la place à six milles au nord de Jérusalem, ce qui est très-exact : 

Pafxàf (pvXijs Beriaf/iv, 'OÙ'Kis SaoùX, ành ç <7ï][xeîeov sis ^oppiv àTtévavti 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, adopte la même distance 
de six milles. Ailleurs, néanmoins, dans son commentaire sur le 
prophète Osée, à propos du verset suivant : 

Clangite buccina in Gabaa, tuba in Rama*^, 

il s'exprime ainsi : 

Rama, quœ est juxta Gabaa, in soj)timo lapide a Jcrosolyniis sita. 

Le chiiïre de YOnomasticon est plus juste; car deux petites heures 
de marche seulement séparent Jérusalem d'Er-Ram , l'antique 
Bamah. 

Josèphe, de son côté, n'estime cette distance qu'à quarante 
stades, évaluation trop faible de quelques stades. C'est dans le pas- 
sage oii il rapporte que le roi d'Israël Baasa s'empara de Ramah 
pour la fortifier et y laisser une garnison : 

Kai tsXevTcuov rriv alpazioLV isapoi\a.Sœv zsâXiv éTrriXOs m6)^ei Ttvï lôjv 
ovH d(pavcov, ApaixaOœvi toijvoyLctj alaSîovs àTzsyovfrri lepoaoXvfxcov TS<T<7apd- 
xovTa •*. 

trA la lin, il (Baasa) se mit do nouveau en cani[)agne avec son arme'e, el alla 
altaquer une ville célèbre, nommée Aramalbon, silue'e à quarante stades de 
Jérusalem ▼• 

Le nom d'Aramathon, sous lequel Josèphe la désigne ici, est, 
' Esdms, I. I, c. n, v. «jG. — * Osce, c. v, v. 8. — ^ Antu/.jiidaïq. 1. VIU , c. xn,S 'A. 



20A . DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

sauf la lermiiiaison , identique avec celui de Raniali, précédé de 
rarlicle défini, Ha-Raniali , d'où ApctfjiOLdœv. 

A l'époque de saint Jérôme, Uamali n'était plus qu'un simple 
village de peu d'importance, comme aujourd'hui : 

Rama et Belhoron «ît reliquae urbes nobilos a Salonione consiruclœ i)arvi 
viculi demoiislrantur^ 

11 ne faut pas confondre, comme on l'a fait quelquefois, Hamali 
avec Ramatliaïm-Sopliim, qui en était voisine vers l'ouest-sud-ouest 
et qui étiiit la patrie du prophète Samuel. Aujourd'hui, c'est le 
village de Neby-Samouïl; je l'ai décrit ailleurs. 

KHARBRT A^TARA. 

A une heure trente minutes, descendant des hauteurs de lUimah , 
je poursuis ma route vers le nord-ouest, puis vers le nord. 

A une heure cinquante-cinq minutes, je laisse à ma gauche le 
Kharhel A'tara, Î^Ia* *j^, ou A'ihara, IjUa*, l'une des A'tharoth 
de la Iribu de Benjamin, comme je l'ai déjà dit en mentionnant 
ces ruines 2. 

KEKR a'kAB. 

Quinze minutes à l'est-nord-est du Kharbct A'tara, je visite, sur 
une colline assez élevée, le petit village de Kefr A'kah, ^.mjàS'; 
il renferme une centaine d'habitants. 

KIIAItlIKT sot KIKKII. 

Hevenu sur la route (jui conduit à Naplouse, et me dirigeani 
vérole nonl-ouest, j'examine, à deux heures vingt-cin(j minutes, à 
gnurlic de la route, sur une collint; voisine, d(;s ruines actuelleuïent 
fort confuses, (huit mon guiih* ignore le nom; elles soni nuuquées 

' ilioronyini ('.ommrnlat'iuH in Snpho- * Dcneripl. de In Palcstlnr, i" parlio : 

Hiani, f, I. V I.'» «'1 i(». Jiiilre, I. III. p. 7. 



CIIAIMTUK V. — BEITIN. 20& 

sous celui de Kharhel es-Soueikeh, iSjy*. iù^ , dans la carie de Van 
de Velde; si ce nom est exact, il devait y avoir là une localité ap- 
pelée jadis Sokoh et ap[)artenant à la tribu de Benjannin; elle n'est 
pas mentionnée dans la Bible; mais le nom de Soueikeb, qui semble 
élre un diminutif en arabe de l'bébreu nSie?, en grec Sw^^ et 
ILfxiyJL^ en latin Socho, Soccho et Socoth, témoigne de l'existence d'une 
petite ville ainsi appelée sur l'emplacement auquel ce nom reste 
attacbé. Dans ma Description de la Judée, j'ai décrit les ruines de 
deux villes nommées auti'cfois Sokoh, qui se trouvaient: l'une dans 
la Ghépliélali ', l'autre dans le district montagneux de Juda^. Or, 
ces deux villes, dont la position est incontestable, s'appellent au- 
jourd'hui Kharbet ech-Ghoueikeh. De Choueikeh à Soueikeb, la 
dillérence est nulle. C'est évidenmiont le môme mot, écrit, dans le 
premier cas, avec un chin et, dans le second, avec un sin, ces deux 
lettres permutant souvent l'une pour l'autre. Soueikeb, d'ailleurs, 
reproduit encore plus fidèlement que Cboueikeb l'bébieu Sokob, 
puisque la première lettre est identique, sans aucune altération, 
dans le passage du mot bébraï([ue dans la langue arabe. 



KL-BinElI. 



A deux beures trente-cinq minutes, je m'achemine vers Kl-Bi- 
rch, «jjçJI , où je fais halte à trois heures. 

Ce grand village, à cause de son nom et de sa position, a été 
identifié justement avec l'antique Beerotb. Je l'ai décrit sullisam- 
ment ailleurs'. 



BKITIN. 



A trois beures quarante-cinq un'nutes, je me remets en marche 
[)Oiiv Beitin, (jv^^vj, dans la direction du nord-est. A quatre heures 
vingt minutes, je laisse à ma droite, à une faible distance, ce vil- 

' Descript. de la Palestine, i" pjirlie : ' Descripl. de la Palestine, \" partie : 

Judée, t, lit, p. 332-335. Judée j t. lit, p. 7-1 3. 

* Ibid. p. 901 el 909. 



206 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

lage, si misérable aujourcrhui, mais autrefois si célèbre sous le 
nom de Belb-El. Je le salue en passant, sans y entrer, l'ayant visité 
en i863, et je renvoie le lecteur à ce que j'en ai dit dans mon 
précédent ouvrage ^ 



TOAYEBEn. 



La direction que je suis est celle du nord-nord-est, puis du 
nord-est. 

A quatre beures trente minutes, nous cheminons sur un plateau 
élevé et rocbeux, mais néaimioins cultivé par place. 

A quatre beures trente-cinq minutes, nous descendons par une 
pente assez douce, pour remonter ensuite. 

A quatre beures quarante minutes, notre direction devient celle 
de l'est. 

A quatre beures quarante-cinq minutes, nous redescendons dans 
une autre vallée; le terrain est partout pierreux et rougeAtre; là 
où la charrue a pu le labourer, il est ensemencé en blé. 

Au delà de cette vallée commence une montée très-roide. Nous 
franchissons successivement plusieurs collines et ravins par de pe- 
tits sentiers dilliciles, que nous suivons tantôt vers l'est, tantôt vers 
le nord-est, tantôt vers l'est-nord-est. 

A cinq beures trente minutes, un dernier oued , très-profond , nous 
sépare de Tbayebeb; après l'avoir traversé, nous montons à ce vil- 
lage, que nous atteignons à six beures. 

Tbayebeb, en arabe xOlL, est très-probablement, comme je l'ai 
déjà dit eu le décrivant'^, l'anticpie 'Ophrah, en grec VKpptxOix, 
A^Pfjà,, V](ppaï'fi., hÇ)p(^v, en latin Ophera, Ophra, Aphra, Kphrcm, 
l'jplirnim , I^Jphrain et Eplirou , <li verses formes du menu; nom dont 
la signilicalion se reliouve dans la dénomination arabe de Thayr- 
heli (la bonne, l'agréable). (|ui sembl(> la traduction du nom an- 
li(|iie. 

' limeripl. ilr In Pulpstinv , \" |>iii(ii' : hnUv . I. III. |i. |/l-i(>. — " Idiil. (. III, 
p. hh'hx. 



CHAPITRE V. ÏHAYEBRII. 207 

Depuis mon dornier passajje dans ce villa«j(! en i863, la po- 
j)iilalioii caLlioIique, qui était alors de 60 individus, a au(i;nienté : 
elle se monte aujourd'hui à 128. Ils sont sous la juridiction d'un 
clieikh particulier, dont le fds, âgé de vingt ans, cumule les fonc- 
tions de maître d'écolo, de cliantre, de sacristain et d'organiste. Le 
curé est un jeune prêtre italien, des environs de Turin, qui déploie 
beaucoup de zèle pour développer cette paroisse naissante. Musi- 
cien lui-même, il a appris au maître d'école à jouer ([uelques airs 
sur un petit orgue portatif. ï^'église, commencée en i8G3, n'est 
pas encore terminée, faute de fonds pour en achever la construc- 
tion, et roflice se fait dans la salle qui sert d'école. J'assiste le soir 
à un salut donné dans cette humble chapelle provisoire, qui retentit 
des sons de l'orgue et des voix perçantes et {jutlurales de plusieurs 
petits Arabes, transformés en enfants de chœur. 

Pendant la nuit, je suis assailli sous ma tente, dressée dans un 
chani]) d'oliviers, par une tourmente si violente, que je suis con- 
traint de demander un asile au presbytère latin. Des torrents de 
pluie acconq)agnés de rafales de vent continuelles tombent sans 
interruption. Le lendemain matin, 19 avril, M. l'abbé Chiariglione, 
c'est le nom de l'excellent curé, me force à demeurer sous son toit 
hospitalier; car, du haut de la montagne que couroime le village 
de Thayebeh, l'horizon paraît encore de tous côtés chargé d'épais 
nuages, et bientôt la tempête recommence avec un redoublement 
de fureur; des ondées effroyables et des bourrasques incessantes 
me retiennent toute la journée captif dans la chambre amie qui 
m'est prêtée. 

Le 20 avril, la pluie cesse enfin, le vent ne souflle plus avec 
autant de force, et le ciel se rassérène peu à peu. 

Après avoir examiné en détail les ruines de l'ancienne citadelle 
dont j'ai déjà parlé ailleurs, je pars, avec M. l'abbé Chiariglione et 
son maître d'école, pour aller explorer les environs de Thayebeh. 



208 DESCRIPTION \)K LA SAMAIUK. 



CHAPITRE SIXIEME. 



DRIR DJERIR. KEFER MALEK. KHARBET TELL AZOUR, DJERADEII. 

KIURRET SAMIEH. DJEREL ISEDJEMEH. RETOUR À THAYEREII. 



DEIK DJERIR. 



A midi cinquante minutes, nous montons à cheval et, nous di- 
rigeant vers le nord, nous traversons un ravin planté d'oliviers, 
puis nous gravissons la colline rocheuse sur laquelle s'élève le vil- 
lage de Dcir DJ€rii\ j^ysr y^.^ • H renferme environ aoo habitants; 
quelques gros blocs, d'apparence antique, sont encastrés dans plu- 
sieurs maisons. Parvenus dans ce village à une heure, nous le 
quittons à une heure cinq minutes pour prendre la direction du 
nord-nord-est. 



KEFRR MALRK. 



L'Oued Deir Djerir, que nous longeons quelque; tenqis sur notre 
droite, est planté de figuiers et d'oliviers. 

A dix heures vingt minutes, nous le traversons. 

^otre direction est alors celle de l'est, puis bientôt celle du nord. 
Après une ascension de cinq minutes, nous parvenons sur un pla- 
teau, (jue nous parcourons vers l'est-nord-est; des citei iies antiques 
ont été creusées (;à et là dans le roc. 

A notre gauche, court une vallée profonde. 

A une heure trente-cinq minutes, nous redesc(Mulons poui' re- 
iiioriler ensuite. 

A une heure rinepianlc miniilcs, une nouvelle descente nous 
amène dans une vallée plantée (rolivi(M's. 

A deux heures, nous gravissons des pentes rocheuses et nous 



CHAPITHK VI. KHARBET TELL AZOUR. 209 

aUoi}]iions ensuite le villa[je de Kefr Mnlek, JX« yS^. Sa popu- 
lation se compose de 35o habitants, parmi lesquels on compte 
une trentaine d'Arabes catholiques et une quinzaine de Grecs 
schismatiques ; les autres sont musulmans. Dans la cour du 
medhafeli ou maison réservée aux étranjjers de passajje, on me 
montre plusieurs belles plaques en pierre servant actuellement de 
dalles, trois tronçons de colonnes et plusieurs chapiteaux de forme 
dorique appartenant à un ancien édifice depuis longtemps détruit. 
Le nom du village, Kefr Malek ou Kefr Malik (village du roi), 
J.aLo j.àS', car ces deux prononciations sont usitées, ne dériverait-il 
pas de la présence en ce lieu de ces tronçons de colonnes et de ces 
chapiteaux, qui peuvent avoir orné jadis une construction royale, 
soit un palais, soit un temple transformé plus tard en église chré- 
tienne? La chose n'est pas impossible. 



KHARBRT TRLL AKOI R. 



k une demi-heure de marche au nord-ouest de Deir Djerir, nous 
avions laissé sur notre gauche un tell que j'avais visité en i863, et 
qui m'avait été indiqué sous le nom de Tell Azotir, jyj\ jb. De son 
sommet, on embrasse un magnifique horizon, depuis la vallée du 
Jourdain t\ l'est jusqu'à la Méditerranée à l'ouest. Si jadis, comme 
il est à croire, ce tell a été habité, les vestiges des maisons qui le 
couvraient ont complètement disparu sous les vignes rampantes 
qui y croissent actuellement. Là s'élevait peut-être la bourgade de 
Hatsor, en hébreu ■l'isn, en grec A<Twp, en latin Asor, dont il est 
([ueslion dans le II*" livre d'Esdras comme ayant été réhabitée par 
des Benjamites, au retour de la captivité : 

3i. Filii autem Benjamin a Geba, Mechmas, et Hai, ot Bethel, et fiiiabus 

ejus 

33. Asor, Raina, Gethaim •. 

Peut-être aussi faut-il y reconnaître la localité désignée dans la 

' Esdias, I. U. c. XI, V. 3i et 33. 

«• I /i 



210 DESCHIPTION DK F.A SAMAUIK. 

Bible sous le nom de lio'al Ilatsor, eu hébreu nisn '72:3 (village de 
Baal), en grec BeXacj-W|0, en latin Baalhazor, où Absalom avait de 
nombreux troupeaux et où, dans un grand festin donné à l'occa- 
sion de la tonte de ses moutons, il fit tuer son frère Amnon, contre 
lequel il nourrissait une violente haine depuis qu'il avait outragé 
sa sœur Thaniar : 

Faclum est autcm, post lempus biennii, ut londerenlur oves Absalom in 
Baalhazor, quœ estjuxia Ephraim; et vocavit Absalom omnes filios régis '. . . 

Ces mots : quœ estjuxia Ephraim,, semblent convenir très-bien à la 
position de Tell Azour par rapport à Thayebeh, qui a remplacé, 
selon toute probabilité, la ville d'Ephraïm signalée dans ce passage, 
et qu'il ne faut pas confondre avec le massif montagneux de ce 
nom. 

DJERADEH. 

Nous ne visitons pas non plus, î^ trente-cinq minutes de marche 
au nord-nord-ouest de Kefr Malek, le village de Djeradeh, «il^s^, 
(pie j'avais pareillement traversé dans mon précédent voyage en 
Palestine. Situé sur une colline rocheuse aux lianes abrupts, il 
contient 3oo habitants. J'y avais observé deux petits hirkel pra- 
tiqu(^s dans le roc, et vraisemblablement antiques. 

KIIARBKT SAMIEII. 

\ deux heures vingt minutes, nous descendons de Kefr Malek. 
vers le sud-est , le long des pentes septentrionales de VOuedel-A'had, 
àloJI il^; il est cultivé en oliviers el en figuiers: cpielques parties 
le sont également (;n blé. 

A deux heures quarante minutes, après une ascension, nous lon- 
fÇCOiiH, à notre gmiche, un autre oued, ap|)elé Kl-Mahamii, ^\A\. 

\ trois heures vingt minutes, nous descendons de nouveau vers 

' Hui», I. Il, r. \\\\. V. 'x'.\ fl m\\. 



CHAPITRE VJ. — KHAHBKT SAMIEH. -211 

l'esl-sud-est par des pentes extréniemeiit rapides à travers des blocs 
«înorines de rochers. Force nous est de mettre pied à terre et de 
tenir nos chevaux par la bride, pour les empêcher de {^lisser sur 
un sentier à peine praticable pour d'excellents mulets. 

A trois heures trente minutes, nous cheminons vers le nord-est 
à travers des débris de constructions bâties en gros blocs assez mal 
équarris, et datant certainement de l'antiquité; les unes sont com- 
plètement renversées, les autres forment encore quelques enceintes 
d'habitations abandonnées. Nous laissons bientôt à notre gauche 
un vieux et magnifique térébinthe, qui a dû ombrager autrefois 
bien des générations depuis longtemps disparues, puis nous par- 
venons à une source très-abondante, appelée A'ïn es-Samieh, (jvc 
i(jç«LJl. Elle coule au-dessous d'une chambre voûtée en plein cintre 
et bâtie avec de larges blocs; près de là gisent quel(|ues tronçons de 
colonnes monolithes en pierre et plusieurs chapiteaux imitant le 
style dorique. Au nord et au-dessus de la source, on remarque les 
ruines d'un édifice considérable, destiné peut-ètrejadisà la défendre 
et construit avec des blocs gigantesques, grossièrement taillés. Les 
eaux de TA^ïn es-Samieh arrosent et fertilisent la vallée de ce nom, 
où croissent des lentilles, des fèves et du blé. Elle est cultivée par 
des fellahs de Kefr Malek. Sur les flancs inférieurs de la montagne 
qui la borde vers fcst, de nombreuses grottes ont été creusées dans 
le roc. Quelques-unes sont certainement antiques. Plusieurs servent 
de reluge provisoire, à fépoque des semailles et de la moisson, à 
des familles du village que je viens de mentionner. 

Je pénètre, à la suite de M. fabbé Chiariglione et de son maître 
d'école, dans fune de ces grottes, où se trouvent actuellement les 
parents de la fiancée de ce jeune homme. Les abords en sont pro- 
tégés par des broussailles. On s'empresse aussitôt autour de nous, 
on étend dans un coin une natte, où nous nous reposons un ins- 
tant, puis l'on nous offre du fromage et du lait de chèvre. La jeune 
fiancée, d'après la coutume du pays, n'ose pas paraître devant son 
lulur, et demeure dans le fond de la grotte, occupée à faire cuire 
sous la cendre des galettes ([ui nous sont ensuite apportées. La cé- 

i4. 



212 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

rémonie du mariage doit avoir lieu dans quel([ues jours, et, connue 
le |)i*étendu est fils de l'un des cheikhs de Tliayebeh, on doit, à 
cette occasion, exécuter eu son honneur une fantasia et faire parler 
la poudre, comme disent les Arabes. 

Les ruines de Samieh me semblent être celles de Naarah, en 
hébreu n^yi, en grec Naapaôà, en latin Naaratlia, mentionnée, dans 
le livre de Josué, comme étant située sur la limite méridionale de 
la tribu d'Ephraïm : 

Descenditque (terminus) de Janoe in Alarolh et Naaralha; et pervenil in 
Jéricho, egrcditurque ad Jordaneiii K 

C'est la même ville, très-vraisemblablement, qui est signalée, 
dans les Paralipomènes, sous le nom de Na'aran (en latin Nornn), 
comme appartenant à la tribu d'Ephraïm, vers l'orient: 

Possessio auteni eorum et hnbiialio, Belhel cum filiabus suis, et conlia 
orienlem Noran-, . . . 

Dans l'hébreu, elle s'écrit pi?:, en grec Naapmt^ et Naapar. 

Nous lisons dans Josèphe que le prince Archélaiis, fils d'IIérode, 
amena, au moyen d'un aqueduc, dans la plaine du Jourdain, pour 
en arroser les plantations de palmiers, la moitié de l'eau qui fer- 
tilisait le territoire du village de Neara : 

Avoi)coSofxe7 Se xat tc» c'v lepi)(OvvTi (^aa-iXetov ^XTrpeTrws, twv ts vSaTaw 
bttLaa. Neapàv ii\v x(Ôhï]v <i)(peAe7 ÈTn^péovTa eç v(iicreia$ ditsalpsyl/ev, êira- 
yjyyt/v avrwv 'aoiovfisvos iw zseSicf) 0oiviçiv vtt' avrov tse(pvTev[xév^'\ 

Dans yOvomasliron, au mot Naapaôa, Kusèbe s'expiime ainsi : 

Naapa^à , ÇvXits Vj(ppcxt(x • xw^iri vvv éal) NoopàO lovSatcoVf àirb e crtjfxewv 
lepixpvs. 

rNnarntlia, de In tribu (rE|ilu'aïni; c'est maintenant nn \illa{je du nom de 
N(M)rnlli, habité par des Juifs, à (-iii(| milles de Jt'iiciio. » 

Dans ces divers passages, il s'agit de la uiènie localité, selon 

' Johvê, c. \vi, V. 7. — ' PiiraliponihirK , I. I, c. \\i, v. 'iH. — '' Aulùf. jtitlnu/. 
I. XVII.c. Kiii. Si. 



CHAPITRE V[. — IIETOUR A THAYEBEIÏ. 213 

toute apparence, appelée Naarah, Naaralha, en liébreu nnnv: (à 
Naaralj), Naaran, Neara et Noorath. Eusèbe nous apprend qu'elle 
était à cinq milles de Jéricho et au nord de cette ville; car elle ap- 
partenait à la tribu d'Épliraïm, tandis que Jéricho faisait partie de 
celle de Benjamin. Josèphe nous signale une autre particularité 
importante, c'est qu'elle jouissait d'une source abondante, puisque, 
sans nuire sans doute à ses besoins, Archélaiis put détourner la 
moitié des eaux de cette source pour les amener, au moyen d'un 
aqueduc, dans la plahie du Jourdain. Toutes ces considérations me 
portent à identifier avec les ruines de Samieh l'antique Na'arah de 
la Bible, la Neara de Josèphe, la Noorath d'Eusèbe. En effet, Sa- 
mieh est à deux heures et demie de marche environ au nord-nord- 
ouest de l'ancienne Jéricho, distance qui dépasse, j'en conviens, les 
cinq mdles indiqués par Eusèbe; mais les chiffres njilliaires marqués 
dans YOnomasticon ne sont pas toujours d'une exactitude mathéma- 
tique; en second lieu, j'ai signalé en cet endroit des ruines consi- 
dérables dont quelques-unes peuvent remonter à une haute an- 
tiquité; d'autres, par exemple la chambre voûtée qui renferme 
la source et les vestiges de l'édifice orné de colonnes monolithes 
qui l'avoisinait, ne datent peut-être que de l'époque d'Archélaiis; 
enfin, cette source elle-même, à cause de la bonté et de l'abon- 
dance de ses eaux, a très-bien pu, au lieu de se perdre, comme 
elle le fait maintenant, après avoir arrosé la vallée de Samiefi, 
être jadis amenée par un petit canal dans la plaine du Jourdain. 



RETOUR A TUAYKBBH. 



A cinq heures, nous quittons les ruines de Samieh et nous gra- 
vissons vers le sud-ouest des pentes fertiles et assez bien cultivées. 

A cinq heures vingt minutes, nous passons à ccUé d'un puits peu 
profond et bâti avec de gros blocs irrégulièrement taillés; on l'ap- 
pelle J5îr e/-Zj/cme/, X-^ jju. Nous poursuivons notre marche vers 
le sud. 

A cinq heures trente minutes, j'aperçois, vers l'est, sur une mon- 



214 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

tegne voisine, dont nous sommes séparés par iiu laviii profond. 
un oualy consacré à Ncby Nedjemeh, a^ ^. Sur les flancs septen- 
trionaux de cette même montagne, je distingue de loin quelques 
ruines, entre autres celles d'une tour, appelées Kharbet Nedjemeh, 

*^ *?>*-- 

A cinq heures quarante-cinq minutes, nous gravissons vers l'ouest 
des pentes roides et rocheuses. 

A six heures, nous parvenons à une vallée Jiaute, naturellement 
fertile , et ensemencée en blé ; après l'avoir traversée , nous conti- 
nuons de monter vers l'ouest. 

A six heures vingt minutes, nous franchissons Y Oued el-Hahis, 
(y*^\^ il^; il est bordé de rochers afTreux, au milieu desquels nous 
suivons péniblement un étroit sentier. 

A six heures cinquante-cinq minutes, après une montée cons- 
tamment dirigée vers l'ouest, nous sommes de retour à Thaye- 
beh. 



CHAPITHK VU. — KHAHBKT KILI A. 215 



CHAPITRE SEPTIEME. 



KHAKBET KILIA. A l^ EN-i\OUA IMKIl. AIN ED-DOUK. KHARBET 

EN-NASBAH. a'ÏN ES-SOULTHAN. 



KHARBKT KILIA. 



Le 9t avril, à sept heures vingt minutes du matin, je quitte 
Tliayebeli en descendant vers i'est-sud-est; à ma gauche, s'étend 
une vallée ensemencée en blé et plantée d'oliviers; à ma droite, 
s'élèvent des pentes couvertes de tiguiers. 

A sept heures quarante minutes, j'aperçois au sud, à un kilo- 
mètre et demi de dislance, le village de Rimmoun, (j^, que j'ai 
décrit ailleurs en même temps que Thayebeh, et qui, ainsi (jue je 
l'ai dit, est ranti([ue5e/a ha-Iiimmon, en grec v ïléTpa. tov PefxfiwVy 
on latin Pelra liimmon, où les mallieureux restes de la tribu de 
Benjamin cherchèrent un refuge après l'extermination de cette 
tiibu. 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous montons vers l'est, 
ayant à notre gauche ÏOued el-Habis, (j*-^UL it^, 

A l'est-nord-est, h (|uatre kilomètres environ de distance, brille 
sur la cime du Djebel en-Nedjemeh la blanche coupole de l'oualy 
(h; ce nom. 

A sept heures cinquante minutes, nous parvenons sur un pla- 
teau fertile, ptits nous gravissons, dans la même direction, c'est- 
à-dire celle de l'est, les pentes d'une montagne dont nous atteignons 
le sommet à huit heures quinze minutes. Les ruines qui le cou- 
ronnent sont connues sous le nom de Kharbet Kilia, UXjÇS'io^.Ce 
sont celles d'une ancieime forteresse dont l'enceinte, construite en 
gros blocs mal équarris, mesurait environ 60 mètres de long sur 
3 9 de large. Elle était divisée intérieurement en de nombreux pe- 



216 DESCRIPTION DE LA SAiMAHlE. 

lits comparliments. Dans l'un d'eux, près d'une citeiiie pratiquée 
dans le roc, je remarque plusieurs tronçons de colonnes monolillies 
en pierre, avec des chapiteaux extrêmement simples et imitant le 
dorique. Ailleurs, un autre tronçon de colonne, analogue aux pré- 
cédents et ayant appartenu au même petit édifice, attire pareille- 
ment mon attention. Toutes ces subdivisions sont carrées et me- 
surent seulement quelques mètres sur chaque face. Les arasements 
et les assises inférieures de plusieurs sont encore en place, et con- 
sistent en gros blocs. On y pénétrait au moyen de portes rectangu- 
laires, formées de deux pieds-droits surmontés d'un linteau. Une 
tour peu élevée est encore debout; elle a seulement 5'",5o de long 
sur h de large. Voûtée en ogive, elle ne paraît pas remonter au 
delà des croisades, au moins pour sa partie supérieure; car sa base 
semble antique ou, du moins, est bâtie avec des blocs qui le sont. 

Près de la porte d'entrée, j'observe sur ])lusieurs pierres des 
croix tracées là jadis par de pieux visiteurs. 

En dehors de cette enceinte, vers l'est, à côté de l'orifice d'une ci- 
terne, une pieire m'olfre les vestiges très-reconnaissables d'un chan- 
«lelier à sept branches sculpté. Cette pierre, déplacée sans doute, 
provient probablement du conq)artiincnt où gisent encore plusieurs 
fronçons de colonnes monolithes, ce qui me poiterait à penser que 
la petite salle où ils se trouvent avait un caractère religieux, et que 
h'i, dans l'intérieur de la forteresse, s'élevait une synagogue. Dans 
tous les cas, ta figure du fameux chandelier d'or à sept branches 
ornait, selon toute a])|)aience, cette partie de l'enceinte. 

La montagne de Kilia est bordée, à {'(ist, |)ar un ou(h1 piolond el 
escarpé, qui, (h; ce coté, la rend inaccessible. On ra[)pelle Oued cl- 
Jloueùf cy^-îl ^l^. Du plateau culminant où se trouvent les ruines 
<|ue je viens dv décriie, la vue vers l'ouest embrasse un très-vaste 
horizon de montagnes; vers fest, elle plonge au loin dans la vallée 
ilii Jourdain et dans le vaste bassin de la iikm' Morte. Cïet (Midroil 
viin\ donc piédestiné pur la nalure à servir (renq)lacemenl à nue 
<'i(nd<'lle. Arhiellemenl . il est dt'sert et n'est visih' (|ue par des lier- 
ger.H. J ignore roMinn'nl il sappelail dans ranli(|iiilé. 



CHAPITRE VU. — A^IN E\-NOUA'IMFJI. 217 



A IN EX-MOUA IMEH. 



A neuf heures quarante minutes, je descends de cette hauteur 
dans la direction de Touest-sud-ouest, puis de l'ouest. 

A neuf heures cinquante-cinq minutes, je rencontre, chemin 
faisant, sur les pentes, une grande meule à huile, d'apparence an- 
lique, et intacte. Elle semble prouver qu'autrefois ces pentes étaient 
couvertes d'oliviers; de nos jours, elles sont dépouillées d'arbres, 
mais en partie ensemencées là oCi la charrue a pu les labourer. 

Nous nous dirigeons alors vers le sud-sud-est. 

A dix heures dix minutes, nous longeons, vers la gauche, un 
oued. 

A dix heures quinze minutes, nous rencontrons et travereons un 
autre petit oued qui se réunit au précédent et coule dans le môme 
lit vers le Rhor. Puis nous montons vers l'est-sud-est. 

A dix heures trente minutes, nous redescendons par des pentes 
très-rapides. Le sentier est bordé, vers la droite, de grosses pierres 
à peine équarries, et placées là, le long d'un oued profond, comme 
garde-fou. 

Nous suivons une voie évidemment antique et pavée en blocs 
inégaux, que le temps a désunis, ce qui gêne singulièrement la 
marche de nos montures, qui trébuchent à chaque pas en se heur- 
tant à ces obstacles. 

A dix heures quarante-ciiKj minutes, nous parvenons sur un 
[)etit plateau rocheux, où je remanpie quelques traces de cons- 
tructions aniiques, une citerne et une caverne pratiquées dans le 
roc. 

Puis nous côtoyons à gauche, par un sentier extrêmement étroit, 
un ravin qui s'enfonce à de très-grandes profondeurs, et dont les 
lianes rocheux sont, en certains endroits, percés de cavernes à dif- 
férentes hauteurs; on l'appelle Oued el-A'otidjeh, ^yJl ^1^. 

A onze heures dix minutes, un autre oued, également très-pio- 
fond, serpente à notre droite. Nous clieminoiis ainsi (pielque temj)s 



218 DESCHIPÏION DE LA SAMAHIE. 

entre deux précipices assez rapprochés l'un de l'autre, et dont la 
vue lîiit trembler d'effroi nos chevaux. 

A onze heures trente minutes, nous longeons à notre droite ce 
dernier oued; il porte le nom à' Oued Abou Kourneïn, (^j.ï y\ ^1^. 

Puis nous nous engageons dans une descente des plus péril- 
leuses, tenant nos chevaux par la bride, sur une pente cxtraordi- 
nairement rapide, oij nous n'avançons qu'avec les plus grandes pré- 
cautions pour ne pas rouler nous-mêmes avec nos montures au 
fond d'un effroyable pi'écipice, que hérissent de toutes parts d'é- 
normes l'ochers. 

A midi vingt minutes, eniin, nous atteignons le bas de cette hor- 
rible descente. 

Notre direction tourne alors de l'est-sud-est vers le sud. 

Nous traversons bientôt YOued A'tn ed-Douk, Jj*xJI (^s. i!^, et, 
à midi trente minutes, nous faisons halte un instant près de deux 
sources très-abondantes. 

La première, appelée A'ïn en-Nouatmeh , ii.«v*yJI ^jv*, sourd de 
terre avec une grande force et forme inmiédiatement un ruisseau, 
qui coule dans l'oued du même nom. Elle est ombragée par deux 
vieux seder, espèce d'acacias gigantesques très-é[)ineux. 

A quinze pas au sud de cette source en jaillit une seconde, ap- 
pelée A*tn ed-Douh, JjjJl ^*. Protégée, comme la précédente, 
contre les rayons du soleil, par l'épais ombrage d'un inagnilique 
seder, je la trouve assiégée par des fellahs de Himmoun, qui cam- 
pent en ce moment alentour avec leurs troupeaux. Déjeunes pûtres 
sont occupés à baigner leurs moutons dans le canal où courent ses 
eaux murmuranlcs. 

Après quel(|ues minutes de repos, je prends pour guide l'un de 
ces fellahs et je vais examiner des ruines voisines, connues sous le 
lunu de Kharhel Nasbah, iOu-j iy^. Elles s'étendent entre l'Oued 
A 'in ed-l)ouk à droite et l'Oued en-Noua'ïmeh à gauclie, et con- 
HÎHlent Heulement en de menus matériaux, amoncelés ou dispersés 
«ur un assez vaste espace, au milieu d'un fourré de acdcr, de zak- 
koum ri d'aulri's arbres ou arbusies épineux. En l'cbroiissant clie- 



CHAPITRE VII. — A'IN EN-IVOUA'IMEH. 219 

min [)oiir revenir aux deux sources, et clieniinanf le lonjj de l'Oued 
en-Noua'ïnieli , je parviens à un pont-aqueduc éloigné de (pielques 
minutes, vers le sud, de l'A'ïn ed-Douk. Bâti en pierres de dimen- 
sioji moyenne, il est à deux étages. Une grande arche ogivale 
traverse l'Oued en-Noua'ïmeh ; deux autres arches, moins considé- 
rahles, reposent sur les berges du ravin; puis au-dessus règne un 
second étage formé par des arcades plus petites, qui portent elles- 
mêmes le canal dérivé de l'A'ïn êd-Douk, dont les eaux se dirigent 
ensuite vers Jéricho. Ce pont-aqueduc en a probablement remplacé 
un autre plus ancien. L'oued est, en cet endroit, bordé de roseaux 
gigantesques. 

Près de là, sur un tell artificiel, je ramasse de nombreux petits 
cubes de mosaïque indiquant qu'il avait jadis servi d'assiette à quel- 
que construction importante, aujourd'hui complètement rasée. 

Le Kharbet Nasbah , ainsi que le tell que je viens de signaler, 
me paraissent répondre, à cause de leur voisinage de Jéricho et 
du nom que porte encore maintenant l'A^ïn ed-Douk, à l'empla- 
cement du château de Doch, construit par Ptolémée, fils d'Abobus, 
non loin de Jéricho, où il attira traîtreusement Simon Machabée, 
son beau-père, et les deux (ils de celui-ci, Mathathias et Juda, et 
oii ensuite, au milieu de la joie d'un festin, il les immola tous les 
trois à son ambition , en les faisant tomber sous les coups d'assas- 
sins apostés, l'an iST) avant Jésus-Christ. 

11. Et Pluieiiiitius, fihus Abobi, constitutus erat dux in cumpu Jéricho, et 
habebat argenlum et aurum multum. 

1 9. Erat eiiiin gêner summi sacerdotis. 

i3. Et exaltalum est cor ejus, et volebat obtinere regioneni, et cogilabat 
dolum adversus Simonem et filios ejus, ut toHeret eos. 

i/i. Simon autem, perambulans civitates quœ erant in regione Judaîœ, et 
soMicitudinem gerens earum, descendit in Jéricho ipse, et Mathathias filius 
ejus, et Judas, anno rontesimo septuagesimo septimo, mense undecinio : hic 
est mensis sabath. 

i5. Et suscepit eos filius Abobi in niunitiunculam quae vocalur Doch, cum 
dolo, quani iediflcavit; et fecit eis conviviuni magnum, et abscondit illic viros. 

i6. Et cum inebriatus esset Simon et lilii ejus, surrexit Plolemaus cum 



220 DESCIUPTION DE LA SAMARIE. 

suis, cl su inpseruii tanna sua, et inlraveruiit in conviviuin, ol occiderunl euin 
el duos filios ejus, et quosdam pueros ejus '. 

D'après Josèphe, Ptolémée ne tua d'abord que Simon, et se con- 
tenta d'emprisonner sa femme et deux de ses fils, Mathathias et 
Juda; il envoya aussi des sicaires pour égorger le troisième, Jean, 
surnommé Hyrcan; mais celui-ci échappa à ce danger et se retira 
aussitôt à Jérusalem, où il fut reconnu grand prêtre et prince des 
Juifs, à la place de son père. Ptolémée, acharné à sa perte, s'efforça 
de pénétrer dans la ville; mais, repoussé par les habitants, il alla 
se réfugier dans son château de Doch , oii Jean Hyrcan vint à son 
tour l'assiéger, pour arracher de ses mains sa mère et ses deux 
frères. Ici je laisse la parole à l'historien lui-même. 

KaJ ô fxèv sis è'v ti lôov vitkp lspi)(pvvTa êpvfxdrcjv dve^côptias , Aaywv Xe- 
yofJLSvov. ATToXa^wv Se Ttjv Tsdrpiov dp^ispcoavvyiv Ypx.avo5 xai tov Qebv 
ispôJTa. B-v(T/ai5 'crapa.iTt)ad(jievo5 i en) ràt» IlroXe[ia.7ov éçeal pccTsvae , koù 
tspo^ËaXojv Tû5 X^p/w To7s fxèv àWots rsepiriv avTOv, vrlâ-ro Se (xévùj t^ 'urpbs 
Ttjv fxijrépa xa) tovs dSe'XCpovs oÏxtoj. Toutous yàp ô Tlro'Xs(i<uos dvdyœv èiri 
th tûyoi è^ dnânlov t}xi%£TO xaï xct'ra.xpr^yLvicreiv ovx dÇita1a[xévov Ttjs 
nfoXtopxi'as tiTrsiXst. O <5'* 6(70v âv êvSoirj Tris 'crspï Trjv a'ipea-iv tov ywptov 
(ntovdijs, ToaovTO ■)(a.pi%e<76ai toÎs (PiXtatois TnyovyLSvos TSpos to y.r} xaxéos 
zrauT^etv , ê^éXve rb 'Sfp60vfxov. H (lévTOt (it]Tvp bpéyovcra ras yeipcts ixéTsvs [xri 
(jiaAaxt^ecrôat Si* avTtjVf âXXà «nroXù tsrXéov àpyfi ^pcô(xevov éXe7v anovSda-ott 
rà yuplov, xai rhv èySpov v(p' éavTbv 'aoirjcravTa Tiiiwprjaai tois (piXxaTo^s" 
riSvv yàp avTtj Tbv [xst' alxlas elvai 3-araTOv, si Sixtjv C'n6(T)(^ot Trjs sis av- 
tovs 'aapavo[i{as b TaCTa ■aoiuv tsokéyLios. Tbv S* Ypxavbv TctvTa (lèv Xeyov- 
(Ttjs Tijs (itjTpc>s bofxtj Tts êXd(x€avs Tspbs tyIv a'tpscrtv tov (ppovplov, vvixa. Ss 
aùri^v tvTtloyiévnv îSot xai (ntapa.Tloy.évriv , ê^sXvsTO xai Trjs i'Tt\ to7s sis t>)v 
yLtnépa lapaTloixévots <TV(X7raOsi<xs iJTlwv èyévsio. L,Xxofxévtis Se ovtcjs sis XP^~ 
vov Ttjs 'OoXiopxias , évtc/larai xà êTOs ixs7v0f xaO' â (7V[x€atvsi to7s \ovSaiois 
àpyeîv. KaTà Se éirlà stï\ tovto tsapoLTtjpovaiv , ùs èv toas èv éëSoixdaiv rjixé- 
peuf. Kat riroXe/ixaro;, vnb TavTtis dveOe)s Trjs airias tov tsoXéfxov, dtioxTslvsi 
ttjùt iSeX(povf TOV Xpxavov xcù Trjv fintépa.' xai tovto Spdvas istpbs ZrfvMva 
(Ptuyu thv éTrtxXnOévTa KoTuXâv, TvpavvcvovTa Ttjt <hiXaSsX<péci)v taéXeeos^. 

' Mnrhdltrra, I. |. r.\s\. v. n-l6. — ' \iillt(. JikIiiÏi/. I. \|||. c. vin, S i. 



CHAPITllE Vil. — A'LN EN-NOUA'ÏMEH. 221 

tf IHolémée se retira dans l'iine des forteresses silue'es au-dessus de Jéricho. 
On l'appelait Dagon. Hyrcan, ayant été revêtu du souverain pontificat, héri- 
tage de son père , commença par se concilier la miséricorde divine au moyen 
de sacrifices, puis il marcha contre Ptolémée et attaqua le château fort qu'il 
occupait. Supérieur à son adversaire en tout le reste, il était vaincu seulement 
par la pitié qu'il ressentait pour sa mère et pour ses frères. Car Ptolémée, les 
ayant fait conduire sur le rempart dans un endroit d'où ils pussent être facile- 
ment vus, les soumettait à de cruelles tortures, et menaçait de les jeter en bas, 
si Hyrcan ne se désislait point du siège de la place. Et lui, s'imaginant que 
plus il se relâcherait de son ardeur dans l'attaque, plus il obtiendrait pour les 
objets de son alTection la cessation de leurs souffrances, ralentit l'impétuosité 
de l'assaut. Mais sa mère, lui tendant les mains, le conjurait de ne point fai- 
blir à cause d'elle et de redoubler, au contraire, d'acharnement, afin de tacher 
de s'emparer de la forteresse et de venger les siens sur la personne de son en- 
nemi; quant à elle, il lui était doux de périr, pourvu que celui qui les avait 
si indignement maltraités subît le châtiment dû à ses forfaits. Ces paroles en- 
llanmiaienl la fureur d'Hyrcan et son désir de se rendre maîlre de la place; 
mais, d'un autre côté, à la vue des coups et des cruels traitements que subis- 
sait sa mère, son cœur mollissait, et la compassion que ses souffrances lui ins- 
piraient triomphait de toute sa rage. Le siège traînant ainsi en longueur, sur- 
vint l'année où les Juils ont l'habitude de rester en repos; car chaque septième 
année, comme chaque septième jour, ils observent celle coutume. Ptolémée, 
débarrassé de la guerre par cette circonstance, tua la mère et les frères d'Hyr- 
can; puis, après ce crime, il s'enfuit vers Zenon, surnommé Cotylas, prince 
de Phila(k'l[)hie.-« 

Nous voyons par ce passa[je que le château nommé Dagon par 
Josèphe est le même que celui qui, eu latin, est appelé Dock dans 
le livre des Machabées, en grec Awx, nom identique avec celui que 
porte aujourd'hui l'/Vïn ed-Douk. Peut-être occupait-il l'empla- 
cement du toU dont j'ai parlé, dans le voisinage du pont-aqueduc 
que j'ai signalé plus haut. Dans ce cas, il faut avouer que cette for- 
teresse a été rasée de fond en comble, et il n'en subsiste plus que 
de noud)reux petits cubes de mosaïque épars sur le sol. Quant au 
Kliarbet en-Nasbah, c'était un village voisin et dépendant du châ- 
teau. Ce dernier devait être, d'ailleurs, peu considérable; car, dans 
le livre des Machabées, il est désigné comme une petite fortere.sse, 
mimiliuncuJa. 



222 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 



A IN KS-SOCLTIUN. 



A deux heures douze minutes, je suis de retoui* à l'A'ni ed-Douk, 
que je quitte bientôt après pour me remettre en marche dans la 
direction de TAlin es-SouUhan. 

A deux heures trente minutes, nous passons au milieu de ruines 
peu distinctes qui longent la rive gauche de XOuecl en-Noiiaïmeli ; 
des arasements de constructions antiques sont seuls visibles; je re- 
marque en cet endroit des silos en assez grand nombre, où les Bé- 
douins des environs mettent en réserve leurs provisions; un peu 
plus loin est un cimetière arabe. 

A deux heures trenle-cinq minutes, nous traversons un canal 
dérivant de l'A^in ed-Douk; là encore je remarque quelques 
ruines. 

A deux heures quarante minutes, nous franchissons l'Oued en- 
Noua'ïmeh; des seder, des agnus-castus et des roseaux en bordent 
ou même en remplissent le lit. 

A trois heures, nous faisons halte près de ÏA'ïn cs-SonllIiaii, 

J'y avais à j)eine dressé ma tente, que mon drogman m'annonce 
la visite d'un grave personnage à barbe blanche. C'est celle de ka- 
blan en-Nemcr lui-même, l'un des principaux cheikhs de la grande 
Iribu des A'douan. 11 est acconq)agné de deux de ses parents, cr Je 
Tatlendais depuis deux jours, me dit-il; car j'ai appiis pai* un 
homme (\o ma tribu, (pii se trouvait dernièrement à Jérusalem, (juc 
tu avais formé le projet d'explorer toute la vallée du Jourdain, et 
je suis venu |)our régler avec toi les conditions de cette ex])loiation 
et le nombre des cavaliers d'escorte dont tu as besoin. Je suis nième 
Irès-élonné que, contrainMuent A l'usage de tous les voyageurs, tu 
«ois descendu ici sans te faire acconq)agner autrement (pie par un 
bnriiibouxouk.*^ 

ff II iw fallait pas, lui répondis-jc, prendrez la ])eine de le déranger 
pour niui; car, si Ton t'a bien rtui.seigné de Jérusalem sur mes pro- 



CIIAI'ITHE Vil. — A'ÏN ES-SOULTHAN. 223 

jets (Je voyujoe, je n'ai, de mon coté, nullenient l'intenlioii d'aug- 
menter ma petite escorte. Les hommes qui me suivent et moi nous 
sommes bien armés; nos montures sont bonnes, et notre bagage 
fort léger; avec cela, nous pouvons aller partout, n 

crMais, reprit-il, les voleurs abondent dans la vallée du Jour- 
dain; je t'aiJirme que tu seras infailliblement dévalisé; il te faut au 
moins sept ou huit cavaliers d'escorte tirés de ma tribu, et nous al- 
lons convenir ensemble de la solde que tu leur donneras et de la 
somme préalable que tu me remettras à moi-même. Autrement, tu 
ne passeras pas. r 

Comme les faibles ressources dont je disposais pour accomplir 
ma mission en Samarie et en Galilée auraient été en partie ab- 
sorbées rien que par l'exploration des rives du Jourdain , si j'avais 
subi l'escorte que le cheikh Kablan voulait m'imposer et les condi- 
tions onéreuses auxcjuelles il prétendait me soumettre; comme, 
en outre, j'avais pleine et entière confiance dans la divine Provi- 
dence, qui avait daigné déjà me protéger en plusieurs rencontres 
dans mes dilférents voyages, et qui daignerait encore, je l'espérais, 
favoriser pareillement l'exploration que j'allais entreprendre, non 
en simple amateur, mais sérieusement et à titre oHiciel, je ré- 
pondis aussitôt au vieux cheikh des A'douan que, étant chargé par 
mon Gouvernement, avec l'autorisation de la Sublime Porte, de vi- 
siter scientifiquement toute la Palestine, je ne lui devais à lui-même 
aucun droit de passage, et qnp j^* refusais positivement l'escorte de 
ses cavaliers. 

trUn seul, ajoutai-je, me sulfira, pour me servir de guide, et s'il 
connaît bien le pays, je lui donnerai la même solde qu'à mon ba- 
chibouzouk; puis, à la fin du voyage, il aura une gratification sup- 
plémentaire, dans le cas où j'aurai été content de lui. 75 

Kablan insista de nouveau, mais inutilement, pour me forcera 
lui remettre un radeau |)réalable, soit en nature, soit en argent, 
qui lut en rapport avec sa dignité de cheikh d'une puissante tribu 
et avec ceux qu'il avait reçus d'autres riches voyageurs. Il se relira 
à la fin fort mécontent et la menace à la bouche. 



224 DESC1UPTI()\ DK LA SAMAllIK. 

Nous passâmes tous la nuit sur le qui- vive : mes gens, ne sa- 
chant pas trop ce qui allait arriver et craignant de se voir attaqués, 
étaient assez inquiets. Je m'elTorçais de les rassurer de mon mieux. 

Le lendemain, 22 avril, à cinq heures et demie du matin, pen- 
dant que mes nioukres reployaient ma tente et chargeaient mon 
bagage, Kablan apparut de nouveau, avec Tun de ses neveux, 
nommé Ahmed. 

crLa nuit, me dit-il, t'a-t-elle porté conseil? Es-tu toujours dé- 
cidé à ne pas t'acquitter envers moi des droits qui me sont dus et 
à te passer de l'escorte de mes cavaliers? — Oui, plus que jamais; 
je ne te demande qu'un guide et pas autre chose, et si tu n'en as 
pas à me donner, un Arabe de Riha s'ofVre à m'accompagner. -n 

En même temps, sans plus m'occuper de lui, je continuai à donner 
des ordres pour le départ. Quand il vit qu'il n'avait rien à gagner 
avec moi, il finit par changer de ton et me dit : cr Tu désires un 
guide? Eh bien, voici Ahmed, mon neveu, qui connaît parfaitement 
la contrée que tu vas explorer. Combien lui donneras-tu ?n Je fixai 
alors une solde, qui lut débattue et acceptée, et l'allaire lut ainsi 
conclue. 

J'entre dans ces détails, parce qu'ils servent à faire connaître 
l'état du pays et qu'ils pourront être utiles à ceux qui parcourront 
après moi les mêmes contrées. Souvent les voyageurs se laissent 
imposer des escortes considérables, qui coûtent fort cher et maî- 
trisent tous leurs mouvements, ou du moins les gênent singulière- 
ment; cela ensuite reiul très-dilficile, pour ne pas dire impossible, 
l'exploration des mêmes régions pour les voyageurs subséquents 
({ui n'ont pas les ressources pécuniaires de leurs devanciers. Toute- 
fois, si l'on a avec soi trois ou quatre hommes fidèles, et que l'on 
ne soit pas embarrassé par un trop lourd bagage, on peut tentei* 
de s'aiïranchir de ce tribut humiliant. On voit, j)ai' mon exemple, 
que, même dans la vullée du Jourdain, réputée l'un des districts 
les moins sûrs de la Palestine, il n'<\st point impossihie, dans les 
conditions qu(; j'indirpie, de voyager sans ce collège de Rédonins, 
auquel on croit d'ordinaire devoir s astreindre. 



CHAPITRE Vnr. — DKPAHT DR L'A'IN ES-SOULTHAN. 225 



CHAPITRE HUITIEME. 

DÉPART DE L'a'ÏN ES-SOULTHAN. KHARBET ES-SOMERA. KHARBET EL- 

MASKARAH. TELL EL-FASAÏL, JADIS PHASAELIS. 



DEPART DE L'A IN ES-SOULTHAN. 



A six heures quarante minutes du matin, enfin, tout étant réglé 
relativement à Alimed, mon nouveau guide, nous quittons TA^ines- 
Soulthan et nous prenons la direction du nord. 

A six heures cinquante-cinq minutes, nous franchissons l'Oued 
en-Noua'ïmeh près d'un pont-aqueduc à trois arches ogivales et 
portant, à sa partie supérieure, un canal qui jadis amenait dans la 
plaine de Jéricho les eaux de l'A'ïn en-INoua'imeh : actuellement il 
est à sec. Ce pont offre le même genre de construction et paraît de 
la même époque que celui que j'ai signalé dans l'oued de ce nom, à 
une distance plus rapprochée de l'A'ïn ed-Douk. 

Au delà de l'oued, dont le lit est rempli d'un fourré d'arhusles 
épineux, je longe la ligne de l'aqueduc. 

A sept heures cinq minutes, nous traversons un petit oued; 
à sept heures dix minutes, un autre; à sept heures douze minutes, 
un troisième; à sept heures quinze minutes, un quatrième, un 
peu plus considérable ; à sept heures dix-sept minutes, un cinquième; 
à sept heures vingt minutes, un sixième; à sept heures trente mi- 
nutes, un septième. 

Ces différents ravins me sont désignés par mon guide sous la 
dénomination commune lYOuedech-Rlierab, lj]j ji^ i>\^ (oued nid 
c\ corbeaux). 

La plaine qu'ils sillonnent transversalement est tapissée d'herbes 
et de plantes, ressemblant à des genêts, dont les chameaux sont 
très-friands. 



i;> 



226 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 



KHARBET ES-SOHERA. 



A sept heures Irente-cinq iniiuiles, nous parvenons au Kharhel 
esSomera, 1j.<uJl io^. Ces ruines, étendues et aujourd'hui très- 
confuses, sont celles d'une petite ville, renversée de fond en comhle. 
J'y observe quelques cavernes grossièrement creusées, servant de 
retraite aux Bédouins. 

A huit heures, nous atteignons la fin des ruines. 

Notre direction est alors celle de l'ouest-nord-ouest. 

A huit heures quinze minutes, nous traversons \Otiedel-Mehh, 
Ail àt^; il est large et assez piofond. 

A notre gauche, s'élève le Djebel BeJka, ViL J^>. 

A huit heures trente minutes, nous franchissons YOuedel-Khaled, 
jJliL ^!^. 

A huit heures quarante-trois minutes , au delà d'un autre oued plus 
important, appelé Oued el-A'oudjeh, iù?-ytîl :>\^, je rencontre quel- 
ques ruines peu distinctes, qui avoisinent de magnifiques champs 
de blé émaillés des fleurs les plus variées, et parsemées de sedei\ 

A huit heures cinquante-deux minutes, d'autres ruines analogues 
aux précédentes attirent mon attention; je remarque néanmoins 
une construction encore en partie debout, biUie avec de petites 
pierres régulièrement agencées entre elles. 

Près de là coule un ruisseau abondant, qui se ramifie en plusieurs 
rigoles et répand partout où il circule une très-grande fertilité. Il 
tire ses eaux d une source abondante située plus haut et plus à 
roucsl, nommée A'tn el-A'oudjek, ii^-yJ! (j-*. C'est la même, je 
crois, (jue celle qui est appelée également A'ïn es-Samieh, ^jv.* 
À^v-'t-Jl, <ît dont j'ai parlé précédemment. J'ai identifié les ruines 
considérables (|ui environnent celle-ci avec celles de Na'arah, Na'a- 
ran, la Naaralha ou Noorath d'Kusèbe, la iNeara de l'historien Jo- 
»«>plie,dont Archélauç, fils d'îiérode, amena une partie descauxdans 
la plaine du Jourdain. 

KusèJM' el saint Jérôme, son traducteur, jilaccnt cette localité à 
cinq milles de Jéricho. 



CHAPITRE VIN. — KHAMBET KL-MASK AHAH. -J27 

Évidemment, le Kharbet es-Somera ne pent pas être identifié avec 
Na'arah, puisqu'il n'est qu'à une petite heui'e de marche au nord 
de Jéricho, et que cinq milles équivalent à environ une heure qua- 
rante minutes de marche; en outre, cet endroit ne renferme aucune 
source. Quant aux ruines qui avoisinent la rive septentrionale de 
rOued el-A'oudjeh, elles répondent beaucoup mieux à l'emplace- 
ment deNa'arah; car, si nous sommes là à deux heures de l'A'ïn 
es-Soulthan, c'est-à-dire à siœ milles et non à cinq de Jéricho, d'un 
autre côté nous trouvons en cet endroit un ruisseau considérable 
provenant d'une source très-abondante. De plus, comme nous sa- 
vons par le livre de Josué que Na'arah, appartenant à la tribu 
d'Ephraïm, était sur la limite de cette tribu et de celle de Benjamin 
vers l'orient, et ((ue l'Oued el-A'oudjeli semble avoir été cette 
limite vers ce point, il s'ensuit que Na'arah devait être située au 
nord de ce ravin. 

Toutefois, j'incline plutôt à reculer encore cette localité et à l'iden- 
tifier avec le Kharbet es-Samieh, dont j'ai parlé précédemment, 
parce que les ruines de ce kharbet sont bien plus importantes que 
celles que je viens de mentionner, et qu'ensuite nous sommes là 
à la source même du ruisseau dont il a été question tout à l'heure : 
car, ainsi que je l'ai dit, les chiffres de distance donnés dans YOno- 
mnnlicon ne sont pas toujours exacts. 



KHAHBRT KL-MASKARAH. 



A neuf heures quinze minutes, nous cheminons le lonj; d'autres 
ruines, appelées Kharbet el-Maskarah, «yum is>À.. Je reirouve en 
cet endroit, presque à fleur de terre, les traces d'un ancien canal, 
aujourd'hui aux trois quarts détruit et à sec, que remplissaient autre- 
fois les eaux de l'A'ïn el-A'oudjeh. Ce tionçon de canal me paraît 
être une partie de celui que mentionne Josèphe, et qu'il attribue 
au prince Archéiaus. Aucun palmier ne croît plus maintenant dans 
la plaine qu'il fertilisait jadis, mais le nom de Maskarah, donné à 
celle localité, semble indiquer que jadis elle était environnée de 

i5. 



228 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

plantations de dattiers. En eflet, je lis dans le dictionnaire de Frey- 
tag, au niot^lJL»*j«, cr dactylos, e quibus mel Huit, proferens palma. ^ 
Nous montons légèrement vers le nord-nord-onest. 

TELL EL-FASAÏL. 

A onze heures, nous rencontrons quelques ruines, et à onze 
heures quinze minutes, nous faisons halte au KItarhel Tell el-Fasaïl, 

■ Ma tente est dressée au milieu d'un grand birket rectangulaire, 
long de cinquante-huit pas sur cinquante-cinq de large. 

A moitié comblé, il est plein actuellement d'herbes et d'arbustes. 
Il avait été construit avec de gros blocs assez irrégulièrement tail- 
lés, dont les joints et les vides étaient remplis avec du blocage. Le 
revêtement intérieur a presque entièrement disparu; il consistait 
en petits éclats de pierres encastrés dans une couche épaisse de 
ciment. 

Autour de ce birket s'élèvent trois lell, dont le plus considé- 
rable, situé au nord, mesure deux cents pas de circonférence il sa 
hase et peut avoir maintenant une hauteur verticale de douze 
mètres. Les flancs sont couverts de matériaux antiques de dimen- 
sion moyenne, et le sommet est couronné par deux petites en- 
ceintes en pierres sèches, à l'usage des Bédouins , qui s'y embusquent 
([uelquefois. Jadis ce tell devait servir de base à quelque construc- 
tion puissante, qui mesurait vingt-sept pas de long sur quinze de large 
et dont les arasements sont encore visibles. A l'ouest et à l'est du 
même bassin , on remarque deux autres tell, moins importants que le 
précédent , et ((ui probablement ont été formés, comme celui-ci , avec 
les déblais j)rovenant de l'excavation du grand birket qu'ils avoi- 
sincnt. C)e bassin était alimenté d'eau au moyen d'un aqueduc qui 
exJHte encore en partie, et dont la construction est identique à celle 
ilu birket; seulement il a été bAti avec des matériaux d'un moindre 
appareil , et consiste en un sirnph» canal, qui remonte les berges mé- 
riHioiiales do l'OnecI Fasaïl. Kii le longeant moi-mAm<; dans la di- 



CHAPITIU-: VIJI. — TELL ËL-FASAIL. 229 

rection de l'ouest, j'atteins, au bout de quarante-cinq minutes de 
marche, la source dile Has el-A'ïu Fasaïl , où il a sa prise d'eau. Chemin 
faisant, j'admire la fertilité de cette riche et verdoyante vallée, oiî 
paissent des troupeaux de bœufs, démontons et de chameaux. Des 
grottes à droite et à gauche, creusées dans les flancs des collines 
qui la bordent, servent, pendant la nuit, d'étables à ces troupeaux. 
Au centre serpente le lit de l'oued; les rives sont couvertes de 
magnifiques toulles à'agnus-castus et émaillées en ce moment de 
fleurs diverses; en outre, une herbe épaisse les tapisse, ainsi que les 
flancs de la vallée. 

L'endroit oiî l'A'ïn el-Fasaïl apparaît pour la première fois dans 
l'oued est ombragé par de vieux figuiers. La source jaillit du sein 
des rochers et se partage en deux ruisseaux ; l'un coule dans le lit 
naturel de l'oued, l'autre dans un canal de trois kilomètres environ 
de parcours, qui, le long et à droite de l'oued et à un étage supé- 
rieur, descend jusqu'auprès du birket; un conduit amenait à ce 
bassin les eaux qui le remplissaient; puis le canal poursuivait son 
cours vers l'est, et se bifurquait ensuite bientôt lui-même en deux 
sections opposées, afin de pouvoir former deux chutes d'eau distinctes, 
destinées à faire tourner des moulins, et de servir en outre à l'arrose- 
ment d'un plus grand nombre de jardins et de plantations. Celles-ci 
consistaient surtout en bois de palmiers, comme nous l'apprennent 
Josèphe et Pline. Le premier de ces écrivains nous dit, en effet, que 
Salomé, sœur d'Hérode, légua à Julie (Livie), fenmie d'Auguste, 
les plantations de palmiers de Phasaélis : 

SaXwpti; yàp TeXevjcja-a iouXia, Tj? tov '!^e^a<7lov yvvaiKi, Ttjv is avT fis 
lOTKxçty^iav xcà Idfxveiav xaî Toiis èv Oao'otrjX/d'; ^otvmûivas Kixiikmev^ . 

Pline, de son côté, vante une espèce particulière de palmiers sous 
le nom de caryoke. A cette espèce, dit-il, appartenaient, en Pales- 
tine, les palmiers de Jéricho, les plus célèbres de tous, et ensuite 
ceux d'Archélaïs, de Phasaélis et de Livias, qui étaient également 
très-renommés. 

' Guerre des Juifs, I. II, c. ix, S i. 



230 DESCRIPTION DE LA SAMAÎUE. 

Ab his caryotœ maxime ceiebrantur, etcibo quidem, sed et succo uberriinœ. 
Ex quibus praecipua vina Orienli, iniqiia capiti, unde porno nomen. Sed ul 
copia ibi atque ferlilitas, ila nobililas in Judaea, nec in tota, sed Hiericunlc 
maxime. Quamquam laudatœ et Archelaide, et Phaselide atque Liviade , genlis 
ejusdem convailibus. Dos his praecipua succo pingui iactentibus : quodamque 
vini sapore in mellc prœdulci. '. 

Les palmiers de Phasaélis sont maintenant complètement dé- 
truits. Ils devaient couvrir l'admirable plaine qui se déroule à l'est 
de la vallée de l'Oued Fasaïl. Les jardins de cette ville sont pareil- 
lement anéantis; seulement on en reconnaît la trace aux débris de 
nombreux petits murs de séparation qui les délimitaient, à des 
amas de matériaux , restes sans doute des maisons de campagne 
qui y étaient disséminées, et aux vestiges des innombrables rigoles 
qui les sillonnaient. 

Quant à la ville de Phasaélis, elle est elle-même rasée de fond 
en comble. L'emplacement qu'elle occupait à l'entrée de la vallée, 
dans une position très-bien choisie, est couvert d'un amas confus 
de matériaux, la plupart de faible dimension, et les troupeaux des 
Bédouins paissent actuellement sur ces ruines solitaires. Elle avait 
été fondée parHérodele Grand, en l'honneur de son frère Piiasaël, 
au nord de Jéricho : 

Ofxojvvfjiov Se avT<^ xai 'zséXtv isep) rbv avXoova rfjs \spt)(pvvTOs sxTKrev, 
iiitivTOJV xarà ^oppàv avefjiov, Si' ifs xaï t)]v zrépiç )(Cijpav eptifxov ova-av êvep- 
yotépav éTroîtia-ev rais êntfxeXetais tcjv oixrir6p(k)V (l>a(7a.ïiXiSa xaï rauTjjv êxd- 

•rHdrode construisil pareillement une ville portant le même nom (|ue son 
frère (Phasaël), aux environs de la valide de Jdricho, (piand on se; dirige vers 
le nord. Par ce moyen, tonte la conirée (rnientour, ([ui était solitain;, lui plus 
cultivée, grAce an travail des Iiabilanis de celle ville, (|u'il appela Phasaélis.-" 

Le ni(^me fait est mentionné par Josèpiie dans son histoire de la 
(iuerre de-s Juifs. 

' Plin»». Ilitlohe nnluvrllr , I. Mil. r. i\. — " Anùq. judaùj. I. \VI, c. v, S •). 



CHAPITRE VIII. — TELL EL-FASAIL. 231 

Kaî Tsâliv âWr^v xr/iras xolto. xov àith lepi-^ovs iSvrcjv aùXôJva. zfpbs (2o- 
péav, Ooi(7aï]XtSa Mvofjtacrsv '. 

ffEt, ayant londé une autre ville près de la vallée qui s'étend au nord de 
Jéricho, il (Hérode) l'appela Pliasaélis. » 

Le birket et l'aqueduc que j'ai décrits doivent évidemment re- 
monlei' à l'époque de la fondation de la ville, et nous donnent un 
spécimen des constructions hérodiennes. On retrouve dans les flancs 
des deux chaînes de collines parallèles qui bordent l'Oued el-Fasail 
les carrières d'où ont été tirés les matériaux qui ont servi à les 
bâtir, ainsi que la ville qu'ils alimentaient d'eau. 

A sa mort, Hérode légua Phasaélis avec Jamnia et Azot à sa sœur 
Salomé : 

lâfxveiav Se xa) A^corov xou ^Q.(TaijXîSa 2aXû>/M}7 tj; àSé\(pti oojtov xara- 

Celle-ci, à son tour, comme nous l'avons dit plus haut, en fit 
don, avant de mourir, à Livie, femme d'Auguste. 

Au moyen âge, le moine Burchard fait mention de Phasaélis sous 
le nom de Phesech : 

De Emon ad quatuor Icucas contra orientem, in descensu inontis Elfraym, 
duabus leucis a Jordane in canipestribus est Phesech casale, ubi torrens 
Carith descendit de monte: in quo mansit Helias, quando corvi deferebant ei 
cibum mane et vespere^. 

Nous voyons, d'après ce passage, qu'à la fin du xm'' siècle , Pha- 
saélis existait encore à l'état de simple village. Quant au torrent 
qui la traversait, l'Oued Fasaïl de nos jours, le moine Burchard 
croyait devoir l'identifier avec celui de Carith, où Elie fut nourri 
miraculeusement par des corbeaux. 

Marinus Sanutus, au commencement du xiv*^ siècle, reproduit 
l'assertion de Burchard, en rectifiant le nom de Phesech en celui 
de Fasaelis. 

' Guêtre des Juifs, 1. I, c. xxi, 8 9. ' ïim'c\im(ïi\s,l)escriptioTen(es<mct(e, 

' Anliq.judnq. 1. XVil, c. vni, 81. p. 07. édit. Laurent. 



232 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Fasaelis vel Fasael tribus ieucis distat a Jordane, in campeslribus ubi tor- 
rens Carith descendit de monte, in quo loco mansit Helias ^ 

J'ai montré ailleurs, à propos de l'Oued el-Kelt, que je me ran- 
geais plutôt à l'opinion de ceux qui regardent ce torrent comme 
étant le ISuhal-Keiith de la Bible, le torrens Carith de la Vulgate. 
Je ne reviendrai donc plus ici sur cette question. 

' Liber Secretorum Fidelium crucis, p. aiy. 



CHAIMTRE IX. — TELL OUMM ET-THEIL. 233 



CHAPITRE NEUVIEME. 



TKLL OLMM ET-THEIL. ATTAQUE DE BEDOUINS. HALTE PRES DE 

L'OUED EL-FERa'a. KHARBET MAKHEROUK. TELL DJOUZELAH. GUE 

DE DAHIEH. VALLEE DU JOURDAIN. DJISR DAMIEH. TELL DAMIEH. 

TELL KERAOUA. RETOUR AU CAMPEMENT. 



TBLL OUMM ET-TUBIL. 



Le 2 3 avril, à six heures vingt minutes du matin, nous nous 
mettons en marche dans la direction de l'est, traversant un sol oc- 
cupé jadis par de nombreux jardins, que séparaient de petits murs, 
dont les arasements sont encore visibles. Les fellahs du village 
d'El-Medjdel et de Daumeh cultivent en blé quelques parties de la 
plaine où nous cheminons. Ils n'y descendent que temporairement 
du haut des montagnes où ils habitent. 

A six heures vingt-cinq minutes, nous nous dirigeons vers le 
nord-est. 

A six heures cinquante minutes, je cesse de distinguer dans la 
plaine des traces d'anciens murs, ce qui semble indiquer que les 
maisons de campagne formant en quelque sorte la banlieue de 
l'antique Phasaélis ne s'étendaient pas plus loin de ce côté. 

A sept heures, nous marchons directement vers le nord. 

A sept heures douze minutes, nous franchissons YOuedel-Altmar, 
^:^\ à!^, ainsi nommé sans doute à cause de la couleur rougeâtre 
de ses rives. 

Notre direction incline de nouveau vers le nord-est. La vallée 
se resserre de plus en plus; le tei'rain continue à s'élever, mais 
d'une manière souvent peu sensible. 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous franchissons Y Oued 
el-Hamam, -U.41 il^, dans la direction de l'est-nord-est. 



23A DESCRIPTION BK LA SAMÂRIE. 

A huit heures, nous parvenons à un tell où je ne d(5couvre au- 
cune trace de constructions antiques. 

A huit heures dix minutes, à une faible distance à l'ouest-nord- 
ouest du tell précédent, j'en examine un second, puis bientôt un 
troisième , peu considérable , sur le sommet desquels j'observe quel- 
ques matériaux épars, restes de quelque bâtisse entièrement ren- 
versée. Ces trois collines artificielles portent le nom de Tell Oumm 
et-Theil, JukJl fi Jj, ou peut-être de Oumm et-Teil, JooJl 1\. 



ATTAQUE DE BEDOUINS, 



A huit heures quinze minutes, nous cheminions paisiblement 
le long d'un fourré d'arbustes épineux, lorsque soudain le mulet 
qui portait mon bagage fut entouré par cinq Bédouins armés, qui 
s'élancèrent du sein des broussailles et cherchèrent à s'en emparer. 
Mais nous étions aussi nombreux qu'eux et mieux armés. Voyant 
nos préparatifs de défense, ils disparurent comme ils étaient venus. 
L'un d'entre eux , qui semblait être leur chef, s'aboucha avec Ahmed, 
mon guide, et déclara qu'il nous avait pris de loin par erreur pour 
des hommes appartenant à une tribu emiemie. 



IIALTR IMIES DE [/OUED EL-FEIU A. 



A huit heures quarante minutes, nous longeons à notre gauche 
le Djehel Sarlliabeh, HjSojj^ J^?-, que couronnent des ruines que je 
décriiai plus tard. 

A neuf licMii-es, nous parcourons une magnili([iie ])laiiie couverte 
de blés déjù pres(jue mi\rs, au milieu descjuels croissent de nom- 
breuses (leui's aux teintes les plus variées et les plus éclatantes. 

A neuf heures trente minutes, nous hanchissons Y Oued et-Fernn, 
UyUl *l^, et je fais dresser ma tente sur sa rive gauche. Les bords 
de ce torrent, dont la source estabmnlante et intarissable, sont cou- 
verlH de HU|ierl)eH louH'es de lauriers-roses en Ihuir, i\o roseaux gi- 
gantesqucH cl de verdoyants nefkr, <\m'\ forment un épais oMd)rage 



CIIAPIÏHE IX. — KHARBET MAKHEUOIJK. 235 

sous lequel coule un ruisseau éternellernent murmurant. Une herbe 
éj)aisse, émaillée de fleurs, l'ournilà nos chevaux un excellent pâtu- 
rage. 



KIIAIlBF/r MAKHEKOUK. 



A quinze minutes au nord-est de l'endroit où nous sommes 
campés, je vais, après quelques instants de repos, examiner le Kliar- 
l)€t Makherouk , (^^j^ *j^. •!« remarque d'abord plusieurs cavernes 
pratiquées dans le roc, et qui ne sont autre chose que d'anciennes 
carrières, creusées dans les flancs d'une colline rocheuse; elles 
servent actuellement de retraite à des familles de bergers et à leurs 
troupeaux. 

Quelques minutes plus loin vers l'est, s'élève un tell, appelé Tell 
Makkerouk, (^jf^ ^- ^^ domine la plaine d'envh'on trente mètres , et 
mesure dans sa partie supérieure cinquante-huit mètres de long sur 
vingt-neuf de large vers le centre , car il est beaucoup plus étroit 
à ses deux extrémités. J'ai observé sur son sommet des arasements 
de murs délimitant plusieurs petits compartiments. 

Au bas et au nord de ce tell coule, vers le Jourdain, un ruisseau 
bordé de roseaux. 11 dérive de l'Oued el-Fera'a. Cinq minutes au 
nord de cette même colline, j'en gravis une autre, qu'on me désigne 
sous le nom de Tell Ommn-Khremih , «^^ p J^; un mur d'enceinte, 
dont quelques arasements sont encore reconnaissables, en environ- 
nait autrefois la plate-forme, sur laquelle avaient été bâties plu- 
sieurs petites constructions, aujourd'hui renversées. Les pentes 
sont couvertes de matériaux de toutes sortes. 

Un troisième tell, au sud du précédent et à l'ouest du premier, 
afl'ecte une forme ronde et est moins considérable que les deux 
autres. Les constructions qui le couronnaient sont efl'acées du sol. 
Entre ces trois tell, le terrain est jonché de matériaux antiques 
confusément épars, et on foule surtout une imiombrable quantité 
de débris de poterie. 

L'ensemble de ces ruines est compris sous le nom général de 
Kkarbel Makherouk. De quelle petite ville ancienne sont-elles les ves- 



236 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

tiges? Je l'ignore. Peut-être faut-il y voir un quartier de la ville 
d'Archélaïs, qui, d'après cette supposition, aurait occupé l'entrée de 
rOued Fera'a, sur les deux rives de cet oued, un quartier étant si- 
tué à l'ouest-sud-ouest, à l'endroit connu aujourd'hui sous le nom 
de Tell el-Keraoua, dont je parlerai bientôt, et un autre à l'est-nord- 
est, au Kliarbet Makherouk. 

Mous savons, par Josèphe, qu'Archélaiis, fds d'Hérode le Grand, 
devenu ethnarque après la mort de son père, bâtit une ville non 
fermée (xœfivv), qu'il appela de son nom Arcbélaïs : 

KcSfxrjv Se KTtcras Ap^eXaiSa. ovofxa avrf} Tiôejai^. 

Archélaïs étant échue à Salomé , sœur d'Hérode, celle-ci en mou- 
rant la légua, avec Jamniaet Phasaélis, à Livie, femme d'Auguste. 

SaX'W/ix»?, 70V ^aaïkéùJs HpcJfJoi» àSekCpt), (isTaal àcra, lovXi'a Idfjiveiâv re 
xaToXeiTret xa) ttjv TOTtap^tav zsàaav, njv re êv tôj 'useSico ^aaavXîSa xa) 
Ap^eXatSa, svBa ^oivixwv ts'Kehlr] (pvTeva-ts xa) xap-uos avTMv apicnos^. 

Dans ce passage, Josèphe, sans nous indiquer d'une manière bien 
nette où était Archélaïs, la mentionne dans le voisinage de Phasaélis 
et dans la plaine, là, dit-il, où les plantations de palmiers abondent 
et où leurs fruits sont les meilleurs. Par ces niots, la plaine, il 
entend évidemment ici celle du Jourdain. 

Ptolémée cite Archélaïs parmi les villes de In Judée donnant à 
cette province une plus grande extension que celle qu'elle con)j)rend 
d'ordinaire; dans tous les cas, il semble la j)lacer au nord de Pha- 
saélis; car, dans son énumération des trois villes d'Archélaïs, de 
Phasaélis ou Phasélis et de .léiiclio, il meiilionne d'ahord la pre- 
mière, puis la seconde et enlin la troisième. Or telle est préci- 
sément, dans la vallée du Jourdain, la position de Phasaélis par 
ra|)|)ort h Jéricho; il semble donc résulter de ce passage que, de 
même que Phasaélis était au nord de Jéricho, de même Archélaïs 
était au nord de Phasaélis. Cette conclusion ressort également fies 
latitudes (piil assigne h ces trois localités. 

' Anliii. judaïqA. XVII. r. xiii. Si. — ' Ihid. I. Wlll. r. ii, S .Ji. 



CHAPITRE IX. — KHARBKT MAKHEHOUK. 237 

Dans la Table de Peutinger, Archélais est citée entre Scythopolis 
et Jéricho et à vingt-quatre mille pas de cette dernière ville. 

Or, de Jéricho au Kharbet el-Makherouk, il y a environ sept 
heures trente minutes de marche , ce qui répond sufTisamment bien 
à la distance de vingt-quatre mille pas. 

Pline vante, dans un passage que j'ai déjà cité, les palmiers qui 
croissaient en Palestine dans les vallées d'Archélaïs, de Phasaélis et 
de Livias : 

Quainquam laudatœ (palmae) et Archelaide, et Phaselide atque Liviade, 
genlis ejusdem couva Ilibus. 

Je n'ai pas à m'occuper ici de Livias, qui était située au delà du 
Jourdain. Quant à Archélais et à Phasaélis, la première paraît avoir 
été détruite avant la seconde; car celle-ci est encore citée, en i 383, 
comme un petit village; la seconde, au contraire, n'est mentionnée 
par aucun des écrivains du moyen âge. Voilà pourquoi, tandis que 
l'une a conservé son nom antique dans la dénomination arabe de 
Tell Fasad, l'autre l'a complètement perdu, ce qui laisse des doutes 
sur la véritable position qu'elle occupait. 

La vallée de Phasaélis est donc incontestablement l'Oued Fasad 
de nos jours. Celle d'Archélaïs est, avec non moins de certitude, 
à mon avis, l'Oued Fera'a. Arrosée comme la précédente par une 
source intarissable, elle est l'une des plus fertdes de la Palestine, 
et les palmiers devaient y réussir merveilleusement. En plaçant 
Archélais à l'entrée de cette vallée et à son confluent, en quelque 
sorte, avec l'immense plaine du Jourdain, Archélaiis aurait choisi 
pour son emplacement un site tout à fait analogue à celui qu'Hérode, 
son père, avait adopté pour fonder plus au sud la petite ville de 
Phasaélis. Néanmoins, ce n'est là qu'une simple présomption, et je 
décrirai bientôt, en remontant l'Oued Fera'a, d'autres ruines qui 
peuvent également être regardées comme celles de la ville bâtie par 
Archélaiis. 

De retour vers onze heures trente minutes au lieu de mon cam- 
pement, je m'y repose quelque temps à l'ombre des lauriers-roses 



238 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

et àesseder qui bordent l'Oued Fera'a; car la clialeur commence à 
devenir déjà assez forte, et mon thermomètre marque sous ma 
tente 3o degrés centigrades. 



TELL DJOUZELAII. 



A trois heures de l'après-midi , je remonte à cheval , accompagné 
de Ahmed. Notre direction est celle du sud-est, puis de l'est-sud- 
est. A notre droite, coule l'oued Fer'aa, qui, dans la partie infé- 
rieure de son cours, prend le nom d'Oued Djouiehh, «ijjy?- àî^ 

A trois heures quinze minutes , nouspassons à côté d'un petit tertre 
artificiel, appelé TelJ Djouzelak, %>> Jo; il devait porler une cons- 
truction, aujourd'hui coujplétement démolie. A trois heures vingt 
minutes, le sol s'accidente de plus en plus; il est profondément 
crevassé par des déchirements nombreux, et d'énormes ondula- 
tions succèdent à l'uniformité de la plaine que nous avons tra- 
versée jusque-là. La surface des collines au milieu desquelles nous 
cheminons est blanchâtre, et rellète d'une manière éblouissante les 
rayons du soleil. 



GUE DR DAMIRH. 



Nous descendons par une pente assez rapide jus(pi'aux rives du 
Jourdain, que nous atteignons à trois heures trente-cinq minutes. 
On le traverse en cet endroit à gué; mais néanmoins, l'eau étant 
encore actuellement assez profonde et le courant très-rapide, on 
passe le fleuve dans un bac; quelques bacliibouzouks sont préposés 
à la garde de ce passage. Le Jourdain sur ce point n'a guère plus 
de quarante mètres de large. Ses rives sinueuses sont bordées de 
peupliers, de tamariscs et de roseaux. Connue il les ronge sans 
cesse, surtout à l'époque des grandes pluies ou de la fonte des 
neiges du Liban, elles sont fendillées et déchirées en tout sens, et 
il etil prudent de ne pas s'approcher trop près de l'extrême bord, 
car, minées constamment |>nr-dessous, elles s'ébouh^it qiiehpiefois 
pnrconcliesconhidéinblcs, mlraînanl avec elles arbres el ail»nsles. 



CHAPITRE IX. — VALLEE DL JOURDAIN. 239 



VALLER DL JOURDAIN. 



Aucun fleuve peut-être ne décrit des méandres plus multipliés 
(jue le Jourdain. Il se replie continuellement .sur lui-même et coule, 
jaunAtre et impétueux, entre cette double bordure verdoyante, qui 
l'encadre d'une manière presque ininterronqjue, dans une largeur 
qui varie entre cinquante, cent et même deux cents mètres. Au 
delà de ce fourré, parfois presque impénétrable, et qui sert de 
refuge à un grand nombre de sangliers et d'asile à une multitude 
d'oiseaux, règne une vallée généralement étroite et naturellement 
très-fertile, composée d'un terrain limoneux, que le Jourdain baigne 
lors de ses grandes crues, et ([u'enserre une chaîne plus ou moins 
élevée de mamelons blanchâtres, affectant toute espèce de formes 
et profondément ravinés. Ces mamelons, couverts d'arbustes sali- 
fères, sont entr'ouverts, de distance en distance, par les lits des 
nombreux oued qui, descendant des montagnes latérales, sillonnent 
transversalement la plaine et viennent aboutir au Jourdain. Au 
delà de ces mêmes mamelons, la vallée se relève graduellement, 
quelquefois par plusieurs étages successifs, et se déroule, tantôt plus 
étroite, tantôt plus large, jusqu'à ce qu'elle atteigne le pied des 
deux longues chames parallèles, entre lesquelles elle se développe 
comme une immense plaine déprimée vers son centre, où serpente 
le lit tortueux du Jourdain; elle est découpée, en outre, dans sa 
largeur, ainsi que je l'ai dit, par une foule d'oued, qui la déchirent 
profondément et la partagent en un grand nond)re de zones diffé- 
rentes. 

De la configuration particulière de cette longue et grande val- 
lée résulte le fait suivant, que, à l'exception d'une bande assez 
étroite de terre que fécondent les eaux du fleuve entre les deux 
chaînes de collines qui l'enserrent, elle ne peut être arrosée dans 
sa partie supérieure que par des irrigations habilement ménagées, 
au moyen de canaux et de rigoles dérivant de sources diverses, qui 
jaillissent du sein des montagnes au pied desquelles elle s'étend, 



240 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Sans ces sources vivifiantes, elle serait condamnée à la stérilité 
et ne se couvrirait d'herbes et d'arbustes sauvages qu'à l'époque 
des pluies. Avec ces sources, au contraire, elle est encore très- 
fertile là où elle est cultivée et où Teau continue à circuler. Mal- 
heureusement, la plus grande partie des aqueducs, des canaux et 
des mille ruisseaux artificiels qui, autrefois, y avaient été créés, 
n'existent plus maintenant. Toutes ces admirables plantations de 
baumiers, de palmiers et, plus tard, de cannes à sucre, qui en fai- 
saient la richesse et qui devaient prospérer merveilleusement sous ce 
climat tropical, ont radicalement disparu. Les villes qui y avaient 
été construites sont presque entièrement anéanties et, sauf quelques 
points qui sont ensemencés par des fellahs appartenant à des vil- 
lages situés sur les montagnes dont elle est bordée, elle est actuel- 
lement livrée en proie à des bandes errantes de Bédouins, qui y 
promènent leurs tentes, leurs rapines et leurs troupeaux. 



DJISR DAMIRn. 



A quelques centaines de pas au nord du gué que je viens de 
mentiomier, je remarque les restes d'un pont; toute la partie de ce 
pont qui avait été bûtie sur le fleuve même a été emportée par le 
courant; il ne subsiste plus que cinq arches dégradées, sur la rive 
gauche. Construites en pierres de moyenne grandeur et affectant la 
forme ogivale, elles ne remontent pas au delà de l'occupation 
sarrasine; peut-être datent-elles seulement de l'époque des croisades. 



TBLL DAMIER. 



Au delà du fleuve, à une assez faible distance de ce pont, s'élève, 
8iir la zone orientale de la vallée, un tell sur le sommet (hi(|ii('l je 
distingue ((U('l(|ues débris de constructions antiques. On I appelle 
pan'ilienuMil Tel I l)<i midi, iU^li Jj. 



CHAI>ITHR IX. — ÏRLL KKKÂOUA. 2/i 



TELI, KRRAOUA. 



A trois heures cinquante-cinq minutes, quittant ies bords du 
Jourdain, nous nous remettons en marche dans la direction de 
Touest-nord-ouest. 

A quatre heures trente minutes, nous avançons vers l'ouest. 

A quatre heures trente-cinq minutes, nous franchissons l'Oued 
el-Fera'a. 

A quatre heures cinquante minutes, nous parvenons au Tell 
Keraoïia, I^J^j Jj. 11 s'élève graduellement et par plusieui-s étages 
successifs dans la direction de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est. De 
ce côté, il domine la plaine d'environ trente mètres. Ses pentes et 
son sommet sont jonchés de débris de poterie et de matériaux pro- 
venant de constructions renversées; quelques arasements de murs 
sont encore visibles. 

A une faible distance à l'ouest et au pied du tell, est un oualy 
consacréau cheikh Abd el-Kader. Le tombeau du santon est renfermé 
dans un petit sanctuaire surmonté d'une coupole. Cette chapelle 
est précédée d'une cour où je remarque plusieurs autres tombeaux 
musulmans. Une de ces tombes est ornée de deux tronçons de 
colonnes antiques, placés l'un à la tête, l'autre aux pieds du mort. 

Je ne serais point éloigné de penser, comme je l'ai déjà dit, que 
la ville d'Archélaïs a occupé à la fois l'emplacement du Kharbet 
Makherouk et du Tell Keraoua, séparé du précédent par quelques 
champs actuellement cultivés en céréales et par le coui's de l'Oued 
el-Fera'a. 



RETOUR AU CAMPEMENT. 



A cinq heures cinq minutes, nous traversons vers l'est un canal 
antique dérivant de l'oued et se dirigeant vers le sud- est, puis une 
petite plaine couverte de magnifiques blés déjà mûrs, enfin l'oued 
lui-rnèine; à cinq heures douze minutes, nous sommes de retoui' 
au heu d(^ notre campement. 



24-2 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Pendant la nuit nous entendons retentir par intervalle la voix de 
nombreux fellahs disséminés dans la vallée à l'entrée de laquelle 
nous sommes campés. Armés de sabres et de fusils, ils veillent sur 
leurs moissons non encore coupées, dans la crainte que les Bédouins 
ne viennent les récolter avant eux; ils cherchent aussi à en chasser 
parleurs cris les sangliers, qui ravagent souvent leurs champs. Dans 
la journée, ils répètent les mêmes cris pour éloigner les oiseaux 
qui s'abattent par nuées sur les épis déjà dorés. La récolte des blés, 
dans la vallée du Jourdain et dans la zone inférieure des vallées 
latérales qui y aboutissent, a lieu, en effet, d'ordinaire, vers la fin 
d'avril ou, au plus tard, dans les premiers jours de mai; celle de 
l'orge se fait naturellement plus tôt. Il ne faut pas s'étonner de 
celte maturité précoce des céréales dans cette partie de la Palestine, 
car on sait, d'après ce que j'ai dit précédemment, combien grande 
est la dépression de la vallée du Jourdain relativement au niveau 
de la Méditerranée; et dès lors on ne doit point être surpris que 
la moisson se fasse là plus tôt que dans les autres régions de la Pa- 
lestine, surtout plus tôt que dans les districts montagneux. 



CHAPITHE X. — KHAHBET KKHZELIUA. 2'i3 



CHAPITRE DIXIEME. 



KHARBET KERZELEIA. ASCENSION DU DJEBEL SARTHABEII. kHARBET 

KOUFA. KHARBET EL-KALa'iI. DESCENTE DE CETTE MONTAGNE. 

RETOUR AU CAMPEMENT. 



KHARBET KERZELEIA. 



Le 9 5 avril, à cinq heures quarante-cinq minutes du matin, je 
pars, avec Aimied et l'un des moukres, pour aller explorer le Djebel 
Sarthabeli, sur lequel on m'avait signalé des ruines importantes. 

Notre direction est celle du sud-sud-ouest. 

A six heures cinq minutes, laissant à notre droite au nord le 
Tell Keraoua, dont il a été question, nous commençons à monter 
légèrement vers le sud. 

A six heures quinze minutes, nous parvenons à des ruines 
appelées Kharbet Kerzeîeia, \^j^ ioj^. Elles occupent le sommet 
d'une colline rocheuse; de gros blocs mal équarris l'environnaient 
d'un mur d'enceinte dont les traces sont encore visibles. Au bas de 
cette colline, vers le sud, gisent les restes de plusieurs habitations 
renversées, au milieu desquelles on remarque deux citernes pra- 
tiquées dans le roc. Les pierres qui avaient servi à b.^tir ce village 
sont dures, noires et poreuses; elles avaient été h peine équarries. 



ASCENSION nv DJEBEL S\ltTHAI!EH. 



A six heures vingt minutes, nous continuons à nous avancer vers 
le sud, en côtoyant les lianes d'un des contre-forts du Djehcl Snr- 
lliaheh, ïjS>y^ J^s^ , sur un sentier étroit et glissant. 

A sept heures, Ahmed et moi nous confions nos chevaux au 
moukre qui nous accompagne, et qui a l'ordre de nous attendre dans 



lO. 



2^4 DESGIUPÏION DE LA SAMAHIE. 

une sorte de petit vallon verdoyant formé par une aniractuosilé de 
la montagne. Puis nous poursuivons notre ascension à pied, gra- 
vissant péniblement des pentes très-rapides, revêtues d'une herbe 
fine et diaprées de (leurs diverses, la plupart odoriférantes. 

KUAKBET KOUFA. 

A sept heures trente minutes, nous atteignons le sommet sep- 
tentrional et inférieur de la montagne. Là s'étend un plateau oblong 
couvert d'innombrables fragments de poterie et parsemé de pierres 
de moyenne dimension qui proviennent de constructions démolies. 
Sur les flancs de ce plateau on remarque plusieurs cavernes; ce 
sont d'anciennes carrières, d'où ont été extraits les matériaux qui 
ont servi à bâtir ce village, dont les ruines s'appellent aujourd'hui 
kluirbel hovfa, IjjS'iù^. 

KUARBET EL-kALA^II. 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous connnençons une nou- 
velle et courte ascension à travers des rochers , puis, après avoir tra- 
versé un second plateau beaucoup plus petit que le précédent, nous 
escaladons le sommet supérieur de la montagne, où nous arrivons à 
huit heures. Ce sommet était environné d'un mur d'enceinte bâti 
en blocs de très-grand appareil, qui a été détruit presque entière- 
ment et dont il ne subsiste que quelques arasements. Ce mur en- 
fermait une petite citadelle, construite, elle aussi, avec de superbes 
blocs, les uns complètement aplanis, les antres relevés en bossage, 
ceux-ci engagés transversalement dans l'épaisseur de la construction, 
ceux-là placés au contraire dans le sens de leur longueur. Ceux dont 
les joints sont irréprocliables ne sont unis entre eux par aucun ci- 
inont; pour ceux dont l'adhérence est moins parfaite, les moindres 
interstices sont soigneusement bouchés avec de petits éclats de 
pierre, conglutinésavecde la terre en guise de ciment. Il ne subsiste 
plus de ce fort cjue la partie méridionale, encore en partie debout. 



CHAPITRE X. — KHARBET EL-KALA'H. 2â5 

Inquelie se terminait par une tour carrée environnée d'un fossé; 
et c'est par cette tour, dont plusieurs assises inférieures sont tou- 
jours en place, que l'on peut juger du caractère général de la 
construction et du soin avec lequel elle avait été bâtie. Toute la 
partie septentrionale et même toute la partie centrale du fort ont 
été bouleversées de fond en comble et n'offrent plus qu'un amas 
énorme de gros blocs entassés confusément les uns sur les autres. 
11 est probable que plusieurs citernes creusées dans le roc étaient 
renfermées dans cette enceinte, mais elles sont actuellement obstruées 
et cacbées sous une colline de débris. Les Arabes donnent à ces 
ruines, évidemment antiques, le nom de Kharhet el-Kalali, ii^i- 
À*U!l (ruines du château fort). Du sommet qu'elles occupent, 
le regard embrasse un immense horizon, depuis la cime neigeuse 
du grand Hermon, au nord, jusqu'aux montagnes d'Hébron, au 
sud; toute la vallée du Jourdain et les trois quarts au moins de 
la mer Morte se déroulent aux pieds du spectateur, à la profondeur 
d'environ mille mètres; au delà, vers l'est, les contrées transjor- 
danes apparaissent dans un lointain immense; à l'ouest, la vue est 
plus bornée , parce que, de ce côté, plusieurs chaînes de montagnes 
appartenant à la Satnarie et à la Judée ne permettent pas d'aper- 
cevoir la Méditerranée. 

A cause de ses deux cimes, l'une supérieure, l'autre inférieure, 
le Djebel Sarthabeh s'appelle également Kournein Sarlhaheh, (joy» 
Hji^Dj^ (les deux cornes de Sarthabeh), ou Sarthabeh Bou-Komiiein ^ 
(jvy»^ iuls^^ (Sarthabeh, père de deux cornes, Sarthabeh aux 
deux cornes). 

Le nom biblique (|ui s'en rapproche le plus dans l'histoire la 
plus reculée du peuple juif est celui de Tsarthan, en hébreu yrvis, 
en grec Hsipâ et HictpcîiJL, en latin Sarthan. 

La localité ainsi appelée est mentionnée pour la première fois, 
dans la Bible, lors du passage miraculeux du Jourdain par les 
Israélites. Il est dit dans le livre de Josué que ce fleuve s'ouvrit 
pour laisser passer les Hébreux. 

fT Les eaux qui venaient d'en haut s'arrêtèrent en un même lieu et, 



2/16 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

s'élevant comme une montagne , elles paraissaient de loin , depuis 
la ville qui s'appelle Adoni juscprau lieu nommé Sartlian; mais les 
eaux d'en bas s'écoulèrent dans la mer du désert, qui est appelée 
maintenant la mer Morte, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus du tout, n 

Stelerunt aquae descendentes in loco iino et ad instar montis inlumesccnles 
apparebant procul, ab urbe quae vocatur Adom usque ad locum Sartlian : quœ 
autem inferiores erant, in maresolitudinis (quod nunc vocatur Mortuum) des- 
cenderunt, usquequo omnino deficerent^ 

Ailleurs, nous lisons dans les Livres saints que Salomoii fil 
fondre tous les vases de métal qui devaient servir à l'usage du 
temple de Jérusalem dans la vallée du Jourdain, entre Sochoth et 
Sarthan. 

In campeslri regionc Jordanis fudit ea rex in argillosa terra, inter Sochoth 
et Sarlhan^. 

Peut-être faut-il confondre avec Sarthan, en hébreu Tsarthan, 
une localité du nom de Sarthana, en hébreu Tsarlhanah, n:rns, en 
grec Seo-aôàv et EicrXioLvôciv, en latin Sarthana, signalée connue 
étant dans le voisinage de Bethsan et sous la dépendance de l'un 
des douze connnissaires chargés par Salomon d'administrer les 
préfectures du royaume d'Israël, et de fournir à l'entretien de la 
maison du roi. 

7. Ilabebat autcm Salomon duodecini |)rœfectos super oninem Israël, (pii 
|)ra>bebanl annonani régi et domui ejus; per singulos enim menses in anno, 
singuli neccssaria niinislrabant. 

1 9. Bana , tiliiis Aliilud , regebat Thanac et Vlageddo, et universani Bethsan , 
f]uœ est juxta Sarthana subter JczraeP 

Si Tsarthan et Tsartliaiuih sont une seule et môme localité, 
comme Tsarthanah, d'après ce dernier passage, doit ôtre cherchée 
dans le voisinage de Betlisan et au-dessous de Jezraël, il s'ensuit, 
conformément à un autre verset i\u même livre âos Bois, qu'i^lle 
^lail située entre Bethsan nu nord cl Sochoth au sud et, par con- 

• J»nié,r.ui, V. i«». - ' Unis, i. |||,r. vn. v. /iT». — ' ll>i,l.\. III. r. i\.v. 7 ol i-?. 



CHAPITRE X. — KHAHBET EL-KALA'H. m 

séqiient, dans ce cas, elle n'aurait absolument rien à voir avec les 
ruines du Djebel Sartliabeb, lequel s'élève à sept heures de marche 
au sud de Sakkout, l'antique Sochoth, en hébreu Soukkoth. 

Dans YOnomasticon d'Eusèbe, llapOdv est marquée comme se 
trouvant au-dessous de Jezraël : 

^apOàVf vTFOxaToo le<7paitfX. 

Sarlhan, dit saint Jérôme, quae est ad radiées Jezraelae. 

Donc, pour Eusèbe comme pour saint Jérôme, Sarthan et Sar- 
thanah sont la môme localité, laquelle était située au-dessous de 
Jezraël , ce qui confirme la conclusion que nous venons de tirer et 
s'oppose à ce que nous reconnaissions, dans le nom du Djebel Sar- 
tbabeh , une altération de la dénomination hébraïque de Tsarthanah 
ou Tsarthan. 

Mais si l'assimilation du nom de Sarthabeh avec celui de Tsarthan 
ou Tsarthanah est, pour cette raison, très-problémati(jue, pour ne 
pas dire erronée, celle de ce même nom avec celui de Sarthaba , 
porté par une montagne que mentionnent les Talmudistes, comme 
répondant par ses feux à ceux du mont des Oliviers, est indubi- 
table. On sait, en effet, que, avant la composition du calendrier astro- 
nomique, les Juifs fixaient les néoménies d'après le témoignage de 
ceux qui avaient aperçu la nouvelle lune. Les témoins étaient reçus 
à Jérusalem par le Sanhédrin, qui, sur cette base, établissait Ki 
date des mois et colle des jours de fêtes. Pour annoncer aux pro- 
vinces le renouvellement du mois, on allumait des feux sur les 
montagnes. Le signal partait du mont des Oliviers, puis le mont 
Sarthaba le transmettait de la même manière à d'autres hauteurs 
très-élevées, et ainsi de suite. Ces détails nous sont fournis par la 
Misclma^ Nul doute que le Djebel Sarthabeh qui nous occupe en 
ce moment ne soit le Sarthaba, en hébreu, N3t2-)D, dont parle ici le 
Talnmd. De son somcnet, comme je l'ai dit, on distingue les deux 
extrémités de la Palestine, puisque, au nord, se mollirent les cimes 

' Miscima, Bosch huschana, r. ii, 8 /i. 



nS DESCKIPTION DE LA SAMARIE. 

gigantesques du grand Hernion, du pied duquel jaillissent les 
sources du Jourdain , tandis que, au sud, apparaissent les montagnes 
dHébron. Le Djebel Sartliabeh était donc un observatoire parfai- 
tement choisi pour lecevoir et transmettre des signaux au moyen 
de feux allumés sur son point culminant. On y avait également 
élevé, à une époque que je ne puis préciser, mais qui doit être 
assez reculée , la forteresse dont j'ai décrit les ruines. 

DESCENTE DL DJKItEL SARTHABEH. 

A neuf heures, nous commençons à redescendre vers l'est à 
travers un amas considérable de gros blocs taillés provenant de la 
citadelle renversée, et qui ont été projetés violemment sur les ilancs 
orientaux de la montagne. Sa pente étant, de ce côté, extrêmement 
roide, j'y remarque les traces d'un escalier en pierre et, un peu plus 
bas, une citerne pratiquée dans le roc. 

A neuf heures dix minutes, nous foulons aux pieds une quantité 
énorme de débris de poterie. 

A neuf heures quinze miimtes, nous cessons de descendre vers 
l'est et, tournant au nord, nous suivons une sorte d'étroite corniche, 
qui nous conduit bientôt à plusieurs galeries souterraines pratiquées 
dans les lianes de la montagne pour en extraire des matériaux de 
construction. C'est de là, sans doute, que sont sortis les gros blocs 
qui ont servi à bâtir la citadelle. Une de ces galeries, après avoir 
été exploitée comme carrière, a été ensuite transformée on une 
salle oblongue, dont les parois ont été revêtues d'un é[)ais ciment, 
aujourd'hui en {jrande partie tombé. Elle sert, depuis longtenq)s sans 
doute, de refuge à de nombreuses colombes, qui y ont élu domicile, 
car le sol est tout couvert de guano. 

En continuant à nous avancer vers le nord le long de la même 
corniche, nous rencontrons, A neuf heures quarante miinites, une 
autre citerne antique* crcîusée dans le roc. 

Puis nous nous laissons glisser, plutôt (|ue nous ne njarchons, 
Hur une pente très-rapide, et, à dix heures vingt minutes, nous 



CHAPITRE X. — RETOUR AU CAMPEMENT. 2A9 

parvenons à quelques débris de constructions antiques. Il y avait 
peut-être en cet endroit un poste avancé, là où l'ascension com- 
mence à élre dilïicile. On y trouve une ancienne citerne, aux trois 
quarts comblée. 



RETOCB AU CAMPEMENT. 



INoiis reprenons bientôt nos chevaux, qui broutaient près de là 
sous la garde du moukre, et, à onze heures trente minutes, nous 
regagnons le lieu de notre campement au delà de l'Oued el-Fe- 
ra a. 



250 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE ONZIEME. 

KHARBET BASALIEH. TELL ES-SAFRA. KHARBKT ALIAKELOUM. KIIAR- 

BET OLMM-KEISMAH. KHARBET SOUMRA. a'tIIOUF (tAI'POUAh). 

TAMOLN. RAS EL-a'ÏN FEBA^\. TELL EL-FERa'a. BORDJ EL-FERa'a. 

kHARBET A*S1R. TELL EL-KADIIIEII. RETOUR AU CAMPEMENT. 



KHARBET BASALIEH. 



Le 2 5 avril, à cinq heures trente-cinq minutes du matin, je pars 
avec Ahmed pour aller explorer toute la vallée de l'Oued el-Fera'a 
jusqu'à la source de ce nom. Nous prenons d'abord la direction du 
nord, puis bientôt celle de l'ouest-nord-ouest, sur la rive gauche 
de l'Oued el-Fera'a. A une faible distance au sud, de l'autre côté de 
la vallée, brille la blanche koubbeh du cheikh Abdel-kader; plus 
loin, dans la même direction, se dresse la masse imposante du 
Djebel Sarthabeh, dont les deux sonmiels se distinguent parfaite- 
ment. Nous cheminons à travers des champs oii ondulent, sous le 
vent, d'admirables moissons jaunissantes et que, de distance en 
distance, gardent des fellahs armés, lis sont sans cesse occupés à 
repousser par d<'s cris et par des pierres des bandes ])illai'des de 
passereaux et d'autres oiseaux, qui, sans paix ni trêve, cliercheiit 
à dévorer les épis déjà mors. 

A s\\ heures quarante-cinq minutes, nous parvenons à un en- 
droit où la vallée se resserre de plus en plus. A notre gauche 
coule, dans un canal artificiel, un ruisseau abondant dérivé de 
Toucd, dont le lit serpente plus bas entre une double bordure (h^ 
lauriers-roses. 

A noire droite, les lianes des montagnes <pi(; nous longeons onl 
été excnvés pour en exliaire d(;s pierres. 



CHAPITRE XI. — KHARBET RASALIEH. 251 

A six heures cinquaiile-ciiiq minutes, la vallée devient encore 
plus étroite, pour se rélai'gir ensuite. 

A sept heures vingt-cinq minutes, nous rencontrons les traces 
d'un ancien moulin, et, presque immédiatement après, nous par- 
venons au Kharhel Basalieli, ^^^^aj i^j-^. 

Les ruines ainsi appelées s'étendent à partir de l'oued dans une 
plaine et sur des collines qui s'élèvent graduellement du sud- 
ouest au nord-est. La petite ville dont elles sont les débris est com- 
plètement renversée. »Aucune trace de murailles d'enceinte n'est 
reconnaissable; aucun édifice n'est debout. L'emplacement qu'elle 
occupait, envahi aujourd'hui par des herbes, des fleurs et de jeunes 
seder à l'état de simples arbustes, est parsemé de débris de poterie 
et de matériaux de toutes sortes et de toutes grandeurs, restes 
(l'Iiabitations démolies de fond en comble. Quelques cilernes creu- 
sées dans le roc sont seules assez bien conservées. Je signalerai 
aussi les assises inférieures d'un mur déterminant un rectangle 
long de 58 pas sur 33 de large. Ce mur, épais de 95 centimètres, 
avait été construit avec des blocs d'assez grandes dimensions et plus 
ou moins bien équarris. De petites pierres sont engagées avec de 
la terre en guise de ciment dans l'intervalle des joints. Un étroit 
fossé régnait en dehors de la face septentrionale de cette petite en- 
ceinte, que les Arabes décorent encore actuellement du nom de 
Seraïa (le palais), et qui, sauf du côté du nord, oii elle subsiste jus- 
qu'à la hauteur de i"", 1 5 , est ailleurs ou presque entièrement rasée 
ou ensevelie; sous des amoncellements de terre. Elle était divisée 
intérieurement en deux compartiments inégaux, dont l'un renferme 
une sorte de magasin souterrain voûté en plein cintre, que Ahmed 
ne manque pas d'appeler el-liabs (la prison). Les autres construc- 
tions qui s'élevaient au dedans de ce mur sont tellement rasées 
que la trace même n'en est plus visible. 

Quel était le nom antique de cette localité? Quelques critiques 
placent là l'ancienne Archélaïs, fondée par Archéiaiis, (ils d Hé- 
rode. Peut-être oui -ils raison. Néamnoins, comme les ruines de 



252 DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

Basalieh sont loin d'être plus importantes que celles du Kliarl)et 
Makherouk réunies à celles du Tell Keraoua , à l'entrée de la vallée ; 
que, en outre, nous savons, par un passage de Josèphe, qu'Arclié- 
laïs était, ainsi que Phasaélis, située dans la plaine au milieu de 
grandes plantations de palmiers, et que, par ces mots la plaine, 
il faut entendre évidemment ici la grande vallée du Jourdain, le 
Rhér de nos jours, j'incline plus volontiers, contrairement à l'opi- 
nion de ces critiques, à reconnaître cette ville dans les deux groupes 
séparés de ruines qui se trouvent à l'endroit même où l'Oued el- 
Fera'a débouche dans la vallée du Jourdain. Autrement, si Arcbé- 
laïs avait été située assez avai]t dans TOued el-Fera'a et à sept ki- 
lomètres au moins de la plaine du Jourdain, comment Josèphe 
auraib-il pu dire qu'elle se trouvait, de même que Phasaélis, dans 
cette plaine? Je maintiens donc ma première conjecture, tout cii 
reconnaissant que les ruines du Kharbet Makherouk et celles de 
Keraoua sont actuellement peu considérables; mais celles de Basa- 
lieh ne le sont pas davantage et, parleur position, répondent moins 
bien que les précédentes à l'indication fournie par le passage sui- 
vant de Josèphe : 

^àXcôfÀVj 70V ^OLtTiXéciJS n^ûSov àSs\<Pri, fieTao-lâcra lovXia. lotfxveidv re 
xataXeiTiti xa.) t^v TOTtapy^ioiv zsSaav, tïjv ts êv T(p 'asSicf) ^a.aa>i'kîSa. xa.) 
\p)(^e\atSa, ivQa (potvixcov isXei(7lïi ÇhjTSuais xaï xapiros avTcÔv apitrlos^. 

H ne faut pas nous étonner, du reste, qu'Archélaïs ait été pres- 
que entièrement détruite, et h's faibles luines qui existent sur les 
difl'érenls tell du Kliarl)et Makherouk et de Keraoua ne doivent 
pas nous faiie douter de l'existence en ce lieu d'une petite vilh^; 
car que subsiste-t-il à Jéricho des immenses conslrurlions btUies 
par liérode, telles que palais, liipjxxlrome, théAtrc, etc.? (}ue sub- 
sJHtc-tHl également au Kliarbet Kasaïl, «"i part un bassin et un aque- 
duc, de la ville que ce même piince avait fondée en cet endroit 
cil rhoniieur de son frère Phasaël? Archélais n'était d'ailleurs, en 

' Sntlif. jnâaîq. I. Wlll. c. ii, S o. 



CHAPITRE Xi. — KHARBEÏ ALIAKELOUM. 253 

iTalit(', qu'une simple bourgade; car Josèphe la désigne sous le 
nom de xwfxrj : 

KvfÀW Se xTiaas, Ap^s^AoïiSa ovofxct avTtj tiBetai '. 



TELL ES-SAFRA. 



A huit heures vingt-cinq minutes, je quitte les ruines de Basa- 
lieh, et, laissant sur notre gauche la vallée de l'Oued el-Fera'a, nous 
montons légèrement vers le nord-ouest. 

A huit heures trente-six minutes, nous arrivons à une petite 
colline appelée Tell es-Safra, tyuaJt J^. Le sommet en est couvert 
d'un amas confus de pierres de moyenne dimension et de blocs 
plus considérables, provenant d'anciennes constructions renversées. 
Au bas du tell, d'autres matériaux analogues jonchent le sol. 



KUARBRT ALIAKELOUM. 



Deux cents pas plus à l'ouest, des ruines plus considérables at- 
tirent mon attention. Elles couronnent une colline rocheuse faciie- 
ment accessible vers l'est, mais très-abrupte vers l'ouest et le nord- 
ouest. De ce côté, elle est hérissée d'énormes blocs de rochers et 
domine l'Oued el-Fera'a de 35 mètres environ. Je remarque sur 
son sommet les vestiges d'un gros mur d'enceinte construit avec des 
pierres d'un grand appareil, les unes assez bien taillées, les autres 
à peine équarries. Elles ont dû être extraites des flancs mêmes de 
la colline. Plusieurs citernes creusées dans le roc sont en partie 
comblées. 

Au pied de la colline, vers le nord-ouest, dans une plaine fertile 
et sur la rive droite de l'oued, le sol est parsemé de matériaux dont 
beaucoup affectent des dimensions assez considérables, restes con- 
fus de nombreuses habitations totalement démolies. Ces ruines me 
sont désignées par Ahmed sous le nom de Kharhet AHakeloum, 

' Antiq. judatq. I. XVII, c. xiii, S i. 



25A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Ceux qui seraieut lenlés d'y reconuaître les vestiges d'Archéiaïs 
et, daus le uoui arabe, uue corruption de ce dernier seraient, à mon 
avis, dans l'erreur; car, loin de reculer davantage dans l'intérieur 
de rOued el-Fera'a l'emplacement de cette bourgade, il faut, au 
contraire, comme je l'ai dit, la rapprocher le plus possible de la 
grande vallée du Jourdain, où la place Josèphe, 



KHARBET OUMM-KEISMAH. 



A neuf heures dix-huit minutes, nous poursuivons notre route 
au milieu de la vallée, dans la direction de l'ouest-nord-ouest, et, 
tournant bientôt vers le nord, nous gravissons les collines qui 
bordent l'oued de ce côté, et que dominent des hauteurs plus éle- 
vées. Nous cheminons péniblement sur un étroit sentier, qui nous 
conduit à un plateau fertile, où nous parvenons h neuf heures trente 
minutes. 

A neuf heures trente-cinq minutes, après avoir traversé des 
champs cultivés, nous commençons une nouvelles ascension vers le 
nord-ouest. A notre gauche, serpente un oued qui aboutit à l'Oued 
el-Fera*a. 

A neuf heures (juarante minutes, nous descendons dans le ht 
de l'oued, que nous suivons dans le nord. 

A neuf heures cinquante minutes, nous l'abandonnons à notre 
gauche pour gravir de nouviîlles pentes, qui nous mènent à un 
autre plateau d'une grande fertiMté. 

A dix heures cincj minutes, notre direction devient celle du nord- 
nord-est. 

A dix heures dix miimtes, nous faisons halte un instant au Kliar- 
bel Oumm-Keinmah, x<wjÇi II iù^, (jue d'autres prononcent Kliarhcl 
Mekewnah, ïUwhA* i^j^. \j'^ s'élevait autrefois un villagtî considé- 
rable, dont il s(d)siste encore beaucoup de citernes et de magasins 
80ut«>rrains pratiqués dans le roc. Autour de chacun de ces caveaux, 
on n>Miar(|uc uni; petite enc(Mnt<* en pierr<'s plus ou moins bien 
équarricH et généralement d'assez grandes dimensions. Ces pierres, 



CIIAPIÏRK XI. — KHARBET-A'THOUK 255 

Lrès-iioircies [)ai' le temps el conruséinent entassées, sont ies restes 
d'habitations renversées, probablement fort anciennes, qui avaient 
été bAties au-dessus de ces hypogées et, selon toute apparence, 
ne se composaient, pour la plupart, que d'une seule pièce, comme 
cela a lieu encore maintenant pour un grand nombre de maisons 
arabes dans les villages. 

KHARBRT SOUMRA. 

Trente minutes au nord-est de là, d'autres ruines moins éten- 
dues, sur une colline, me sont indiquées sous le nom de Kharbel 
Soumra, I^-«n». ^jy^ ; je les aperçois seulement de loin. 

KHARBET a'tHOUF. 

A dix heures (juarante-cincj miimtes, nous descendons légère- 
ment vers le nord-ouest, puis vers l'ouest, à travers une belle plaine 
dont la terre rougedtre est très-fertile. 

A onze beures quinze minutes, nous parvenons au Kharhel 
A'thouf, o^ixt »^j^- Des ruines considérables couvrent les flancs 
orientaux d'une longue colline rocheuse. Elles sont cachées en partie 
en ce moment sous un fouiré épais de mauves gigantesques, au 
milieu desquelles il faut s'avancer avec précaution et en sondant 
le terrain; car on rencontre partout d'anciennes citernes creusées 
dans le roc, dont l'ouverture est béante; quelques-unes néanmoins 
sont encore fermées à leur orifice par un gros bloc circulaire percé 
qui leur servait de margelle, et que boucbait une pierre engagée 
dans le trou pratiqué au centre. Ces citernes sont tellement nom- 
breuses qu'on peut croire que la plupart des maisons avaient la 
leur; celles-ci également renfermaient presque toutes un caveau 
souterrain taillé dans le roc et où l'on descendait par quelques 
marches. En pénétrant dans une quinzaine de ces hypogées, qui 
remontent sans doute à la plus haute antiquité, j'ai vu que plusieurs 
étaient actuellement utilisés comme étables et d'autres comme 



256 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

magasins à fourrage et à grains par les fellahs de Tamoun, qui 
cultivent les champs situés au bas d'A'thouf. Quant aux maisons 
de cette petite ville, elles avaient été construites avec des blocs plus 
ou moins bien équarris et de dimension moyenne; renversées pour 
la plupart, elles ne forment plus maintenant que des amas de pierres 
confusément entassées autour des caveaux souterrains au-dessus 
desquels elles s'élevaient autrefois. Quelques-unes cependant sont 
encore debout, ayant été gi'ossièrement relevées par les fellahs dont 
j'ai parlé, qui y habitent à l'époque de la moisson. En errant au 
milieu de ces ruines, j'ai remarqué quelque part un ancien chapi- 
teau de colonne de style corinthien, et qui a été creusé postérieu- 
rement en forme de mortier. 

Le Kharbet AHhouf est probablement l'ancienne Tappouah, en 
hébreu rusri, en grec T(X(pov, 0a(pé0, È(p(pové et 0a(p0w0, en la- 
tin Taphphua et Taphua, signalée dans la Bible comme étant sur 

r 

les limites de la tribu de Manassé et de celle d'Ëphraïm : 

7. Fuitque terminus Manasse ab Aser Machmethath quœ respicit Sichem ; 
et egreditur ad dexteram juxia habitalores fontis Taphuae. 

8. Etenim in sorte Manasse ceciderat terra Taphuae, quœestjuxta lenninos 
Manasse filiorum Ephraim '. 

Cette ville est mentionnée dans YOnotiuisticou sous le nom de 

Sa(^(pové : 

Sa(p<povèf (pv\fis Mava<7(Tiî. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, la désigne sous le nom 
de Thaphuth : 

Thnphulli, in tribu Manasse. 

Il faut distinguer cette Tappouah de Both-Tappouah, ((uise trou- 
vait dans les montagnes de Juda et (h)nl j'ai parh' ailh'iirs dans 
ma henrviplinu ilr la Judrr. 

' JoKuê, r. XVII, V. 7 H H. 



CHAPITRK XI. — RAS EL-A'IN FEHA'A. 257 



TAMOHN. 



A midi, nous nous remettons en marche dans la direction du 
nord-ouest, puis de l'ouest-nord-ouest. 

Nous montons légèrement; à notre gauche, je remarque sur 
les flancs septentrionaux d'une haute colline d'anciennes carrières, 
des citernes et des tombeaux pratiqués dans le roc. A notre droite 
s'étend une plaine bien cultivée; la terre en est rougeâtre et pro- 
fonde; nos chevaux y enfoncent en marchant. 

A midi quinze minutes, notre direction incline vers Touest et 
ensuite vers le sud -ouest. La montée devient alors très-roide, et 
le sentier que nous suivons est étroit et rocheux. 

A midi trente -cinq minutes, nous parvenons sur un plateau 
fertile cultivé en céréales. Ce plateau est dominé, à l'ouest, par 
une colline, dont les flancs sont percés de citernes et de caveaux 
antiques creusés dans le roc; ces magasins souterrains étaient 
surmontés de petites habitations, aujourd'hui renversées, et dont 
il ne subsiste plus que des amas de matériaux rangés autour de 
chacun de ces hypogées. Le sommet de la colline est actuellement 
seul habité; les maisons encore debout ont été btUies avec des 
pierres provenant de plus anciennes constructions. Ce village, qui 
contient environ 600 âmes, a donc succédé certainement à une 
ancienne ville. Son nom actuel est Tamoun, ^j^. J'ignore s'il est 
purement arabe, ou s'il reproduit, avec plus ou moins de fidélité, 
une appellation hébraïque qui s'est perdue; car ni dans l'Éciiture 
sainte ni dans aucun écrivain profane on ne trouve aucun nom de 
localité appartenant à cette partie de la Palestine qui ait le moindre 
rapport avec celui de Tamoun. 



RAS EL-A ÏN FKKA A. 



A midi quarante miimtes, nous redescendons, vers l'ouest-sud- 
ouest, de la hauteur d«; Tamoun, et nous contiimons notre chemin 
vers l'ouest à travers Je même plateau que je viens de signaler. 



258 DESCRIPTION DR LA SAMARIE. 

A midi cinquante-cinq minutes, nous descendons vers le sud- 
ouest, 

A une heure quinze minutes, nous cheminons, vers le sud-sud- 
ouest, sur un sentier tracé à travers une roche d'un calcaire cré- 
tacé très-tendre, oii, depuis des siècles, le pied des bêtes de somme 
a creusé des empreintes profondes, comme des espèces de degrés. 
A notre gauche serpente un ravin très-encaissé. 

A une heure trente minutes, nous nous dirigeons, à l'ouest, 
vers rOued el-Fera'a, et, à une heure cinquante minutes, nous 
faisons halte au Ras el-A'ïn Fera a, Uy (jvjJl ,j-ij, c'est-à-dire à la 
source même de ce nom. Elle jaillit de terre en formant immédia- 
tement un ruisseau très-abondant, dont une partie s'écoule dans 
le lit de l'oued ainsi appelé et l'autre dans un petit canal latéral. 
Un délicieux ombrage l'avoisine et nous invite à goûter quelques 
minutes de repos au milieu d'un épais fourré de gigantesques figuiers 
et de magnifiques touffes de lauriers-roses qui nous défendent contre 
les rayons du soleil. A nos pieds murmure une eau limpide et trans- 
parente comme du cristal; mais elle est bientôt troublée par de 
nombreux troupeaux de bœufs et de chèvres, qui, fatigués par la 
chaleur du jour, viennent s'y précipiter à l'envi et s'y ébattre en 
étanchant leur soif. 

TELL KL-FKRa'a. 

Pendant que Ahmed reste près de la source pour garder mon 
cheval et le sien, je gravis à pied, à deux heures dix minutes, une 
belle colline qui s'élève, à une faible distance au sud, à la hauteur 
d'environ A 5 mètres au-dessus de la vallée. Les pentes et le som- 
met sont actuellement cultivés; mais, au milieu des fleurs, des 
blés et des herbes qui les couvrent, on heurte de nombreuses pierres 
(le toutes grandeurs, restes de constructions renversées de fond en 
comble. Les ruines s'étendent au bas de ce tell, appelé Tell el-Feran, 
jusque sur les bords de l'oued. Là les musulmans avaient construit 
un |»e(it sanctuaire avec des blocs anli(|ues; il est lui-mênu', sauf 
quelques assises inférieures, presque (Mitièrenieiil démoli. 



CHAPITRK Xr. — BORD.! EL-KKUA'A. 259 



BORDJ EL-FERA A. 



De l'autre côté de l'oued, vers le uord-est, je vais ensuite visiter 
une autre colline oblon^jue, également cultivée; elle était jadis cou- 
verte eUe-niôme de constructions, comme l'attestent des matériaux 
antiques épars au milieu des blés qu'on y a semés. A son extrémité 
orientale, on remarque, sur son point culminant qui surplombe et 
commande la source de l'oued, une grande tour carrée mesurant 
vingt pas sur cbaque face; celle de l'est, qui est la mieux conservée, 
est bâtie avec de beaux blocs dont (|uelques-uns sont taillés en 
bossage et dont les plus considérables ont été placés aux angles. 
Les autres faces et surtout celle de l'ouest sont beaucoup plus dé- 
gradées. Si cette tour est antique par ses assises inférieures ou, 
du moins, par les* matériaux avec lesquels elle a été construite, 
elle paraît, dans tous les cas, avoir été remaniée par les musul- 
mans. Transformée aujourd'hui en étable, elle a perdu son étage 
supérieur et la terrasse qui le couronnait. 

A côté de ce bordj, j'observe un beau birket, creusé dans le roc 
et mesurant vingt-cin(| pas de long sur dix de large; près de là 
aussi sont plusieurs citernes pratiquées pareillement dans le roc. 

Toutes ces ruines, tant celles qui couvrent le Tell Fera a que 
celles qui abondent sur la colline opposée du Bordj el-Feraa et 
dans la vallée qui les sépare, témoignent qu'il devait se trouver 
jadis à la source même de l'A'ïn el-FeiVa une ville de quelque 
importance, dont la position était, du reste, trés-avantageuse. Je 
ne serais pas éloigné de penser que cette ville fut celle d'E'n-Tap- 
pouah, en hébreu niDn^py, en grec ïivyy] S(t(pdœ6, en htm fous 
Taphiiœ, mentionnée dans la Bible comme se trouvant sur la limite 
de Manassé et d'Ephraïm : 

Fuilque terminus Manasse ab Aser Mactunetiiatb quai respicit Sichein; et 
egredilur ad dexlerani juxla habitatores l'onlis Taphuœ '. 

' Josiié, c. wii , V. y. 



260 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

L'Oued el-Fera*a paraît, en elTel, avoir été, vers le sud-est, la 
limite qui séparait ces deux tribus, et si le Kliarbet A'thouf, au nord 
de l'oued, a été justement identifié avec Tappouah, le Ras el-A 'in 
Fera'a, avec les ruines considérables qui l'avoisinent, représente, 
à mes yeux, E'n-Tappouah. En elTet, le Kharbet A'thoul" ne peut 
évidemment pas être pris pour E'n-Tappouah, attendu que ce 
kbarbet renferme beaucoup de citernes pratiquées dans le roc, 
mais aucune source. L'absence de source, autrefois comme main- 
tenant, est prouvée par la multitude même de ces citernes. Pour- 
quoi, en effet, les aurait-on creusées, si les habitants de cette ville 
avaient eu à leur disposition les eaux d'une source abondante? Au 
lîas el-A'ïn Fera'a, au contraire, la source est l'une des plus belles 
et des plus importantes de la Palestine, et elle a dû, de bonne 
heure, attirer et fixer près d'elle un centre de population. Comme 
le mot Tappouah, en hébreu, signifie pomme ^t, par extension, 
d'autres espèces de fruits, il est permis de penser, ce qui est, du 
reste, très-présumable, que les anciens avaient dil profiter des 
eaux intarissables de l'A'ïn el-Fera'a pour planter alentour de 
beaux vergers; de là, le nom d'E'n-Tappouah donné, selon ma 
supposition, à la ville qui s'élevait en cet endroit. Celle-ci devait 
naturellement faire partie de la tribu d'Ephraim, ou, du moins, 
était à cheval en quelque sorte sur les confins mêmes de cette tribu; 
au contraire, la ville dont le Kharbet A'thouf offre les ruines était 
située sur le territoire de la tribu de Manassé, comme cela résulte, 
d'ailleurs, du verset suivant : 

Etenim in sorte Menasse ceciderat terra Taphuœ, qute est juxta tenninos 
Menasse filiorum Epliraim '. 

Telle est la version de la Vulgate. 

Le même verset en hébreu, traduit littéralement, a le sens que 
voici : 

«^A ManaMMÎ a|>|»nrUMiail lu pays de Tappouah, ol Ta|)ponaIi sur la liniitn do 
ManaMë était échue aux cnfanls d'Ephraïrn.^^ 

' Joau^, r. jvii, V. 8. 



CHAPITRK XI. — KHAHBET A'SÏR. 261 

Le pays de Tappouah, en liébreu Erels Tappouah, cest, à mes 
yeux, le Kliarbet A'thouf, appartenant jadis à la tribu de Manassé, 
et Tappouah, sur la limite de Manassé, doit être identifiée avec 
E'n-Tappouah , signalée dans le verset précédent comme apparte- 
nant à la tribu d'Epliraïm, puisqu'elle-méme avait été assignée aux 
enfants de cette tribu; or, cette dernièie Tappouah ou E'n-Tap- 
pouah doit probablement être cherchée dans l'ensemble de ruines 
qui avoisine le Ras el-A'ïn Fera 'a. 

KHARBET a'sUI. 

A trois heures, nous nous remettons en marche vers Test-sud- 
est, puis vers le sud-est, le long de la rive droite de l'Oued el- 
Fera'a. 

Nous rencontrons bientôt deux moulins que font tourner les 
eaux dérivées du canal de l'oued. 

A trois heures dix minutes, je remaïque deux autres moulins 
mus également par les eaux du même canal. 

Nous traversons alors le canal, puis l'oued, pour cheminer sur 
la rive gauche. 

A trois heures vingt-deux minutes, nous marchons droit vers 
le sud, et, à trois heures vingt-cinq minutes, j'examine, au milieu 
d'un champ actuellement cultivé, les restes d'un petit village com- 
plètement renversé. Ahmed me désigne ces ruines sous le nom de 
Kharbet A'sir, jj^^tts. i^j^. Les fellahs des environs vénèrent en cet 
endroit, dans une koubbeh qu'environne un petit mur d'enceinte, 
la mémoire d'un santon appelé l\lebi/ Smeit, c:-vs«v« 4^. 

Au sud et au bas du plateau où se trouvent ces ruines, coule 
l'Oued el-Fera'a. 

Ce petit village paraît avoir été habité à l'époque musulmane, 
et les débris de maisons que l'on a sous les yeux semblent être 
ceux d'habitations arabes. ()uant à la dénomination de A'sir, je la 
crois antique. Nous savons, en elfet, par Eusèbe, que plusieurs lo- 
calités du nom d'Aser existaient en Palestine. Celle-ci n'est signalée 



■*i62 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

nulle part, sans doute à cause de sa faible importance; mais le 
nom qu'elle porte encore est précieux à recueillir, en raison de sa 
grande analogie avec celui d'Aser, eu latin Aser, en grec Acrvp, 
en hébreu -îç^n, Achei% nom qui était celui de l'une des douze tribus 
et en même temps de plusieurs villes. Mais, me dira-t-on peut- 
être, Acher s'écrit en hébreu par un aleph, tandis que le Khar- 
bet A'sir s'écrit par un aïn. Je répondrai, à ce sujet, que cela 
ne doit point surprendre et ne contredit pas ma conjecture; car, 
dans le passage de l'hébreu à l'arabe, la permutation de ces deux 
lettres a lieu quelquefois. Ainsi, par exemple, Ascalon s'écrivait en 
hébreu avec un aleph, pVi?^iS*, Achkelon, mot qui devient en arabe 
^j^XJùmx, AskouJan, avec un aïn. 

TELL EL-KADHIEH. 

Nous poursuivons notre marche vers l'est-sud-est, en hâtant le 
pas de nos montures; car le jour s'avance, et nous sommes encore 
à plusieurs heures de notre campement. 

A quatre iieures trente minutes, Ahmed nie montre, au delà de 
l'oued et sur la live droite, à 50 mètres environ de distance au 
riud de l'endroit où nous sommes alors, une petite colline <|u'il dit 
couverte de ({uelqucs débris, et appelée Tell el-Kadhieh, ^j^UJl Jo. 

RETOUR AU CAMPEMENT. 

A cin(j heures Irente-cincj minutes, nous laissons à notre gauche 
le Kharbet Rasalieh, déjà décrit plus haut. 

A six heures, la vallée se resscM're de plus en plus, et, dans sa 
partie la plus étroite, «;lle mesure une centaine de mètres de large, 
puis bientôt elle s'élargit de nouveau. 

A Hepl heures vingt minutes, (;nlin, nous descendons de cheval, 
aprAn avoir exploré sur ses deux rives la magnilique valléiî de 
rOuedel-Fera'a. Si elle est actu(îllenu;nt encore si fertile, bien qu'elle 
ne Hoii qu'en partie seulement cultivée, combien devait-elle être 



CHAPITRE XI. — RETOUK VU CAMPEMENT. '263 

admirable autrefois, lorsqu'elle était parsemée de villes et de vil- 
lages, dont la population la couvrait de riches cultures, de jardins 
et de vergers, où des canaux dérivés de la source qui y coule et 
de l'oued dont cette source a creusé le lit entretenaient partout la 
fécondité et la vie ! 



264 DESCHIPTION DE LA SAMAUIE. 



CHAPITRE DOUZIEME. 



KHARBBT ES-SiREH. SIRET EL-MA AZEB. TELL ES-SA IDIEH. IIAOUCH 

EZ-ZAKKOLM. KHARBET EL-BRIDJE. KHARBET a'ÏN ES-SAKOUT, JADIS 

SOUKKOTH. 



KHARBET ES-SlREH. 



Le 26 avril, à cinq heures cinquante-cinq minutes du matin, 
nous abandonnons définitivement notre campement de i'Oued el- 
Fera'a, afin d(; poursuivre notre itinéraire vers le nord dans la 
vallée du Jourdain. 

Cette vallée, resserrée en cet endroit par des montagnes dont le 
Tell el-Maklierouk forme comme une sorte de promontoire ou de 
saillie vei^s Test, s'élargit bientôt, les montagnes se retirant vers 
l'ouest pour décrire un demi-cercle. 

A six heures dix minutes, nous traversons des prairies appelées 
Kl-Merdj Knadja, l^î ^^\\ elles sont émaillées de fleurs variées. 

A sept heures, la vallée se rétrécit de nouveau; je remarque à 
gauche, dans les montagnes <|ui la bordent et se rapprochent de 
nous, en diminuant par conséquent la largeur de la plaine, un 
certain nond)re de cavernes pratiquées dans le roc. 

A sept heures vingt minutes, nous franchissons XOued Abou 
Sedra, )jù<^ y\ ^\^. De nombreux mamelons blancliAtres accidentent 
la vallée et reflètent une très-forte chaleur qu'ils concentrent dans 
les |)lis mouvants du t(>rrain. 

A wpl JH'ures vingt-('in(j minutes, de gros i-ochers noii's send)lent 
émerger çà et h'i «lu sol et onVent une apparences ferrugiiKiuse. A 
l'est, de l'autre côté du Jourdain, j'aperçois juste en face l'embou- 
rhiinî de ÏOnedoZei^ka, iu»^! àl^. Cet oued est généralement iden- 
tifié avec l'ancien Jabbok, m hébreu p3% m grec, laéV»;^, en latin 



CHAPITRE Xl[. — KHABBET ES-SIREH. 265 

Jaboc et Jeboc, signalé dans la Bible comme constituant jadis la 
limite septentrionale des enfants d'Ammon, qui habitaient entre ce 
torrent au nord et l'Arnon au sud, avant qu'ils fussent expulsés de 
cette contrée par les Amorrhéens, qui eux-mêmes en furent chassés 
par les Israélites. Néanmoins, même après l'expulsion des Ammo- 
nites, le Jabbok continua encore longtemps à être désigné comme 
leur frontière. 

Ainsi nous lisons dans le Deutéronome : 

Et tribubus Buben et Gad dedi de terra Galaad usque ad torreiiteiii Arnon 
niodium lorrenlis, et coiifiniuni usque ad torrentem Jeboc, qui est terminus 
filiorum Ammon'. 

INous lisons de même dans Josué : 

Sehon, rex Amorrhœoruin, qui habitavit iu Heseboii, doininalus est ab 
Aroer, quœ sita est super ripamtorrentis Arnon , et médite partis in valie, dimi- 
diasque Galaad, usque ad torrentem Jaboc. qui est terminus filiorum Ammon'^. 

En parlant du Jabbok, Eusèbe nous apprend qu'il coulait entre 
Gerasa et Philadelphie : 

la^àx, 'aoTafxbs )(^ei(xâ^pov , hv SiaSaîvaov ô taxooS èiiaka.t(T£v fxsTa tov <^a- 
vsvTos oLvrw , ^Te xa.) [xsTCovofJiaadn {(rpatiX. Pet Se fxsra^v AfÀfxàv, rovr ëarli 
^t\aSeX(ptas , xa.) Tepaauvy xai xarep)(6(xevos <ruyL\iiyv\nai t^ \opSdvri. 

ffJaboc, torrent que franchit Jacob; il lulla ensuite avec le messager divin 
qui lui apparut, d'où lui vint le surnom d'Israël. Ce fleuve coule entre Amman, 
c'est-à-dire Philadelphie, et Gerasa, puis il va se perdre dans le Jourdain. r» 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage de rOwowmsftVowd'Eusèbe, 
ajoute que quatre milles de distance séparaient le Jabbok de Gerasa : 

Finit autem inter Amman, id est Philadelphiam, et Gerazam, in quarto 
milliario ejus, et ultra procédons Jordani fluvio commiscetur. 

Tous ces détails conviennent bien à l'Oued Zerka, lequel coule 
précisément entre Djerach, l'antique Gerasa, au nord, et Amman, 
jadis Rabbath-Ammon ou Philadelphie, au sud. Seulement la dis- 

' Deitté'onoine , c. ni, v. 16. — " Josué, c. xif, v. a. 



266 DESCRIPTION DE LA SAMARIK. 

lance de quatre milles indiquée par saint Jérôme comme existant 
entre Gerasa et le fleuve Jabbok est trop faible de deux milles, car 
on compte environ deux heures de marche, et par conséquent six 
milles, entre Djerach et l'Oued Zerka. 

Actuellement cet oued forme la ligne de démarcation entre les 
deux districts différents appelés, l'un. Djebel A'djloun, yj^ cK*^, 
au nord, et l'autre, El-Belka, UÀJI, au sud. 

Les faits les plus importants qui se rattachent au Jabbok sont le 
passage du gué de ce torrent par Jacob suivi de sa nombreuse fa- 
mille, de ses serviteurs et de ses troupeaux, lors de son retour de 
la Mésopotamie, avant sa rentrée dans la terre de Kanaan; sa lutte 
avec l'ange du Seigneur dans un endroit appelé depuis Phanuel 
(face de Dieu), en souvenir de cet événement; entin son entrevue 
et sa réconciliation avec son frère Esaû'. 

A sept heures quarante minutes, nous traversons un autre oued 
dont les abords sont également très-mamelonnés; mon guide Ahmed 
en ignore le nom. 

A sept heures quarante-cinq minutes, une enceinte carrée en 
assez gros blocs, d'une centaine de pas de face, m'est désignée sous 
le. iiom (le Kliarhel es-Sireli, »jju*J\ i^j^. 



SIKKT KL-MA AZEB. 



\ hiiil Ihîuics. je visite une autre enceinte, analogue à la pré- 
cédente et mesurant cent pas d<' long sur soixante el dix de large; 
«îlle s'appelle .S'tVe/ el-Maazeb, <^j\jti\ »^^, ou vj)^^' »/*■«. 

Les Bédouins s'en servent actuellement comuie d'étable l(Mn|»()- 
raire pour leurs troupeaux. Avait-elle dans ranti(|uilé la uienie des- 
tination? La chose est possible. 



TKI.I, KS-SA IIIIKII. 



A linil heuiescin(| uiinules, nous franchissons VOuad (d-K'mkan, 
jU^t ^\y. Les tlancH des montagnes voisines, vers roncsi. oui élé 



CHAPITBK XII. — HAOCCH EZ-ZAKKOUM. L>67 

jadis ex|)]()ités comme carrières; plusieurs cavernes y ont été creu- 
sées. 

A huit heures dix minutes, nous rencontrons un autre oued 
moins considérable, dont Alimed ne connaît pas le nom. 

A huit heures quinze minutes, nous traversons YOued ez-Zarha, 
Uiyî :>\^ ; les bords en sont verdoyants. 

A notre gauche, la hauteur des montagnes latérales qui, de ce 
côté, bordent la vallée, diminue sensiblement, et la vallée s'élève 
progressivement. 

A huit heures trente minutes, nous apercevons à notre droite, au 
delà du Jourdain, l'Oued Hadjeb,qui se jette en cet endroil dans le 
fleuve, lequel n'est pas visible, prolondément encaissé comme il 
l'est dans son lit sinueux. 

A huit heures trente-cincj minutes, nous Iranchissons rOwerf kejr 
Anjda, l>?!yi5à!^, puis, à huit heures quarante minutes, YOued 
Abou Sehban, ^\a^ ^\ i!^. La vallée est très-étroite sur ce point, 
et les mamelons blanchâtres qui forment la lisière du ravin où ser- 
pente le Jourdain se rapprochent beaucoup de nous. 

A huit heures cinquante-deux minutes, un autre oued que nous 
passons s'appelle Oued Asberra, \yj^\ ii^. Je donne tous ces noms 
tels qu'ils m'ont été indiqués par Ahmed, et je n'ai pu les contrôler 
par aucun autre témoignage, car nous n'avons, cette journée-là, 
rencontré personne sur notre chemin, 

A notre droite, au delà du Jourdain, s'élève un tell dont le 
sonmiet est, d'après mon guide, couronné de quehpies ruines; on 
l'appelle Tell es-Saïdieli , Js)«Xx«.».Jl Jc>. 



IIAOLCII EZ-ZAKKOUM. 



A neuf heures dix minutes, nous franchissons ÏOued eii-Nekeb, 
<-ouJl iîj; il est très-profond. 

A neuf heures quinze minutes, une enceinte circulaire en gros 
blocs, qui a pu être une bergerie, attire un instant mon attention. 
Ahmed la nomme Haouch e:~Zakkoum, c^jj-J' u=^>*-- 



268 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Deux cents pas plus au nord, j'observe sur le sol quelques arase- 
ments d'anciennes constructions. 

A neuf heures trente minutes, la vallée se resserre de plus en 
plus; elle est sillonnée transversalement par un ravin très-profond. 
VOued esSekaah, UUuJl il^. 



KHARBET EL-BRIDJE. 



A neuf heures trente-quatre minutes, quelques ruines, qui 
semblent être celles d'une petite tour, avoisinent les bords d'un 
autre oued et portent le nom de Kharbet el-Bridje^ g^i ^j-^, 
comme l'oued lui-même. 

A neuf lieures quarante-cinq minutes, nous laissons à notre 
gauche, dans les flancs d'une montagne voisine, une caverne que 
les Bédouins croient hantée par une magicienne redoutable, et qu'ils 
appellent pour cela Sath er-Rhoula, i^yà\ h^ (le toit, l'asile de la 
magicienne). 

A neuf heures cinquante minutes, à dix heures et dix heures 
sept minutes, nous franchissons successivement trois oued peu 
considérables; ils n'ont pas de nom particulier, au dire d'Ahmed, 
excepté le second, qui s'appelle Oueà ('s-Seder,j>y^^ àlj. 

La vallée continue à être toujours inculte, bien que les brous- 
sailles qui y croissent et le beau tapis d herbes émaillées de Ihuirs 
dont elle est couverte en cet endroit prouvent la fécondité natu- 
relle du sol. 

A dix heures trente minutes, d'unie qu'elle était pendant (juel- 
quc temps, la vallée s'accidente de nouveau, et plusieurs ravins 
en déchirent la surface, que boursoufl«Mit, on outre, de nombreux 
mamelons. L'un de ces ravins porte le nom ([Oued liliazal , J\ji- :>i^. 

A dix heures quarante nnnutes, nous trav«;rsons YOued Mannij 
l'uuulh, (>>Ui ^^ dt^, puis, quinze minutes plus au nord, un autre 
oued, dont mon guide ignore le nom. La vallée du Jourdain est sur 
ce point três-élroile. 

A dix heures cin(|uanle mituites, nous quittons la direction du 
nord, pour incliner vers Touesl, puis vers l'ouest nord-ouest. 



CHAPITRE XIF. — KHARBET A'ÏN ES-SAKOUT. 269 

A onze heures trente minutes, après avoir passé tour à tour 
plusieurs autres petits ravins sans eau, comme tous ceux que nous 
venons de franchir depuis notre départ de l'Oued el-Fera'a, nous 
atteignons un ruisseau abondant, qui coule dans un lit bordé de 
tamariscs et de roseaux gigantesques. L'eau en est saumâtre; de là 
le nom d'Oued el-Malah, l\i\ y\^ (oued salé), qui lui est donné. 
Néanmoins, nos chevaux, qui marchent depuis le matin sous les 
rayons d'un soleil dévorant et par une chaleur réellement étour- 
dissante, s'y désaltèrent volontiers. Près de cet oued s'étendent de 
beaux champs de blé. Nous y trouvons plusieurs Tellahs armés 
appartenant au village de Thoubas, o*L^. qui les gardent avec 
soin. 



klIARBRT A IN RS-SAKODT. 



Nous nous r(Mnettons bientôt en marche vers l'est nord-est, puis 
vers le nord et, à onze heures quarante-huit minutes, nous faisons 
halte à VA'ïn es-SakotU, cj>^LJ! (jv*, près de laquelle je fais dresser 
ma tente. Cette source sort de terre au milieu d'un bouquet de 
vieux figuiers, et jaillit immédiatement avec assez d'abondance pour 
remplir deux petits canaux artificiels, courant, l'un au nord, l'autre 
au sud; puis, après avoir suivi quelque temps ces deux directions 
opposées, ils coulent tous deux vers l'est, et arrosent sur leur par- 
cours des prairies ou des champs de blé qui s'étendent sur des pentes 
inclinées jusqu'à la ligne de mamelons blanchâtres dont la vallée in- 
férieure du Jourdain est bordée. L'eau est un peu tiède, même à la 
source; car je lui trouve en cet endroit une température de 9A degrés 
centigrades. Toutefois, comme la température extérieure dépasse en 
ce moment 36 degrés centigrades à l'ombre, l'eau nous paraît à 
tous excellente. 

Quand la chaleur du jour commence à tomber, j'explore les 
ruines de la ville qui s'élevait jadis, autour de cette source, sur les 
petites collines qui la dominent à l'ouest. Ces ruines, assez étendues, 
sont aujourd'hui très-confuses et peu importantes. De menus ma- 
tériaux, quelques pierres plus grosses, jonchent partout le sol, que 



270 DESCRIPTION DR LA SAMAHIE. 

couvrent, (in outre, d' i n no m b rallies débris de poterie; mais rien 
n'est debout; les arasements mêmes des maisons ne sont plus re- 
connaissables. La colline la plus considérable qui commande im- 
médiatement la source s'appelle Tell Sakonl, c^^U. j^. De son 
sommet parsemé de débris indistincts, on embrasse non-seulement 
tout l'emplacement de la ville antique, mais encore on distingue au 
loin les méandres du Jourdain et, au delà du fleuve, les plaines et 
les montagnes de l'antique pays de Galaad. 

Je descends ensuite vers l'est, à travers des prairies ou des cha?nps 
de blé, jusqu'à la chaîne de petits mamelons qui précède et suit les 
contours du Jourdain; puis, continuant à descendre, j'arrive bien- 
tôt aux rives du lleuve lui-même, qui, en cet endroit, enlace une 
petite île dans ses replis et forme un rapide oi^i ses eaux tourbil- 
lonnent avec beaucoup de force. J'estime à un kilomètre au plus la 
distance du Jourdain par rapport à l'A'ïn Sakout, et à cent-({uatre- 
vingts mètres environ l'altitude de cette source relativement au lit 
du lleuve; une lisière de peupliers, de tamariscs et de roseaux en 
borde les berges. 

Vers le soir, je remonte auprès de l'A'ïn Sakout, et je cherche 
dans la Bible les divcMs souvenirs qui se rattachent à la localité dont 
les ruines s'étendent autour de moi. 

Nous lisons dans la Genèse que Jacob, à son retour de la Méso- 
potamie, après avoir traversé le Jabbok, lutta avec un ange du 
Seigneur dans un endroit appelé depuis Peniel (dans la Vulgate 
Pliamiel)^ei\ souvenir de cet événement; puis qu'il eut une entrevues 
avec son frère Esaii, qui accourait à sa rencontre. Quand ils se 
furent tous deux réconciliés, Ksnii retourna en Idumée, et Jacob 
vint à Soiikkoth, où il se b<'itit une maison et établit des lentes on 
d<?H cabanes pour son bétail, d'où le nom de Souhholh donné à la 
localité où il Hc fixa. De là, il se rendit à Salem, ville apj)artenant 
AUX Sicliémites, dans la terre (l(> Kanaan. 

i6. HnvRrHiiii eiit ilnque itl(» dio Ksnii ilincn» (|iii> M'ii(>i-iit in Soir. 
17. Ri Jand) vfMiit in Socolli ; nlii iiMJilicnla doino <'l fixis Icnloriis. .-i|i|m>I- 
Invil iioinnii iori illiiiM Socolli, 'u\ chI Inlioriiticiild. 



CHAPITHK XH. — KHARBKT A'ÏN ES-SAKOUT. 271 

18. Transivitque in Salem, urbem Sichimorum, quae est in terra Chanaan, 
postquam reversas est de Mesopotamia Syriaî, et habitavit juxla oppidum'. 

La ville de Soukkoth dont il est question dans ce passage s'écrit 
en hébreu n^sD , en grec 2xr;ra/, Hox-y^wÔ, ILoxywBà, Se;^c60, en 
latin Socoth, id est Tabernacula, Soccoth et Socchoth. Ce mot signifie, 
en hébreu , tentes ou cabanes. 

Où cette localité était-elle située? La Bible ne le dit pas positi- 
vement. Mais tout porte à croire qu'elle était au delà du Jourdain, 
car, lorsque Jacob la quitte pour se rendre à Salem, la Genèse nous 
dit : 

Transivitque in Salem, urbem Sichimorum, quœ est in terra Cbanaan. 
ffll passa à Salem, ville des Sichémites, qui est dans la terre de Kanaan."* 

Jacob n'était donc pas dans la terre de Kanaan, puisque la Bible 
a soin de nous appiendre que Salem en faisait partie, et qu'elle 
ne fait point la même remarque par rapport à Soukkoth. Or, nous 
savons par un grand nombre de passages de la sainte Écriture que 
les mois 1^:3:3 y-iK, Evets Kenn'an, terra Chanaan, t terre de Ke- 
na'an,^ indiquent la contrée située à l'ouest du Jourdain et de la 
mer Morte et comprise entre cette limite à l'est et la Méditerranée 
h l'ouest. Le pays qui lui est opposé à l'est du Jourdain s'appelle 
dans la Bible : Terre de Gile'ad, Erels Gile'ad, ly'ja y^ii, terra Galaad. 

Dans le livre des Nombres, par exemple, les versets suivants sont 
bien explicites sur ce point : 

25. Dixeruntque filii Gad et Ruben ad Moysen : Servi lui sumus, faciemus 
quod jubet dominus noster. 

aC. Parvulos nostros et mulieres, et pecora ac jumenta relinquemus in 
urbibus Galaad ; 

97. Nos auiem famuli lui omnes expediti pergemus ad bellum, sicut tu, 
domine, loqueris. 

28. Pr^cepitergo MoysesEleazarosacerdoti etJosue filioNun, et principibus 
iiuniliarum per tribus Israël, et dixit ad eos: 

99. Si transierint filii Gad et filii Ruben vobiscum Jordanem, omnes armati 

Genhe, c. \\\iii. v. i(i-i8. 



272 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

ad bellum coram Domino, et vobis fueril terra subjecta , date eis Galaad in 
possessionem'. 

Dans le livre de Josué, il est dit que Phinéès, fils d'Eloazar le 
sacrificateur, s'eu retourna avec les princes du peuple d'auprès des 
fils de Ruben et de Gad du pays de Galaad au pays de Kanaan, 
vers les enfants d'Israël. 

Revei'siisque est cum principibus a fiiiis Ruben et Gad de lerra Galaad, 
fînium Chanaan, ad filios Israël, et retulil eis^. 

Je pourrais multiplier ici les citations, et montrer, par une quin- 
zaine d'autres passages empruntés à la Bible , que toujours dans la 
sainte Ecriture le pays de Kanaan représente la partie de la Pa- 
lestine située entre le Jourdain et la Méditerranée, tandis que les 
contrées transjordanes attribuées en lot aux tribus de Ruben et 
de Gad sont appelées pays de Galaad, la demi -tribu de Manassé 
ayant reçu en partage, de ce même côté du Jourdain, le pays de 
Basan, au nord de Galaad. 

Il lésulte de là, relativement à la question qui nous occupe en 
ce moment, que la ville de Soukkotli mentionnée dans l'histoire de 
Jacob ne doit point être, très-vraisemblablement, identifiée avec le 
Kliarbet Alin Sakout dont nous parlons maintenant; mais il faut 
chercher cette localité sur la rive orientale du Jourdain. Or, nous 
savons par un verset du livre de Josué que, parmi les villes de la 
tribu de Gad, et par conséquent à l'est du Jourdain, il s'en trou- 
vait une du nom de Soukkoth : 

n/i. I)<Mlit({iie Moyses tribui Gad et fiiiis ejus per cognationes suas posses- 
sionein, cujus bu!c divisio est 

97. In vall(M|uo<{uc Bctbaran, et Retiincmra, elSocotii, el Saplion n>li(|uani 
|»artcm regni Sehon, régis llesebon; hujiis quoque finis, Jordanis est us<pie ad 
exlroinani parlein maris Cenerelb trans Jordanem, ad orienlalem plajj^ain''. 

La Soukkoth où s'élnbfit Jacob est donc, selon toule vraisein- 
hlaiice, hi nn^me localité (pii fui plus lard ronq)rise parmi les villes 
^cliiieB en Hort à lu tribu de Gad. 

' SnmhrrK, r. \\\u, V. ^fi-fK). — * JnMiif , r. \xn, s. Ht». — ' llml. c. \iii. \. •• '1 cl -t-j. 



CHAPITRE XII. — KHARRET AÏN ES-SAKOIIT. 273 

II est de toute évidence que notre Kharbet A'ïn Sakout n'offre 
pas les restes non plus de la Soukkoth mentionnée lors de la défaite 
des Madianiles ])arGédéon et de la poursuite de leurs princes Zebée 
et Salmana par ce chef israélite : car la Bible nous dit très-nette- 
ment que cette ville était au delà du Jourdain, c'est-à-dire sur la 
rive orientale de ce fleuve : 

li. Cumque venisset Gedeon ad Jordanem, Iransivit eum cum trccenlis 
viris qui secum erant; et, prœ iassitudine, fugientes persequi non polerant, 

5. Dixitque ad viros Soccoth : Date, obsecro, panes populo qui mecum 
est, quia valde defecerunt, ni possimus persequi Zebee et Salmana, reges 
Madian. 

6. Responderunt principes Soccoth : Foi*silan palinae manuuni Zebee el Sal- 
mana in manu tua sunt, et idcirco postulas ut denius exeroitui tuo panes. 

7. Quibus ille ait : Cum ergo tradiderit Dominus Zebee et Salmana in manus 
meas, conteram carnes vestras cum spinis tribulisque deserti. 

8. Et inde conscendens, venit in Pbanuel; locutusque est ad viros loci 
illius simiiia. Cui et illi responderunt sicut responderant viri Soccoth'. 

Ce passage, comme on le voit, associe ensemble deux localités 
portant les mêmes noms que celles qui sont signalées dans la Genèse 
après le passage du Jabbok par Jacob, et les place l'une et l'autre 
au delà du Jourdain; il est donc à croire qu'elles sont pareillement 
les mêmes. Dans tous les cas, la Soukkoth (en latin Soccoth) men- 
tionnée ici doit être celle que le livre de Josué attribue aux des- 
cendants de Gad. 

Quant à la Soukkoth nommée dans le verset 66 du llh" livre 
des Rois, elle est différente de la précédente, et je l'identifie avec 
notre Kharbet A'ïn Sakout. 

Kn énûmérant tous les vases d'airain que Salomon, avec l'aide 
des ouvriers d'Hiram , fit fondre pour les besoins du temple , l'écrivain 
sacré ajoute que cette fonderie se trouvait dans la vallée du Jourdain , 
sur un terrain argileux, entre Soukkoth et Sarthan. 

In campestri regione Jordanis fudit ea rex in argillosa terra, inter Sochoth 
et Sarthan^. 

* Jiives, c. vMi. V. /i-8. — ' Rois, 1. 111. c vn . v. 4t). 

I. iS 



27A DESCRIPTION DK LA SAM ARÏE. 

In regione Jordanis fudit oa ro\ in argillosa terra, inter Sochol pI Sarc- 
datha^ 

Il ressort de ces deux versets, tirés, l'un du III*" livre des Rois 
et l'autre du II*" livre des Paralipomènes, que Sarlhan , en hébreu 
|r")2, Tsarthan, et Saredatlia, en hébreu nn-ins, Tsei^edalhah, étaient 
la même ville, identique elle-même, comme nous l'avons déjà dit, 
avec Sarthana, en hébreu njnns, Tsarthanah. Or, cette Sarthana 
est indiquée dans la Bible comme étant située dans le voisinage de 
Bethsan, au bas de Jezraël, et par conséquent dans la vallée du 
Jourdain , à l'ouest de ce fleuve. 

Bana, filius Ahilud, regebat Tlianac et Mageddo, et universam Bethsan, 
quae est juxta Sarthana subter Jezrael, a Bethsan usque Abelniehula c regione 
Jecmaan'^. 

Dans VOnmnaslicon Eusèbe place Sarthan au bas de Jezraël : 

Sap^àr, v-rroxaTû} le(7paiïfk. 

Or, ce sont les mêmes expressions dont se sert la Bible pour 
déterminer la position de Sarlliana. 

Si Sarthan, Sarthana et Saredatha sont trois formes différentes 
du même nom, et si la localité qui les portait était située au bas de 
Jezraël et dans la proximité de Bethsan, il s'ensuit que la Soukkoth 
mentionnée plus haut avec Sarthan doit être cherchée également 
sur la rive occidentale du Jourdain, et que notre KharbelA'ïnSakout 
convient parfaitement à la position qu'elle occupait, en même tenq)s 
que le nom attaché encore à ces ruines rappelle de près, dans 
son altération même, la dénomination anti(|ue de Soukkoth. 

En résumé, noti'e Kharbet A'ïn Sakout n'a rien de commun 
qu'une rcssend)huice de nom avec la Soukkoth mentionnée dans 
riiisloire de Jacob et plus tard dans celle de Gédéou, celle-ci étant 
située à l'est du Jourdain, dans la tribu de dad, mais il est iden- 
lif|ue, selon tonte apparence, pour ne pas dire certainement, avec 
la Soukkoth citée dans le livre III des Hois el dans le livre II des 
Paralipomènes. 

' Pnrnlijtotnhirii , |. II. c. t\, v, 17. — * Idiis , I. III, c. iv , v, 19. 



CHAPITRK Xni. — KÏÎAHBET ECH-CHKKEB. -275 



CHAPITRE TREIZIEME. 



KHARBRT TLEILAT EL-MALEII. kilARBET EGII-CflEkEB. KHARBET HAM- 
MAM KL-MALEII. KALa'aT EF.-MALEH. RETOUR AU KIIARBET a'Ï!S 

SAKOUT. 



KHARBRT TI-KILAT EL-MALKM. 



Le 97 avril, à cinq heures trente inimités du malin, laissant 
mon (lro[jman, mon bacliihouzouk et les deux moukres campés 
auprès de l'A'ïn (^s-Sakout, je pars avec Ahmed pour explorer la 
vallée de YOufidel-Maleli, llii ^'j. Notre direction est celle de l'ouest 
sud-ouest. 

A cinq heures cinquante minutes, nous traversons une plaine 
fertile, couverte de beaux froments déjà murs. J'y remarque six 
petits tell; les uns sont sans ruines, les autres offrent aux regards 
quelques débris insignifianls; ils sont connus sous le nom de Khar- 
hel TIeilal el-Mnk/i, 1\X\ ^"^k»^ *j^. A notre gauche serpenle 
rOued el-Maleh. 



kHARBKT FXH-CIIEKKB. 



A six heures quinze minutes, nous franchissons YOued nl-Mn'Iehn, 
UJUil àl^ , petit ravin qui aboutit à l'Oued el-Maleh. 

A six heures vingt minutes, nous commençons à monter vers le 
sud-sud-ouest. A notre gauche. l'Oued el-Maleh s'encaisse de plus 
en pins profondément entre des flancs rocheux et abrupts. 

A six heures trente minutes, nous parvenons au Kharhet rch- 
Chekeb, w^JuJl iu^. De nombreux amas de matériaux de moyenne 
grandeur couvrent les flancs et le sommet d'une colline qui s'élève 
à droite de la route. Ce sont les restes d'un village complètement 
détruit. Près de là coule un ruisseau bordé de roseaux et dont 
l'eau est légèrement saumâtre; on l'appelle Oued ech-Chekeb. 



276 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

A six heures trente-quatre minutes, nous cheminons vers l'ouest, 
au milieu de jeunes sedei\ dans un vallon frais et verdoyant res- 
serré entre deux chaînes de collines peu élevées, revêtues elles- 
mêmes d'herbes et de fleurs; au centre serpente le ruisseau dont 
je viens de parler. 

A six heures cinquante minutes, nous montons vers l'ouest, puis 
vers le sud. 

A six heures cinquante-cinq minutes, nous atteignons un petit 
plateau naturellement fertile, mais inculte en ce moment. 



KIIARBET nAHMAM EL-MALEH. 



A sept heures, nous descendons vers le sud-sud-ouest, à travers 
de hautes herbes é maillées de fleurs. 

A sept heures dix minutes , nous arrivons au Kharbel Hammam el- 
Maleh, ILII -\V ^j/»" Les ruines d'un village important el d'un an- 
tique établissement thermal s'étendent sur les pentes d'une colline 
dont le sommet était également couronné par de puissantes cons- 
tructions, aujourd'hui renversées. Quelques arasements en beaux 
blocs d'un grain dur et serré sont visibles sur plusieurs points. Au 
bas de la colline coule un petit canal, qui suit, à un niveau su- 
périeur, le cours de l'Oued ei-Maleh. Près de loued, on remanpie 
un petit bassin, actuellement à ciel ouvert, jadis probablement 
renfermé dans un bAtiment, et appelé El-Uammam (le bain). Il est 
rempli par l'eau dérivée de l'A'ïn el-Maleh, dont la température est 
de ko degrés centigrades, et qui passe pour jouir d'une grande 
vertu curative dans plusieurs maladies. Tous les Bédouins ou fel- 
lahs qui j)assent en cet endroit ne manquent pas, chemin faisant, 
de ne plonger dans ce bassin. A quelle épocjue remonte l'établis- 
sement thernjal dont les restes |)oi'tent (Micorc aujourd hui le nom 
de liiiineH du hain chaud de l'Oued nl-MaIeh? Sa l'ignore, car les ren- 
Mignenienlh nous font défaut cotiq>létement sur ce point; mais il 
wt à croire rpiune source thermale aussi piécieuse que celle-là n'a 
pflf<HA MvP néglijçée à ré|)oqne judaïque. 



CHAPITRE XIII. — KHARBET HAMMAM EL-MALEH. 277 

Le Kliarbet el-Hammarn el-Maleli est peut-être l'antique Abel- 
Meholah, en hébreu n'jlnç SaK, en grec Ha^eXfiaLov'kà , en latin 
Abelmehnla, mentionnée dans la Bible à côté de Bethsan : 

Bana, filius Ahilud, regebat Thanac etMageddo, et universain Beliisaii, quœ 
est juxla Sarthana subter Jezrael, a Bethsan usque Abelmehula o regione Jec- 
inaan '. 

Cette ville est également citée lors de la poursuite des Madia- 
nites par Gédéon : 

2y. Et nihiiominus insistebant Irecenli viri buccitiis personantes. Immisil- 
que Dominus gladium in omnibus casiris, et mutua se caede Iruncabant, 
9.3. Fugientes usque ad Bethsetta, et crepidiuem Abelmehula in Tebbalh ^. 

Elisée était originaire de Abel-Meholah. C'est près de là qu'Elie, 
revenant du mont Horeb, rencontra Elisée, qui labourait son 
champ, et lui communiqua l'esprit de prophétie en jetant son man- 
teau sur lui : 

i5. Et ait Dominus ad eum : Vade et revertere in viam tuam per deserlum 
ad Damascuni . . . 

16. Et Jehu iilium Namsi unges regem super Israël; Eliseum autem, iiliura 
Saphat, qui est de Abehneula, unges prophetam pro te. 

19. Profectus ergo inde Elias, reperit Eliseum filium Saphat arantem in 
duodecim jugis boum; et ipse in duodecim jugis boum arantibus unus erat : 
cumque venisset Elias ad eum, misit paUium suum super eum'. 

Dans YOnomasticon, au mot Àé'eApiaeAa/, Eusèbe s'exprime ainsi ; 

AêeAjMaeXai, isôXts êvbs lûv àpypvjcov ^oXo/tzfiDvos, odev ¥à\i(7(Taïo$ ' xcofin 
vuv ècriiv èv tô» kv\à)viy "^xvdoTtôXecos SieulcHaa a-v(Ji.siois /, 17 vvv xaXeîtai 
hridixoLieXol. E<t1i Sa xal A€eX(xsà xaTtôvTcov àith '^éas iséXecjJs eis 'Ex'jdSnoXtv. 

En traduisant ce passage, saint Jérôme ajoute à l'indication de 
la distance de dix milles, qui séparait Abel-Meholah de Scytho- 
polis, celle de sa position vers le midi par rapport à cette ville. 

Est autem nunc viens in Aulone, de quo supra diximus, in decimo a Scy- 
thopoli milliario, contra auslralem piagam, nomine Bethaula. 

' Rois, 1, III, c. IV, V. ly. — ' Juges, c.vn, v. 22 et a3, — ' Bois, 1. III, c. xix, 
V. i.T, 16 et u). 



278 DESCRIPTION DE LA SAMAKIE. 

De tous ces renseignements ii l'ésnlte que Abel-AJeholali était 
située dans la vallée du Jourdain et au sud de Scythopolis. C'est, 
en effet, vers la vallée du Jouidain que les Madianites, vaincus par 
Gédéon dans la plaine de Jeziaël, s'enfuirent épouvantés, alin de 
pouvoir traverser à la hâte les gués du fleuve et le mettre ainsi 
entre eux et leur vainqueur. 

Or, au sud de Scythopolis, aujourd'hui Beisan, à la distance 
d'environ quatorze milles, se trouvent, sur les bords de l'Oued el- 
Maleh, non loin de la vallée du Jourdain, les ruines que j'ai si- 
gnalées sous le nom de Kharbet Hammam el-Maleh. Ces ruines, 
comme je l'ai dit, sont celles d'une localité jadis importante à cause 
de l'établissement thermal qui y avait été fondé. Le nom de Maleh, 
lu, ne serait-il pas une altération de celui de Meholah, qui, à 
l'époque d'Eusèbe, était devenu Maiela précédé du mot Beth, de 
même que Meholah l'avait été autrefois du mot Abel? Les Arabes 
inclinèrent d'autant plus à altérer ainsi le nom antique de cette 
localité que la source abondante qui y coule est amère, à'oii la 
dénomination de Ruines du bain de Voued salé, llil il^ -UUI iô^, 
qu'ils lui donnèrent. Ces ruines, il est vrai, sont à quatorze milles, 
et non à dix seulement, de Scythopolis; mais j'ai plusieurs fois 
observé que les chilfres indiqués par Eusèbe étaient loin d'être tou- 
joui's très-exacts. Néanmoins, je ne présente ridentification qm' je 
viens de proposer que comme une sinq)le conjectuie, s'apj)uyant 
sur des vraisemblances suffisamment grandes, mais non sur des 
bases assez sûres pour la transformer en certitude absolue. 



KAI.A AT KI.-MAI.KII. 



A huit henrrs vingl minutes, nous poursuivons noire marche 
vci"» l'ouest-siul-ouesl, en suivant d'abord, entre des rochers taillés 
sur la rive gauche de l'oued, un étroit sentiei* ([ui semble avoii- 
servi jadis de canal à l'eau de la source El-Maleh. 

Nous laissons bienlAt cette source à notre gauche pour inoiiUr 
VCMJ l'ouent-sud-ouesl , puis vers le sud-ouesl. 



CHAPITRE XIII. — HEÏOUR AU KHAHBET AÏN SAKOUT. 279 

A liuit heures trente-cinq minutes, nous descendons vers l'ouesl. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous parvenons au bas de 
la liaute coihne que couronnent les ruines considérables du Knlaal 
el-Maleli, llXi iuXs. Après une ascension pénible à travers d'énormes 
blocs de rochci's qui liérissent les flancs escarpés de la colline, j'en 
atteins, à neuf heures, le sommet. Il est environné d'un gros mur 
d'enceinte mesurant plus de deux mètres d'épaisseur et encore en 
partie debout. Il repose en beaucoup d'endroits, notanniient vers 
le sud et vers l'ouest, sur des rochers naturels taillés par la main 
de l'homme de manière à les rendre verticaux et inaccessibles, et 
qui lui servent d'assises gigantesques. Les pierres avec lesquelles il 
a été bâti sont, les unes, parfaitement équarries et de dimensions 
considérables, les autres, de moindre appareil. Il suit tous les con- 
tours du plateau, s'élevant ou s'abaissant avec le sol, et décrit un 
périmètre d'environ 35 o pas. En dedans de cette enceinte règne 
une suite de salles voûtées en ogive, éclairées par des regards pra- 
tiqués au sommet des voûtes, ce qui les lait ressembler à des ci- 
ternes; elles sont elles-mêmes surmontées de terrasses légèrement 
bombées au centre. Les unes sont debout, d'autres à demi écrou- 
lées, d'autres, enfin, entièrement renversées. Bâties avec de simples 
moellons, elles n'accusent pas dans leur construction une époque 
antérieure à celle des croisades, et sont l'ouvrage, soit des Musul- 
mans, soit des Latins; mais quelques fragments du mur d'enceinte, 
construits en blocs d'un grand appareil, et probablement aussi plu- 
sieurs citernes creusées dans le roc, datent sans doute d'uiie époque 
beaucoup plus ancienne. 

RETOUR AU KIIAR6KT a'ÏN SAKOUT. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, je retrouve au bas de la 
colline Ahmed, qui m'y attendait, et nous remontons à cheval pour 
reprendre, en sens contraire, lu même route que nous venions de 
parcourir. 

A dix heures douze ujinutes, nous laissons à notre di'oite la 



•280 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

source de l'Oued el-Maleh et à notre {i^auche, à trois cents pas plus 
avant, le Kliarbet el-Hammam Oued el-Maleh. 

A onze heures trente-cinq minutes, nous sommes de retour à 
notre campement de l'A^ïn es-Sakout. 

Dans l'après-midi, je jette un nouveau coup d'œil sur les ruines 
de l'antique Soukkoth. 

Pendant cette nuit, comine pendant la précédente, nous enten- 
dons mugir incessamment au loni le rapide du Jourdain et retentir 
par intervalle, répercutés par les échos des collines voisines, les cris 
des fellahs de Thoubas, qui cultivent quelques parties de la vallée 
de Sakout et cherchent, par leuis clameurs, à écarter de leurs 
champs les sangliers, qui sont très-nombreux dans cette portion du 
Hhor. 



CHAPITRE XIV. — OUALY ABOU-FERADJ. 281 



CHAPITRE QUATORZIEME. 

DÉPART DU KIIARBET a'ÏN ES-SAKOUT. TELL ER-RADRHA. TELL OUALY 

ABOU-FERADJ. TELL EL-MELEIKEH. — TELL ET-TAOUM. — KHARBET 

FKRADJ. TELL ËL-ASARI. TELL EL-FEROUANA. KHARBET EL-ME- 

DJEDDa'h. TELL Re'iAN. TELL EL-DJEZEL. TELL EL-MENCHIEH. 

TELL BALAH. BEISAN, JADIS BETH-CHEAN OU SCYTHOPOLIS. 



DEPART DU KHAKBRT A IN ES-SAKOUT. 



Le 28 aviil, à cinq lieuies quaiante-ciiKj minutes du matin, nous 
nous mettons tous en maiclie dans la direction du noid-nord-ouest. 
La \allée s'élargit (ie plus en plus; elle est couveite d'herbes par- 
semées de seder. 

A six heures, nous traversons de ma{jniiiques champs de blé 
bon à moissonner; un petit canal a été creusé pour les arroser. 



TRLL KR-KADHUA. 



A six heures (juinze minutes, nous avons à notre droite une col- 
line appelée Tell er-Hadrlia, U^pi Jo, et couverte de quelques 
ruines. 

Lue source du même nom arrose la plaine; de nombreux ruis- 
seaux, dérivant de cette source et coulant de l'ouest à Test, entre- 
tiennent partout où ils circulent une très-grande fertilité naturelle. 

A six heures trente minutes, je rencontre un autre petit tell, 
mais sans nom. 



TKLL OL'ALY ABOI -KKRADJ. 



A six heures trenle-cincj minutes, nous passons auprès d'un troi- 
sième tell, appelé Tell Otmlf/ Abou-Feradj, tj^^^ J^ J^î quelques 



•282 DESCIUPTION UE LA SAMAIUE. 

ruines d'habitations renversées environnent une petite koiibbeli , 
consacrée au santon ainsi nommé. 

Des sources sourdent de tous côtés. Nous cheminons à travers 
de superbes pâturages. 



TELL EL-BiELEIKEH. 



A six heures quarante minutes, nous laissons à notre droite, vers 
l'est, à i,5oo mètres environ de distance, un quatrième tell, plus 
élevé que les précédents et appelé Tell el-Meleikeh , »XJX\ Jj. Che- 
min faisant, nous rencontrons plusieurs douars appartenant à la 
tribu des Béni Saker, yU» ^. Ces Arabes possèdent de tort beaux 
chiens, de nombreux troupeaux, beaucoup d'ânes et de chameaux. 

A sept heures, nous recommençons à voir des champs de blé 
qui succèdent à de riches pâturages. 

A sept heures quinze minutes, nous traversons un petit canal 
alimenté par l'eau de YA'tn el-Hamrali, iij^ ç^^, qui coule plus 
à l'ouest, puis nous franchissons un oued peu important, appelé 
Choubach, jiL»^. 



TELL ET-TAOUM. 



A sept heures trente-cinq minutes, notre direction, qui jusque- 
là avait été presque constamment celle du nord-nord-ouest, devient 
celle du nord. 

A sept heures cinquante minutes, nous traversons un autre petit 
canal, dont l'eau provient également, au dire d'Ahmed, de l'A^ïn 
el-Ilamrah. 

A sept lieures cinquante-cinq minutes, j'examine un cinquième 
«'t un sixième lell, tiès-rapprochés l'un de l'autre, et appelés tous 
deux Tell el-Taoum, -yJl Jj. Ils sont oblongs; le plus élevé peut 
avoir y mètres au-dessus de la [)laine. Leur surface supéricuie est 
parHcmée de débris de poterie et de quehjues matériaux. 



KIIAIIIIKT KKIIADJ. 



\ huil heureti dix niinulen, nous Iravi^isons rrnq)iacemenl d'une 



CHAPITRK XIV. — TELL REMAN. 283 

localité abandonnée, appelée Kharbel Feradj, ^jj *j>*-. On y ob- 
serve des tas de pierres épars sur le sol et de nombreux silos, dont 
la plupart sont en partie comblés. 

TKLL EL-ASARI. 

A liuit heures quinze minutes, nous avons à notre droite le Tell 
el-Asari, <^jU.i/l Je»; il est couvert de débris de poterie et de quel- 
ques matériaux qui jonchent le sol. 

TKLL EL-PERUUANA. 

A huit heures vingt-cinq minutes, nous passons à côté d'un autre 
tell, appelé Tell el-Ferouana, blj^yllt Jo; il est parsemé de pierres 
noires, d'apparence basaltique. 

KUARBBT BL-MEDJEDDa'u. 

A notre gauche, à la distance de deux kilomètres environ vers 
l'on est-nord-ouest, Ahmed me signale quelques ruines, du nom de 
Kharbel el-Medjeddah, ii^ixail io^, et, à notre droite, au delà du 
Jourdain, d'autres ruines beaucoup plus importantes; elles sont 
situées presque directement à l'est, à deux heures et demie d'in- 
tervalle; ce sont celles de Thahakat Fahil, J<À. xiUl», l'ancienne Pella, 
jadis l'une des principales villes de la Décapole, t[ui servit de re- 
iuge aux chrétiens de Jérusalem lors du siège de cette ville par 
Titus. 



TELL RE lAN. 



Notre direction devient alors celle de l'est-nord-est. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous laissons à notre 
gauche, à deux kilomètres environ de distance, vers l'ouest-nord- 
ouest, le Tell Re'ian, ^jU*; cM. 

iNous nous rapprochons de la vallée inférieure du Hhor, en che- 



284 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

minant à travers des broussailles, de jeunes sedei^ et de hautes 
herbes, et franchissant tour à tour plusieurs ruisseaux qui coulent 
vers leJourdain. 

A neuf heures, nous marchons presque directement vers le nord, 
à la hauteur d'environ yB à 80 mètres au-dessus de la partie basse 
de la vallée du Jourdain. 

A neuf heures quinze miimtes, nous traversons un ruisseau abon- 
dant qui forme de petites cascades. 



TELL EL-DJEZEL. 



A notre droite, dans la vallée hiférieure, s'élève, à 200 mètres 
au plus du point oi*i nous sommes en ce moment, le Tell el-Djezel, 

J>4 J^. 



TELL EL-MENCBIEH. 



A neuf heures vingt minutes, nous laissons également à notre 
droite, dans cette même vallée inférieure, un autre tell, du nom 
de Tell el-AJenchieIt , iu-û«m Jj; il est situé au nord du précédent; 
de loin, je n'y aperçois aucun débris de construction. 



TELL BALAII. 



Dix minutes plus au nord encore, un troisième tell m'est désigné 
sous le nom de Tell Balah, j^if Jj; il est pareillement sans ruines 
apparentes. 

Nous inclinons alors vers le nord-ouest, puis vers Touest-nord- 



ouest. 



BBI8AN, JADIS BETH-CHBAN. 



A neuf fleures trente-cinq minutes, nous parvenons à Beisan, 
^JlmJif, où je fais dresser ma leulo. près d'un ruisseau. 

Avant de décrire les ruines de cette antique cité, jetons un ra- 
pide rouj) ({œil en arrière et demandons- nous où étaienl situées 
Snrthnii cl 1i>m foiidtM'ics de Salomon. 



CHAPITRE XIV. — BEISAN. 285 

Nous avons déjà dit que Sarthaii ou Sarthana était située dans 
le voisinage de Bethsan ou Scythopolis, au-dessous de la plaine de 
Jezraël et dans la vallée du Jourdain. Nous avons donc dû très- 
vraisemblablement rencontrer les ruines de cette ville en nous ren- 
dant du K barbet A'ïn Sakout, jadis Soukkoth, à Beisan, l'antique 
Bethsan. Mais quelle était, au juste, sa position? C'est ce que je 
ne saurais affirmer. En efl'et, si j'ai signalé, chemin faisant, un 
assez grand nombre de tell dont quelques-uns, comme l'indiquent 
les débris de poterie et les matériaux dont ils sont couverts, ont 
été autrefois habités et peuvent avoir appartenu à la ville que nous 
cherchons en ce moment, je dois avouer qu'aucun indice certain, 
comme, par exemple, un nom paraissant être soit la reproduc- 
tion fidèle, soit même la corruption de celui de Sarthan, ne nous 
met sur la voie d'une identification incontestable. J'aime donc 
mieux laisser cette question indécise que de vouloir la résoudre 
en me basant sur une pure hypothèse. 

Le village de Beisan est situé sur un plateau, au centre à peu 
près de l'emplacement qu'occupait l'ancienne ville, dont il n'est 
plus qu'un misérable reste. La plupart des maisons (|ui le com- 
posent sont à moitié renversées. L'n bordj ou petit fort arabe y a 
été construit, en partie avec de beaux blocs tirés des ruines de la 
cité antique. Au bas de ce bordj gisent sur le sol d'autres blocs 
analogues. Dans plusieurs maisons, je remarque pareillement un 
certain nombre de ces mêmes blocs. A quelque distance du village, 
s'élève une mosquée, aujourd'hui très-délabrée et même en partie 
détruite, notamment le minaret, qui est à moitié écroulé. Elle avait 
été construite avec des pierres régulièrement taillées et provenant 
certainement de quelque édifice antérieur. En plusieurs endroits, 
ces pierres sont alternativement noires et blanches, celles-ci cal- 
caires, celles-là basaltiques. On sait que les Arabes affectionnent 
ce genre d'ornementation. 

Bien au delà, au sud du village actuel, s'étendent les ruines de 
la ville antique. En les parcourant, je remarque, sur trois points 
différents, les vestiges de h'ois puissantes constructions presque 



286 DESCRIPTIOxN DE LA SAMARIE. 

complètement rasées, qui étaient ornées de colonnes monolithes 
en calcaire blanc, dont quelques tronçons mutilés gisent encore 
sur le sol. L'une de ces constructions alTecte la foi'me d'un long 
bassin elliptique peu profond, oii trois rangées de gradins sont 
encore reconnaissables vers le sud , dans un développement de vingt- 
sept pas. Près de là est un marais alimenté par des sources intaris- 
sables et bordé de roseaux gigantesques. Il en sort deux ruisseaux 
dont l'eau, légèrement sulfureuse, marquait à mon thermomètre 
19 degrés centigrades. Ailleurs, les traces de deux temples at- 
tirent mon attention. Plus loin, vers le sud, j'atteins les limites de 
la cité antique; elles me sont indiquées par des amas de blocs ])ro- 
venant d'un gros mur d'enceinte renversé. Ce mur avait 9™,5o 
d'épaisseur. Je le suis quelque temps dans la direction de l'ouest à 
l'est. 11 a été presque partout démoli. Néanmoins, à en juger par 
un certain nombre d'assises encore en place çà et là, on voit qu'il 
se composait extérieurement d'un appareil de blocs réguliers, soit 
calcaires, soit principalement basaltiques; l'intérieur était rempli 
avec du blocage. 

De retour au village, je descends, vers le nord, dans une vallée 
où j'admire les restes d'un beau théâtre. La demi -circonférence 
(ju'il décrit mesure environ i3o mètres de développement. Les 
galeries voûtées sur lesquelles reposaient les gradins, qui ont dis- 
paru, sont en partie intactes; elles ont été bâties avec de belles 
pierres basaltiques très-régulièrement taillées et agencées ensemble. 
Les habitants de Reisan s'en servent aujourd'hui comme de maga- 
sins pour y placer leurs provisions et leur récolte, et, pour ((îla. 
ils en obstruent l'entrée avec des épines. De distance en dislance. 
ou reuiarque des jjassages bas et étroits, où un hoimne seul peut 
pénétrer en se courbant, j)articulaiité (pie l'on observe seulement 
dans un petit nond)re de théâtres anciens, et qui avait pour but 
IrèM-probablemenl de répercuter la voix des acteurs. A la place des 
wéfçe» enlevés, des préciiu'.lions horizontales (jui les |)arlag(N'nenl 
en élagcH et des petits escaliers (pii les divisaient en conq)artiments 
ciinéifonnes, ci'oissent actuellement des herbes et des broussailles. 



CHAPITRK XIV. — BRISAN. 287 

L'orchestre est, de même, envahi soit par des plantes épineuses, 
soit par des légumes. Quant à la scène et à ses dépendances, il n'en 
subsiste plus que des arasements et quelques magnifiques dalles 
encore en place. 

Un peu au nord du postscénium coule un ruisseau abondant, qui 
descend du nord-ouest et répand la fertilité dans une belle plaine, 
qui était en partie couverte de superbes moissons et en partie 
cultivée en légumes au moment où je la visitai, mais que jadis 
décoraient divers édifices. Quelques colonnes de marbre encore de- 
bout s'élèvent au milieu des blés. Leur circonférence mesure t«'°,2o. 

Au noi'd-nord-est du théâtre, et à la distance d'environ 800 mè- 
tres de ce monument, se dresse une haute colline, appelée Tell el- 
Hasan, (j^Jl Jj, ou kalal el-Hamn, (jmJI x»ii. (^est l'antique acro- 
pole de Scythopolis. En la gravissant, on s'aperçoit qu'elle forme 
trois plateaux diflerenls, deux plateaux inférieurs, à l'est et à l'ouest, 
et un plateau central supérieur, du sommet duquel l'œil embrasse 
un assez vaste horizon. Ces trois plateaux étaient environnés d'un 
mur d'enceinte mesurant 9."\3o d'épaisseur et revêtu extérieure- 
ment d'un appareil de larges blops, comme l'indiquent quelques 
pans intacts. Là où il est détruit, on peut en suivre j)artout les 
arasements. A l'exception de quel(|ues beaux blocs épars çà et là, 
les constructions qui couronnaient jadis la j)late-foi'me supérieure 
ont été comme effacées du sol. 

A l'extrémité nord-ouest du plateau inférieur occidental, on 
remarque les restes d'une puissante porte voûtée, dont les assises 
inférieures seules paraissent antiques et datent sans doute de la 
fondation de la forteresse; le reste semble avoir été remanié ulté- 
rieurement. 

Le Kala't el-Hasan est bordé, au nord et à l'est, par le ravin 
profond de XOued el-Djaloud, :>^\A :>\^, qui le rend inaccessible 
de ces deux côtés. A l'extrémité sud-est et au bas du tell, ce même 
oued, avant de poursuivre son cours vers le Rhôr, fait là sa jonc- 
tion avec le ruisseau que j'ai déjà signalé comme coulant au nord 
du théâtre et. |)ar <'onséquent, au sud du tell. On le traversait 



288 DESCRIPTION DK LA SAMARIE. 

autrefois en cet endroit sur un pont de trois arches, dont les 
voûtes sont aujourd'hui détruites; l'arche seule du milieu était à 
cheval sur le lit de l'oued; les deux autres reposaient sur les 
berges du torrent; elles avaient été bâties avec des blocs réguliers 
de forme carrée, qui en constituaient le parement extérieur, le corps 
de la maçonnerie consistant en un blocage très-compacte. 

A ce pont aboutissait le mur d'enceinte de la ville, qui traver- 
sait, vers l'est, la vallée, devenue plus étroite, dont j'ai déjà fait 
mention. 

Au delà de ce même pont, vers le nord-est, on observe, sur les 
flancs d'une colline, plusieurs sarcophages mutilés et un certain 
nombre d'ouvertures, en partie bouchées, qui sont celles d'autant 
de tombeaux. 

Un peu à l'ouest de cette colline, sur une éminence voisine et 
séparée de la précédente par un petit ravin, se trouvent les ves- 
tiges d'un édifice construit en belles pierres de taille, et jadis orné 
de colonnes de marbre dont les fûts monolithes sont couchés à terre, 
à côté de leurs chapiteaux brisés. 

Ces édifices et d'autres encoie, également décorés de colonnes, 
dont les débris sont çà et là dispersés au milieu de l'enceinte de la 
ville antique, en accusent l'ancienne magnificence. J'estime à quatre 
kilomètres environ de pourtour le périmètre qu'elle pouvait jadis 
avoir, en y comprenant son acropole. 

Après avoir erré longtemps à travers ces ruines, je regagnai, au 
coucher du soleil, ma tente, qui avait été dressée à l'ouest du 
tfiéAlre, près d'un lenq)le rasé, dont il subsiste encore quel(|ues 
beaux blocs et six tronçons de coh)nnes, les uns l'enversés, h;s au- 
tres à moitié enfouis. 

Beisan, en arabe ^jL»*a^, est ranti(|ue Ueih-Chedn, |NU/-n''3, ou 
lieih-CJiau , |Cf"n^5, en grec HondaoLV, MvOfjcîv, ô oîxos ïldv, n\ latin 
ItelliKan, ville située dans les limites de la trihu d'Issachai-, mais 
qui appartenait à la denu-lrihu dr Manassé occidentale. Celle-ci 
ne put (Ml exteriniiu'r raiicieniic population kanané<Mni(<. (|iii élail 



CHAPIÏHR XIV. — BEISAN. 289 

valeureuse et se servait à la guerre de diariots de fer; seulement, 
elle finit plus tard par la rendre tributaire. 

11. Fuitque hœreditas Manasse in Issacliar et in Aser, Bethsan et viculi 
ejus, et Jeblaam cum viculis suis. . . . 

12. Nec potuerunt filii Manasse has civilates subvertere, sed cœpil Chana- 
naeus habitare in terra sua. 

i3. Postquain autem convaluerunt filii Israël, subjecerunt Chananaeos, et 
fecerunt sibi tributarios, nec inlerfecerunl eos. 

i6. Locutique sunt filii Joseph ad Josue, et dixerunt : Quare dedisti mihi 
possessionem sortis et funiculi unius, cum sim tantae muititudinis, et bene- 
dixerit mihi Dominus? 

i5. Ad quos Josue ait : Si popuius multus es, ascende in syivam, et suc- 
cide tibi spatia in terra Pherezaei et Raphaim : quia angusta est tibi possessio 
montis Ephraim. 

1 6. Gui responderunt filii Joseph : Non poterimus ad montana consceudere , 
cum ferreis curribus utantur Chananaeî, qui habitant in terra carapestri, in 
qua sitse sunt Bethsan cum viculis suis et Jezrael mediam possidens vallem^ 

Nous apprenons également par le livre des Juges que les Kana- 
néens ne furent point expulsés de Beth-Cheân par les descendants 
de Manasse, qui se contentèrent, dans la suite, de les assujettir à 
un tribut. 

97. Manasses quoque non delevit Bethsan, et Thanac cum viculis suis .... 
cœpitque Chananaeus habitare cum eis. 

a8. Postquam autem confortatus est Israël, fecit eos tributarios, e( delere 
noluit^. 

A l'époque de Salomon, Beth-Cheân et tout le district qui en 
dépendait étaient administrés par un commissaire de ce prince. 

Bana, filius Ahilud, regebat Thanac et Mageddo, et universam Bethsan, quai 
est juxta Sarthana subler Jezrael, a Bethsan usque Abelmehula e regione Jec- 
maan ^. 

J'oubliais de dire que, lorsque Saiil eut succombé sur le mont 
Gelboë avec ses trois fils, Jonathas, Abinadab et Melchisua, les Phi- 

■ Josué, c. xvn, V. 1 1-16. — * Juges, c. i, v. 97 et 98. — ' Rois, 1. III, c. iv. v. 19. 

19 



•290 DKSCHIPTION DK LA SAMARIE. 

listins vainqueurs s'empressèrent, le lendemain de leur victoire, 
de dépouiller les morts, lis coupèrent la tête de Saûl et s'empa- 
rèrent de ses armes, qu'ils déposèrent en guise de trophée dans le 
temple d'une de leurs principales divinités, nommée Astarolh. Quant 
au corps de ce prince, ils le pendirent, avec celui de ses lils, sur 
la muraille de Bethsan. 

Aussitôt que les habitants de Jabès Galaad eurent appris le trai- 
tement que les Philistins avaient fait à Saûl, les plus vaillants 
d'entre eux marchèrent toute la nuit et, après avoir enlevé le corps 
de Saiil et ceux de ses enfants de la muraille de Bethsan, ils re- 
vinrent à Jabès Galaad, oii ils les brûlèrent, puis ils ensevelirent 
les os dans le bois de Jabès, et se livrèrent eux-mêmes à un jeûne 
de sept jours. 

11. Quod cum audissent habitatores Jabes Galaad quœcumque fecerant 
IMiihsthiim Saul, 

19. Surrexeruul omnes viri fortissimi, et ambulaverunt lola nocle, el tule- 
runl cadaver Saul, et cadavera fîliorum ejus, de muro Betlisan ; venerunlque 
Jabes Galaad, et combusserunt ea ibi. 

i3. Et tulerunt ossa eorum, et sepelierunt in nemore Jabes, et jejunave- 
riinl soplem dicbiis'. 

La ville de Jabès Galaad, en hébreu Yabech Gilead, nyVa ï^a;, en 
grec \a€ls TaXadS, en latin Jabes Galaad, était située au delà du 
Jourdain, à six milles de Pella. On en retrouve les ruines non loin 
de Y(hed Yahes, ^yJ^, àl^, qui a conservé fidèlement son nom, qu'elle 
a perdu elle-même. De là à Beisan, il peut y avoir cinq heures et 
demie de marche. Celte distance s'accorde parlaitement avec le 
passage; que je viens àe citer, et ])ermettait aux gueiriers de Jabès 
Galaad d'accomplir, pendant une seule nuit, l'entreprise dont il est 
(juestion ici. Ils n'avaient besoin, en elTet, que de sept heures et 
d(>mic au maximum pour se rendre à Beisan après avoir franchi 
le Jourdain, puis pour repasser ce fleuve et le mettre ainsi entre 
eux et les Philistins; ensuite il ne leur restait plus que trois heures 
et demie de marche poui' rentrer dans leurs foyers. Ils pouvaient 

' Uoi»,\, l,C. XXM, V. \\-\'.\. ' 



CHAPITRK XIV. — BEISAN. 291 

d'ailleurs achever leur retour au lever du jour, puisque, une fois sur 
la rive orientale du Jourdain, ils n'avaient plus à redouter autant 
la poursuite de l'ennemi. 

Depuis le règne de Salornon, oii Bethsan, comme nous l'avons 
vu, étaitsous la juridiction d'un des commissaires de ce monarque, 
il n'est plus fait mention de cette ville dans la Bible jusqu'à l'époque 
des Macliabées. Toutefois, dans la version grecque du livre de Ju- 
dith (c. ni,v. lo), il est dit qu'Holopherne campa un mois entre 
Gaba et Scythopolis : 

Kai xareo'l paT07réSev(7£v dva[X£(TQv TaiSat xaï lEiXvOôjv tséXeojSj xaï ^v 
éxel (JLïjva. ^(xépcov eU to a-ulXéçai taditrav tiiv àitaptiav tijs Svvdfjieeûs avrov. 

Nous lisons dans le premier livre des Macliabées que Judas, 
après son expédition dans le pays de Galaad, l'an i63 avant Jésus- 
Christ, retraversa le Jourdain vis-à-vis de Bethsan : 

Et transgressi sunl Jordancm in campo magno, contra facieni Belllsan^ 

Vingt ans plus tard, Bethsan est également signalée, à propos 
de la rencontre de Jonathas Machabée avec Diodotus surnommé 
Tryphon, qui, après avoir élevé sur le trône de Syrie le jeune 
Antiochus, fds d'Alexandre Balas, avait formé le projet de le sup- 
planter, pour s'établir roi à sa place. Craignant que Jonathas ne s'op- 
posât à sa trahison, il vint en Palestine avec une armée. Jonathas 
marcha au-devant de lui avec quarante mille hommes et le ren- 
contra à Bethsan. Tryphon endormit la défiance de son adversaire 
par de belles promesses, hii persuada de renvoyer ses troupes et 
de se rendre avec lui à Ptolémaïs, lui promettant de remettre cette 
place entre ses mains. Là, il s'empara traîtreusement de sa personne, 
et bientôt le fit mettre h mort, près d'une petite ville appelée 
Bascama. 

89. Et cuni cogilassel Trypiion regnare Asije et assuniere (hadoina, et o\- 
tendere manuni in Anliochuin regem; 

Mnehabées, I. 1, c. v, v. O'i. 



292 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

/io. Timens ne forte non permitteret eum Jonalhas, sed pugiiaret adversus 
eum, quaerebat comprehendere eum et occidere. Etexsurgens abiit in Bethsan. 

lit. Et exivit Jonalhas obviain illi eum quadraginta millibus virorum elec- 
torum in prœlium , el venit Bethsan ^ 

Dans le second livre des Machabées, l'auteur de ce livre, en 
rapportant le premier de ces deux faits, emploie, au lieu du nom 
Bethsan , celui de civitas Scytharum : 

Inde ad civitatem Scytharum abierunt, quœ ab Jerosolymis sexcentisstadiis 
aberat ^. 

Ce qui prouve que Bethsan et Scythopolis étaient deux dénomi- 
nations différentes pour désigner la même ville. 

Déjà dans la version grecque des Septante , le verset du livre 
des Juges où il est dit que Manassé ne put détruire les Kananéens 
qui étaient établis à Bethsan est traduit ainsi : 

Ka) ovx è^iipe Mavaa-a-fj rrjv ^(xi9<Tàv, ■fjèàli "ExvdcHv vféXis^. . . 
crManassé ne s'empara pas de Bethsan, qui est la ville des Scythes.» 

Josèphe, en reproduisant le même fait, déclare pareillement de 
ia manière la plus formelle que les désignations de Bethsan et de 
Scythopolis s'appliquent à la même ville : 

Ti}ç Se Mavacra-ïjTiSos ol ij(ii(Tei$ àirh [xèv lopSdvov yiéxP'^ AcSpcov tsôXeoJs, 
vrkdros Se en) hr]d(Tdvci>v, rj vvv ^xvôéTroXis xaXsnai *. 

ffLa demi-lribu de Manassd s'étendit en longueur depuis le Jourdain jusqu'à 
Dora, el en largeur jusqu'à Bethsan, qui aujourd'hui s'appelle Scythopolis. ?> 

Lorsqu'il raconte la mort de Saul sur le mont Gelboë et les 
outrages que subirent son cadavre et ceux de ses fils à Bethsan , il 
ajoute également que cette ville s'appelait de son temps Scytho- 
poli.s : 

Ktf} làf iièv woLvoTtXioLf aviùiv àvéOtiKOiv elf vh ktrlotpTetoVf rà Se aoifiaTa. 

' Macknbh», I. 1 . r, xii. v. Z\)-h\. " Jugea, c. i, v. 37. 

' Maekahétê, I. Il, r, xii, v. 39. * AtUiq. jiidn'iq. I. V, c. i, .S aa. 



CHAPITRE XIV. — BEISAN. 293 

àvecrlavpùxjav tspbs Tût Tet)(ti tïjs htiôeràv vrS'XeojSy ri vvv ^xvôéTroXts xaXeT- 

Tai'. 

'rLes Philistins déposèrent leurs armures (celles de Saûl et de ses fils) dans 
le temple d'Astarlé, et suspendirent leurs cadavres à un gibet sur les murs 
de Bethsan, aujourd'hui nommée Scythopolis. » 

Ailleurs, après avoir résumé l'expédition de Judas Machabée 
dans le pays de Galaad, Josèphe, conformément au texte biblique, 
qu'il ne fait guère que traduire en cet endroit, rapporte que ce 
vaillant chef franchit le Jourdain et parvint dans la grande plaine 
en face de laquelle, dit-il, est située Bethsan, ville que les Grecs 
appellent Scythopolis : 

^ia€otvTes Se rbv lopSo[vtfv Ifxov eh to y^-éyct laeSîov, oS xeiTai xarà tspàaoj- 
TTOv tsôXts hedenxvrj, xaXovfxévt] 'Ophs CiXkrivwv ^xu667to\is'^. 

Dans YOnomasticon, au mot Brjdfrâv, Eusèbe et après lui saint 
Jérôme ne sont pas moins explicites sur l'identité de Bethsan avec 
Scythopolis : 

hti6(7av' Taurtjs ovx é^ijpe tovs à»o<^Xous À OvXri Mavaatrif. Xvrrj éaVt 
"ExuBÔTTOAts , éirt<Tti(xos ïlaXat(/l îvtjs -cfôXis. KaXei Se avTrjv ») Tpa^p») xai oïxov 
Sàv, OTTgp êaTi olxos èyBpov. 

rr Bethsan : la tribu de Manasse' ne put en chasser les étrangers (les anciens 
habitants). C'est Scythopolis, ville remarquable de la Palestine. L'Ecriture 
la désigne également sous le nom de maison de San, c'est-à-dire ma ion de 
l^ ennemi, r» 

Tous ces témoignages et d'autres encore que je pourrais produire 
prouvent sans réplique que la dénomination de Bethsan, en hébreu 
Beth-Cheân, est l'antique dénomination portée jadis par la ville 
qui s'appela plus tard en grec ^xvdwv tsoXis ou , en réunissant les 
deux mots par contraction, SxuôoTroXts, nom qu'elle a perdu de 
nouveau, pour reprendre, comme beaucoup d'autres villes de la 
Palestine, sous la domination arabe, son nom primitif légèrement 

' Antiq. JHdaïq. I. M, c, ,\!v, .^ !^. — ' IbH. I. Ml. c. vni, 8 5. 



Î9A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

altéré dans la forme Beisan, ^jU-^. L'origine la plus probable de 
ce nom de Scythopolis est indiquée par plusieurs auteurs, entre 
autres par Pline dans l'antiquité, et par Georges Syncelle vers la 
fin du vin^ siècle de notre ère. 

Pline s'exprime ainsi dans son Histoire naturelle, lorsqu'il énu- 
mère les villes de la Décapole ; 

Scytliopoliu (aniea Nysam, a Libero paire, sepulta nutrice ibi), Scylhisde- 
ductis *. 

Georges Syncelle, de son côté, nous dit dans sa Chronique byzan- 
tine : 

^xvdat T^v ïlaXatal tvnv xaréSpafiov xaï Trjv ^aaàv xaTS(7)(0Vf rtjv ê^ av- 
TÙv KktiBeî<jav ^xvQàitdkiv ^. 

«tIjCS Scythes dévastèrent dans leurs courses ia Palestine et s'emparèrent de 
Basan (Bethsan), qui prit d'eux son nom de Scythopolis. d 

Cet historien place cette invasion des Scythes sous le règne de 
Josias, règne qui correspond très-bien par sa date (689-609 avant 
J. C.) à celui du roi d'Egypte Psammétique (656-6 1 1 avant J. C), 
sous lequel, au dire d'Hérodote, les Scythes envahirent la Pales- 
tine, pour de là pénétrer en Egypte'. Je sais bien que le savant 
Reland met au nombre des fables cette invasion et, par consé- 
quent, hésite beaucoup à penser que les Scythes aient pu, en lais- 
sant une colonie de leurs guerriers ;\ Bethsan, donner en même 

temps leur nom ù cette ville. 

■ . ^.!, 

Scylhns nonicn ei dédisse vix credidorini. iNcc cnini ai) iinii(|iia illa Scyihn- 
runi irruptione in Paiuistinam, oujiis niemiiiit Ilerodolus lib. I, iliud noiuen 
arccssenduni est, quic piano ficta multis vidctur^. 

Mais la criti((ue contemporaine admet connue trùs-aulli(Mili(|ue 
le lait de cette expédition, regardé un peu légèrement coninuî apo- 
cryphe par l'auteur, d'ailleurs si éclairé, que je viens de citer, c^t 

' VUm, niMtoire Hftiurclic, \. V, r. xvi. ' H('ro(lolf>, Uisloirc, I. I, 1 <>.■{- t(>r>. 

' George» Synrcllo, C/iroMiiyue, p. «jiâ. ^ Rcliuul, hilcMlinv, p. 99 'ji. 



CHAPITRE XIV.— BEISAN. 295 

dès iors rien ne s'oppose à ce que nous considérions comme certain 
aussi l'établissement d'une colonie de Scythes à Bethsan, qui, à 
cause de cela, aurait pris, dans le langage des Grecs, le nom de 
ville des Scythes ou Scylhopolis. Le nom primitif indigène se per- 
pétua néanmoins dans l'usage du peuple, à coté du nom imposé par 
la conquête, puisque nous le voyous reparaître à partir de l'inva- 
sion arabe, qui, à son tour, fit complètement tomber en désuétude 
la dénomination grecque de Scythopolis. 

Robinson S sans rejeter tout à fait l'étymologie précédente et 
l'établissement d'une colonie de Scythes à Bethsan, émet la con- 
jecture que peut-être ici le mot de Scythes ne doit pas être pris à 
la lettre, et qu'il faut entendre par cette désignation un peuple rude, 
barbare, comme sont, de nos jours encore, les tribus nomades et 
sauvages qui habitent le Rhôr. 

Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, à laquelle, pour mon 
compte, je préfère la première, qui s'appuie sur plusieurs témoi- 
gnages très-sérieux, nous savons par l'histoire, ce que confirment 
d'ailleurs les vestiges de plusieurs temples épars au milieu des 
ruines de Beisan , que cette ville , d'oii les anciens Israélites n'avaient 
jamais pu expulser les Kananéens, resta toujours une cité en partie 
païenne. 

Josèphe la mentionne sur les confins de la Galilée vers le sud-. 
C'était, de son temps, la ville la plus importante de la Décapole, 
district auquel elle appartenait, bien que située sur la rive occiden- 
tale du Jourdain'. 

L'an 109 avant Jésus-Christ, Epicrate, général d'Antiochus de 
Cyzique, vendit à Hyrcan par trahison Scythopolis et les autres 
villes des environs occupées par les Syriens'. Huit ans plus tard, 
(^léopâtre, la mère de Ptolémée Latliyre, eut en cet endroit une 
(mtrevue avec Alexandre Jannée et fit alliance avec ce pi'ince. 
Tombée au pouvoir de Pompée dans sa marche de Damas en Judée, 

' Robinson , Biblical Rcsearclics , l. m . ^ Que ne des Juifs, l. \il, c. i\. 

[>. 33o. ' Antiquilés judaïques, I. XIII, c. x, 

* Gueire des Juifs, I. III, <•. m, S 1. S .*5. 



296 DESCRIPTION DE LA SAiMAKIE. 

Scythopolis tut ensuite rendue à ses propres liabitants^ Enlre autres 
villes delà Palestine que Gabinius, proconsul de Syrie, fit réparer, 
Josèphe cite celle de Scythopolis^. Peut-être est-ce à cette époque 
de restauration qu'il faut attribuer le théâtre et quelques-uns des 
autres édifices ornés de colonnes dont j'ai signalé les ruines à 
Beisan. 

Au commencement de la guerre judaïque, l'an 65 de notre ère, 
sous l'administration du procurateur romain Fiorus, des bandes 
d'insurgés juifs vinrent attaquer Scythopolis. Les païens qui habi- 
taient cette ville contraignirent la population juive qui se trouvait 
au milieu d'eux à joindre ses efforts aux leurs pour repousser les 
agresseurs. Mais ensuite ils la chassèrent elle-même de la ville et 
la massacrèrent traîtreusement dans un bois voisin, au nombre de 
treize mille individus, hommes, femmes et enfants. Un certain 
Simon, homme plein d'énergie et de courage, avait vaillamment 
combattu contre les insurgés qui étaient venus assiéger Scythopo- . 
lis. Près de tomber sous les coups de ceux-là mêmes dont il s'était 
fait l'auxiliaire, il y vit un juste châtiment du ciel pour avoir pris 
les armes contre ses compatriotes et ses coreligionnaires, et, afin 
d'épargner à sa famille et à lui-même la honte de périr de la main 
de leui's lâches ennemis, il perça de son épée son vieux père, sa 
mère, sa femme et ses enfants, puis, debout sur les cadavres de 
tous les siens, plongea son arme dans sa poitrine'. 

J'ai cité plus haut un passage de ÏOnomasticon qui nous montre 
que, au iv*" siècle de notre ère, Scythopolis continuait d'être une 
ville inq)ortante, STricrvfios UaXoLK/lîvrjs tsâXis. Bien que remplie 
encore de païens, elle était déjà le siège d'un évêché. Sans doute 
plusieurs des édifices renversés, décorés jadis de colonnes mono- 
litlies, dont les ruines sont recoiniaissables à Beisan, avaient été 
transformés en églises à l'époijue chrétienne, après avoir servi pri- 
liiiti\einenl de lenqilcs aux idoles. Le premier évêque de cette 

' Anhif. judnùfueM,]. \IV, c. m, S /| ; — (îueirc dvs Juifs, I. I, c. vm, .S k. 

c, IV. i II. ' Guerre (/fv Juifs, I. M, c. xvili, S8 3 

' Aitlit]. Juihiufufs, I. \IV, t. >, 8 3; cl /i ; — Vie de Josèphe, 8 6. 



CHAPITRE XIV. — BEISAN. 297 

ville dont l'histoire nous ait transmis le nom est Patrophilus, qui 
assista à un concile tenu en Palestine l'an 3i8 de Jésus-Christ; il 
souscrivit plus tard au premier concile de Nicée en 32 5. Scytho- 
polis faisait alors partie de la Palestine seconde; elle en était le 
siège métropolitain. 

Nous lisons dans la Chronique pascale, à l'année 36 1, que les 
païens de Scythopolis sévirent avec fureur, cette année-là, contre 
les chrétiens de cette ville et que, violant le tombeau du saint évêque 
Patrophilus, ils dispersèrent ses restes, en gardant son crâne, qu'ils 
suspendirent par mépris en guise de lampe. 

Tov dyîov Ilarpo^tXov ênia-xS-TTOV Tr}s êv "SxvdoTréXei èxxXva-ias yevofÂé- 
vov àvopv^avTes œno tov r(x(pov rà Xe/\|/ava, ràfxèv aXXa Stea-xépTrtaraVj rà Se 
xpdviov é(pv€pi(7lcos xpefÀaaavTes ôs êv (r^tjfJMTi xavStfkas évéTttjçav. 

Nous connaissons également les noms des évêques scythopoli- 
tains Saturninus, qui souscrivit au premier concile de Constanti- 
nople; Severianus, qui assista plus tard au concile de Chalcédoine, 
et Theodosius, qui prit part, en 536, aux actes du concile de Jé- 
rusalem. Dans cette même année, les moines de Scythopolis furent 
représentés au concile de Constantinople par un diacre nommé 
Strategius, d'autres disent Sergius, religieux du monastère de 
Saint-Jean ' . 

Un passage de Sozomène nous apprend qu'alors une grande 
quantité de palmiers croissaient autour de Scythopolis, ce qui per- 
mettait aux moines, qui y étaient très-nombreux, de se livrer à 
leurs travaux accoutumés. 

Ave)(^côptj(Tav sis Iepoo"oXufxa , xàxeWev sis 'SiXvÔSttoXiv tjxov, èTrnnSeiav 
vyi1(T(Xfxsvoi Ttjv èvOdSs oïxv(Ttv Sià tous tdtoXXoÙs ^oivixas , wv to7s (^uWats 
èy^pôjvio tspos Tût sici}06ia to7s ^ovayols epya ^. 

Ces travaux consistaient en corbeilles qu'ils fabriquaient avec des 
feuilles de palmier, en éventails et quelquefois en tuniques pour 
eux-mêmes. 

* Reland, Palestine, p. 99C. — " Sozomène, Histoire ecclésiastique, \. VIIl, c. xiii. 



29» DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Ces beiles plantations de palmiers, qui devaient faire autrelois 
l'un des ornements, aussi bien que l'une des principales richesses 
de Scythopolis, ont presque complètement disparu. En parcourant 
les ruines et les alentours de cette ville, je n'ai remarqué que trois 
ou quatre palmiers, tristes restes des magnifiques bois de cette 
espèce qui s'y élevaient jadis. A propos de Jéricho, de Phasaélis et 
d'Archélaïs, j'ai également observé que les oasis de dattiers dont 
ces villes étaient environnées n'avaient, pour ainsi dire, laissé au- 
cune trace sur le sol, tant a été radicale la destruction qui en a 
été faite. Le fertile terroir de Scythopolis, si facile à arroser, à cause 
des eaux courantes qui le sillonnent en tous sens, devait d'ailleurs 
se prêter merveilleusement, avec la chaleur du climat, à la culture 
de cet arbre. Le Talmud vante également les olives de Beth-Gheân 
et le lin qui y croissait et avec lequel les habitants se fabriquaient 
des vêtements. Rabbi Simon ben Lakisch, pour exprimer la riciiesse 
et la beauté de son sol, emploie cette comparaison : crSi le paradis 
doit se trouver en Palestine, la porte en esta Beth-Cheân \i7 

A l'époque des croisades, cette ville était en pleine décadence 
et ne comptait plus qu'une très-faible population, Néanmoins, 
en 1182, elle se défendit énergiquement contre Saladin. L'aimée 
suivante, elle lut abandonnée par ses habitants à son approche, et 
les Musulmans, après l'avoir pillée, la livrèrent aux flammes^. 
Aujourd'hui ce n'est plus qu'un misérable village de trois cents âmes 
au plus. 

' iNeubauer, Géofp-uphie du Talmtul, p. 176. — " Guillaunie de Tyr, I. XXII, c. xvi. 



CHAPITRE XV. — KHAN MUSULMAN. 299 



I 



CHAPITRE QUINZIEME. 



ï 



DEPART DE BEISAN. KHAN MUSULMAN. MAGNIFIQUE PLAINE. CHOUTTHAH , 

PEUT-ÊTRE JADIS BETH-HA-CHITTAH. BEIT-ELFA; EST-CE L'ANCIENNE 

BÉTHULIE ? KHARBET DJEDEIDEII. KHARBET CHEIKH HASAN. KOU- 

MiEH. — KHARBET DJALOUD. a'ÏN DJALOUD, JADIS E^N-HAROD. A*IN 

EL-MAÏTEH. ZERa'ÏN, JADIS JEZRAËL. 



DEPART DE BEISAN. 

Le 29 avril, à sept heures du matin, nous nous mettons en 
marche dans la direction du nord. Je remarque, à droite et à gauche 
de la route que nous suivons, plusieurs tronçons de colonnes à 
moitié enfouis dans le sol. 

A sept heures huit minutes, nous parvenons à une portion assez 
bien conservée du mur antique de la ville vers le nord-ouest. 

A sept heures dix minutes, nous franchissons l'Oued Djaloud 
sur un pont antique d'une seule arche, bâtie en plein cintre avec de 
magnifiques blocs basaltiques, et recouvert de dalles semblables, de 
grandes dimensions. 

Notre direction est alors celle du nord-ouest. 

Chemin faisant, nous rencontrons plusieurs moulins, les uns 
abandonnés, les autres encore en usage et mis en mouvement par 
les eaux d'un canal dérivant de l'Oued Djaloud. 

KHAN MUSULMAN. 

Nous parvenons bientôt après, au delà de légères ondulations 
de terrain, sur un plateau d'une grande fertilité et dont le sol est 
rougeâtre et profond. 

A sept heures vingt minutes, nous faisons halte près d'un ancien 



300 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

khan musulman abandonné. Il mesure environ cent pas sur chaque 
face et forme un carré parfait. Les murs qui délimitaient cette en- 
ceinte avaient un mètre dix centimètres d'épaisseui*. La face sud est 
en grande partie renversée, ainsi que la porte qui ouvrait de ce 
côté; les autres faces sont mieux conservées; celle du nord surtout 
est presque intacte. Bâtie avec de belles pierres de taille provenant 
sans doute des ruines de l'antique Beth-Gheân, elle est percée 
d'une porte construite avec de superbes blocs , alternativement noirs 
et blancs, très-régulièrement appareillés et de dimensions considé- 
rables. Cette porte , qui correspond à celle du sud dont j'ai parlé 
et qui est actuellement détruite, repose sur deux pieds-droits que 
couronne un magnifique linteau , surmonté lui-même d'un arc ogival. 
Elle donne entrée dans un vestibule que fermait une autre porte 
intérieure. Au dedans du rectangle délimité par cette enceinte ré- 
gnaient quatre belles galeries ogivales; construites, elles aussi, avec 
des pierres de taille très-régulièrement agencées entre elles et 
aujourd'hui aux trois quarts renversées, elles ont été remplacées, 
à une époque postérieure , par de misérables masures arabes, elles- 
mêmes abandonnées et tombant en ruine. Au centre du khan, trois 
colonnes monolithes en granit gris sont encore debout; une qua- 
trième est renversée : elles se répondaient deux à deux. 

MAGNIFIQUE PLAINE. 

A sept heures trente-cinq minutes, nous poursuivons notre route 
dans la direction du nord-ouest, à travers le magnifique plateau 
dont il a été question plus haut; en partie seulement cultivé, il 
est couvert de hautes herbes et de fleurs, là où la main de l'homme 
ne l'a point travaillé. Un canal dérivant de l'Aïu Djaloud y s(m- 
pente el l'arrose. Nous le longeons ù notre {jauche. 

A se|)t heures (piarautt; minutes, notre direction devient celle 
de rouest-nord-ouesl, puis de l'ouest. L'admirable |)laine où nous 
chemiiionK s'élève graduc^llenuMil , mais par une pente très- peu 
accentuée, de Test à l'oueNt. Klie s'étiuid «>Mlr«' les flancs sepl(Mi- 



CHAPITRE XV. — CHOUTTHAH. 301 

trionaux du Djebel Foukou ah, iCcyU J.f> , au sud, et une série de 
collines verdoyantes, au nord. Sa largeur est d'environ quatre kilo- 
mètres. Des troupeaux de bœufs y paissent çà et là sous la garde 
de pâtres armés de fusils ou de casse-tête. Ceux-ci charment par 
intervalle leurs loisirs en jouant sur des flûtes champêtres des airs 
aussi primitifs que leurs instruments, et où les mêmes notes sont 
incessamment répétées. Ces airs monotones sont le plus ordinaire- 
ment plaintifs, ce qui s'accorde assez bien, le soir surtout, avec l'im- 
pression générale que fait naître dans l'esprit l'aspect du pays et 
des habitants, avec la désolation qui y règne en tant d'endroits et 
avec les souvenirs que l'on y évoque à chaque pas. 

A huit heures quarante minutes, la plaine se resserre un peu; 
néanmoins, elle a encore au minimum trois kilomètres de large. 
Nous nous avançons vers l'ouest-nord-ouest. 

CHOUTTH/IH. 

A huit heures cinquante-cinq minutes , nous parvenons à Chout- 
thah, iiïxw, village de trois cents habitants. Les maisons sont bâties 
en pisé ou avec de menus matériaux. Des silos nombreux ont été 
creusés dans le sol et servent de magasins souterrains à chaque 
famille. Les femmes s'approvisionnent d'eau au canal de l'A'ïn Dja- 
loud, qui coule à quelque distance au sud du village. Le nom de 
Ghoutthah, que porte cette localité et la position qu'elle occupe 
peuvent porter à penser que ce village a succédé à l'ancienne 
Beth-ha-Chittah, en hébreu noefn n^a, en grec BrjôfréeS et Ba<Teéf7a, 
en latin Bethsetta^ mentionnée dans le verset suivant : 

Fugientes usque ad Bethsetta, et crepidineni Abelmehula in ïebbath ' . . . 

Dans le texte hébreu traduit mot à mot nous lisons : 

ffEtrarmée (des Madianites) s'enfuit jusqu'à Beth-ha-Chittah, vers Tsérérah 
(d'autres manuscrits portent Tsére'datha h), jusqu'au bord d'Abelmeholah , vers 
Tabbat. n 

' Juges, c. \n, V. 'J.3. 



302 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

Les Madianites avaient établi leur camp dans la vallée de 
Jezraël : 

Igituromnis Madian, et Amalec, et orientales populi congiegati smil siinul, 
et, transeunles Jordanem, castrametati sunt in valle Jeziael^. 

Dans un autre verset il est dit que Gédéon marcha avec ses 
troupes vers la fontaine de Harad, et que les Madianites étaient 
campés dans la vallée, au nord d'une colline élevée : 

Igitur Jerobaai, qui est Gedeon , de nocte consurgens , et omnis populus cuni 
eo, venit ad fontem qui vocatur Harad. Erant autem castra Madian in valle ad 
septentrionalem plagam collis excelsi^. 

Dans le texte hébreu nous lisons : 

ffJéroubba'al donc, qui est Gédéon, s'étant levé de bon malin, et tout le 
peuple (\m était avec lui vinrent camper près de la fontaine de Harod, et ils 
avaient le camp de Madian du côté du septentrion, vers la hauteur de Moreh, 
dans la vallée, n 

De ce verset ainsi traduit il résulte que les Madianites, avant 
d'être attaqués par Gédéon , étaient campés au nord de l'emplacement 
occupé par celui-ci et probablement au bas et au sud-ouest du petit 
Hermon , dont un des contre-forts pouvait s'appeler alors du nom de 
Moreh. Gédéon, au contraire, devait avoir réuni son armée sur les 
dernières pentes du mont Gelboë, non loin de la source abondante 
connue actuellement sous le nom dA'ïn Djaloud, dont il sera ques- 
tion plus tard. 

En proie à une panique soudaine, par suite de l'irruption de 
Gédéon et de sa petite troupe au milieu de leur camp pendant la 
nuit, les Madianites, s'entre-tuant les uns les autres, durent s'en- 
fuir vers l'est pour rcjrajjner les rives du Jourdain, qu'ils avaient 
franchi peu auparavant, avant d'envahir la plaine de Jezraël, afin 
«le mettre ce fleuve entre eux et leurs adversairiîs. Or, dans huir 
fuite, ils rencontrèrent d'abord nécessairement la localité aj)pelée 
aujourd'hui CJumllluih; il est donc permis de supposer qu'elle a 

' JttgM, e, VI. v. 33. — ' //«>/. V. Ml. V. 1. 



CHAPITHE XV. — BEIÏ-KLFA. 303 

remplacé V Ancienne Bel h-lia-C h ittah, dont elle reproduit fidèlement 
le nom, les mots betli et ha ne faisant pas partie du nom propre- 
ment dit, le premier signifiant maison, mot, comme on le sait, pré- 
posé jadis devant une foule de noms propres de villes en Palestine, 
et le second étant l'article (^maison du ou de la). 

BEIT-ELPA; est-ce L'ANCIETINE bétiiulie? 

A neuf heures dix minutes, nous prenons, au sortir de ce vil- 
lage, la direction du sud. 

A neuf heures vingt minutes, nous traversons le canal de rA'ïn 
Djaloud, puis un petit marais couvert de joncs. 

A neuf heures vingt-quatre minutes, nous inclinons vers le sud- 
sud-est. 

A neuf heures quarante minutes, nous franchissons un autre 
petit marais couvert de joncs et de roseaux, formé par les eaux de 
l'A'ïn Djaloud. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous franchissons un 
second canal dérivé de la même source. 

A neuf heures cinquante-cinq minutes, nous faisons halte à Beit- 
Elfa, UJ! cxAj. C'est un petit village arabe entièrement abandonné 
et dont les maisons, bâties en menus matériaux et en pisé, sont à 
moitié renversées. Un peu au sud de ce village jusqu'au pied sep- 
tentrional du Djebel Foiikouah, A*yii Juj»-, le massif du Djelboe 
des Livres saints, s'étendent, sur un terrain ondiileux qui s'élève 
graduellement, de nombreux amas de pierres, la plupart d'assez 
grandes dimensions et dispersées au milieu de hautes herbes épi- 
neuses. Parmi ces vestiges d'une petite ville entièrement détruite, 
je remarque deux antiques sarcophages, mesurant l'un et l'autre 
2"",3o de long sur i mètre de large. Ils étaient décorés de rosaces 
et de quelques autres ornements, actuellement trop dégradés pour 
être nettement distingués. Le couvercle de l'un de ces sarcophages 
gît à terre à côté du monument, à peu près intact; celui du second 
a été brisé, et l'on en retrouve plus loin des fragments. 



30A DESCRIPTION^ DE LA SAMARIE. 

Quelques critiques ont identifié ces ruines avec celles de l'an- 
tique Bélliulie, si célèbre par le siège qu'en fit Holopherne et par 
le dévouement de Judith. Pour ce rapprochement ou plutôt pour 
cette identification, ils se fondent sur le nom même de Beit-Elfa, 
qui leur semble oft'rir quelque ressemblance avec celui de Bethulia, 
en grec BervXoua, en latin Bethulia, nom identique à celui d'une 
autre ville de la Palestine située dans la tribu de Siméon , et ap- 
pelée en hébreu Bethoul, 'j^nn, ou Bethouel, bit^r)2, en grec BouXa 
ou BaOovvX, en latin Bethut et Bathouel. Mais je montrerai plus 
tard, quand je parlerai de Sanour, que ce village, situé sur une 
haute colhne, au sud delà plaine d'Esdrelon, et en un point stra- 
tégique très-important, parce qu'il commande l'un des passages de 
la Galilée en Samarie, me paraît réunir en sa faveur de beaucoup 
plus grandes probabilités, et qu'on doit, selon toute apparence, 
placer là la patrie de Judith, tout en reconnaissant qu'il n'y a pas 
le moindre rapport entre la dénomination arabe et moderne de 
Sanour et la dénomination antique de Béthulie. D'ailleurs, il faut 
également une grande bonne volonté pour apercevoir la moindre 
analogie entre les noms de Beit-Elfa et de Beth-Oul ou Beth-Ouel, 
en latin Bethulia. La première partie de ces noms est seule iden- 
tique; mais la seconde, c'est-à-dire le nom véritable et proprement 
dit, ne se ressemble nullement. En outre, la localité antique à la- 
quelle est attachée actuellement la dénomination de Kharbet Beit- 
Elfa n'a jamais pu avoir autrefois la moindre importance militaire; 
loin d'être située sur le haut d'une colline, comme le livre de Ju- 
dith l'aftirme pour Béthulie , elle s'élevait au bas du Gelboë, sur des 
pentes légèrement inclinées et de très-facile accès. Elle ne comman- 
dait ensuite aucun des passages conduisant de la Galilée dans la 
Samarie, et l'armée d'Holopherne pouvait fort bien, au sortir de 
la plaine d'Esdrelon, envahir cette dernière province sans être ar- 
rêtée en aucune manière par une ville occupant la positiou de 
Beit-Elfa. (]elie-ci, à la vérité, grAce au v(>isina{je du petit canal 
(l^^rivantdei'A^n Djnloud, ne manrpiait pas d'eau, et ce canal mènie 
eiil roHMidéré par (|uel(|ueH voyageurs coujuh' l'ncpieduc mentionné 



I 



CHAPITRE XV.— KHARBET CHEFKH HASAN. 305 

dans le verset suivant du texte de la Vulf^ate, et qui fut coupé par 
Holopherne : 

Porro Holofernes, dum circuit pergyrum, reperitquod fons, qui iniluebat, 
aquaeductum illorum a parte australi extra civitatem Hirigeret, et incidi prœ- 
cepit aquœductum illorum ^ 

Mais de ce verset il résulte que l'on pouvait faire le tour de Bé- 
thulie, assise, par conséquent, sur une colline isolée, et, en second 
lieu, que l'aqueduc en question se dirigeait au sud de Béthulie. 
Or Beit-Elfa, adossée aux flancs inférieurs du Gelboë, ne pouvait 
être tournée de tous les côtés, et, de plus, le canal de l'A'ïn Djaloud 
mentionné plus haut passe au nord et non au sud de Beit-Elfa. 

KIIARRKT DJEDEIDRII. 

A une faible dislance au-dessous et au sud du Kliarbet Beit-Elfa, 
en gravissant des flancs abrupts, on arrive bientôt à d'autres ruines, 
appelées Kliarbet Djedeideh, »Js>*>^=?- %.à^ ; une source y coule, 
appelée A'ïn Djedeideh. Ce ne peut être bi celle qui alimentait 
l'aqueduc coupé par Holopherne; car d'abord elle est peu impor- 
tante, ensuite les assiégeants auraient dô, pour s'en rendre maîtres, 
escalader des pentes très-roides, que les assiégés auraient pu faci- 
lement défendre. 

KHARBET CHEIKH HASAN. 

A dix heures quarante minutes, nous quittons le Kharbet Beit- 
Elfa pour nous remettre en marche dans la direction de l'ouest- 
nord-ouest; à notre droite, nous longeons le même canal de l'A^ïn 
Djaloud dont j'ai parlé, et, à notre gauche, les flancs inférieurs 
du Djebel Foukou'ah. 

A dix heures cinquante-cinq minutes, nous traversons de beaux 
champs de blé. La plaine continue à s'élever graduellement, et par 
une pente très-douce, de l'est à l'ouest. 

' Judith, c. vit, V. G. 



30(i DKSCniPTlON DE LA SAMAMIK. 

A onze heures dix ininules, nous parvenons à des ruines con- 
nues sous le nom de Khai^bet Cheikh Hasan, ^^-m*- ^^ *jj-à-. Elles 
couvrent les pentes et principalement le sommet d'un tell dont la 
partie culminante paraît avoir été couronnée par une tour mesu- 
rant douze pas sur chaque face, et bâtie en blocs assez considé- 
rables. Quelques arasements sont encore visibles. 

Au bas du tell s'étendent dans la plaine, au milieu de hautes 
herbes parsemées de vieux sedei\ des matériaux de petites dimen- 
sions confusément dispersés et d'innombrables débris de poterie, 
restes d'un village ou d'une bourgade anéantie. 

Sous l'un de ces sedei' et ombragé par ses branches, s'élève un 
petit oualy musulman, consacré au cheikh Hasan, qui a donné son 
nom à ces ruines. 

KOUMIEH. 

A onze heures vingt minutes, nous continuons à marcher dans 
la même direction. 

A onze heures trente-cinq minutes, nous laissons à notre droite, 
à trois kilomètres environ de distance vers le nord, le village de 
Koumich, A^^y. Assis sur une colline, il a, au dire de mon guide, 
une population de trois cents habitants. 

Ce village, <\ cause de son nom et de sa position en face de la 
grande plaine d'Esdrelon, a été identifié avec la localité appelée 
Cyamon dans le livre de Judith, Kvapiwj^ dans le texte des Septante, 
Chelmon dans la version de la Vulgate : 

Oiniics luiravcrunl se parilor ad |)U|fiiam conira lilios Israël, el voiitMuiil pcr 
cr(>|)i(Jiiieiii inontis uscpie ad apici'iit qui respicil super Dulhain, a lucu qui 
(licilur Belnia, usque ad Chelinun, qui est conira Esdrelon'. 

IjC verset correspondant du texte des Septante porte ce qui suit : 

vapéreivap ett eUpof en) àeoOatiJi xaï ^uf BeX^i/it, xaï els fxijxos dnh Wervlova 
ta>( KvaiÀ^ofi i/f ialtv dirévavrt KtrSpri'XçSfx. 

' Judith, r. VII, V. .'{. 



CHAPITRE XV. — KHAIIBET DJALOUI). 307 

ff Us campèrent dans la vallée près de Betyloua, à côté de la l'ontaine, et ils 
s'étendirent en largeur de Dothaïin jusqu'à Beithem, et en longueur depuis 
Betyloua jusquà Cyamon, laquelle est située devant Esdrelon.') 

On voit, d'après ces deux passages, que Chelmon et Cyamon 
sont la même et unique localité, avec une désignation différente. 
Elle est indiquée comme étant située vis-à-vis de la plaine d'Esdre- 
lon et comme le point extrême qu'occupait on longueur l'immense 
armée d'Holopherne, à partir de Betyloua ou Béthulie. 

Dothaïm, la Dolhain de la Vulgate, est incontestablement re- 
présentée par les ruines qui couvrent le Tell Doutlian, dont je 
parlerai plus tard. 

Beithem, la Belma de la Vulgate, est très-probablement le 
Kliarbet Bela'meh, situé entre Djenin au nord et Tell Douthan au 
sud. 

Betyloua, la Bethulia de la Vulgate, me parait correspondre à 
Sanour, village assis sur une haute colline rocheuse au sud de Tell 
Douthan. 

Cyamon, enfin, la Chelmon de la Vulgate, peut être identifiée, 
soit avec le village de Koumieh dont nous nous occupons en ce mo- 
ment, soit avec celui d'El-Fouleh. Dans le premier cas, Koumieh 
ne serait qu'une altération du nom antique; dans le second cas, 
El-Fouleh (la fève) serait la traduction fidèle en arabe du mot 
grec KvoLfxwv, qui signifie champ de fèves, de xvafxos, fève. Or 
Koumieh et Kl-Fouleli sont deux localités qui regardent l'une 
et l'autre la vaste plaine d'Esdrelon, àTrévoLVTi È<T^p>;A<w|x , contra 
Esdrelon. 

KHAHBET DJALOUD. 

A midi cinq minutes, nous traversons le Kharbet DjaJoud, xj^ 
i^Jl>, village renversé de fond en comble, sur une petite colline; 
près de là coule l'un des canaux dérivés de l'A^ïri Djaloud. 



308 DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 



A IN DJALOOD, JADIS E N-IIAROD. 

En continuant à nous avancer vers l'ouest, nous atteignons, à 
midi vingt minutes, l'A'ïn Djaloud, source très-abondante, à côté 
de laquelle nous faisons halte quelques instants. Elle sort de des- 
sous un gros rocher, creusé intérieurement en forme de petite 
caverne et qui surplombe le grand bassin où elle se répand. Ce 
réservoir demi-cuxulaire, oii se jouent de nombreux petits pois- 
sons, a été pavé autrefois; les pierres qui en revêtaient le fond sont 
déplacées actuellement. Au sortir de là, l'eau se partage en deux 
canaux, en partie maçonnés, qui font presque immédiatement 
tourner deux moulins et se dirigent vers l'est. 

Cette source est, selon toute vraisemblance, l'E'n-Harod de la 
Bible, en hébreu Tin py, en grec Tgrjyv ÀpdS, en \alinfons qui vo- 
calur Harad, près de laquelle Gédéon campa avec son armée avant 
d'attaquer les Madianites. 

Igitur Jerobaal, qui nsl Gedeon, de nocfe consurgens, el omnis popujus cum 
PO, venil ad fonlem qui vocalui- Haïad '. 

Ce fut là que, selon les prescriptions du Seigneui-, il fit, d'après 
le mode (ju'ils avaient employé pour boire, le choix de ceux qui 
devaient rester avec lui, les autres ayant la liberté de retourner 
dans leurs foyers. 

U. l)ixil(juo Dominus ad Gndeon : Adhuc populus muitus est ; duc cos ad 
aqua8,cl ihi prohabo illos; el de quo dixero libi ut lecum vadat, ipse pergat; 
qucm iro prohibuero, reverlalur. 

r». Ciiniqur descendisscl populus ad aquas, dixit Dominus ad Gedeon : Oui 
liiigua lainbucriiil acpias, sicul soient ranes lauibere, scparabis eos seorsuui; 
qui aulcm curvatis genibus biberint, in altéra parte crunt. 

6. Fiiil aulcm numeru» eorunn qui manu ad os projiciente iambiierant 
aqua», Irerenli viri; omnis autoni loliqun inullittido ilexo poplite bibcrat. 

7. Va ait Dominus ad (îedron : In trcrenlis viiis <pii iambucruut a(]uas li- 

' Jiêgt», r. VII, V. 1. 



CHAPITRE XV. — A^IN DJALOUD. 309 

berabo vos et Iradani in manu tua Madian; omnis aulem reliqua multitudo 
revertetur in locuni suum '. 

L'A'ÏM Djaloud est peut-être aussi la source près de laquelle, plus 
tard, Saùl et ses fils campèrent avant leur défaite par les Philistins 
sur le mont Gelboë. 

Congregata sunt ergo Philisthiim universa aguiina in Apbec : sed et Israël 
castrametatus est super fontem qui erat in Jezrahel ^. 

Elle est appelée dans ce verset source de Jezraël; en efl'et, elle 
coule à vingt-cinq minutes à l'est de cette ville. Néanmoins, je dois 
avouer qu'une autre source, appelée aujourd'hui A'ïn el-Maïlek, est 
plus rapprochée deZera'ïn, l'antique Jezraël; mais comme elle est 
beaucoup moins abondante que la précédente, j'inclinerais assez à 
penser que Saiil choisit de préférence le voisinage de celle-ci pour 
y asseoir son camp. 

A l'époque des croisades, Saladin lit dresser les tentes de son 
armée près de cette même fontaine, (jue Bohaeddin' désigne sous 
le nom d'A'ïn el-Djaloiit, nom, comme on le voit, identique à 
celui qu'elle porte encore aujourd'hui parmi les Arabes; les Francs 
la connaissaient sous la désignation de Tubania, 

Pars quœdani circa fontem cui nomen Tubania, qui ad radiées montis Gel- 
boë orilur, secus urbem antiquitus nobilem quae dicta est Jezrabel, nunc au- 
tem vulgari appellatione dicilur Parvum Gcrinuni, castra locaverunt, commo- 
ditatem aquarum secuti*. 

A l'approche des chrétiens, Saladin abandoinia ensuite cette 
source, et, suivant les ruisseaux (pii en dérivent, il se dirijjea vers 
Bethsan. 

Subito Saladinus, castra solvens, ex insperato fontem deserit, inferiusque 
versus Bethsan, fontis ejusdeni lluenta sequens, vix unius milliarii spatio a 
nostris semotus, castrametatus est^. 

' Juges, c. VII , V. k-']. * Guillaume de Tyr, Hisloria betli sa- 

" Rois, I. 1, c. XXIX, V, 1. cri, I. XXll, c. xxvi. 

' Bohaeddiii, Vita Saladini, p. 5.3. * Id.ibid. 



310 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

L'armée chrétienne campa, à son tour, auprès de cette source et 
se nourrit pendant plusieurs jours des poissons qui s'y trouvaient. 

J'ignore pourquoi les croisés l'appelaient Tubania ; quant au nom 
de Djalout ou Djaloud que les Arabes, dès cette époque, lui don- 
naient et lui conservent encore aujourd'hui, c'est le mot par lequel 
ils traduisent celui de Goliath. Que si l'on s'étonne de retrouver en 
ce lieu le nom de ce géant des Philistins, tué par David dans une 
tout autre localité et bien loin de là, en Judée, il faut se rappeler 
le passage suivant du Pèlerin de Bordeaux, où, à propos de Stra- 
dela, c'est-à-dire de Jezraël , l'auteur de V Itinéraire ajoute : 

Ibi sedil Achab rex, et Helias prophetavit. 
Ibi est campus ubi David Goliath occidit. 

Ainsi, dès le commencement du iv'' siècle de notre ère, la tra- 
dition erronée de la défaite et de la mort de Goliath^ près de Jez- 
raël existait déjà, tradition que les Arabes semblent avoir conservée, 
toute fausse qu'elle est, en continuant à désigner par le nom de 
ce géant la source dont il est question en ce moment. 

a'ïn el-maïteh. 

A midi trente-cinq minutes, nous nous remettons en marche vers 
l'ouest. 

A midi quarante-cinq minutes, nous passons près d'une autre 
source, appelée A'tn eUMaïteh, »ji*X\ (jv* (la source morte). Il y a 
une quarantaine d'années à peine, elle disparut presque tout à fait. 
Depuis longtemps, du reste, elle tarissait chaque année à l'époque 
des grandes chaleui-s; mais, en 1 836, on la fit reparaître au moyen 
<Ie quelques excavations, (;t depuis elle n'a pas cessé de couler et 
de fournir aux h^^soins des habitants de Zeia'ïn. Heaucouj) moins 

' Pcul-Alrc relu* trndilioti n-t-clle r/i7(?a'r/, que portait une pntlic ou In lo- 

poarorigtrM! roKpèccdonssttniliInnrvtjui Inlilô du riinssif dr Oclhoë h Tf^poquc d(* 

«iMto witrfl l« nom do Golùah, oai uiubt; (iëddon {Ju/fcs, c. vu, v. 3). 
njnUmlnu I)jatoHH. <•( rt-Ini do Gtiinad ou 



CIIAPITUE XV.— ZERA'ÏIN. 311 

aboiidaiile que rA'ïii Djaloud, elle est cependant très -précieuse 
pour ce village, et le nom qu'elle porte actuellement est dû à la 
circonstance que j'ai signalée. Elle était morte en quelque sorte 
quand on est parvenu à la faire revivre ou, du moins, à la retrouver, 
ensevelie qu'elle était sous des amas de terre oii elle se perdait. 

J'ai déjà dit plus haut que, bien qu elle soit plus voisine de Jez- 
raël que l'A'in Djaloud, je regarde toutefois celle-ci connue la 
source dite de Jezraël mentionnée dans le passage du livre des Rois 
relatif au dernier campement de Saul et de ses lils, avant sa défaite 
et sa mort sur le mont Gelboë. 



ZERA IN. 

A notre gauche, le Gelboë s'abaisse graduellement et ne forme 
plus que de simples collines. Bientôt nous gravissons les pentes, en 
partie locheuses, d'un plateau assez escarpé à l'est et au nord , mais 
qui, du côté de l'ouest et du sud, est peu élevé et se confond pres- 
que avec la plaine environnante. Ces pentes, comme celles du noid, 
sont percées de nombreuses excavations; les unes sont d'anciens 
tombeaux et les autres des carrières jadis exploitées; plusieurs 
servent actuellement de refuge à des bergers et à leurs troupeaux. 
Parvenus sur le plateau à midi cin(|uante-huit minutes, nous lé 
parcourons dans la direction de l'ouest; chemin faisant, je remarque 
un certain nombre de citernes antiques pratiquées dans le roc et 
quehjues j)elits enclos environnés d'une ceinture de cactus. Puis 
nous traversons le village de Zeraïn, (jv*;j, misérable reste de la 
ville de Jezraël, qui autrefois probablement occupait presque tout 
le plateau que je viens de mentionner. Aujourd'hui, ce n'est plus 
qu'un amas confus de pauvres habitations construites en pisé ou 
avec de menus matériaux, qui couvrent seulement la partie oc- 
cidentale (lu plateau, du côté o(i il s'abaisse par une pente très- 
douce vers la plaine. Au centre à peu près du village, sur un petit 
monticule, s'élève une maison de forme carrée, semblable à une tour, 
où réside le cheikh. Très-dégradée , comme la plupart des autres 



312 DESCRIPTION DE LA SAMAKIE. 

maisons, elle paraît d'origine arabe; mais elle a pu succéder à une 
construction plus ancienne. De son sommet, on jouit d'une vue 
très-étendue : à l'est, on embrasse toute la vallée qui s'étend entre 
le petit Hermon au nord, aujourd'hui le Djebel Dhahy, et le Gelboë, 
actuellement Djebel Foukou'ah, au sud; c'est l'ancienne vallée de 
Jezraël. On aperçoit très-distinctement le Tell Beisan, c'est-à-dire 
l'ancienne acropole de Bethsan. Au delà du Jourdain, l'horizon est 
borné, de ce même côté, par les montagnes de l'antique pays de Ga- 
laad. A l'ouest, se déroule l'immense plaine de Jezraël ou d'Esdre- 
lon, dont la fertilité est justement renommée, et qui servit tant de 
fois de champ de bataille à des armées si diverses. Encadrée entre 
les monlagnes de la Galilée et de la Samarie, elle présente à la vue 
une surface très-étendue, boursouflée par de faibles ondulations et 
parsemée çà et là de petits monticules. Partout oii elle est culti- 
vée, des moissons magnifiques s'y épanouissent; là oij elle ne l'est 
pas, de hautes herbes, des fleurs variées et des chardons gigan- 
tesques attestent la fécondité native de son sol. A l'époque des 
grandes chaleurs, la terre s'y crevasse profondément, et d'iiniom- 
brablcs fissures béantes y rendent très-dilficilo la marche en dehors 
des chemins ou des sentiers battus. Au bas et à l'ouest du village, 
je fais dresser ma tente près d'un petit birket peu profond et non 
bAti, simple dépression du sol, oii, pendant l'hiver, les habitants re- 
cueillent les eaux pluviales pour abreuver leurs troupeaux. Non loin 
de là, je rencontre un sarcophage antique mutilé, de marbre blanc 
ordinaire; il mesure un mètre de large sur 2"*,3o de long. Ses 
quatre faces étaient décorées d'ornements sculptés, qui ont beau- 
cou j) souiïerl du temps et surtout des hommes; le couvercles man([ue. 

Zera'ïii, en arabe (j^e^jj, n'est (pi'une forme légèrement altérée 
de lu dénomination hébiaïipie '7NV7P, lire cl; en ellet, sauf la pre- 
mière lettre, qui a disparu, et la terminaison cl, qui est devenue in, 
comme Hetliel est d(;venu Beitin, connue Isma'el ou Isma'il a été 
rlinngé on Isma'^in, les deux mots sont identi(|ues et renferment les 
mAineH lettres formatives, e^, yiî. 

1^ ville qui portait ce nom snjqx'Iail en grec \e<TpaLiX et \el(jÇLr'fk 



CHAPITRE XV. — ZERA'IN. 313 

chez les Septante, dans la Vulgate Jezrahel et Jezrael, dans Josèphe 
ie(Tpàr7>a, ieapdeXa, î^apa. Le Pèlerin de Bordeaux la désigne sous 
le nom de Stradela. Guillaume de Tyr nous apprend que, de son 
temps, elle était vulgairement appelée Pai-vum Gerinum. 

Jezrahel, nunc autem vulgari appellatione dicitur Parvum Gerinum ^ 

Dans ce mot de Gerinum (Gerin) on reconnaît facilement le 
nom de Zeri'n ou Zera'ïn que les Arabes lui donnent encore de nos 
jours. 

Ce n'est plus maintenant, comme je l'ai dit, qu'un pauvre vil- 
lage. 

Cette ville est citée pour la première fois dans le livre de Josué, 
qui la mentionne parmi celles qui appartiennent à la tribu d'issa- 
cliar : 

17. Issachar egressa est soi-s quarta per cognationes suas. 

18. Fuitque ejus hœreditas Jezrael, et Casaloth, et Sunem '^. 

A l'époque d'Achab, elle acquit une assez grande importance, 
ce prince l'ayant choisie comme l'une de ses principales résidences. 
Samarie était bien restée la capitale de son royaume; mais il paraît 
avoir affectionné davantage Jezrael. On connaît ses démêlés avec 
Naboth, l'un des habitants de cette ville, dont il voulut acheter la 
vigne pour la transformer en un jardin et la réunira son palais, 
dont elle était voisine, mais qui ne consentit jamais à aliéner au roi 
l'héritage de ses pères. Désespéré de ce refus, Achab s'abandonnait 
au chagrin, lorsque l'impie Jézabel, sa femme, lui promit, pour le 
consoler, qu'il aurait la vigne de Naboth. Elle envoya des ordres, 
au nom du roi , aux anciens et aux principaux habitants de Jezraëi 
pour faire accuser Naboth de haute trahison. Des faux témoins af- 
firmèrent que Naboth avait blasphémé contre Dieu et le roi. Par 
suite de ce témoignage, il fut mené hors de la ville et lapidé. 

i5. Jézabel, ayant appris que Naboth avait été lapidé et qu'il était mort, 
vint dire à Achab : Allez et rendez-vous maître de la vigne de Naboth de Jez- 

' (luillauiue de Tyr, 1. \X11, c. xxvi. — " Josué, c. xi.\, v. 17 et 18. 



314 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

raël, qui u'a pas voulu accéder à nos désirs, et vous la donner pour le prix 
qu'elle valait. Car Nabolh n'est plus en vie, mais il est mort. 

16. Achab, informé de la mort de Naboth, se leva, et il descendait vers la 
vigne de Naboth le Jezraélite, pour en prendre possession. 

17. Alors le Seigneur adressa sa parole à Élie de Thesbé et lui dit : 

18. Levez-vous et descendez à la rencontre d' Achab, roi d'Israël, qui est à 
Samarie : voici qu'il descend vers la vigne de Naboth pour en prendre pos- 
session. 

19. Et vous lui parlerez en ces termes : Voici ce que dit le Seigneur : Vous 
avez tué et, de plus, vous vous êtes emparé. Et vous ajouterez ensuite : Voici 
ce que dit le Seigneur : En ce même lieu où les chiens ont léché le sang de 
Naboth, ils lécheront aussi votre sang. 

90. Et Achab dit à Elie : En quoi avez-vous trouvé en moi un ennemi? Élie 
lui répondit : En ce que vous vous êtes vendu pour faire le mal aux yeux du 
Seigneur. 

2 3. Le Seigneur a prononcé aussi cet arrêt contre Jézabel : Les chiens dé- 
voreront Jézabel dans le champ de Jezraël ^ 

Trois ans après la mort de Naboth, c'est-à-dire Tan 897 avanl 
Jésus-Christ, Achab , ayant voulu reconquérir sur les Syriens la ville 
deBamoth en Galaad, implora le secours de Josaphat, roide Juda, 
et tous les deux marchèrent avec leurs troupes pour s'emparer de 
cette ville. EfîVayé par la prédiction du propliète Miellée, qui lui 
avait annoncé sa pei'te, Achab, avant d'engager le combat, quitta 
ses vêt<;ments royaux et se déguisa en simple soldat; Josaphat, au 
contraire, garda les insignes de la royauté. 

3i. Or le roi de Syrie avait donné cet ordre aux trenle-deux capitaines de 
•es chariots : Ne combattez contre qui que ce soit, ni petit, ni grand, n'atla- 
quez que le seul roi d'Israël. 

3'i. Les capitaines (les chariots, ayant donc vu J()sa[>hat, s'iniaginèreiil cpii' 
c'était le roi d'Israël, et, londanl sur lui, ils le (-(tnihallaicnl. Mais Josaphat jel.i 
un grond cri , 

33. Et loA capitaines des chariots reconnurent que ce n'était pas le roi 
d'iHrnol, el ne le pressfMent |»as davantage. 

3/1. Il arriva cependant (puni homme, ayant tendu son arc, lira une llèche 
iiii lisKard, et elle vint percer le roi d'Israël entre lo poumon el Testoniac. Il 

' Hait, I. III, r. \\t, V. t5-Jo <>l ^3. 



CHAPITRE XV. — ZERA^N. 315 

dit aussitôt à son cocher : Tourne bride et retire-moi du milieu de la mêlée, 
parce que je suis grièvement blessé. 

35. Le combat dura tout le jour, et le roi d'Israël demeura dans son chariot 
tournant face vers les Syriens. Le sang coulait de sa plaie sur tout son chariot, 
et il mourut le soir. 

36. Avant que le soleil fût couché, un héraut sonna de la trompette dans 
toute Tannée et dit : Que chacun retourne dans sa ville et dans son pays. 

37. Le roi, étant donc mort, fut porté à Samarie, oh il fut enseveli. 

38. On lava son chariot et les rênes de ses chevaux dans la piscine de Sa- 
marie, et les chiens léchèrent son sang, selon la parole que le Seigneur avait 
prononcée ^ 

D'après ce dernier verset, ce serait à Samarie que ies chiens 
auraient léché le sang d'Achab, et néanmoins nous lisons au ver- 
set 1 9 du chapitre précédent : 

Voici ce que dit le Seigneur : En ce même lieu oiJ les chiens ont léché le 
sang de Naboth , ils lécheront aussi votre sang. 

crin loco hoc, in quo linxerunt canes sanguinem Naboth, lambent quoque 
sanguinem tuum.w 

Or Naboth lut lapidé par ies habitants de Jezraëi en dehors et 
tout près des murs de cette ville, et, par conséquent, c'est là, h 
sept heures de distance environ de Samarie, que les chiens ont di^ 
lécher son sang. 

Il y a donc contradiction entre ces deux versets, si l'on s'en tient 
au texte qui a été admis à la fois par les Septante et par la Vul- 
gate; mais cette contradiction disparaît dans le récit que Josèphe 
nous donne de ce même événement, évidemment d'après un autre 
texte sacré que nous n'avons plus maintenant. 

Voici le passage de cet historien relatif à la mort d'Achab : 

KofxîaavTSs Se rbv A^aSov vexpov eis ^afjidpetav éxst Q-dirlovatf xaï rè 
dpfjia drroTrXvvavTes èv tîj licipa. xptjviij (^y Se xaôpfxayfxévov t^ tov (SaaiXécos 
(pévcf)^ dXr}6i} rrfv HXîa 'apo(pï]Teiav èitéyvootTav . Oï (lèv yàp xvves àve\f)(uri- 
<jav7o avTov to aJfxa,, ai Se STaipt^ôfievai êv tt} xpn'vri to Xonrbv XovSfxevai 
TOVTOJ Sierekow. ATréOave Se èv PafxaOûvty Mi)(^ata tovto vfpoeiprixÔTOs'^. 

' Rota. I. III, c. XXII, v. 3i-38. — " Àntiquilés judaïques , I. VIII, c. xv, 8 6. 



316 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

ffLe corps d'Achab fut rapporté à Samarie et enterré dans cette vilie. Quant 
à son char, il fut lavé dans la source d'Izara ; car il était tout souillé par le sang 
du roi, et on reconnut alors la vérité de la prophétie d'Élie. Les chiens, en 
effet, léchèrent le sang d'Achab, et depuis cette époque les courtisanes se sont 
baignées dans cette fontaine. Le roi mourut à Ramathon, conformément à la 
prédiction de Michée. ^ 

La source désignée ici sous le nom à'Izara est la source de Jez- 
raël, soit l'Alin Maïteh de nos jours, soit TA'ïn Djaloud. Ce qui le 
prouve péremptoirement, c'est que, dans un autre passage, Josèphe 
donne à Jezraël, patrie de Naboth, le nom de Kapo?. 

^dËovOos Se ris ffv âTth zfôXsMs l^âpov , dypoyehcov â>v toC ^CLrrikéws ' . 

tr Naboth, Tun des habitants de la vilie d'Izaros, était voisin de campagne 
du roi (Achab).t) 

Les mots i^àpa et I^apos renferment effectivement toutes les 
lettres formatives du nom hébreu Izre'el, dont la terminaison el 
a seulement dispaïu. Ce passage de Josèphe nous prouve, à mon 
avis, que, de son temps, existaient des manuscrits de la Bible où 
la source de Jezraël était indiquée comme l'endroit où fut lavé le 
char ensanglanté d' A chah. Or ce texte me paraît bien préférable 
à celui qui est consacré maintenant; car il fait cesser la contradic- 
tion que Ton remarque entre la prédiction d'Elie et l'accomplisse- 
ment de i'arrôt prononcé d'avance par ce prophète contre l'impie 
Acliab. Avec ce texte, en effet, tout s'accorde. Le roi de Samarie 
est tué au delà du Jourdain dans le pays de Galaad et dans une 
plaine voisine de Rarnotli de Galaad, ville qu'il voulait reprendre 
au roi de Syrie, Ben-Hadad. Après sa mort, son corps est rapporté 
à Samarie pour y être enseveli dans le tond)eau qui lui était pré- 
paré; mais, dans le voyage, son cliai* ensanglanté est lavé dans la 
source (le Jezraiil, et il se trouva, par une jKMrnission divine et une 
juHte punition du ciel, cpie les chiens léchèrent le sang de ce roi 
crifninel à l'endroit précisément où ils avaient léché au|)aravant 

• Anti^iiêlr» juiiiiiqurâ , I. VIII. c. xill, i 8. 



CHAPITRE XV. — ZERA'IN. 317 

le sang du vertueux Nabolh, mort victime de la scélératesse de Jé- 
zabel et de sa propre fidélité à garder pieusement dans sa famille 
le patrimoine de ses aïeux. 

L'an 88 /i avant Jésus-Christ, Joram, roi d'Israël et second succes- 
seur d'Achab, marcha, à l'exemple de son père, contre Ramoth de 
Galaad, pour l'arracher aux mains d'Hazaël, roi de Syrie, meurtrier 
et successeur de Ben-Hadad; mais , ayant été blessé au siège de cette 
place, il se fit ramener à Jezraël pour s'y faire soigner. Ochozias, 
roi de Juda, vint l'y visiter. C'est alors que l'un des disciples d'Eli- 
sée alla secrètement sacrer roi d'Israël Jéhu, demeuré à Ramoth 
avec les autres capitaines de l'armée de Joram, et le chargea, au 
nom de Jéhovah, de venger le sang des prophètes et des serviteurs 
de Dieu sur Jézabel et sur toute la maison d'Achab. Jéhu se hâta 
aussitôt de partir pour Jezraël. 

17. La sentinelle qui était au haut de la tour de Jezraël vit Jëhu avec sa 
troupe qui venait, et dit : Je vois une troupe de gens. Joram dit : Quon envoie 
un char au-devant d'eux et que celui qui le conduira leur demande s'ils ap- 
portent la paix. 

18. Celui donc qui était monté sur le char alla au-devant de Jëhu et lui 
dit : Apportes-tu la paix? Jéhu lui répondit : Qu'y a-t-il de commun entre toi 
et la paix? Passe et suis-moi. La sentinelle en donna aussitôt avis et dit : Le 
mossa{jer est allé à eux et ne retourne pas. 

19. Joram en envoya encore un autre avec un char, qui, étant venu vers 
Jéhu, lui dit : Voici ce que dit le roi : Apportes-tu la paix? Qu'y a-t-il de com- 
mun entre toi et la paix? répondit Jéhu. Passe et suis-moi. 

20. La sentinelle en avertit de nouveau et dit : Il est venu jusqu'à eux et il 
ne revient point. La démarche de celui qui s'avance est comme celle de Jéhu, 
fils de Namsi; car elle est précipitée. 

âi. Alors Joram dit : Qu'on attelle les chevaux à mon char, et, les chevaux 
y étant attelés, Joram, roi d'Israël , et Ochozias, roi de Juda, chacun dans son 
char, allèrent au-devant de Jéhu et le trouvèrent dans le champ de Naboth de 
Jezraël. 

3 3. Dès que Joram eut vu Jéhu, il lui dit : Apportes-tu la paix? Jëhu lui 
répondit: Quelle paix, tandis que les fornications de Jézabel ta mère et ses 
enchantements durent encore? 

28. Alors Joram tourna bride et s'enfuit, disant à Ochozias : Nous sommes 
trahis, Ochozias. 



318 DESCRIPTION DE LA SAMAKIE. 

26. En même temps, Jéliu banda son arc et frappa .lorani d'une flèche 
entre les e'paules. La flèche lui perça le cœur et il tomba mort dans son char. 

9 5. Et Jéhu dit à son capitaine Badacer : Prends-le et jette-le dans le champ 
de Naboth de Jezraël; car il me souvient que, lorsque nous suivions Achab son 
père et que nous étions , toi et moi , sur le même char, le Seigneur prononça cette 
menace contre lui : 

96. Je jure que je punirai sur toi dans ce même champ le sang de Naboth 
et celui -de ses enfants que je t'ai vu répandre hier. Prends-le donc et jelle-le 
dans le champ, selon la parole du Seigneur. 

97. A cette vue, Ochozias, roi de Juda, s'enfuit par le chemin de la Maison 
du Jardin; mais Jéhu le poursuivit et dit à ses gens : Frappez aussi celui-ci 
sur son char. Ils le frappèrent à la montée de Gaver, qui est près de Jéblaani; 
puis il s'enfuit à Mageddo, oii il mourut. 

3o. Et Jéhu vint à Jezraël. Jézabel, an bruit de son arrivée, se para les 
yeux avec du fard, orna sa tête et regarda par la fenêtre. 

3i. Jéhu franchissait la porte et lui dit : Peut-il y avoir paix pour Zambri , 
qui a tué son maitre? 

39. Jéhu, levant la tête vers la fenêtre, dit : Qui est celle-là? Et deux ou 
trois eunuques qui étaient on haut lui firent une profonde révérence. 

33. Jéhu leur dit : Jetez-la en bas. Aussitôt ils la jetèrent par la fenêtre, 
et la muraille fut teinte de son sang, et elle fut foulée aux pieds des chevaux. 

36. Et étant entré, il mangea et but; puis il dit : Allez voir cette maudite 
el ensevelisscz-la, car elle est fille de roi. 

35. Ils s'en allèrent donc pour l'ensevelir; mais ils ne trouvèrent rien que 
le crâne, les pieds et l'extrémité des mains. 

36. Et, s'en étant retournés, ils le lui annoncèrent, et Jéhu leur dit : C'est 
là la parole que le Seigneur avait prononcée par Elle le Thesbite, son serviteur, 
en disant : Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le champ de Jczraol , 

37. El la chair de Jézabel sera dans le champ de Jezraël comme le fumier 
sur la face de In terre, et tous ceux qui passeront diront en la voyant : Est-ce 
Va cette Jézabel ' ? 

Aciiah îivait hoixaiilo ot dix (ils A Saiiiaric. Jéhu ordonna aux 
principaux liabilanis dr (;ctt(* ville d<» les mettre A mort et de lui 
apporter leurs tètes à Jezraiil. 

H. Et un meggagcr vint qui le lui annonça et lui dit: lis ont apporh' les 
tétM de» «'iifanlH (In roi. Sur quoi il leur dit : Placez-les i>n deux las à l'cnlrée 
de la |M)rt(! jusqu'à demain matin. 

' Bois, i. IV, c. I». V. 17-37, 30-37. 



CHAPITHK XV. — ZER VIN. 319 

9. Le lendemain il sortit au point du jour et, s arrêtant en pre'sence de tout 
le peuple, il dit : Vous êtes justes; si j'ai conjuré contre mon maître, et si je 
l'ai tué, qui est-ce qui a tue tous ceux-ci? 

10. Considérez donc qu'il n'est tombé en terre aucune des paroles que le 
Seigneur avait prononcées contre la maison d'Achab, et que le Seigneur a ac- 
compli tout ce qu'il avait prédit par son serviteur Élie. 

1 1 . Jéhu fil ensuite mourir tout ce qui survivait de la maison d'Achab dans 
.îezraël, tous les grands de sa cour, ses amis et les prêtres qui lui étaient at- 
tachés, sans qu'il restât rien de ce qui avait eu quelque liaison avec sa per- 
sonne '. 

De ces divers passages résultent plusieurs renseignements topo- 
graphiques précieux à recueillir au sujet de la ville qui nous occupe 
en ce moment. D'abord, sur le point culminant du plateau où elle 
était située, s'élevait une tour d'où l'on pouvait surveiller au loin 
les environs. La petite tour arabe dont il a été question plus haut 
en occupe-t-elle l'emplacement? Je ne le pense pas; car cette tour 
faisait probablement partie de l'enceinte, au lieu de s'élever au mi- 
lieu des habitations. En second lieu, le palais d'Achab était presque 
contigu aux remparts du côté de Test, puisque Jéhu, en pénétrant 
dans la ville de ce côté, eut à peine franchi la porte de Jezraël, 
qu'il aperçut Jézabel à l'une des fenêtres du palais et ordonna aux 
eunuques de la précipiter en bas. 

D'après le récit de Josèphe, Jézabel était sur cette tour lorsque 
Jéhu, au moment d'entrer dans la ville, l'aperçut et ordonna de la 
jeter en bas. 

Tov Se \rjov êX66vTOs sis IsapdeXav, xoa-(Àti<Ta(iévti »; le^aSéXa xal crlàcra 
éTi) Toû zavpyov, «xaXàs, e?7re, SovXos es àitéxneive thv Sscntôtiiv . -^ O Se àva." 
êX^^/aî rsphs aùtriv êfTwôolverS te Tts eïi) xai xanx^àa-av iixsiv tspbs avrbv 
êxiXevcre, xaï réXos toïs evvov)(^ois tspoaétaZev avTtiv àith tov TSvpyov &aketv. 
KaTa<pspo{xévn Se t6 ts tsJ^os tsepié^pave 1^ at'fxont xaï av{iTTaTri6e7cra virb 
Tûjv 'i'mrwv ovtcos dTréOave. Tovtuv Se yevofxévoov tsàpékOwv inous sis rà (Sacrt- 
Xsia (7VV rois ^iXois, éavrbv èx. rvs èSou àvexTaro ro7s Te àXXois xa) rpané^p ^. 

îf Au moment oi!l Jéhu allait entrer dans Jezraël, Jézabel, parée et debout 
' Rois, 1. IV, c. X, V. 8-1 1. — ^ Antiquités judaïqws , I, IX. c. vi. S k. 



320 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

sur la tour, s'écria : H est beau l'esclave qui a tué son maître! Jéliu, levant les 
yeux vers elle, demanda qui elle était, lui enjoignit de descendre et de venir 
à lui, et, à la fin, ordonna aux eunuques de la précipiter du haut do la tour. 
Dans sa chute, elle arrosa le rempart de son sang, et, ayant été foulée aux pieds 
des chevaux, elle mourut ainsi. Après cela, Jéhu entra dans le palais avec ses 
amis pour s'y délasser des fatigues de la route et s'y livrer à un festin. 11 

Ce passage, à vrai dire, ne contredit nullement le récit de la 
Bible; car la Bible ne nous dit pas que, au moment où Jézabel fut 
précipitée par les eunuques, elle était encore dans son palais. Après 
s'être parée et avoir fardé ses yeux en noircissant ses paupières 
avec de la poudre d'antimoine pour relever Téclat de son regard, 
suivant la coutume encore usitée parmi les femmes de l'Orient, 
elle avait très-bien pu monter sur la tour où se tenait la vedette, 
afin de se mettre elle-même plus en sûreté et ensuite de voir mieux 
l'arrivée de Jéhu. D'après Josèphe, cette tour tenait aux remparts, 
puisque, dans sa chute, Jézabel teignit la muraille de son sang; 
elle touchait, en outre, au palais, dont peut-être elle faisait partie; 
car, aussitôt entré dans la ville, après avoir foulé aux pieds des 
chevaux de son char le corps de Jézabel, il pénétra dans le palais. 
Si les choses se passèrent ainsi, comme je suis porté à le croire, la 
tour actuelle de Zera'ïn, non -seulement comme construction, ce 
qui est évident, mais même comme emplacement, n'aurait rien h 
voir avec celle qui est mentionnée et par la Bible et par Josèphe; 
car il ressort clairement du texte de cet historien que cette tour 
était adhérente à la muraille orientale de la ville, attendu que Jéhu 
arrivait du côté de l'est par la vallée de Jezraël, et qu'il venait de 
tuer Joram dans le champ de Naboth. Ce champ devait lui-même 
avoisiner, vers l'est, en dehors de la porte orientale, ]o palais d'A- 
chah; car nous lisons dans la Bible : 

I. PohI vcrhn {iiilcrii lune, Icinpon' illo vinea erat Nabotii .lezrahelita', qui 
0rat in Jezrnhcl, jiixla pal.-iliiiin Acliai), régis Samarite. 

9. IakuIuh chI ergo Acliab ad Naholli, dicens : Da mihi vineani (uani, iil lu 
cûini mihi horluni olerum, quia vicina est, et prope doniiiin nieain ' . . . 

' ttoÎM, I. Ili,c. SU, V. I n( •}. 



CIIAPITHE XV. — ZERAMN. 321 

Jezraël, à r(''j)oqiie d'Acliab, devait avoii* des sanctuaires consa- 
crés au\ faux dieux; car Jéliu, en exterminant la maison de ce 
prince, immola aussi dans cette ville les prc^tres qui lui étaient at- 
tachés. 

A partir de la ruine de cette famille impie, l'importance de la 
ville où elle avait élabli sa résidence déclina rapidement. 

Vers la fin du rè^^\ie de Jéroboam H, le prophète Osée, qui com- 
mençait alors sa carrière prophétique, prédit en ces termes la chute 
de la dynastie de Jéhu et la dissolution du royaume d'Israël : 

'^. El ahiil, et acccpit Gomei-, Dliaiii Debelaiiu : et roncepil et peperil ei 
fiiiuin. 

/4. Et dixit Dominus ad eum : Voca iioinen ejus Jezrahel; quoniam adluic 
modicuin, et visitabo sanguinem Jozraliel super domuin Jelm , et quiescere 
l'aciain regnum dunius Israël. 

5. Et in illa die conteram arcuin Israël in valle Jezrahel '. 

ffH (Osée) prit donc pour femme Gomer, fille de Debelaïm, qui conçut et 
lui enfanta un fils. 

rrEt le Seigneur lui dit : Appelez l'enfant Jezraël; car dans peu de temps 
je vengerai le sang répandu à Jezraël sur la maison de Jéhu, et je ferai cesser 
le règne de la maison d'Israël. 

fEn ce jour-là, je briserai l'arc d'Israël dans la vallée de Jezraël.» 

Dans un autre passage, le nom de Jezraël revient encore sur les 
lèvres de ce même prophète, et, pour figurer les miséricordes du 
Seigneur après racconq)lissement de ses justes chîUiments, il s'ex- 
prime ainsi, en faisant allusion à l'extrême fertililé de la magnifique 
plaine de Jezraël : 

•il. Et erit in die illa : Exaudiam, dicit Dominus, exaudiam cœlos, et illi 
exaudient terram. 

9.9.. El terra exaudiel trilicuni, et vinum, et oleum : et hœc exaudienl Jez- 
rahel -. 

«En ce jour-là, j'exaucerai les cieux, dit le Seigneur, je les exaucerai, et ils 
exauceront la terre. 

'fLa terre exaucera le blé, le vin et l'huile, et tout cela exaucera Jezraël. d 

' Oser, c. I, V. .'{-5. — * Ibid. c. xi, v. qi et '2-î. 

I. 9t 



32-2 DESCKIPTlOiV Dlil LA SAMAIUK. 

Dans le livre «le Jiulith, cette inêine plaine est désijjnée sous les 
noms de Esdrelom, Esdrelon et Esdraelon, en grec Éo-^pî/XwjW., È(j^pi!j- 
Xwv et ÈfrSpaLi'jAwv, en latin Esdi^lon, ce qui n'est autre chose que 
la forme grecque du nom hébraïque Jezraël. 

Eusèbe, dans son Onomaalicon , nomme la ville qui avait donné 
son nom à cette plaine Écr^jOa>Aa. et nous apprend qu\'lle était si- 
tuée entre Scythopolis et Legio. 

XstyOak'ky (pv\ij$ Mava(7(Tfi' aXkrj ê<jTiv eh en vvv ê7rt(Tïi{X0TaTt) KaSpatiXà. 
xai(Jiï} êv TÔJ iieycCkw igeSiCt) xeifxévrt fxsra^v ^xvOottoXsojç xa) tv? Xeysôoros ' ))t' 
Se xai 6piov lcr<T(x^a.p. 

Zera'ïn, ranti<[ue Jezraël, est elTectivement située à moitié route 
à peu près entre Beisan ou Scythopolis, à l'est-sud-est, et le Kliar- 
bct el-Ledjoun, jadis Legio, à Tonest-nord-ouest. 

Eusèbe seulement fait deux localités différentes de le^paeX et 
de ÈaSpoLvXoi,: la Bible, au contraire, et l'historien Josèphe n'en si- 
gnalent qu'une de ce nom, et saint Jérôme, en traduisant ce pas- 
sage d'Eusèbe, le corrige ainsi : 

Jezraël, in tiil)u Manassc; liodicquc prœgrandis vicus ostendiliii in canipo 
inaximo inler Scythopolim et Legionem. Fuit autem terminus Issachar. 

On voit que saint Jérôme retranche de sa traduction le mot aXX^;, 
autre, qui probablement a été ajouté par erreur par Eusèbe dans 
son Onmnasitcou. Quoi qu'il en soit, î\ l'époque de saint Jérôme, 
Jezraël était encore un village très-inq)orlant, hodieque prœgrandis 
vicus. 

Le Pèlerin de Bordeaux fait de Esdraela Sliadela, et il place cette 
localité à dix milles de Maximianopolis et à douze milles de Scytho- 
polis. Il ra|)pelle rr ville, -n civitos Stradela. 

JuM|u'ù l'époque des croisades, cette localité dispaïaît [)ies(pie 
runqdélemenl de riiistoire. A ce nioment, les Francs, connue nous 
TavouH vu par un passag(> de Guillaume de Tyr, la désignent sous 
la déiiouiinalion un peu altérée de Vaivum (îcnnum; nuiis, dans la 



CHAPITRE XV. — ZERA'I.N. 323 

Vie de Saladiu par Boliaeddin, le nom actuel est déjà usité parmi 
les Arabes. 

Le moine Burchard, en i'i83, l'appelle Zaracin. ce qui est, 
selon toute apparence, une faute de copiste pour Zeraein. 

De Bethsan ad duas leucas contra occidentem oritur Consmagnus, duabus, 
ieucis supra Bethsan, qui dicitur Ions lesrahel primo Regum, ubi Philis- 
thiim posuoninl oaslra sua, cum essent in Gelboe, iiiter ipsuin (ontem et 
Bethsan. 

De fonte isto ad modicuin, lere quantum bis potest jacere arcus, est civi- 
las lesrahel, in loco aliquantulum elevato sita, quondani una regalium civi- 
tatuin in Israël, sed hodie vix habet xxx domos. Et dicitur liodie Zaracin. et 
est in pede niontis Gelboe, ad occidentem sita. Anle cujus introilutn adhuc 
ostenditur ager Nabolh lesrahelite. Et distat duabus Ieucis modicis a civitale 
Sunam, (pia- est ab ipsa conira aquilonem in latere australi mentis Hcrmon '. 

' Uurchardus de Monte Sion, Ihsniptio Terrœ sanctw, p. .ïi , édit. Laurent. 



3i>'i DESCP.Il>Tl()^ DK LA SAMARIK 



CHAPITRE SEIZIEME. 

IVOURBS. — - EL-MKZAK. SANDELAH. DJELAMKH. MKKKIBELEH. 

DJENIN, JADIS eVgANMM. 



NOURES. 



Le 3o avril, à cinq heures (|iiaraiite-ciiiq minutes du matin, nous 
quittons notre cam|)ement de Zera'ïn, pour nous diriger vers Test- 
sud-est par une descente légère. 

A six heures, après avoir franchi successivement deux petits ra- 
vins, nous montons vers l'est. 

A six heures quinze minutes, l'ascension devient plus roide. Nous 
gravissons les flancs du Djebel Foukou ah à travers des rochers 
entremêlés de broussailles. 

A six heures vingt minutes, je remarque près du sentier un sai- 
cophage antique mutilé. Les deux petits côtés sont ornés d'une 
espèce de disque ou bouclier enfermé dans un cercle; quant aux 
mouiin-es qui décoienl les grandes faces, elles sont trop dégradées 
pour être lecomiaissables. 

Non loin d<; là, les débris d'une ancienne construction me pa- 
raissent être ceux d'uncî tour. 

A six heures trente nn'nutes, nous paivenons à Noures, (j«;y , vil- 
lage de ()()(» habitants environ , situé sur les pentes occidentales du 
Djebel P'oukou'ah. Les maisons sont mal construites et pour la })lu- 
|)arl en partie renversées. Un certain nombre de caveaux pratiqués 
dans h* ro(; vif doivent, très-vraisembiablenuMit, être antiques. Au 
Ihih du village coule une source rpii sullit aux besoins des habitants. 
(leux-ri cultivent (piei(|U4>s jardins et un peu (h' blé dans plusieurs 
vnllofi» et possèdent d'assez, nombreux troupeaux, «pn paissent sur 



In inonlagii«*. 



CHAPITRE XVI. — KL-Mi:ZAR. 325 



EL-MEZAR. 



A six heures trente-ciiicj minutes, nous poursuivons notre ascen- 
sion dans la direction du sud , puis du sud-sud-est et ensuite du sud. 
Les pentes de la montagne deviennent bientôt de plus en plus ra- 
pides; nous sommes obligés de descendre de cheval et d'aider nos 
montures, en les soutenant' par la bride, à escalader un sentier âpre 
et rocheux. 

A sept heures quinze minutes , nous atteignons El-Mezar, jSyikS , 
village de 5oo habitants, défendu par une ceinture de gigantesques 
cactus et assis sur le point culminant du Djebel Foukou'ah. Plu- 
sieurs puits creusés dans le roc attestent l'antiquité de ce village. 
Moins délabré que le précédent, il domine la plaine de plusieurs 
centaines de mètres. De la position élevée qu'il occupe, le regard 
embrasse tout l'ensemble des monts Gelboë, si célèbres dans la sainte 
Ecriture, aujourd'hui le Djebel Foukou'ah, la vallée de Jezraël, le 
petit Hermon, actuellement Djebel Dhahy, au delà le Tliabor et, 
beaucoup plus au nord, les cimes neigeuses du grand Hermon. xA 
l'ouest et au nord-ouest, la vaste plaine d'Esdrelon et la belle chaîne 
du Carmel; au sud, les montagnes des environs de Djenin; à Test, 
au delà du Jourdain, celles de l'ancien pays de Galaad, forment un 
horizon à souhait pour le charme des yeux et de l'imagination, à 
cause de tous les souvenirs qui peuplent ces lieux immortels. Rap- 
pelons seulement ici ceux qui se rattachent au massif montagneux 
sur la cime duquel nous sommes en ce moment. 

Le Djebel Fnul'oti'ah, t^^, est, comme tous les voyageurs l'ont 
reconnu depuis longtemps, le 6V//>or/\ leva*?: du texte hébreu, en 
grec r^X^oue, en latin Gelhoc, doni le nom antique s'est conservé, 
à peine altéré, dans celui de lun des villages de cette montagne, 
appelé Djelbouu, (jyi^, dont je parlerai plus tard. Ge massif s'étend 
de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, dans une longueur d'environ 
treize à (juatorze kilomètres et dans une largeur qui varie entre 
cinq et huit. En partie seulement cultivé, il est divisé en plusieurs 



326 DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

plateaux et soinniets par des vallées plus ou moins profondes et 
de nombreux ravins. Çà et là on trouve des pierres basaltiques; 
mais le calcaire domine. Le sol est généralement rougedtre et, sur 
beaucoup de points, il est cultivable. Le blé et l'orge y croissent sur 
les pentes les plus douces et sur les plateaux; des bouquets d'oli- 
viers et de figuiers, des haies de cactus environnant quelques jar- 
dins, et, là oij l'homme ne s'est point emparé du sol, des herbes 
sauvages et des broussailles; sur certains flancs plus escarpés, la 
j'oche nue : tel est l'aspect que présente ce massif, témoin jadis de 
la défaite et de la moi't de Saiil et de Jonathas, et contre lequel, à 
cause de ce désastre, David prononça cette malédiction célèbre : 

Montagnes de Gelboë, que la rosée el la pluie ne tombent jamais sur vous; 
qu'il n'y ail point sur vos coteaux de champs dont on offre les prémices, parce 
que c'est là qu'a été jeté le bouclier des forts, le bouclier de Saûl, connne s'il 
n'eût point été sacré de l'huile sainte '. 

SANDELAH. 

A sept heures cinquante minutes, nous descendons vers l'ouest- 
sud-ouest. Au bas du village coule une source appelée A'ïn el-Me- 
zar, j\ji\ (jv*. Les pentes, de ce côté, sont moins rapides; elles sont 
en partie cultivées en blé; on y remarque aussi quelques oliviers 
clair-semés. 

A huit heures trente-deux minutes, parvenus au pied de la mon- 
tagne, nous commençons à cheminer dans la plaine à travers des 
plantations de cotonniers. Notre direction est celle du sud. 

Nous laissons à notre droite, à vingt minut<;s de dislance au 
nord-nord-ouest, le hameau de Sandclah, Xio^-io, situé sur un mon- 
ticule. 

DJKLAMKII. 

\ huit heures cinquante minutes, nous marchons vers le sud- 
ouest, puis vers l'ouest-sud-ouesl. 

' /ton, I. IL r. I. t. •II. 



CHAlMTKii: \VI. — DJENiN. 327 

A iioul" heures cinq iiiinules, nous arrivons à Djelaiaek, A.te=-, 
petit village de 'Jîoo habitants enviion; il s'élève sur une colline 
dont les flancs sont percés d'une douzaine de citernes et de silos 
pratiqués dans le roc; les maisons sont grossièrement constiuites 
en pisé ou avec de menus matériaux. On y observe la koubbeh 
iWin santon. 



MEKEIBKLEII. 



A iieui heures sept minutes, nous nous remettons en marche 
dans la direction du nord-ouest. 

A neuf heures vingt nniiutes, nous rencontrons un beau sarco- 
phage, dont l'une des grandes faces est ornée de deux rosaces sé- 
parées au centre par la figure d'un croissant. A milieu des petits 
côtés a été sculpté un disque lond encadré dans une moulure 
carrée. Son couvercle gît à terre; près de là, je remarque égale- 
ment un autre couvercle appartenant à un second sarcophage, beau- 
coup plus mutilé que le précédent, et que je rencontre un peu plus 
loin. 

A neuf heures trente minutes, nous atteignons Mekeibeleh, «^juju, 
village de /ioo habitants. Un certain nombre de citernes et de silos 
piati<piés dans le roc y servent encore à leurs besoins et attestent 
un travail anticjue. 

DJKISin, JADIS E'N-(i\NNIM. 

A neuf heuies quaraiite-cin<j minutes, nous nous remettons en 
marche vers le sud, puis vers le sud-sud-est. La inagiiili(pi(; plaine; 
cpie nous continuons à traverser est couverte d<' siq)ei'bes mois- 
sons de blé; elle s'élève très-légèrement du nord au sud; tle nom- 
breuses cigognes voltigent de tous côtés. 

A dix heures vingt minutes, nous franchissons un petit oued 
desséché. 

A dix heures trente-deux minutes, nous arrivons aux premieis 
jardins de Djenin, cj>h^^ environnés d'mie ceinture de cactus, ils 



328 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

sont plantés de lif»uiers, de grenadiers et d'oHvieis, que domineiil 
çà et là (juehjues palmiers. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous dressons nos lentes 
dans un petit bois d'oliviers, au sud de la ville. 

Djenin, dont la population ne dépasse guère -2,000 habitants, 
presque tous musulmans, à Texception de plusieurs familles de 
Grecs sciiismatiques et d'une seule appartenant à la religion catho- 
lique, couvre les pentes douces d'une colline qui se relie h d'autres 
un peu plus élevées, lesquelles se rattachent elles-mêmes, vers l'est, 
en décrivant un quart de cercle , au Djebel Foukou'ah. Un certain 
nombre de maisons sont en ruine; les deux plus grandes et les 
mieux bâties sont celles du kadhy et du gouverneur. Deux mos- 
(juées y sont consacrées au culte musulman. L'une est relativement 
assez grande; elle est surmontée d'un minaret et couronnée d'une 
grande coupole, (ju'accompagnent d'autres coupoles plus petites. 
La seconde mosquée , beaucoup moins étendue que la précé- 
dente, avoisine une source abondante qui coule dans la ville au 
niOYon d'un canal, réparé il y a une quarantaine d'armées. Les eaux 
sont recueillies dans un réservoir, où les femmes viemient l'emplir 
leurs jarres et où l'on abreuve les animaux. Une quinzaine de 
petites boutiques forment ce qu'on appelle le souk ou marché. Les 
restes d'une puissante construction en pierres plus considérables 
et |)lus régulières (jue celles qui ont servi à bâtir la pluj)art des 
maisons sont regardés par les habitants comn)e les vestiges d'un 
kala'li ou château. Ailleurs, on m'a montré les tiaces d'une petite 
égli.se chrétieiwie. 

Mil dehors de la ville sont deux cimetières, l'un au nord-est, 
l'aulre au sud-ouest; dans le j)reinier, on remanjue (pielcpies koub- 
beh recoiiM'ant les restes d'aiilanl de sautons ou de jx'rsonnages 
iiiijiorlaiil.s. Les collines (|ui s'élèvent vers l'est sont percées de 
iioinbreuKeM cnvenies creusées dans le roc; les unes sont d'anciennes 
ciiiTières; les autres ont dû servir de tombeaux; plusieurs sont 
liiniiileiianl employées coiiiiik! élabh»s pour les Iroiipeaux. 

Djenin, à cause (h- sa position. d«« son nom. (h* sa source ahon 



CHAPITRE XVI. — DJENIN. 329 

(lante et de ses beaux jardins, est regardée généralement comme 
l'ancienne E'n-Gannim, en hébreu n^a-py (la source des jardins), 
en latin En^rannim, mentionnée dans le livre de Josué au nombre 
des villes de la tribu d'Issachar : 

17. Issacliar egressa est sors quarta per cognalioiies suas. 

18. Fuilque ejiis haereditas Jezraei, et Casaloth, et Sunam 

•il. Et Raineth, et Engannim, et EnliaJda, el Belhpheses ^ 

Elle fut allouée, comme cité de refuge, aux Lévites de la famille 
de Gerson. 

•27. Filiis quoque Gerson levitici generis dédit de diinidia tribu Manasse 
confugii civitates. . . . 

98. Porro de tribu Issachar, Cesion, et Dabereth, 

29. Et Jaramoth, et Engannim, cum suburbanis suis, civitates quatuor'-^. 

C'est la même localité très-probablement qui est citée dans le 
IV* livre des Rois sous le nom de Beth-hag-Gan, en hébreu ]in P'^a 
(maison du jardin), en grec BcttôyoLv, en latin Domus Horti, à pro- 
pos de la fuite d'Ochozias, roi de Juda, poursuivi par Jéhu. 

Ocliozias autem rex Juda, videns Ijoc, lugit per viam Donius Horti; persecu- 
tusque est euni Jebu, el ait : Etiani bunr percutite in curru suc. Et percusse- 
iunt euui in ascensu Gaver, qui est juxtu Jebiaani : qui fugit in Mageddo, et 
niortuus est ibi'. 

Ochozias était venu à Jezraël pour faire visite à Joram, roi 
d'Israël , souffrant des blessures qu'il avait reçues au siège de Ra- 
motlj-Galaad. A la vue de Joram, immolé traîtreusement par Jéhu 
dans le champ de Naboth , et craignant pour lui-même un sort sem- 
blable, il dut diriger d'abord en toute hAte son char sur la route 
conduisant vers ses Etats, c'est-à-dire sur celle qui passe actuelle- 
ment à Djenin, et qu'il faut nécessairement suivre quand on quitte 
la plaine d'Esdrelon, oh se trouve Jezraël, pour retourner à Jéru- 
salem à travers la Samarie. Mais, poursuivi de près par les gens 
{\e Jéhu, il fut forcé de changer de direction, puisque la Bible 

' Jofiué, c. \ix, V. 17, 18 el -Ji. — * Ibid. c. xxi, v. 27-29. — ^ Rois, 1. IV, c. ix, 

V. -^7. 



330 DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

ajoute que, frappé près de Jeblaain, il s'enfuit à Majjcdtio, où il 
mourut de sa blessure. Or Mageddo, aujourd'hui Kliarbel Ledjoun , 
est à l'ouest de Jezraël, et Djeniii est au sud. 

Josèplie nous parle du bourg de Ginaea comme étant sur les li- 
mites de la Samarie et de la Grande Plaine, c'est-à-dire de la plaine 
d'Esdrelon. La position de Djenin répond parfaitement à celle de 
ce bourg, et tout porte à croire qu'd faut également l'identifier avec 
E'n-Gannim et Beth-hag-Gan. 

Voici le passage de Josèphe oii il est question de cette localité : 

TiveTat Se xat 'SiafÂO.pshais tffpà? lovSatovs ë)(jdpa Si' ahîav tokxvtiiv. F,$os 
ifv rois TaXiXaiois èv raïs éopTOÎs els rriv ispàv tséXtv 'sctpayivoyiévois bSeveiv 
Stà. Tvs 'Siafxapécov y^pas. Kax tbiz xaO' oSbv auToits xeôfirjs Fivaiai Xeyofiévrjs , 
Ttjs èv fxsOopi^ xeifxévtjs ^afiapeias re xai tov (xsydXov tseSiov, Ttvès crvvoi- 
^OLVzes yLd-)(r)v, zsoXkovs avrôjv dvaipova-i. Ylv66(Jievot Se toc 'apa.yOévza twv 
Vakikaiwv oî tspùJTOi zrpbs K.ov(xavov à^ixovio xa.\ zsapsxctkovv ctùiov (xsTié- 
voLi tôiv àvïjprjfxévcov tov (p6vov. O Se ^pti'ixaat rseicrOeh v'rrb tcov ^afiapéwv 
d>Xtyûipr!(Tev. AyavoutTtfaavrss Se êir) TOVTfp TaXtXaiot rb zsXriOos tmv lovSatcôv 
hteiBov i(p* ^Xa. yœpijaai xai rrjs èXevôep^as àvTé)(e(j6ai ^ 

"Des ininiilius éclatèrent entre les Samaritains et les Juifs pour la cause 
suivante. C'était Tliabitude desGaliléens, en se rendant vers la Ville sainte 
les jours de létes, de voyajjer à travers la Samarie. Or un jour, coninio ils 
étaient en route, quel(|ues habitants d'un bourg nommé Ginéa, lequel esl 
situé sur les confins de la Samarie et de la Grande Plaine, les allaquèrent el 
en tuèrent un {jrand nombre. A cette nouvelle, les principaux peisonnagcs de 
la Galilée se rendirent auprès de Cumanus el le prièrent de ven'jer \o, meurir»' 
do ceux qui avaient péri. Mais celui-ci, gagné par l'argent des Samarilains, ne 
tint |)as compte de leurs réclamations, indignés de ce fuit, les Galiléens enga- 
gèi-ent la masse des Juifs à s'armer et à défendre leur indépendance.^ 

Dans un autre passage, Josèphe, «»n déterminant les liniilcs de 
lii Sainnrie, s'exj»rime ainsi : 

H Se ^afiapetJtf X'^'P» f^^^^^ y^^v iris \ovSaia$ êall xaï tUs VaXtXaias [àpyo- 
népti yàp iirb rnt iv t^ fitydXcf) isiSi^ xeifxévttf Vtvaiat 6vo(xoi xwfxvs ètti- 
y^yujiif \Kpa€a7tiv^v ro7Tapxîoi<y ■ 

' AHlltfMilPM juilniqur» , I. \\ . r, vi . X i . — » (liin-rr tirs Jiii/n . I. III . c. m , S A. 



I 



I 



» 



CHAPITRE XVI. — DJENIN. g^ 

ffLa Samarie, siluëo entie la Judée et la Galilée, commence au bourg 
nommé Giuéa dans la Grande Plaine et finit à la toparchie d'Acrabatèue. w 

Dans le Nouveau Testament, Ë'n-Gannim n'est mentionnée nulle 
part; mais il est certain que Notre-Seigneur dut traverser plusieurs 
fois cette localité en allant de Judée en Galilée, et réciproquement. 
D'après une ancienne tradition accréditée parmi les chrétiens de la 
Palestine, ce serait à Djenin, c'est-à-dire à Ën-Gannim, que le 
Sauveur aurait guéri les dix lépreux. 

1 1. Il arriva qu'en allant à Jérusalem, il (Jésus) traversait la Samarie et la 
Galilée. 

I 9. Et comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre 
et s'arrêtèrent loin de lui. 

i3. Et ils élevèrent la voix, disant : Jésus, maitre, ayez pitié de nous. 

i6. Dès que Jésus les vit. il dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et il ar- 
riva, pendant qu'ils y allaient, qu'ils lurent guéris. 

1 5. Un d'eux , se voyant débarrassé de sa lèpre, revint sur ses pas, glorifiant 
Dieu à liante voix; 

i6. Et il tomba sur sa lace aux pieds de Jésuti, lui rendant grâces; or c'é- 
tait un Samaritain. 

17. Alors Jésus, prenant la parole, dit : Est-ce que les dix n'ont pas été 
purifiés? Et les neuf autres, où sont-ils? 

18. Et il ne s'en est point trouvé (|ui soil revenu el qui ait rendu gloire à 
Dieu , si ce n'est cet élranger. 

1 9. Et il lui dit : Lève-toi , va, ta foi t'a sauvé '. 

Le moine Burchard signale Ginnin, notre Djenin évidemment, 
comme étant à quatre lieues au sud de Jezraël. 

De lesrabel quatuor leucis contra austrum est Ginnin, oppidum muratum 
quidem sed collapsuiu, situm in pede montis Effraym. A quo oppido incipil 
Samaria et terminatur Galilea. De Ginnin usque lordanem sunt septem fere 
leuce contra orientent '^. 

II n'y a que deux heures et demie de marche entre Zeralin, 
l'antique Jezraël, et Djenin, le Ginnin de Burchard; la distance de 

Sninl Luc, 0. xvn, v. 1 i-i«j. — * Burcliardus de Monle Sien, p. 5.J, édil. Lau- 
rciil. 



332 DESCRIPTION DK LA SAMAHIE. 

quatre lieues, marquée parce religieux entre ces deux points, est 
donc trop grande. On voit par ce passage qu'en 1288, époque du 
voyage de Burchard en Palestine, Djenin était environnée d'une 
enceinte murée; cette enceinte est actuellement tout à fait ren- 
versée, et ce bourg est ouvert. Burchard ne mentionne pas la tra- 
dition relative à la guérison miraculeuse en cet endroit des dix 
lépreux; est-ce un oubli de ce religieux? Serait-ce, au contraire, 
que cette tradition n'était point alors généralement répandue et 
qu'elle doit, à cause de cela, nous inspirer quelques doutes sur sa 
légitimité? C'est ce que je ne saurais dire. 

Pendant la nuit, un voleur essaye de se glisser sous ma tente: 
mais il est surpris, et il n'échappe à notre poursuite qu'à la faveur 
des ténèbres. Sous le même bois d'oliviers où nous campions, un 
âne est dérobé par d'autres voleurs à un habitant de Jérusalem, qui 
s'en retournait dans cette ville et qui reposait au pied d'un arbre 
près de nous. Il réclame notre secours; les voleurs, poursuivis à 
outrance, sont contraints de lâcher leur proie. Après cette double 
alerte, tout rentre dans le calme autour de nous. Nous entendons 
alors la voix du muezzin, qui, du haut du minaret de Djenin, fait 
retentir, pendant le silence de la nuit, les notes lentes et plain- 
tives de son chant mélancolique. 



CIIAPITRK XVII. - BKIT-KAI). 333 



CHAPITRE DIX-SEPTIEMK. 

BKIT-KAD. KD-DEIR, a'ÏN EL-HADID. DJELBOIIN, JADIS GELBOUS. 

FOIKOu'aH. DJELL KAMOUS. — OUMM ET-TOLTAH. BABA. 

a'rABOUNEH. DEIH ER-RIIAZALEH. a'kANEH. kHARBET a'bA. 

RETOUR À DJEMN. 



BEIT-KAI). 



Le 1'' mai, à cinq heures trente minutes du matin, nous quit- 
tons Djenin pour nous diriger vers le nord, puis vers l'est-nord-est. 

Nous longeons à notre droite une suite de collines, qui se rat- 
tachent à Djenin d'un côté et de l'autre, par un quart de cercle, au 
Djebel Foukou'ah ou mont Gelboë. Le sommet et les pentes sont 
revêtus d'herbes et de broussailles et çà et là hérissés de rochers, 
dont plusieurs ont été jadis exploités comme carrières et d'autres 
excavés pour y pratiquer des cavernes. 

A cinq heures quarante-cinq minutes, nous reprenons la direc- 
tion du nord-est. La plaine dans laquelle nous cheminons monte 
légèrement. 

Nous traversons un petit oued, dont les eaux, quand il pleut, 
vont se réunir à celles du Nahr Cison et se jeter dans la Méditer- 
ranée. 

Un peu plus loin, un vieux seder attire mon attention, à cause 
des nombreux chiliens qui pendent à ses branches en guise dex- 
voto. Les musulmans le vénèrent comme sacré. 

A six heures trente minutes, nous gravissons la colline de Beit- 
Kad, àb c>^, dont les flancs sont percés de nombreuses citernes, 
les unes bâties avec des moellons, mais la plupart taillées dans le 
roc vif. Une ceinture de cactus enviroime le village de Beit-Kad, 
qui couronne la colline. Les maisons sont foi't mal construites; 



334 DESCRIPTION DE LA SAiVIARIE. 

elles accusent par leur nombre une population (Venviron 200 ha- 
bitants. Quel était autrefois le nom de ce village 'M'inclinerais assez 
à penser qu'il devait être identique à celui qu'il porte maintenant; 
car ce dernier nom a tout l'air d'être antique, de même que les 
citernes que j'ai signalées. 



ED-DRIR. 



Au sud de Beit-Kad, à quinze minutes environ de distance, 
j'aperçois sur une autre colline un petit village, appelé Ed-Deir. 
^jJï ; il paraît moins considéiable que le précédent. 



A IN EL-IIADID. 



A six heures quarante minutes, je quitte Beit-Kad pour conti- 
nuer à monter vers le nord-est, puis vers l'est-nord-est, le long 
des flancs du Djebel Foukou'ah, massif dont fait partie la colline 
de Beit-Kad. 

A sept heures, l'ascension devient plus roide. 

A sept heures quinze minutes, mon guide me signale un endroit 
près ducpiel nous passons et appelé encore aujourd'hui A'm el- 
Hadid, -y^-s ^* (la source du fer); cette source, actuellemeni 
tarie, coulait au milieu d'un amas de pierres basaltiques et de 
laves, dont l'apparenc»' ferrugineuse avait fait donner par les 
Arabes à la source le nom (pie je viens d'indiquer. 



DJKI.BOUN. 



A sept heures trente-cinq minutes, nous parvenons à Djclhfiun, 
{jyAar- ^^e village est situé dans un vallon et sur ses pentes; il esl 
divisé en deux quartiers. Les niaisons sont grossiéHemenI bilties en 
menus mjitérinux et en pisé. Au centre, on r<'niar(]ue une mos- 
quée, arliirllrnient à moitié détruite, «pii semble avoir été une 
ancienne égliw chrélii'nne, loin'née de l'ouest A Test. KWo avait été 
coufilriiite avec des nnilériaux de niovenne dimension el assez 



CHAPITRE XVH. — FOUKOlJ'AH. 335 

réjjuliers. Plusioiirs citernes creusées dans le roc sonl certaine- 
ment antiques. 

Il est question de ce viHage dans XOmmimlicnn d'Eusèbe, au mot 

TeX&ovk, opv àXXo(pv'kc>)v, ^xu6o7r6\ecos ànéxovra (rrifxeiois ç', êv oh xai xaôfiij 
xàXsÏTai TeXËovs. 

f Gelboë, iiHnitaiines des gentils, éloignées de Scythopolis de six milles; on 
y voit un village appelé également Gelbous.A 

Geibous et Djelboun sont évidemment d<îux noms très-légère- 
ment différents donnés à la même localité. Or, cette localité a 
conservé, comme on le voit, le nom primitif de ce massif, désigné 
actuellement sous celui de Djebel Koukou'ab, nom d'un autre vil- 
lage, dont je vais parler tout à l'heure. 

Saint Jérôme, en traduisant le passage précédent de XOnmmi- 
slicoii, ajoute l'épitliète de giandis au nom de ce village, ce qui 
nous montre que, à cette époque, c'était le plus iuqiortant de tous 
ceux qui s'élevaient sur le sommet ou sur les flancs du Gelboë. 

Gelboe, montes atienigenaruni, in sexto lapide a Scythopoli, in quitus el 
vicus est grandis qui vocatur Gelbus. 

Aujourd'hui, il [)eut avoir 35o habitants. 

FOUKOU^AH. 

A sept heures cinquante minutes, nous nous remettons en 
marche dans la direction du nord, en continuant à monter. Les 
pentes que nous gravissons sont en partie cultivées et en partie 
couvertes de lentisques; elles sont également parsemées de pierres 
basaltiques et de laves. 

A huit heures quinze minutes, nous parvenons sur un plateau 
fertile et labouré. 

A huit heures vingt minutes, les pierres basaltiques cessent de 
se montrer. Nous recommençons à monter. 



336 DESCUIPTION DE LA SAMARIK. 

A huit heures vingt-cinq minutes, je remarque sur une petite 
plate-forme rocheuse un amas de gros blocs taillés, (jui semblent 
être les restes d'une ancienne tour de forme carrée. 

Un peu plus loin, nous traversons YOiied Foukou'ah, xsyii à!j. 

A huit heures trente minutes, nous descendons un instant, pour 
remonter bientôt après dans la direction du nord-ouest. Le ter- 
rain nest pas mauvais; plusieurs Arabes le labourent en ce mo- 
ment avec une charrue légère. 

A huit heures quarante minutes, nous arrivons à Foukouah, 
iityii. Ce village, qui me semble à peu près à la môme altitude 
que celui d'El-Mezar, dont j'ai parlé précédemment, a donné son 
nom, comme je l'ai dit, à tout le massif montagneux dont il occupe 
l'un des points culminants. Il renferme environ /loo habitants. Les 
maisons \ sont construites en pierre et non plus seulement en 
pisé. Plusieurs citernes creusées dans le roc y sont encore en assez 
bon état. Quehjues jardins bordés d'une ceinture de cactus l'avoi- 
sinent. 

De là, comme du sommet d'Ël-Mezar, la vue est très-étendue. 
Sans signaler ici tous les villages que je distingue, j'en mention- 
nerai seulement trois, que j'aperçois et qui ne sont marqués sur 
aucune carte : le premier est Djell Kamous, ^^ jLa-, au sud d'Kd- 
Deir, sur une colline; à l'ouest de Djell Kamous, Oumm et-Toutah, 
ï^yi^S p, ef plus loin, vers le sud, Raba, \*\j. Ils paraissent tous 
les trois, du reste, peu importants. 



A RABOL'NKIi. 



A huit heures cin({uanle-('in(| minutes, nous descendons vers 
l'ouesl , à travers d'assez belh»s plantations d'oliviers et (h* hguiers. 

A iHMif lieuH's vingt-cincj minulcs. nous recommençons à mon - 
1er dans la mt^me direction. 

A neuf heures quarante minutes, je remar(|ue sur une (olltue 
quelques araseiUi'ul.H de murs antiques; mon \\\\u\v ignore l(> nom 
(le fPM faibles ruines, (iéhns d'un hameau peu imporlaiil. l'ji liK-i' 



CHAPITRE XVII. — KHARBET A^BA. 



337 



de moi, vers le nord, au bas d'El-Mezar, est le petit village d'A'ra- 

bouneh, iO^I^. 



DEIR ER-RHAZALEH. 



A dix heures huit minutes, nous atteignons Deir er-Rhazaleh, 
Alîj.xJi^ji, pauvre village qui consiste en une quinzaine de misé- 
rables habitations construites en terre et en menus matériaux, sur 
une colline rocheuse dont les flancs sont percés de plusieurs citernes 
antiques et de silos qui le sont peut-être également. 



A RANEII. 



A dix heures douze minutes, nous descendons vers le sud, lais- 
sant à notre droite, sur un monticule, le petit village d'À'raneh. 



KIIARBET A BA. 



A dix heures vingt minutes, nous commençons à cheminer dans 
la plaine au milieu de champs de cotonniers. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous traversons un petit 
oued qui passe au nord de Djenin, se dirige ensuite versEl-Ledjoun, 
pour aboutir enlin au JSalir el-Moukhallha , le Kison des Livres saints. 
Nous inclinons alors vers le sud-sud-ouest. 

A onze heures, nous faisons halte quelques instants au Kharbet 
A'ba, l*\x iu^. Là s'élevait autrefois une bourgade d'une certaine 
importance, aujourd'hui renversée de fond en comble. Il n'en sub- 
siste plus que des arasements de vieux murs, de nombreux tas de 
pierres toutes rongées par le temps et assez mal taillées, la plu- 
part disposés en cercle, quelques citernes et plusieurs cavernes ou 
tombeaux pratiqués dans le roc. L'une de ces grottes funéraires 
renferme trois arcosolia dégradés, sous chacun desquels devaient 
être jadis placés des sarcophages, qui ont, depuis longtemps sans 
doute, été enlevés. Des herbes, des fleurs, des arbustes sauvages, 
et notamment des tonfl'es de lentisques, croissent au milieu de ces 



338 DESCIUPTIOA DE LA SAMAHIL 

ruines. Une partie de remplacement qu'elles occupent est égale- 
ment livrée à la culture et couverte soit de blés, soit de lentilles. 
Près d'un vieil olivier, une tour a conservé quelques assises de 
pierres encore en place. 



RETOUU A DJEMN. 



A onze heures viujjt-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche vers l'ouest. 

A onze heures quarante-cinq minutes, nous rencontrons près de 
la route une ancienne meule à huile, non encore terminée, à côté 
de l'endroit même oij elle avait été détachée du roc. 

A onze heures (juarante-huit minutes, nous arrivons au cime- 
tière nord-est de Djenin; à onze heujes cinquante-cinq minutes, 
je descends de cheval auprès de ma tente, qui est restée dressée 
dans le bois d'oliviers situé au sud de cette petite ville. 



CHAPITRK XVIII. — KHARBET BELA'MEH. 339 



CHAPITRE DIX-HUITIEME. 

KHAIIBET RELA'mEII, JADIS BELMA. KHARBET KEFR lAROUB. KHARBET 

OUMM EL-BOLTHMEH. KHARBET ROUBRABA. KOUBATIEH. 

MISILIA. DJERBA. SANOUR , JADIS PROBABLEMENT BETHIILIE. 



KHARBET BKLA MEII, JADIS BELMA. 

Le 2 mai, à cinq lieuies trente minutes du mutin, nuus nous 
mettons en marche dans la direction du sud, au milieu d'une val- 
lée assez étroite. A droite et à gauche, je remarque plusieurs 
anciennes grottes sépulcrales taillées dans le roc, qui servent ac- 
tuellement de refuges pour les troupeaux. 

A cinq heures quarante-cinq minutes, nous parvenons à un 
|)uits appelé Bir Belameli, a.«j»Xjjju; il est peu profond, de forme 
circulaire et bâti avec des blocs assez réguliers. Un peu plus loin, 
un autre puits, a[}\w\é Bir es-Sendjem, j».^wit ^ju, se trouve à l'entrée 
d'un souterrain, évidemment antique, qui a trois mètres cinquante 
centimètres de large. Le vestibule est maçonné et surmonté d'une 
voûte en plein cintre; puis commence le souterrain proprement 
dit, creusé dans le roc; il s'enfonce dans les flancs d'une colline. 
J'ai pu, en me baissant, y cheminer pendant une trentaine de pas, 
car il est maintenant à moitié rempli par une grande quantité de 
débi'is accumulés; j'ai dû m'arrêter bientôt dans cette investiga- 
tion, à cause des amas plus considérables de terre et aussi de guano 
qui nrempéchèrent d'aller plus avant. D'innombrables chauves- 
souris liabitent, en efl'el, la partie la plus retirée de ce tunnel, et 
y ont déposé, à la longue, une couche épaisse d'excréments. As- 
sailli par ces horribles volatiles, qui me frôlaient sans cesse la figure 
de leurs ailes el semblaient me reprocher la violation de leur 



UO DESCRIPTION DE LA SAMARTE. 

domicile, obligé, en outre, de ne m'avancer qu'en me courbant de 
plus en plus et même en rampant, je dus rebrousser chemin et 
sortir par oii j'étais entré. A en croire le guide qui m'accompa- 
gnait, ce souterrain s'étendrait fort loin encore, en s'élevant pro- 
gressivement jusqu'au milieu de la ville qui couronnait autrefois 
le sommet de la colline. Il permettait ainsi à ses défenseurs, en 
cas d'attaque, de descendre jusqu'au puits que j'ai mentionné et 
dont l'abord, du côté de la vallée, pouvait être alors dérobé à la 
vue de l'ennemi au moyen d'un mur. 

Cette tradition n'a rien, à mon avis, que de très-vraisemblable; 
car, autrement, je ne m'expliquerais pas l'existence d'un pareil 
souterrain. 

Gravissant ensuite les pentes hérissées de broussailles de la col- 
line au pied de laquelle il a été creusé, et franchissant plusieurs 
murs de soutènement, je parviens à un petit plateau couvert de 
ruines, qui me sont désignées sous le nom de Kharbel Belameh, 
jL^jtL iujj^. On y remarque principalement les restes d'une tour 
dont les murs sont très-épais; elle ne paraît pas remonter au delà 
de l'époque des croisades, mais elle a pu remplacer une autre cons- 
truction analogue plus ancienne, dont les matériaux auront servi 
à la bâtir elle-même. Indépendamment des vestiges encore assez 
considérables de cette tour, tout le plateau est parsemé d'amas de 
pierres de difl'érentes dimensions et d'innond)rables débris de pote- 
ries. Environné de trois côtés par des ravins assez profonds, il a 
pu autrefois servir d'assiette à une petite place forte, aujourd'hui 
complètement renversée, et qui, selon toute apparence, est l'an- 
tique Belma mentionnée dans le livre de Judith : 

Onines paraveruni se pariter ad |»u|rnan) conlra filios Israël et venerunl 
per rr(>|)i(lin(>m montis usqiie ad apicciii qui respicit super Dothaiii, a loco 
(|iii din'dir H«'lnia, ii.s(|U(' ad (lliclnion, «pii est contra Esdrolon '. 

DanK un autre passage du livre de Judith, nous lisons (pie IVIa- 
' Judith, e. %ii, V, .'I. 



CHAPITRE XVIII. — KHARBET KEFR lAROUB. 341 

nasse, mari de Juditli, lut enterré dans le tombeau de ses pères 
entre Dothaim et Belamon : 

a. Kai b dvtjp avrtjs Mavaa-dfis , irjs (puXïjs aCrfis xa) tijs tsarpiâs avTijs, 
xai dTtédavev iv vi^épais B-epiaryiOv xpiQwv ' 

3 Kol èTeksinricrev èv BeTuXou'a irj tsoKzi aÛTOÛ, xa) tBac^av ciùiov 

fiexà tœv zsaTépojv avrov èv tôÎ àypw tm àvdfxecTOv AojdaifJ. xa.) HeXaficov '. 

Dans la version des Septante, cette même ville est appelée 
BsXôéfji : 

Kai TsapevéSaXov èv tw avXôJvi xsXïjctÎov BeTuXoua ètr) tîjs tsuyijs, xaï 
TSa.péTStva.v ds svpos èiri Aoi)6ai[À. xai é'cos heXÔèfXy xaï eis (xrixos à-no BeTw- 
Xoua é'w? KuafxwfOff, ))' èfrliv àitévavTi EarSptiXaifx. 

Un manuscrit alexandrin porte BeXé'a/^, au lieu de Bekôéfx, et 
BeXé'a/fx paraît lui-même une forme altérée de BeXfta/ft, pluriel 
de BeAjotà. Notre Kharbet Bela'meh se rapproche donc beaucoup, 
par son nom, de Belma; en outre, son voisinage de Tell Douthan, 
jadis Dothaim ou Dothain, milite singulièrement en faveur de cette 
identification. 

En redescendant du plateau , vers l'est, j'aperçois, au milieu d'un 
bou(|uet d'oliviers, la koubbeh d'un oualy musulman, environné 
d'une petite enceinte et dédié au cheikh Hassan. Ce sanctuaire est 
tout entier construit avec des matériaux antiques. 

De retour dans la vallée, je passe, à six heures quarante minutes, 
auprès d'un puits antique de forme rectangulaire, hàù avec des 
pierres très-régulières et mesurant deux pas de large sur quatre 
de long. On l'appelle, comme le précédent, Bir ou A'ïn Belameh. 

Nous poursuivons notre marclie vers l'ouest-sud-ouest, puis vers 
le sud-ouest. La vallée devient de plus en plus étroite. 

KHARBET KKFB lAKOL'B. 

A six heures cinquante-cinq minutes, nous gravissons une col- 

' .liidilli, v. VIII, V. -j et o. 



3A2 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

iine, dont nous atteignons le sommet à sept heures. Nous dirigeant 
alors vers l'ouest-sud ouest, nous parvenons, à sept heures cinq 
minutes, à des ruines connues sous le nom de Kharhcl Kefr laroub, 
tj^j\jjÀS iiijj>^. Elles occupent un plateau entouré de tous côtés 
par des vallées cultivées, et consistent en de nombreux amas de 
pierres d'assez grandes dimensions, très-rongées par le temps et 
disposées pêle-mêle circuiairement autour de caveaux artificiels 
pratiqués dans le roc, dont les uns ont jadis servi de citernes et 
les autres de magasins souterrains. H y avait autrefois là un village 
de quelque importance qui ne se trouve mentionné nulle ])art, 
ni dans la Bible, ni dans .losèph( 



le. 



KHARBET OVIUM EL-BOUTIIMEII. 



A sept heures, nous descendons vei*s l'est dans une vallée fer- 
tde, que nous traversons. 

A sept heures vingt-cinq minutes, nous montons dans la même 
direction au milieu de belles plantations de figuiers et d'oliviers, 
qui croissent sur des pentes parsemées de rochers. A notre gauche 
serpente un oued. 

A sej)t heures quarante-cinq minutes, nous continuons à monter 
vers le sud-est. Aux oliviers et aux liguiers succèdent des toulles 
de icntisques et de hautes herbes. 

A sept heures cinquante-quatre minutes, nous parvenons sur 
un plateau à plusieurs étages successifs et en partie livré à la cul- 
ture, il est couvert de ruines ap[)elées Kharbcl Oumm cl-Boulhmeh, 
i>»lfl*H II i^j^ (ruines de la njère du térébinthe), à cause de deux 
vieux arbres de cette espère (pii y croissent et dont l'un, surtout, est 
très-remarquable. Ces ruines, de même (|ue les pi'écédenles, sont 
cdleH d'un anrii'u village, dont les maisons avaitMit été construites 
ttM'c des pierres irrégidièrement taillées et de dimension moyenne, 
qui. anjoiinriiui, soiil amoncelées en nii<> loule (!(> tas circulaiies 
iiulour des eiternes ou des caveaux «reusés dans le roc (juc c^es 
habilalioiih riMd'frmnii'iil. \ii («'nlrc, à peu près, <!(• ce kharbet. 



CHAPITRE XVIll. — KOUBATIKH. 343 

s'élève un oualy riiusuliuaii, que couronne une terrasse du haut de 
laquelle on a une vue très-étendue sur tous les environs. 

Vers l'extrémité méridionale du plateau, j'observe un antique 
hii'ket, lon<j[ de dix-sej)t pas sur (juatorze de large. Creusé dans le 
roc, il est aujourd'hui à moitié comblé et planté de divers légumes. 



KHARBET ROUBRABA. 



A l'est-sud-est du Kharbet Oumm el-Bouthmeh, j'aperçois, à la 
distance de quelques kilomètres, le Kharhel Houbraba, i\j i->^; ^jj-^, 
sur une colline assez élevée. 



KUUUATIEII. 



A huit heures trente minutes, nous descendons vers Touest-sud- 
ouest. 

A huit heures cinquante minutes, nous traversons une plaine 
fertile couverte de blés magnifiques et parsemée çà et là de quelques 
vieux oliviers. 

A neuf heures, nous atteignons les premiers jardins de Kouba- 
tiehy iUjL^. Ils sont plantés de figuiers, d'oliviers et de grenadiers, 
au pied desquels croissent des légumes. 

Koubatieh est un village considérable, divisé en plusieurs quar- 
tiers sous la juridiction d'autant de cheikhs différents. 11 s'élève sur 
les pentes d'une colline rocheuse dont les flancs sont percés de 
nombreuses citernes d'origine antique, et dont les unes sont en 
partie comblées et mal entretenues, et les autres servent encore aux 
besoins des habitants. Celles-ci sont fermées à leur orifice par une 
grosse pierre ronde en forme de meule percée au centre. Cette 
ouverture est elle-même bouchée par une autre pierre, que l'on 
retire momentanément chaque fois que l'on puise de l'eau. J'ai 
déjà dit ailleurs que ce système de margelles fermées au moyen 
duii gi'os bouchon de pierre devait remonter à la plus haute 
anliquilé. On le retrouve en Pah'stine dans beaucoiq) de localités 



3A4 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

qui existaient avant l'arrivée des Hébreux. Nous mettons sept 
minutes à traverser ce village, aux rues tortueuses, étroites et 
grimpantes. 

Au sortir de Koubatieh, nous continuons à gravir des pentes 
roides et hérissées de rochers, où néanmoins nous rencontrons de 
dislance en distance quelques vieux caroubiers. 

A neuf heures trente minutes, nous passons à côté d'un énorme 
niyrte ayant la beauté et la grandeur d'un térébinthe, et tout cou- 
vert de petits chiffons en guise à'ex-voto, à cause de la vénération 
dont il est l'objet. 



MISILIA. 



A neuf heures quarante-cinq minutes, nous laissons sur notre 
gauche, à deux kilomètres et demi de distance, vers l'est-sud-est, 
le village de Misilia, UJL-w»; il est assis sur les pentes septentrionales 
d'une colline plantée de superbes oliviers; au bas, s'étend une 
plaine fertile et bien cultivée. 



DJKIIBA. 



Descendant ensuite dans une jolie vallée, nous avons à notre 
droite, à dix heures cinq minutes, le petit village de Djei'ba, situé 
sur une colline voisine. 



8AN0UR, JADIS PHODABLKMENT BKTIIULIB. 



A dix heures quarante nn'nutes, nous faisons halte au pied de 
Sanour, jy^, (jue (Taiitres piononcent iSammtir, j^^. Ce village 
céh'fbre est situé sur le sommet d'une coiliiie rocheuse, de ioiin»^ à 
peu \m'!S circulaire, et qui sélève comuHî par plusieurs éta{jes suc- 
ceMifg. Les pentes en sont roides et percées d'assez nombreuses 
nternes creusées dans le roc. Cette colline, conqilélenuMit isolée 
«le trois côtés, m rattache, vers l'ouest, iiii inoyiMi d'iine sorte de 
lanfçue rocheuse, mais henucoiq» |)Iiim basse (|ue l<> pinleau qui la 



I 



CHAPITRE XVIII. — SANOUR. 345 

couronne, à une série d'autres hauleurs. Elle semble avoir été 
comme prédestinée, de tout temps, à servir d'assiette à une place 
forte. Une enceinte murée flanquée de tours en environnait autre- 
fois le sommet; elle est aujourd'hui en partie renversée. Un grand 
nombre de maisons sont également à moitié démolies ou ont été 
relevées à la hâte. Celle du cheikh, auquel je vais rendre visite, 
est grande et ressemble à un petit fort. Elle avait été entièrement 
détruite en i83o par une batterie de canons que Abdallah-Pacha 
avait réussi à établir sur une colline voisine, vers l'ouest, pour fou- 
droyer de là les assiégés; depuis elle a été solidement rebâtie. La 
population actuelle de Sanour est d'un millier d'habitants, tout au 
plus. Les rues sont très-étroites et mal entretenues. Une petite mos- 
quée y renferme une citerne probablement antique. On sait que 
cette place résista victorieusement pendant deux mois, en 1799, à 
tous les efforts de Djezzar-Pacha, qui chercha en vain à la réduire 
avec une armée de cinq mille hommes. Une trentaine d'années 
plus tard, si elle tomba au pouvoir d'Abdallah-Pacha, ce ne fut 
qu'au bout de quatre mois de siège et après des assauts répétés. 
Trois batteries établies, l'une à l'ouest, l'autre au sud et la troi- 
sième au nord, sur des hauteurs voisines, déterminèrent surtout 
la reddition de ce bourg fortifié. Le vainqueur le démantela alors 
et se vengea, en sapant ses murailleset ses tours, des pertes consi- 
dérables qu'il avait subies pour le conquérir. Plusieurs habitants 
([ui avaient assisté à ce siège et pris part à la défense de Sanour 
me montrent des boulets qui avaient été alors lancés contre cette 
place pai* l'ennemi. 

Une opinion qui a pour elle maintenant d'assez nombreux adhé- 
rents fait de Sanour l'ancieinie Béthulic, si fameuse par le siège 
qu'elle soutint contre Holopherne et par l'héroïque dévouement de 
Judith. Je n'ignore pas, à la vérité, que le livre connu sous ce nom 
est regardé comme apocryphe par de savants critiques. Il est diffi- 
cile, en effet, d'intercaler dans le cours de l'histoire du peuple juif 
les événements qui y sont racontés. Ce livre soulève aussi plusieurs 
objections au point de vue géographique. Ce n'est point ici le lieu 



3^6 DESCRIPTION DE LA SAMAIUi:. 

de discuter cette question délicate. Je me contenterai seulement 
de dire que, si cet épisode est réellement historique, comme le 
veulent d'autres critiques également éclairés, et si la ville de Bé- 
tbulie, qui n'est citée nulle part ailleurs dans l'antiquité, n'est point 
une place forte purement imaginaire, aucun autre site en Palestine 
ne paraît lui convenir mieux que celui de Sanour. 

De divers passages du livre de Judith, il résulte, en effet, (pie 
Béthulie était située sur une montagne non loin de Dothaïm et de 
Belamon, et dans le voisinage aussi de la grande plaine d'Esdrelon; 
elle commandait les défilés qui, de cette plaine, donnaient accès 
dans la contrée montagneuse de la Samarie et, au delà, dans la 
Judée. 

Voici ces divers passages, que j emprunte à la version grecque, 
plus complète et plus précise que la tianscription latine : 

(). Ko.) sypa^ev Icoaxifx b îspevs o (xéyas, h$ ^v èv toïç ^[xépats êxeivats 
êvlepovaaXtjfJ-, toïs xrTOtxova-t BeryAoua xa) ï^eT0(X£(79ai(Ji, ri ètIiv à-névaiVTi 
titrSprjXùiij xcnà tspStrwTTOv tov tseSlov tov TsXtja-tov Af*)6at(x, 

'j. Xéyojv S'.axaTafTyeîv làs dvaëotaetsrijs àpsivrjs, 6rt Si' aÛTWv ^v >) eïa-- 
oSos els Tt}v lovSaïav ' . 

»f6. Lo {jrand prêtre Joakim, cpii vivait alors à Jérusalem, écrivit aux ha- 
bitants de Betyloua et de BetonieslIiiiMii, ville située devant Esdrelon, en tare 
de la plaine voisine de Dothaïm, 

f 7. Pour leur dire de s'emparer des gorges des uiontagnes par lesquelles on 
pouvait pénétrer dans la Judée. . . . v 

Nous ne connaissons pas la position de BeTOfxscrOoLifji, dont l'em- 
|)lacenient n a pas été retrouvé d'une manière certaine; mais Do- 
ihaïni est, sans aucun doute, Tcli Douthan, situé à quelques ki- 
lomètres au noi'd de Sanour et h une heur<' de marche au sud de 
lu plaine d'lis(lr<;lon. L'aiinée d'II()loj)herne, après avoir traversé 
celle plaine, devait s'engag<M* (hnis les ilélilés mentiomiés au ver- 
tiei 7 cl passer nécessairement an pi(;d de la haute colline de Sa- 
nour, qui, dans l'antiquité comme dans les temps modernes, n'a 

' JuAiik, r. m, V. <» H 7. 



CHAPITRE XVIH. — SANOUH. 3A7 

pu manquei" d'être fortifiée. Celte position très-importante au sud 
de Dolliaïui et de la grande plaine d'Esdrelon, sur ia route condui- 
sant en Judée à travers ia Samarie, répond donc très-bien à celle 
que lo verset 6 assigne à Béthulie. 

Dans un autre passage, nous lisons que Manassé, l'époux de Ju- 
dith, étant mort pendant la moisson des orges, à la suite d'une in- 
solation, tut enterré, auprès de ses pères, dans un champ situé 
entre Dotliaïm et Belamon : 

èTeXsvTtiasv èv BeryXoua t»? taiXei axnov , xoii êOa^av olvtov (lerà 

tôiv tsaxépwv avrov èv tw dypôj tm àvd^isaov AcoOojfx xa) BeXajUwv ' . 

Dothaim est incontestablement Tell Doulhan; Belamon est, selon 
toute apparence, le Kharbet Bela'meh dont j'ai parlé plus haut. 
C'est donc entre Tell Douthan et le Kharbet Bela'meh que se trou- 
vait le champ où Manassé tut enseveli dans le tombeau de ses pères. 
Or ces deux localités sont l'une et l'autre voisines de Sanour. Ce 
verset donc contribue également à justifier l'identification de Sa- 
nour avec Béthulie, qui, étant la patrie de Manassé, ne devait pas 
être Irès-éloignée du champ où il fut enterré. Une vallée s'étendait 
au pied de Béthulie, et, dans cette vallée, où campa l'armée d'Ho- 
lopherne, étaient des sources dont il se hâta de s'emparer : 

Ka) TSapevé^aXov èv tçS aùXôivt tsXrKriov BeruXoua èTr\ riis tsïiyijs, xai 
'SapsTewav sis evpos èrr) AcoOoiiyi xai éW BfX^i/ix, xcù els [xtixos àito Bêtu- 
Xoua £&)» Kuafjt&ïi'os , ri èoliv dnévoLvri EcrJ'pjjXcujiz '■^. 

fflls (les Assyriens) établirent leur camp dans la vallée qui est voisine de 
Béthulie, près de la source, el ils s'étendirent en largeur vers Dothaïni et jus- 
qu'à Bellheni, et en longueur depuis Betyloua jusqu'à Cyamon, laquelle est 
située vis-à-vis d'Esdrelom.ii 

La ville de Belthem signalée ici me paraît être la même qui l'st 
appelée Belamon dans le passage précédent, et je l'identifie, par 
conséqueut, avec le Kharbet Bela'meh. Dans le verset correspon- 

' Jiidîllt, c. vi!i, v. 3. — ' Ibid. c. \n. v. .'>. 



348 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

daiil du texte iatin, elle est désignée, en effet, sous le nom de 
Behna, nom qui ne diffère que par la terminaison de celui de Be- 
lamon. A l'égard de Gyamon, j'ai déjà indiqué ailleurs avec quelle 
localité actuelle il est permis de l'identifier. 

Kai êTrecrxéi^aTO tols àva^daeis rris 'TffôXscos aÙTÔiv, ko.) Tas 'zstjyàs tmv 
vSojûw avTWv è(pwSev(TSv, xai TSpoxaTskoi^STO oÙtols, xai ê7réa1)ja-ev avTaïs 
xfapefx^oXàs àvSpâv 'afoXsfXKrloûv, xaï avTos dvé^sv^ev es ràr Xabv olvtov ' . 

(T Holopherne examina les montées qui conduisaient à leur ville (Bélliulle), 
se saisit de leurs sources, y mit des postes pour les garder, et revint lui-même 
au milieu de son armée, w 

Dans le verset latin qui répond à celui-ci il est question, en 
outre, d'un aqueduc coupé par Holopherne au sud de Béthulie, 
afin de priver la ville des eaux que cet aqueduc lui amenait : 

PoiTo Ilolol'ernes, dum circuit per gyrum, reperit quod tons qui inducbat 
aquœductum illorum a parte australi exira civitatem dirigeret : et incidi prœ- 
cepit aquœductum illorum. 

Au sud de Sanour, on ne remarque aucune trace d'un ancien 
aqueduc, mais seulement plusieurs puits antiques, dont l'un, m'a- 
l-on dit, déborde en liivei", tant la source est abondante. 

Le texte grec, ainsi que nous l'avons vu, ne parle pas de cet 
aqueduc. Or ce texte est considéré par la plupart des critiques 
comme bien préférable au texte latin. Comme le texte original est 
depuis longtenq)s perdu, nous ne pouvons pas y recourir pour ré- 
soudre cette didiculté, qui tombe d'elbî-nu^me si l'on s'en tient à la 
version grecque. 

Quant à la vallée où caiiii)!! I aiinéo d'lI()lo])licrne, il estdillicile 
de ne pas la rccoimaitre dans celb; (|ui s'étend au nord, h Vosl et 
au sud de Sanour. 

Privés des sourccH qui coulaieni au pi(Ml dv, la hauteur (|u'ils 
occupaient dauH la vallée en (pi(>slioii, les liabitaiits (b; Bétliulie 

• Jmiilk, r. %n. v, 7. 



» 



CHAPITRE XVIII. — SANOUR. 349 

furent réduits à l'eau de leurs citernes, qui commençait à leur man- 
quer, lorsqu'ils furent sauvés par le courage de Juditli. 

En résumé, si l'on place Béthulie à Sanour, on se rend parfai- 
tement compte du récit du livre de Judith, qui me semble inexpli- 
cable si on la transporte ailleurs. 

Au moyen âge, on a quelquefois donné le nom de Béthulie à la 
montagne des Francs, jadis Herodium, actuellement Djebel Fradis; 
mais, comme on l'a déjà observé avant moi, cette montagne, si- 
tuée au sud de Jérusalem, ne s'adapte en aucune manière aux 
diverses circonstances mentionnées dans le livre de Judith, et des- 
quelles il résulte que Béthulie était dans le voisinage de Dothaïm 
et de la plaine d'Esdrelon. 

Pour la même raison, il ne faut pas la chercher au village de 
Beit-Oula, malgré l'identité des noms. Ce village, en elTet, situé 
également en pleine Judée, au sud-ouest de Jérusalem, et dont on 
trouve la description, ainsi que de la montagne des Francs, dans 
mon ouvrage sur cette contrée ^ ne s'accorde pas davantage avec 
les détails topographiques renfermés dans le livre de Judith. 

D'après une autre opinion, Safed, en Galilée, serait la patrie 
de cette héroïne. Mais celte hypothèse ne peut résister à un examen 
sérieux, lorsqu'on songe que Safed est très-éloigné au nord de la 
plaine d'Esdrelon, tandis que Béthulie devait être au sud de cette 
même plaine, dans le voisinage de Dothaïm et de Belamon. 

Enfin, comme je l'ai déjà dit, l'opinion qui croit reconnaître dans 
les ruines de Beit-Elfa celles de Béthulie, dont le nom, par corrup- 
tion, serait devenu Beit-Elfa, ne me semble pas plus soutenable. Car 
l'emplacement de Beit-Elfa n'a jamais été celui d'une place forte 
défendant un passage important, et dont une armée envahissante 
devait se rendre maîtresse pour pouvoir pénétrer impunément de 
la plaine d'Esdrelon dans le massif des monts de la Samarie et 
cheminer ensuite vers Jérusalem. Beit-Elfa est, en outre, à une 
distance trop grande de Dothaïm et de Belamon ou Beima pour 

' Desniplioii de la Jiult-r. I. III. |>. i9Î)-i3a,ot |). iMift-Sh"]. 



350 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

convenir à la position de Bétliulie, qui devait être beaucoup plus 
voisine de ces deux villes. 

Toutes ces conjectures étant l'une après l'autre écartées, je nr» 
vois plus que l'emplacement de Sanour qui puisse satisfaire les exi- 
gences de la critique et revondiquer à juste titre la gloire d'avoir été 
la patrie de Judith. 



CHAPITRE XIX. — MEITELOUN. 351 



CHAPITRE DIX-INEUVIEME. 

MERDJ SANOUB. OUALY kHEiCH. MEITELOLN. TELL kHABAH. 

SIBIS. EL-DJEDE1I)EH. SIB. KHABBKT EL-kOUFEIB. DJEBEL 

BEZEIK. A'kABAH. KHABBET SALHAR. TEIASIB , JADIS ACHEB. 

THOUBAS, L'ANTIQUE THEBEZ. 



MERDJ SANOUB. 



Le 3 mai, à cinq heures dix minutes du matin, nous abandon- 
nons Sanour pour nous diriger vers l'est. Nous cheminons à travers 
une vallée actuellement couverte de belles moissons de blé et qui, 
en hiver, à l'époque des grandes pluies, est quelquefois en partie 
submergée et forme un marais. On l'appelle Mndj Sanour, jy^ --^ 
(prairie de Sanour). 

OUALY KHEICH. 

A cinq heures vingt minutes, nous laissons à notre droite, sur une 
colline très-élevée et aux flancs escarpés, un oualy connu sous le 
nom iX Oualy Kheich, iji-»^ Jj. Ce sanctuaire en occupe le point 
culminant, et, à certains jours, il est le but d'un pieux pèlerinage 
de la part des villages voisins. On aperçoit de loin sa blanche koub- 
beh, ([n'environne un fourré de broussailles. 

MEITELOUN. 

A cinq heures quarante-deux minutes, nous arrivons à Meite- 
loun, y^Jùn», petit village sur une faible éminence. La maison du 
cheikh est assez bien bâtie. Quelques puits creusés dans le roc 
datent probablement de ranti(|uité. 



352 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



TELL KIIABAR. 



A huit minutes au nord de Meiteloun s'élève une colline isolée 
couverte de ruines. Avant de l'atteindre, je rencontre dans la plaine 
des débris d'habitations entièrement renversées. Parvenu au pied 
de la colline, j'observe les traces d'un mur d'enceinte qui l'envi- 
ronnait tout entière, et qui était construit avec de gros blocs assez 
mal équarris. En dedans de ce mur, les flancs du monticule jus- 
qu'aux trois quarts de sa hauteur sont jonchés de matériaux, restes 
de petites maisons détruites; puis on distingue les arasements d'un 
second mur d'enceinte en blocs considérables et presque bruts. Ce 
mur enfermait plusieurs citernes pratiquées dans le roc, un cer- 
tain nombre de constructions, bouleversées actuellement de fond 
en comble, et, sur le plateau supérieur, une tour longue de quinze 
pas sur douze de large, dont les fondations seules sont visibles. On 
donne à ces ruines le nom de Kharbet Tell Khabar, ^Ui- J.j iôj-i- , 
ou de Kharbet Tell Kheihar, Ju^à^ J.j ^j-*-, suivant d'autres. 



SIRIS. 



A six heures cincj n)inutes, nous poursuivons notre marche vers 
Test-sud-est, puis vers l'est, La vallée que nous traversons continue 
à «Hre bien cultivée en céréales, soit orge, soit blé. 

A six heures quinze minutes, nous commençons t\ monter légè- 
rement vers l'est. 

A six heures vingt minutes, j'aperçois, à 900 mètres environ 
vers le sud, le petit village de Siris, ,j^^^*^, situé sur les dernières 
pentes se|)tentrioiiales d'iuie colline, au milieu de bcHes plantations 
d'oliviers. 



KL-DiKDFJDKII. 



A Hix heureK vingl-rincj minutes, après une ascension douce. 
iiiaJH ronlinuc. nous pni-venons A El-DjnkiHfh, éù^jùJi. Les jardins 



CHAPITRE XIX. — KHARBET EL-KOUFEIR. 353 

de ce village sont plantés de figuiers, de grenadiers et d'oliviers. 
Il a dû succéder à une localité antique, car on y remarque de 
nombreux puits creusés dans le roc, et, parmi les matériaux qui 
ont servi à la construction des trente-cinq maisons environ dont il se 
compose, quelques pierres de taille suggèrent la même conclusion. 



SIR. 



A six heures trente minutes, nous descendons, vers le nord, 
dans une vallée. 

A six heures trente-huit miimtes, nous franchissons une petite 
colline, et, à six heures quarante-quatre minutes, nous redescen- 
dons dans une nouvelle vallée, qui n'est, comme la précédente, 
qu'un prolongement, vers l'est, de celle de Sanour. Notre direction 
est alors celle du nord-est. v*,*^ 

A six heures cinquante minutes, nous montons légèrement vers 
le nord-nord-est. 

A six heures cinquante-cinq minutes, la montée s'accentue da- 
vantage; le sol est couvert de chênes verts, qui ne s'élèvent pas 
au-dessus de simples buissons. 

A sept heures vingt minutes, nous arrivons kSiryj,i^, petit vil- 
lage sur une haute colline; de nombreuses citernes et un tombeau 
creusé dans le roc frappent mon attention et me prouvent que cette 
localité est d'origine antique. Les habitants, au nombre de i5o 
environ, possèdent une mosquée. 



KHARBET EL-KOUFEIR. 



A sept heures vingt-cinq minutes, nous descendons, vers le nord- 
est, dans une vallée, que nous traversons pour monter, bientôt 
après, vers l'est-nord-est , au milieu d'un fourré de lentisques et de 
chênes verts; çà et là aussi s'élèvent quelques autres chênes appar- 
tenant à l'espèce appelée ballouth par les Arabes. 

A sept heures (juarante minutes, nous parvenons sur un petit 



35A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

plateau cultivé en orge, d'où, à huit heures, nous redescendons 
dans une vallée très-fertUe et couverte de belles moissons de blé. 
A huit heures dix minutes, nous atteignons un village arabe 
abandonné, appelé Kharhet el-KouJeir, jjS^\ lifj.:^. Les maisons, en 
grande partie renversées, avaient été fort mal construites etaltestcnt 
une origine arabe; mais les silos et surtout les citernes qu'elles ren- 
fermaient semblent dater de l'antiquité. Une petite mosquée y avait 
été bâtie avec des matériaux mieux taillés et plus considérables. 
Des touffes de mauves gigantesques y croissent de tous côtés au mi- 
lieu des ruines. 



DJEBEL BEZEIK. 



A huit heures trente-deux minutes, nous prenons la direction 
du sud. 

A huit heures quarante-quatre minutes, nous montons légère- 
ment, laissant à notre gauche, vers l'est, le Djebel Bezeik , (^yi J<*^. 
Au sud de cette montagne, serpente un oued, qui sert de sentier 
pour descendre dans le Rhôr. 

A*KABAii. 

A neuf heures six minutes, nous sommes à A'kabah, ii^U*, vil- 
lage de i3o liabitants, situé sur une colline dans les ilancs de la- 
fju(îlle on observe un certain nombre de citernes antiques pratiquées 
dans le roc. Les maisons sont fort mal biUies; une petite mos- 
quée vu dehors et à l'est du village est couiomié*» d'une humble 
coupole. 

kllARBRT SAMIAB. 

A neuf heures huit minutes, nous redescendons vers le nord- 
est. 

A neuf heures (|uinze minutes, nous traversons, vers l'est, une 
valléo; puis, nu bout (h* cin<| minutes, nous moulons légérenuMit 
ver» reHl-nord-esl. 



CHAPITRE XIX. — TEIASIR. 355 

A neuf heures trente-cinq minutes, nous parvenons au Kharbef 
Salhah, t^-^si.^ '^j^-, petite ville entièrement détruite, sur une col- 
line dont les flancs rocheux sont percés de nombreuses citernes 
antiques. L'emplacement qu'elle occupait est aujourd'hui couvert 
de matériaux confus, restes d'habitations démolies, et disposés pour 
la plupart en tas circulaires autour de silos ou de magasins souter- 
rains pratiqués dans le roc. 

De là, on aperçoit la vallée du Jourdain. 

Au nord s'élève le Djebel Bezeik, que j'ai mentionné tout à 
l'heure. 



TEIASIR. 



A neuf heures cinquante -cinq minutes, nous abandonnons ces 
ruines pour descendre vers i'est-sud-est. 

A dix heures dix minutes, nous cheminons dans une vallée cul- 
tivée en blé; elle est bordée, à gauche, de rochers dans les parois 
desquels on a creusé jadis plusieurs tombeaux, qui ont servi ensuite 
et servent encore de retraite à des troupeaux. 

A dix heures trente minutes, après une ascension de cinq mi- 
nutes, nous atteignons Teiasivy j^^\^^ village dont plusieurs mai- 
sons sont renversées; d'autres sont très -dégradées; un certain 
nombre de pierres de taille, engagées comme matériaux de cons- 
truction dans la bâtisse de quelques-unes d'entre elles, indiquent 
que ce village a succédé à une ville antique, dont l'existence en cet 
endroit est, en outre, attestée par beaucoup de citernes creusées 
dans le roc, éparses çà et là, par les tombeaux que j'ai signalés 
dans la vallée voisine et par un très-beau mausolée qui se trouve 
à aSo mètres au sud de la colline de Teiasir. 

Ce monument, de forme carrée, mesure extérieurement 9 mètres 
sur chaque face. Il a été construit avec de magnifiques blocs très-bien 
appareillés et agencés entre eux et reposant sans ciment les uns 
sur les autres. Tourné du nord au sud, il s'élève sur un soubasse- 
ment au-dessus duquel sont placées, un peu en retraite, les assises 
inférieures de ce petit édifice. Quatre pilastres ornaient les trois 

a.J. 



35G DESCRIPTION DE LA SÂMARIE. 

faces est, ouest et sud. Quant à la face nord, elle n'en avait que 
deux. Là, en effet, s'ouvre la baie, encore assez bien conservée, qui 
donne accès dans la cbambre intérieure. Cette baie consiste en 
deux pieds-droits formés de beaux blocs superposés horizontalement 
et couronnés d'un superbe linteau monolithe, décoré de moulures 
à crossettes, moulures qui descendent également le long des pieds- 
droits. La hauteur de cette baie est de i"*,5o, et sa largeur de 
1 mètre. Elle devait être jadis fermée par une porte monoHthc, 
aujourd'hui enlevée, et qui tournait sur un seud en pierre. Après 
l'avoir franchie, on pénètre, par une sorte de petit vestibule, dans 
une chambre qui, sous trois niches, devait contenii' probablement 
trois sarcophages, aujourd'hui disparus. Toute la partie supérieure 
de cette chambre est détruite; elle était, selon toute apparence, 
voûtée intérieurement et surmontée extérieurement d'une terrasse 
plate. A une faible distance de ce monument, je remarque, près 
de deux citernes antiques creusées dans le roc, plusieurs beaux 
blocs sculptés, ornés d'entrelacs et de rosaces, mais malheureuse- 
ment très-dégradés par le temps et surtout par les hommes; ils 
proviennent évidemment du mausolée, qui était, sans aucun doute, 
celui d'une famille très-considérable. 

Quant à la ville dont Teiasir n'est plus quun misérable reste, 
elle paraît être l'ancienne Acher, en hébreu ic^n, en grec Ao-Yip, en 
latin Aser, menlionnée dans XOiwmasticon comme étant à quinze 
milles de Ncapolis,surla route conduisant à Scythopolis, et comme 
appartenant à la demi-Xribu de Manassé : 

Ào-np , 'Tséy^ti ^v'kris Mara<Ta>7 , xa) vvv èc/Dv outcos xaXov(Àévr} xcôfitj xectiàv- 
Tùw ÀTib ^éas taiXecos énï ^xvOé'rro'kiVf èv rsevTexaiSexdiCf) avfJ^eîfjJ rspbs aÔT^ 
rr} \tùi(pip(f). 

it Ascr, ville de la tribu de Manasso; il existe encore inaiiitenanl un villa{)fe 
de n* nom, que Ton rencontre |)i'èH de la grande roule, quand on descend de 
NcopïdJH à Scytliopolis, an (juinzit'Uic mille de la j)reinièr(^ de ces villes. r» 

Or Teiasir, qui rejiroduit lidèlement dans ses deux dernières 
syllaboK la dénouiiuatioii .iiilitpie Arr^p, est prérisénuMil à (|uin/e 



I 



CHAPITRE XIX. — THOUBAS, L'ANTIQUE TIIEBEZ. 357 

milles de Naplouse, jadis Neapolis, sur la roule conduisant à Bei- 
san, la Scythopolis d'autrefois. 

Cette identification est donc incontestable; il n'est, du reste, 
question nulle part de cette ville dans la Bible. Bemarquons seu- 
lement qu'elle portait le même nom que la tribu d'Aser, bien qu'elle 
lit partie do celle de Manassé. 

TUOUBAS, L'ANTIQUE THEBRZ. 

A onze heures trente-sept minutes, nous nous remettons en 
marche dans la direction du sud. De distance en distance, j'observe 
les traces d'une voie antique; c'est celle dont il est question, dans 
ÏOnomaslicon d'Eusèbe, comme menant de Neapolis à Scythopolis. 
N'étant plus entretenue, sans doute, depuis de longs siècles, elle 
est actuellement très-dégradée. 

A onze heures cinquante minutes, nous montons vers le sud- 
ouest. 

A midi quinze minutes, nous atteignons Tlioubas, jj-L-^lo, où nous 
dressons nos tentes sous un bouquet de vieux oliviers. 

Ce bourg assez important, de -2,5 oo Ames environ, est situé sur 
les pentes et sur le sommet d'une colline dont les flancs sont percés 
de nombreuses citernes, les unes servant encore maintenant aux 
besoins des habitants, les autres à moitié comblées et hors d'usage. 
Thoubas est divisé en trois quartiers différents, chacun sous la ju- 
ridiction d'un cheikh particulier. Beaucoup de maisons renversées 
n'ont pas été rétablies depuis le tremblement de terre de 1887, 
qui a fait dans ce bourg un certain nombre de victimes et détruit 
la moitié des habitations. La mosquée où ils célébraient autrefois 
les cérémonies de leur culte est encore en ruine depuis cette époque. 
Plusieurs centaines d'habitants vivent sous terre dans des caveaux 
creusés dans le roc, et qui remontent très -certainement à la plus 
haute antiquité. Je visite quelques-uns de ces caveaux, où de nom- 
breuses familles sont entassées. 

En dehors du bourg, j'examine aussi d'antiques tombeaux creusés 



358 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

dans les flancs de collines voisines. On en trouve de tous côtés, 
mais tous violés, quelques-uns bouchés, d'autres ayant leur entrée 
très-agrandie , afin de pouvoir servir d'asile à des clièvres, à des 
moutons et même à des bœufs. Les habitants de Tlioubas, en effet, 
ont des troupeaux considérables, que, pendant l'été, ils mènent 
paître le long des sources qui coulent dans les vallées voisines du 
Rhôr. 

Par sa position et par son nom, Thoubas est incontestablement 
l'ancienne Thebez, en hébreu yan, en grec Srf^vs, en latin Thehes, 
ville mentionnée dans le livre des Juges, à propos de la mort 
d'Abimélech. Celui-ci, étant venu attaquer la ville de Thebcz, les 
habitants, hommes et femmes, se réfugièrent dans une tour élevée 
qui élait située au milieu de leur cité, et, de là, ils résistaient aux 
eflbrts de leur adversaire. Abimélech s'apprêtait à mettre le feu à 
la porte de cette tour ])our y pénétrer de force ou y faire périr ses 
ennemis par les flammes, lorsque, ayant été blessé très-grièvement à 
la tête par un fragment de meule qu'une femme lui avait jeté du 
sommet de la tour, il ordonna à son écuyer de le percer de son 
glaive, pour que l'on ne dît pas qu'il avait été tué de la main d'une 
femme. 

5o. Abimelech iiitlo proficiscciis venit ad oppidum Thebes, quod circum- 
daiis obi'idcbal oxcrcitu. 

5i. Eral aulein lurris excelsa lu nicdia civilate, ad quaiii coiifu{}orant si- 
intil viri ac mulicrcs, et oiniies principes civilatis, clausa (irmissime janiia, et 
super lurris lecluni slanles pcr propugtiacula. 

59. Accedensquc Abiinolocli juxla lurriiii, |)iigiiabat forlilor; ef appropiii- 
qiiaiis oslio, i{jtu;iu suppoiiero nilebalur. 

53. Et ecce una inulier, fragiiieii niolœ desuper jacieiis, ilii.sil ('a[)ili Abi- 
nielech, et confrofril corel)niiii ojus. 

5/i. (Jui vocavit i-ilo ariiii][eruin siiiiiii, (>l ail ad ouiii : l*]va<>iiia |r|a(liiiin 
luuui, clpiMculr nie; ne forle dicalur (|ni)(l a leniina inleireclus sini. Qui , jiissa 
|H>rlirieus, interfecil euni '. 

H n'eMl plu8 ensuite (juestiun , dans la nil)le, (h' IMiobc/M <pii est 
«euh'nienl citée coninie un simple vilhige h \r\Hu\in\ d'Kusèbe : 
' JugfM, r, i«, V. 5u-64. 



CHAPITRE XIX.— THOUBAS, L'ANTIQUE THEBEZ. 359 

Sr}€t]Sf rsàXis ëvBa 'aoXefxovvTOs hêiyLéXs-^ àtto tou 'avpyov yvvt} xXacrf/a 
(ivXov ê7r\ tÎjv xs(paXtjv aÙTOv eppi-^ev. lEicrliv év ôpiots NeaTroXews. Sr]'€riç 
s<t1i vvv Xeyofiévt] xco(jlîi cos êTtl ^xvÔÔttoXiv àittàvzcov èit) tÔ TpiaxaiSéxaTOv 
crr}(JLs7ov. 

ftTliebos, ville qu'attaqua Abiniélech, qui fut atteint à la tête d'un Iragnienl 
de meule lancé par une femme du haut de la tour. Elle se trouve sur les con- 
fins de Neapolis. Il existe encore aujourd'hui un village de ce nom sur la roule 
conduisant à Scylhopolis, au treizième mille de Neapolis. w 

Celte indication très-précise ne nous laisse aucun doute sur 
l'identité de Thoubas avec la ville de Thebez ou Thebes mention- 
née dans la Bible et, plus tard, dans ÏOnomasticon; non-seulement, 
en effet, les deux noms sont les mêmes, mais encoie Thoubas 
est précisément à i3 milles de Naplouse, l'ancienne Neapolis, sur 
la route conduisant à Scytbopolis, actuellement Beisan. 



360 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE VINGTIEME. 



KHABBET YABZEH. KHARBET SIMA. KHARBET A liNOUN. KHARBET 

EL-FERa'a. KHARBET FABOUa'h. 



KHARBET YARZEH. 



Le U mai, à quatre heures cinquante minutes du matin, je re- 
viens sur mes pas, ayant appris de l'un des cheiklis de Tlioubas 
que j'avais laissé derrière moi des ruines considérables, appelées 
Kharhet larzeh. 

Notre direction est celle du nord-nord-est. 

A cinq heures vingt minutes, nous avons Teiasir à notre droite, 
au delà d'une vallée parsemée d'oliviers et cultivée en blé. 

A cinq heures quarante minutes, nous apercevons le Kala't el- 
Maleh sur la montagne que couronnent les ruines de ce château 
fort, et, plus loin vers l'est, la grande vallée du Rhôr. 

A cinq heures quarante-cinq minutes, nous marchons presque 
directement vers le nord, entre le Djebel Bezeik, à notre gauche, et 
une autre montagne moins élevée, à notre droite. 

A six heures, nous montons vers l'ouest-nord-ouest. 

A six heures cinq minutes, nous parvenons au Kharhet Yarzeh, 
i)j\» *j^. Ce sont les ruines d'une ville assez étendue sur un pla- 
teau environné de ravins, à l'est du mont Bezeik. L'emplacement 
qu'elle occupait sur le sommet et sur les pentes de ce plateau est 
aujourd'hui ou grande partie hvré h la culture; ailleurs croissent 
de hautes herbes <;1 des broussailles. Deux vieux et magnirK[nes té- 
réhinthes ont |)ris racines au mili<'u de maisons renversées. D'iii- 
nondirables matériaux jonchent partout le sol; mais comme il a 
éié Houvcnl bouleversé par la charrue et que, au moment où je 
vi8ilaic(> khnrbet, il élail ))res<jue jiartout couvert de superbes mois- 



CHAPITRE XX. — KHARBET A'INOUN. 361 

sons, je ne pus guère me rendre compte des débris encore subsis- 
tants de cette antique cité. Les restes d'une petite mosquée, voûtée 
intérieurement en plein cintre et surmontée au dehors d'une ter- 
rasse plate, prouvent que la destruction de cette ville est posté- 
rieure à l'occupation musulmane. Gomme vestiges incontestables 
de l'antiquité, il subsiste de nombreuses citernes, des magasins sou- 
terrains, des carrières et des tombeaux pratiqués dans le roc. 

Je ne trouve ni dans la Bible, ni dans Josèphe, ni dans l'Owo- 
maslicon, aucun nom de ville qui ait le moindre rapport avec celui 
de Yarzeh; ce nom, néanmoins, porte un cachet qui me semble 
tout ù fait antique et reproduit peut-être assez fidèlement celui que 
les Kananéens ou les Hébreux avaient donné à cette localité. 



KHARBET SINIA. 



A six heures trente-cinq minutes, nous redescendons vers le sud. 

A sept heures quinze minutes, nous repassons devant Teiasir, 
que nous laissons à notre gauche. 

A sept heures quarante minutes, nous prenons la direction de 
l'cst-sud-est, puis de l'est, en cheminant péniblement à travers des 
champs nouvellement labourés. 

A sept heures quarante-cinq minutes, nous parvenons au Khar- 
hel Sinia, Uh^^ *f^, restes d'un ancien village sur un monticule 
rocheux; il est entièrement détruit, à part de nombreuses citernes 
et caves antiques pratiquées dans le roc, autour desquelles on re- 
marque des amas circulaires de pierres provenant de maisons ren- 
versées et disposées ainsi, à une époque postérieure, par les pâtres 
arabes qui mènent paître leurs troupeaux au milieu de ces ruines 
et se servent de ces caves et de ces petits enclos comme d'étables. 

Directement à l'ouest de ce kharbet s'élève Thoubas, dont j'ai 
parlé précédemment. 



KHARBET A INOUN. 



A huit heures dix minutes, nous quittons Kharbet Sinia pour 



monter légèrement vers l'est. 



362 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

A huit heures quinze minutes, notre direction est celle de l'est- 
sud-est. La montée devient plus roide, et, à huit heures vingt-cinq 
minutes, nous atteignons, non sans peine, en gravissant des pentes 
escarpées, le sommet de la colline que couronne le Kharbet A'înoun, 
yyvx* ioy^. Là s'élevait autrefois un gros village ou une petite ville, 
bouleversée de fond en comble. On y rencontre un grand nombre 
de citernes creusées dans le roc; la plupart sont comblées par 
des amas de matériaux provenant de maisons démolies. Un petit 
bordj , d'apparence musulmane et construit avec des pierres de 
moyenne grandeur tirées des ruines de l'ancienne ville, prouve 
qu'elle n'a cessé d'être habitée qu'après l'invasion arabe. Près de 
là s'élève un vieux térébinthe, autour duquel devaient s'assembler 
autrefois les habitants du village qui avait remplacé l'antique cité. 

Celle-ci n'est mentionnée nulle part. Il ne faut pas la confondre, 

malgré la ressemblance des noms, avec la localité appelée, dans 

l'Evangile, ^«wow, oii saint Jean-Baptiste a administré le baptême. 

Erat autem et Joannes baplizans in iEnnon, juxta Snliin : quia aqua; multœ 
erant ilUc, et veDiebant et baptizabantur^ 

Nous savons par ÏOnomaslicon que cette ^Ennon, en grec AtVwv, 
qui tirait évidemment sa dénomination des sources abondantes qui 
y coulaient, était à huit milles au sud de Scythopolis, non loin do 
Salim et des bords du Jourdain : 

Aivùvf êyyiii rov 2aXe}/x, ëv6a iSaTrltasv ludvvrjs, (is èv tû5 Koaa. \ooa.vvi)v 
evayyeXt'cf). Ka) Seîxvvrat els ht vvv 6 tÔttos ànb i) arifxeicov '^xvOoné'XeciJS -crpàs 
vÔtov 'a\ncrlov ^akùyi Koi ^ov lopSavov. 

Le Kharbet A^inoun est a 18 milles au sud- ouest de Beisan, 
l'ancienne Scythopolis, et à i3 milles du Jourdain; en outre, cette 
loc4ilité ne renferme aucune source, mais seulement de nombreuses 
citernes. Il n'y a donc pas moyen de voir dans A'ïnoun l'yEnnon de 
i Evangile de saint Jean. 

Des hauteurs d'A'ïnoun, h' regard plonge, à l'est, dans la vallé*; 
du lUiAr; h l'oucsl, un distingue parfailemc^nt Tlioubas, dont on est 
trè»-ni|>|)r(irhé, et, au sud, Tamoiin, villagt; égalcMuent voisin. 

' SaÏHl Jean , r. m , v, fn'A. 



CHAPITRE XX. — KHAUBET FAHOUA'H. 363 



KHARBBT EL-FERA A. 



\ 



A liuit heures quarante-huit minutes, nous descendons d'A'inoun 
vers le sud-sud-cst par un sentier extrêmement rapide, entrecoupé 
de rochers. 

A neuf heures, nous atteignons la vallée, et nous suivons, vers 
l'ouest-sud-ouest, un oued resserré entre des collines rocheuses. 

A neuf heures vingt-cinq minutes, nous marchons vers le sud- 
sud-ouest. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, nous faisons halte un ins- 
tant près du Ras el-A'ïn Feraa. J'ai déjà décrit ailleurs les ruines 
étendues qui avoisinent cette source abondante, sous le nom de 
Kharhet el-Feiaa, tant celles qui couvi'ent la colline dite Bordj el- 
Feraa, que celles qui couronnent le sommet et sont éparses sur 
les flancs du Tell el-Fei-aa. Là s'élevait jadis une petite ville, qui 
m'a paru être l'E'n-Tappouali, mentionnée dans la Bible comme se 
trouvant sur la limite de Manassé et d'Ephraïm. 



KOARBBT PARUUA B. 



A dix heures trente minutes, nous nous remettons eu marche 
vers le sud-sud-ouest. 

A dix heures trente-huit minutes, nous franchissons Y Oued ed- 
Deleim, rt>J*xJl àt^; il est bordé de lauriers-roses et ses rives sont 
assiégées de nombreux troupeaux, de même que celles de l'Oued 
el-Fera'a. C'est l'un des aflluents de ce dernier oued, auquel il ap- 
porte le tribut de ses eaux. 

Nous traversons bientôt, vers le sud, par une montée assez douce, 
de riantes collines, les unes toutes dorées par de belles moissons 
déjà à peu près mûres, les autres couvertes d'herbes et de fleurs. 

A dix heures quarante-cinq minutes, nous passons près de nom- 
breuses cavernes pratiquées dans le roc; elles sont habitées par des 
bergers, qui y rassemblent la nuit leurs troupeaux. 



364 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

A onze heures trente-cinq minutes, je remarque les restes de 

deux tours de défense, appelées l'une et Tautre Bordj el-A'sfer, 

jjuajti\ ^-j. Elles protégeaient la route, qui est ici resserrée entre 

un ravin très-profond à l'est et des montagnes escarpées à l'ouest. 

A onze heures quarante minutes, nous dressons nos tentes au 
fond d'une vallée appelée Oued el-Bidan, ,j1»>olJI i!^; elle est, en 
certains endroits, très-encaissée, et comme des sources abondantes 
y coulent et y forment, à dilférents étages, plusieurs ruisseaux, on 
y a établi quelques moulins; en outre, le long de ces ruisseaux, 
canalisés à dessein, croissent des grenadiers, des jujubiers et des 
figuiers. Au-dessus de l'oued, vers l'ouest, s'étendent, sur un petit 
plateau ondulé environné de ravins, des ruines appelées Kharbel 
Farouah, i>^»,ji i^^. Ce sont celles d'une petite vdle, qui avait dû 
sa création aux excellentes sources de l'Oued Bidan. Quelques co- 
lonnes monolithes éparses au milieu des ruines appartiennent pro- 
bablement, soit à un ancien temple, soit à une synagogue, dont 
de faibles vestiges seuls sont apparents. Entourée de plusieurs côtés 
par les replis de l'oued, elle était, au sud, adossée aux lianes es- 
carpés et rocheux du Djebel Delan, ^^ cK*^, montagne élevée sur 
ic sommet de laquelle on aperçoit une petite koubbeli; celle-ci ren- 
ferme la dépouille de Neby BeJau, ^j:>Kj ^, qui lui a donné son nom 
et qui est vénéré dans le pays comme l'un des compagnons du Pro- 
phète. 

De là, nous redescendons au lieu de notre campement dans un 
jardin piaulé de grenadiers. A deux heures, la chaleur est très-in- 
tense; elle monte, sous ma tente, à 89 degrés centigrades. 



CHAPITRE XXF. — THALLOUZA. 365 



CHAPITRE VINGT ET UNIEME. 

THALLOUZA, JADIS PROBABLEMKNT THIBZA. a'sIREH. kHAKBET KCII- 

CHOUF. BETOUR À NOTRE CAMPEMENT DE L'OUED BIDAN. 



THALLOUZA, JADIS THIRZA. 

Le 5 mai, à cinq heures dix minutes du matin, je pars avec un 
guide pour aller visiter Thallouza. Nous suivons d'abord, dans la 
direction du nord-nord-ouest, l'Oued el-Bidan, le long de sa rive 
gauclie. 

Chemin faisant, nous rencontrons plusieurs anciennes cavernes 
pratiquées dans le roc et qui servent actuellement d'étables. 

A cinq heures vingt minutes, nous montons vers l'ouest en gra- 
vissant un sentier encombré de pierres glissantes, qui fatiguent 
beaucoup le pied de nos chevaux. Les montagnes que nous traver- 
sons sont dpres, mais néanmoins cultivées en céréales, partout où 
la charrue a pu passer; çà et là aussi paraissent des bouquets d'o- 
liviers. 

A cinq heures quarante- huit minutes, nous parvenons sur un 
plateau élevé; toutefois, nous continuons toujours à monter. 

A six heures dix minutes, nous marclions vers le sud, et, à six 
heures quinze minutes, nous arrivons à Thallouza, ij^J», gros vil- 
lage d'environ 1,000 à 1,900 habitants, sur un point culminant, 
d'où l'on aperçoit un certain nombre de localités. Je distingue, entre 
autres, à cinq ou six kilomètres de distance au nord-ouest, le vil- 
lage de Yasid, ♦xa-oL», sur le haut d'une montagne, et, plus loin, à 
l'ouest-nord-ouest, sur un autre sommet, la koubbeh de Neby Baya- 
zid, Jvjlu ^. Beaucoup de maisons de Thallouza sont détruites 
ou à moitié renversées. Les habitants s'approvisionnent d'eau à des 
citernes antiques; car ils ne possèdent aucune source, et, pendant 



366 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

l'été, faute de pâturages assez abondants et surtout faute de sources, 
ils sont contraints de conduire leurs troupeaux dans les vallées voi- 
sines du Rhôr. 

Il est admis généralement que Thallouza est l'antique Tliirza, 
en hébreu nsin, en grec Srjpo-à, Sepa-à, SepcrsiXcc, SspcriXoL, en 
latin Thersa; la dénomination arabe, en effet, peut être regardée 
comme une simple altération de la dénomination hébraïque ou 
plutôt kananéenne par la permutation du rech en lam. 

Au nombre des trente et un rois kananéens qui furent subjugués 
par Josué, la Bible cite celui de Thirza, dans la Vulgate Thersa : 

7. Hi sunl reges lerrae quos percussit Josue et filii Israël trans Jordanem 
ad occidentalem plagam. 

26. Rex Thersa unus : omnes reges triginla uiius*. 

La beauté de cette ville était, à ce qu'il semble, autrefois pro- 
verbiale; car Salomon lui compare l'amante du Cantique des can- 
tiques : 

Mon amie, tu es belle comme Thirza , agréable comme Jérusalem , redoutable 
comme les armées qui marchent enseignes déployées 2. 

Je ferai remarquer que c'est ici la traduction littérale, et aujour- 
d'hui la plus accréditée, du texte hébreu; car, dans la version des 
Septiuite et de la Vulgate, le mot Thirza n'est pas, dans ce verset, 
traduit comme un nom propre de ville. 

Après la séparation des dix tribus, Thirza devint la capitale du 
roi de Samarie et la résidence de Jéroboam : 

Surrcxil itaque uxor Jerohoam, cl abiil et vcnit in Thersa : cumque illa in- 
Ijredcrelur limen domus, puer mortuus est'. 

Haasa, successeur de Jéroboam, continua i» résider ù Thirza, 
où il mourut et l'ut enterré : 

Anno tertio Asa rogis Juda, rcgnavil Haasa iiiius Ahiœ super omnem Israël, 
in TherM, viginti (|ualuor annis^. 

' Jitnté, e. \u, V, 7 ot «jii. ^ Hois, I. III, c. xiv, v. 17. 

' Cantii/uti dr$ rmiliqueê, v. vi. v. /i. * Ihid. I. III, r. w, v. ;i;{. 



CHAPITRE XXI. — THALLOUZA. 867 

Dormivil ergo Baasa cum patribus suis, sepultusque est in Thersa ^ 

Son fils Eia le remplaça sur le trône, et, après avoir régné à 
Tliirza pendant deux ans, il y fut dépouillé à la fois de la couronne 
et de la vie par l'un de ses officiers, nommé Zarabri : 

8. Anno vigesimo sexto Asa régis Juda, regnavit Eia filius Baasa super 
Israël in Thersa duobus annis. 

9. Et rebellavit contra eum servus suus Zaïnbri, (lux mediae partis equitum : 
erat autem Eia in Thersa bibens et temulentus in domo Arsa prœfecti Thersa. 

10. Irrueus ergo Zambri percussit et occidit cum anno vigesimo septimo 
Asa régis Juda, et regnavit pro eo-. 

Zambri, une fois assis sur le trône d'Ela, commença par exter- 
miner entièrement la maison de Baasa; mais, à peine avait-il com- 
mencé à régner, qu'il fut assiégé dans Thirza par Amri, élu roi 
d'Israël. Voyant que la ville allait tomber au pouvoir d'Amri, U mit 
le feu au palais royal et s'ensevelit lui-même sous les ruines fu- 
mantes de cet édifice : 

16. Cumque audisset rebellasse Zambri, et occidisse regem, fecit sibi re- 
geni omnis Israël Amri, qui erat princeps militiœ super Israël in die illa in 
castris. 

1 7. Ascendit ergo Amri et omnis Israël cum eo de Gebbelhon , et obsidebanl 
Thersa. 

18. Vidons autem Zambri quod expugnanda esset civitas, ingressus est pa- 
latium, et succendit se cum domo regia; et mortuus est'. 

Amri régna à son tour six ans à Thirza; puis, ayant fondé la 
ville de Samarie, il y transporta le siège de son autorité et y fixa 
sa nouvelle résidence : 

23. Anno trigesimo primo Asa régis Juda, regnavit Amri super Israël duo- 
decim annis; in Thersa regnavit sex annis. 

fiU. Emitque montem Samariœ aSomer duobus talentis argenti, etœdiGca- 
viteum, et vocavit nomen civilatis, quam exslruxerat, nomine Somer domini 
montis, Samariam*. 

Thirza retomba dès lors dans l'obscurité; plus tard, néanmoins, 

' Rois, I. III, c. XVI, v. G. ' Rois, I. III, c. xvi, v. 16-18. 

■ lùid. c. xvi, V. 8-10. ' Ibtd. v. a 3 et a/i. 



368 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

elle reparaît un instant dans l'histoire, lors de la conjuration de 
Manahem, qui partit, dit la Bible, de cette ville pour s'emparer de 
Samarie et usurper le sceptre de Sellum : 

i3. Sellum filius Jabes regnavit trigesimo nono anuo Azariœ régis Juda; 
regnavit autem uno mense in Saniaria. 

i/i. Et ascendit Manahem filius Gadi de Thersa; venitque in Samariam, 
et percussit Sellum filium Jabes in Samaria, et interfecit eum, regnavitquo 
pro eo^ 

Au moyen âge, Thirza était encore connue sous son nom an- 
tique; car nous lisons ce passage dans le moine Burchard, qui vi- 
sita la Palestine en i-2 83 : 

De Samaria quatuor leucis contra orientem sita est Thersa civitas, in monte 
alto; in qua reges Israël, ante constructionem Samarie, aliquanto lempore 
regnaverunt. Et eral in sorte Manasse '^. 

Ce renseignement fourni par Burchard est très-précieux, car il 
nous indique que Thersa, en hébreu Thirza, était à l'est de la ville 
de Samarie, sur une montagne; or Thallouza est précisément à 
l'est de Sebasthieh, l'antique Samarie, sur une colline fort élevée; 
seulement la distance de quatre lieues marquée ici comme séparant 
Thersa de Samarie est trop grande, si on la compare à celle qui 
existe entre Sebasthieh et Thallouza; cette dernière, en elFet, est 
tout au plus de trois heures de marche ou de trois lieues. 

A'siRgli. 

A six heures trente minutes, nous descendons, vers l'ouest-sud- 
oucst, de la hauteui' de Thallouza, par une pente Irès-rapide. 

A six heures Inînte-ciiKj niiuutes, nous travei'sons iine vallée 
fertile couverte de blés, ])uis i\v.s collines parsemées de beaux oli- 
viers. 

A sept heun^s, nous gravissons, vers le sud, un sentier assez 
roide qui serpente au milieu des rochers. 

' iioië, I, IV, r. XV, V. i3fll i/|. — ' Kiirrhordiift de Monte Sion, Ikacripùo Tcn-w 
êaneltr, p. fi/li , l'ilit. lifliirAnt. 



CHAPITRE XXI. — KHARBET ECH-CHOUF. 369 

A sept heures dix minutes, nous parvenons sur un plateau cul- 
tivé avec soin , quoique très-pierreux. 

A sept heures trente-deux minutes, nous arrivons, après une 
nouvelle montée, à A'sireh, «j-aas*, village considérable, dont les 
habitants passent pour industrieux. Leurs maisons, dans tous les 
cas, sont mieux bâties que dans beaucoup d'autres endroits de la 
Palestine. Autour du village, on observe quelques jardins plantés 
de figuiers, d'oliviers et de légumes. 



KHARBET EGM-CIIOUF. 



A sept heures quarante minutes, nous redescendons vers le nord- 
est, en passant près de deux citernes antiques. 

A sept heures cinquante minutes, notre direction devient celle 
de l'est-nord-est. 

A huit heures cinq minutes, quelques ruines peu importantes, 
sur un monticule, me sont désignées sous le nom de Kharbet ech- 
Chouf, o^A.Jî iLjy^. Deux anciennes citernes pratiquées dans le roc 
y sont presque entièrement comblées. 

A huit lieures quinze minutes, nous descendons vers l'est par 
une pente très-diflicile et taillée souvent en escalier, où nos chevaux 
glissent à chaque pas, bien que nous les tenions par la bride. 

A huit heures quarante-cinq minutes, nous atteignons le fond 
d'un ravin très-encaissé, dont nous suivons, en cheminant dans le 
lit desséché d'un torrent, les nombreux replis. 

A neuf heures trente-cinq minutes, nous regagnons, dans l'Oued 
cl-Bidan, notre campement de la veille. 

A six heures du soir, je parcours jusqu'à la nuit les riants jar- 
dins qui couvrent les berges et le fond de l'oued. Les divers ruis- 
seaux qui y coulent et les fertilisent aboutissent, vers l'est, à l'Oued 
el-Fera'a. 



2/i 



:i70 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE VINGT-DEUXIEME. 

DÉPART DES VERGERS DE L'OUED EL-BIDAN. KHARBET a'sRER. TOM- 
BEAU DE JOSEPH. PUITS DE JACOR. RAS EL-a'ÏN BALATHAH. a'ÏN 

DAFNEH. AOULIET EL-a'mOUD. ENFONCEMENT DEMI -CIRCULAIRE DU 

r.AKIZIM ET DE L'e'bAL. ARRIVEE À NAPLOUSE. 



DEPART DES VERGERS DE L'OL'ED EL-BIDAN. 



Le 6 mai, à cinq lieures vingt-sept minutes du matin, nous quit- 
tons les vergers de l'Oued el-Bidan, où nous avions établi notre 
campement depuis deux jours, pour prendre la direction du sud- 
ouest. 

Nous côtoyons, sur la rive gauche, cet oued, dont le ravin devient 
de plus en plus profond, h mesure que nous nous élevons nous- 
m^mes davantage. 

Au delà de l'oued, à l'est, se dresse la masse imposante et sin- 
gulièrement abrupte du Djebel Neby Belan; à notre droite, à 
l'ouest, nous longeons une montagne dont les pentes sont ])lns 
douces et cultivées en céréales là où la cbarrue a pu passer. 

A six heures cinq minutes, le sentier que nous gravissons de- 
vient tellement étroit que l'on peut à peine y marcher deux dv 
front; il est, par intervalle, pratiqué dans le roc en forme d'esca- 
lier. C*est comme une gorge extiAmement resserrée, où il serait fa- 
cile à une poignée d'hommes bien déterminés d'arrôter toute une 
armée. 

A «ix heures trente-deux minutes, je remar([ue (piehpies traces 
d'une voie aiiti(|U(;. Nous commençons à ccHoyer, à notre droite, 
IcM flancs occidentaux de l'E'bal. Ils sont cultivés en blé sur cer- 
taiuH point»; pui», à un étage plus élevé de la montagne, ils se hé- 



CHAPITRE XXH. — KHARBET A'SKER. 371 

rissent de gros quartiers de roc, soit nus et offrant un aspect sévère, 
soit revêtus çà et là d'herbes et de broussailles. 



KHARBET A SKER. 

A six heures quarante-cinq minutes, nous parvenons au Kharhet 
A'sker, jSi**s> ii»j^. Là existait jadis un village, aujourd'hui presque 
entièrement renversé, au pied sud-est de l'E'bal; deux ou trois 
maisons sont seules en ce moment habitées, près d'un oualy connu 
sous le nom à'Oualy A'sker. Une belle source y coule dans un birket 
maçonné et encore enduit intérieurement d'un assez bon ciment, 
puis elle se répand, par différentes rigoles, dans plusieurs jardins. 
On descend à cette source, dite A'ïnA'sker, par un escalier en pierre 
de dix marches, au bas duquel on se trouve à l'entrée d'un petit 
canal souterrain voûté en plein cintre, large d'un mètre et haut de 
deux et demi. Il est construit avec des pierres de dimension moyenne, 
mais très-régulières, et pavé de superbes dalles juxtaposées avec soin 
et creusées dans leur partie centrale de manière à constituer un 
petit conduit par oii l'eau s'écoule. Celle-ci est fraîche, abondante 
et remplie de petits poissons. L'entrée de ce souterrain était fermée 
autrefois par une porte monolithe, gisante actuellement près du 
birket, dont l'une des faces est ornée de moulures représentant 
un losange encadré dans un rectangle. Elle offre, de même que ce 
canal, tous les caractères d'un travail antique. 

Quelques critiques établissent un rapprochement entre le nom 
de cet ancien village et celui de la ville de Sichar mentionnée dans 
l'Evangile de saint Jean : 

5. Venit eigo (Josus) in civilalem Samariœ qua; dicitur Sichar, juxta prœ- 
dium quod dédit Jacob Joseph filio suo. 

6. Erat aulem ibi fous Jacob. Jésus ergo, l'aligatus ex itinere, sedebat sic 
supra fontem. Hora erat quasi sexta*. 

Le Pèlerin de Bordeaux distingue Neapolis, Sechim et Sechar : 

Civitas Neapoli. Ibi est mons Agazaren (Garizim). . . . Inde ad pedem mon- 
' Saint Jean, c. iv, v. 5 et 6. 



372 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

lis ipsius, locus est cui nomen est Sechim (Sichem). Ibi posilum est nioiiu- 
mentum iibi positus est Joseph, in villa quam dédit ei Jacob pator ejus, Inde 
rapla est Dina filia Jacob a filiis Amorra^orum. Inde passus mille, locus est cui 
nomen Sochar, unde descendit mulier Samaritana ad eunidem locum, ubi Ja- 
cob puleum fodil, ut de eo aqua [sic) impleret, et Dominus Noster Jésus 
Cbristus cum ea locutus est. Ubi sunl arbores platani, quas plantavit Jacob, 
et balneus qui de eo puteo lavatur. 

Cet endroit, appelé Sechar par le Pèlerin de Bordeaux et éloigné 
de mille pas de Sechim, l'ancienne Sichem, différente elle-même 
de Neapolis, située un peu plus à l'ouest, répond, en effet, assez 
bien à l'emplacement du Kharbet A'sker, dont la dénomination, 
sauf la première lettre, qui est un aïn, offre une grande ressem- 
blance avec celle de Sechar, Sichar ou Sychar. Mais, d'un autre 
côté, comme je le montrerai plus tard, l'opinion qui semble la plus 
vraisemblable identifie Sichar avec Sichem, Sichar n'ayant été qu'un 
sobriquet donné à cette ville. 

En outre, l'évangéliste saint Jean fait de Sichar une ville : 

Venil crgo in civilalem Samariaj qua; dicitur Sichar, 

Or le Kharbet A'sker n'a jamais été, selon toute apparence, qu'un 
simple village et non point une ville. 

Kn troisième lieu, la présence dans le mot arabe A'sker, jSims. , 
de la lettre aïn, lettre de sa nature très-tenace et que l'on devrait 
retrouver dans le nom aiiticjue, si la dénomination moderne en 
était ia reproduction , ne permet guère d'identifier ces deux noms. 

TOMBEAU DR JOSEPH. 

A sept heures quinze minutes, nous nous remettons en marche 
vers le sud-sud-ouest, en descendant légèicmeiit et ou foulant les 
vestiges d'un pavé auti(|ue. 

A Hcpt heures vingt-ciiKj minutes, je remarqm^ dans un chanq) 
iliif! colonne monolithe en granit gris gisante h terre; elle provient 
probabli'mcnl des ruines de l'église construite autrefois autour du 



I 



CHAPITRE XXII. — TOMBEAU DE JOSEPH. 373 

puits (le Jacob; près de là , j'aperçois également un beau fragment 
en granit rose. 

A sept heures trente minutes, nous parvenons au Kaber Yousef, 
Uui^yj>^*i, OU Tombeau de Joseph. On le désigne pareillement sous 
le nom de Oualy Neby Yousef, Uu»,yj ^ J^ (chapelle mortuaire du 
prophète Joseph). Ce tombeau, construit en forme de dos d'âne et 
blanchi à la chaux, est placé obliquement dans le sens de la diago- 
nale au milieu d'une petite enceinte rectangulaire découverte, qui 
est orientée du nord au sud, et qui se termine, de ce côté, par un 
milirab dont la niche renferme un grand nombre de noms, tracés 
à la hâte par les pèlerins juifs qui viennent visiter ce monument. 
Au-dessus de cette niche, on remarque, en outre, une inscription en 
caractères hébraïques. Aux deux extrémités du tombeau est une 
petite colonne tronquée enduite de chaux, comme le monument 
tout entier, et dont la partie supérieure a été creusée, pour que 
l'on puisse y brûler de l'encens et d'autres parfums. A l'un des an- 
gles de l'oualy s'élève une vigne qui en tapisse les parois de ce 
côté. 

Que faut-il penser de ce sanctuaire? 11 a été sans doute plusieurs 
fois rebâti, et, dans sa forme actuelle, il ne présente aucun carac- 
tère antique. Il en est de même du sarcophage qui, dit-on, ren- 
ferme les cendres du fds de Jacob. Cette tombe ressemble à celles 
que les musulmans élèvent en l'honneur de leurs santons et n'est 
certainement pas judaïque. Mais la place qu'elle occupe recouvre 
peut-être le caveau funéraire où avaient été déposés les ossements 
de Joseph. 

Nous lisons, en eiïet, dans la Bible, que les restes de ce patriarche 
furent rapportés d'Egypte par les Israélites et ensevelis à Sichem, 
dans le champ acheté jadis par Jacob et laissé en héritage aux fils 
de Joseph : 

Ossa quoque Joseph quae lulerant fihi Israël de .tlgypto sepeiieruiit in Si- 
chem, in parle agri ([uem emerat Jacob a liliis Heuior, patris Sichem, ceulum 
novcHis ovibus, et fuit in possessionem filiorum Joseph ^ 

' Josué, c. -wiv, V. 'Su. 



37A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Le voisinage du puits de Jacob, dont l'autlienticitc ne peut guère 
être révoquée en doute, prouve, je crois, d'une manière très-plau- 
sible que l'oualy en question est situé, selon toute apparence, dans 
le champ même acheté par ce patriarclie. La tradition d'une pa- 
reille sépulture a du se conserver fidèlement parmi les Juifs et par 
ceux-ci être transmise aux Samaritains, qui, bien que d'origine 
étrangère, trouvaient souvent utile à leur cause de se faire passer 
pour descendants des fils de Joseph. 

Le Pèlerin de Bordeaux et Eusèbc mentionnent ce tombeau 
comme encore subsistant de leur temps, c'est-à-dire au commen- 
cement du iv'" siècle de notre ère. Nous lisons dans le premier de 
ces écrivains : 

Inde ad pedcm iiiontis ipsius, locus est cui nomen est Scchiin. Ibi posilum est 
inonumeuliim iibi posilus est Joseph, in villa quani detlil ei Jacob pater ejiis. 

Au mot Zv;(^é|y,, Eusèbe s'exprime ainsi : 

2y;i^é|x, xa) v 2<x;j!xà, tj xa) 2aX>7|!z, zsSXts laxàê vvv iprjfxos' SeixvvTai 
Se à TOTTOs èv 'Opoaaleiots Neas isôXecàs ' sv6<x xa) b rd'^os SeîxvvTai tov Icoa-riÇ), 
xaï isapouienai. 

ffSyciieui, appelée également Siciuia et Salem, ville de Jacob, acluellemeal 
dt'serle. On en montre remplacement dans la banlieue de Neapolis, oi!i se trouve 
pareillement, dans le voisinage, le tombeau do Josopli.71 

Ces deux écrivains, comme on le voit, placent le tombeau de 
Joseph à l'est et dans la proximité de Neapolis, à côté de l'antique 
Sicliem. 

Sainl Jérôme, en nous racontant les divers pèlerinages de sainte 
l'aule, nous apprend que, api'ès avoir vénéré hî puits de Jacob, 
près de Sicheni, elle alla visiter les tombeaux des douze pa- 
triarches : 

AUpii* indc diverlen» (h puieo Jucob) vidil duoderim palriarcharum se- 

pIlIlTM '. 

Ou ci'oynit alors, roinm»' !«' prouve m passage, que n<Hi-seu- 

' //iVroMiywii «/w/i umiiin .1.1, p. 88<) , «'dil. Migiie. 



CHAPITRE XXII. — TOMBEAU DE JOSEPH. 375 

leinent Joseph, mais encore ses frères, avaient été ensevelis au 
même lieu, tradition qui repose sans doute sur les mots suivants 
du discours de saint Etienne aux Juifs : 

i5. Et descendit .lacob in ^^gyptum, et defunctus est ipse et patres noslri. 
16. Et translati sunt in Sichem, et positi sunt in sepulcro quod émit 
Abraham pretio argenti a fiiiis Hemor filii Sichem ^ 

Les mots translati sunt de ce dernier verset ne se rapportent évi- 
demment pas à Jacob, mais seulement à ses fils, puisque la Bible 
elle-même nous dit que ce patriarche fut, après sa mort, ramené 
d'Egypte à Hébron, où il fut enseveli dans la caverne double : 

Et portantes eum (Glii Jacob) in lerram Chanaan sepelierunt eum in spe- 
lunca duplici, quam emerat Abraham eum agro in possessionem sepulcri ab 
Ephron Ilethaeo contra faciem Mambre'^. 

L'Ancien Testament ne nous indique point où les frères de Jo- 
seph furent enterrés; mais l'historien Josèphe rapporte qu'ils furent 
ensevelis à Hébron : 

TeXei»Tû5<TZ S'aùjov xa\ 01 àSs\(po\, ^tjWavres evSatixévcos STr) rijs Alyv-rrlov. 
Ko.) rovrcov (xèv rà acJfxaTa xo(JiiaavTes (xejà y(j^6vov aù^cov ol dirâyovoi xai 
oî 'cfaiSss êOa^l/av èv \e€p65vi ^. 

irLes frères de Joseph meurent à leur tour, après avoir vécu heureusement 
en Egypte. Leurs corps furent ensuite ramenés par leurs descendants et par 
leurs tils et enterrés à Chébron (Hébron). ■« 

H est permis de choisir entre ces deux traditions relativement 
au lieu de sépulture des frères de Joseph, soit celle qui le fixe à 
Hébron, soit celle qui le transporte à Sichem, dans le champ de 
Jacob. Quant à l'endroit de la sépulture de Joseph lui-même, nous 
avons, sur ce point, un texte positif de la Bible, celui que j'ai cité 
précédemment, texte que confirme une tradition non interrompue 
jusqu'à nos jours. En efl'et, presque tous les voyageurs ou pèlerins 
qui ont eu à parler de Sichem ont mentionné le tombeau de Jo- 
seph, en même temps qu'ils signalaient le puits de Jacob ou de la 

' Actes des apôtres, c. vu, v. i5 et 16. — * Genèse, c. l, v. liJ. — ' Antiquités 
judaïques, I. H, c. vm, S m. 



376 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Samaritaine, ces deux monuments, également vénérés, étant voisins 
l'un de l'autre et étant tous les deux compris dans le champ de Ja- 
cob. Les musulmans, néanmoins, flottent entre deux emplacements 
divers, les uns reconnaissant le tombeau de Joseph dans le sanc- 
tuaire à'Aouliet el-A'moud, i>y^\ aaJ^Î, situé à l'ouest du puits de 
Jacob, à moitié chemin entre ce puits et la ville de Naplouse; les 
autres, au contraire, le voyant, avec les chrétiens, les Juifs et les 
Samaritains, à une faible distance au nord de ce même puits, dans 
l'Oualy Neby Yousef, qui me paraît réunir en sa faveur une plus 
grande probabilité. 



PUITS DE JACOB. 



A sept heures quarante-cinq minutes, nous nous remettons en 
marche vers le sud-sud-ouest, et, à sept heures cinquante-deux 
minutes, nous arrivons au Bir Yakouh, t^^ixj^ju. Il est renfermé 
dans une petite crypte voûtée, ancienne chapelle, tournée vers l'est 
et située elle-même h l'extrémité orientale d'une vieille église chré- 
tienne, bâtie en forme de croix et dont les arasements seuls vsont 
encore visibles maintenant. Quelques tronçons de colonnes en gra- 
nit gris gisent sur l'emplacement occupé jadis par cette église. Les 
Grecs ont voulu s'emparer de ces ruines et de ce puits à jamais 
vénérable, en l'enfermant dans un mur d'enceinte qui leur en au- 
rait assuré la propriété; mais ils ont été contraints d'interrompic 
la construction de ce mur, et comme ils n'ont pas eu le temps de 
l'élever à la hauteur qu'il devait avoir, il est facile de le franchir 
et d'arriver j\ la crypte dont j'ai ])arlé. Pour parvenir au puits, il 
faut se laisser glisser par une ouverture ménagée dans la voûte 
de la j)elite chapelle obscure qui le contient. En descendant, au 
moyen d'une longue licelle, une bougie allumée dans l'intérieur du 
Hir Ya'koub, je me Huis convaincu qu'il est non pas creusé dans le 
roc, cuHinie beaucoup de voyageurs l'ont afliiiné, mais bAti avec 
(le.H pierres d'assex faible dimension et régulièrement agcMicées entre 
rlb'H. TrcîH-élroil h non (U'itice supérieur, il s'élar<;il cnsuilc un peu. 



CHAPITRE XXH. — PUITS DE JACOB. 377 

et sa profondeur actuelle est d'environ 2 U mètres. Elle était autre- 
lois beaucoup plus grande; car presque tous les pèlerins qui le vi- 
sitent ont l'habitude d'y jeter des pierres pour savoir s'il contient 
encore de l'eau et juger approximativement de sa profondeur par 
le temps que mettent les pierres à descendre. 11 est ordinairement 
à sec, la source qui lui fournissait de l'eau se trouvant probable- 
ment plusieurs mètres plus bas et obstruée par cet amas toujours 
croissant de petites pierres. Néanmoins, à l'époque des grandes 
pluies, cette source se fait encore quelquefois jour à travers, et les 
voyageurs y ont signalé alors trois ou quatre mètres d'eau. Quoi 
qu'il en soit, une tradition non inteirompue, et admise à la fois par 
les chrétiens, les Juifs, les Samaritains et les Musulmans, fait re- 
monter l'origine de ce puits jusqu'au patriarche dont il a conservé 
le nom, et qui l'aurait creusé dans le champ acheté des fils de Hé- 
mor. On l'appelle é^ahmeni Bir es-Samirieh , istj.e^\ jm (puits de la 
Samaritaine), parce que c'est sur la margelle qui l'entourait qu'était 
assis Notre-Seigneur lorsqu'il eut avec la Samaritaine l'admirable 
entretien raconté par l'Évangile : 

5. Jc^sus vint donc en une ville de Saniarie, nommée Sicliar, près de l'Iié- 
rita{|e que Jacob donna à son fils Joseph. 

6. Là était la fonUiine de Jacob. Jésus, étant fatigué de la route, s'assit sur 
le bord de la fontaine. C'était environ la sixième heure du jour. 

7. Il vint alors une femme samaritaine pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : 
Donnez-moi à boire. 

8. Car ses disciples étaient allés à la ville acheter de quoi manger. 

9. Cette femme samaritaine lui répondit donc : Comment, vous, qui êtes 
Juif, me demandez-vous à boire, à moi, qui suis une femme samaritaine? Car 
les Juii's n'ont point de commerce avec les Samaritains. 

10. Jésus lui dit : Si vous saviez le don de Dieu et qui est celui qui vous 
dit : Donnez-moi à boire, peut-être lui en auriez-vous demandé à lui-même, et 
il vous aurait donné de l'eau vive. 

n. Celte femme lui répondit : Seigneur, vous n'avez poinl de quoi en 
puiser et le puits est profond; d'oij auriez-vous donc de l'eau vive? 

12. Seriez-vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits 
et qui en a bu, lui, ses enfants et ses troupeaux^? 

' Saint, Jean, c. iv, v. 5-1 'J. 



378 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Je me borne à citer ces versets, les autres, tout dignes d'être 
médités qu'ils sont, ne renfermant plus, comme les précédents, 
les détails topographiqiies que je cherche ici. Ceux que je viens de 
reproduire me paraissent prouver péremptoirement l'autlienticité 
de la tradition encore subsistante aujourd'hui relativement au puits 
qui nous occupe en ce moment. 

i*" 11 était à l'est, en dehors de la ville de Sichem, appelée dans 
l'Evangile, par sobriquet, Sichar, laquelle était plus rapprochée de 
ce puits que ne l'est la ville actuelle de Naplouse. Notre-Seigneur, 
se rendait de Judée en Galilée; arrivé près du champ donné jadis 
par Jacob à Joseph son fds, il s'assied, pour se reposer des fatigues 
de la route, sur la margelle de ce puits, pendant que ses disciples 
vont dans la ville voisine pour acheter des vivres. Or, autrefois 
comme maintenant, la route conduisant de Jérusalem en Galilée à 
travers la Samarie passait à l'est de Sichem, non loin du Bir Ya- 
koub. 

2° Si, dans le verset 6, l'évangéliste semble parler d'une fon- 
taine, erat aiitem ibifons Jacob, d'un autre côté, dans le verset 1 1, 
il nous apprend nettement, par la bouche de la Samaritaine ré- 
pondant au Sauveur, que cette fontaine, ou plutôt cette source, 
était, en réalité, un puits et un puits profond : Domine, nequc in quo 
hauvias habes, et puteus alttts est. 

3** li ressort du verset i^ (pie, à l'époque de Jésus-Christ, on 
altribuait ce puits, appelé le puits de Jacob, à ce patriarche lui-même, 
qui l'avait creusé pour les besoins de sa famille et de ses troupeaux. 

Ces diverses données légitiment donc la tradition actuelle con- 
cernant le Bir Ya'koub, lequel se trouve à l'est de Naplouse, près 
de la route conduisant de Jérusalem en Galilée, est très-piofoiid ol 
est, d'ailleurs, U\ seul (pii («xisie dans h' voisinage de Naplouse et 
ausHJ du tomluiau traditionncd de J()se|)ii. 

A partir de l'ère chrétieime, à cause de l'entretien ((ue INotre- 
Scigneur y avait eu avec la Samaritaine, il dut Atre entouré d'une 
véiiérntion nouvelle; car, au souvenir de .larol», (|ui s'y latlachail 
déjà, et (pii le rendait cher aux Juifs cl aux Samaritains, viul s'ad- 



CHAPITRE XXII. — PUITS DE JACOB. 379 

joindre celui du Messie lui-inenie, qui le revêtait d'un caractère 
sacré aux yeux des chrétiens. Aussi ce puits est-il mentionné par 
la plupart des pèlerins ou voyageurs qui ont traversé la Samarie 
depuis les premiers âges de l'Eglise jusqu'à nos jours. 

J'ai déjà cité un passage tiré du Pèleiin de Bordeaux, relatif à 
ce sujet : 

Inde passus mille, locus est cui nomen Sechar, unde descendit niulier Sa- 

niarilana ad eumdein iocum ubi Jacob puteum l'odil et Dominus INoster 

Jésus Ciii'istus cum ea locutus est. 

A cette époque, c'est-à-dire l'an 333 de notre ère, le puits de 
Jacob ne paraît pas avoir été renfermé dans l'enceinte d'une église; 
(lu moins le Pèlerin de Bordeaux n'en parle pas. 

A peu près dans le même temps, Eusèbe, en signalant ce puits 
sous le nom de source, TSrjyv , ne fait allusion non plus à aucun 
sanctuaire : 

^vy^àp , Tspo tris Nea? 'aokeojs , 'aXrja-lov rov ywpiov oS êScoxev laxwê Ifii>o-^<p 
TW vltjj avTOv ' év ij Xptcrlbs xazà tov Icodvvtjv 7f} ^(XfxapehiSt Tsapà t^ 
rsïjytj SiaXéyerai ' xa\ sis ërt vuv SetxvvTat. 

Mais saint Jérôme, en traduisant ce passage, ajoute la mention 
d'une église : 

Siclijir, tuilo Neupoliin, juxla a{|runi quein dedil Jacob iilio suo Jose|)h, in 
(juo Dominus Nosler alque Salvalor, secundura evangelium Joannis, Samaritanœ 
mulieri ad puteum loquitur, ubi nu ne ecclesia rabrioata est. 

Le même docteur, dans sa lettre sur sainte Paule,où il nous dé- 
crit les divers pèlerinages de cette pieuse Romaine, nous apprend 
qu'après avoir traversé Sichem, elle entra dans l'église construite 
près du Garizim, autour du puits de Jacob : 

Transivil Sichem, non ut plerique errantes legunt Sichar, quse nunc Neapolis 
appellatur, et ex lalere niontis Garizim exstructam circa puteum intravit ec- 
clesiam, super (pio residens Dominus, sitiensqueet esuriens, Samarilana; fide 
saliatus est '. 

' lUevonyini upera omnia, édit. Miguo, 1. 1, p. 888. 



380 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Cette église, construite, sans doute, dans le courant du iv"^ siècle, 
fut visitée, vers la fin du vi*', par Antonin le Martyr : 

Civilatem quae nuper appellata estSamaria\ nuuc vcro Neapoiis, in <[ua 
puleus est ubi Dominus a muliere Samarilaiia aquam petiit, ibique fada est 
basilica in bouoreni saucli Joaiinis, et ipse puleus atile caiicellos altaris est, 
et situla dequadiciturquod de ea bibit, mullique œgri veniunl et sanantur'-.. . 

D'après le récit d'Adamnanus relatif au pèlerinage d'Arculphe 
au vn'^ siècle, cette église avait la forme d'une croix, dont les quatre 
branches regardaient les quatre points cardinaux, et le puits était 
situé au centre, ainsi que cela résulte d'un plan joint au récit : 

Arculfus sacei'dos sanctus rcgionein Samariaî peragrans ad ejusdein proviii- 
ciœ pervenit civitatem quœ hebraice dicilur Sicbem, grœca vero et lalina coii- 
suetudiiic Sicinia nominatur, quœ quainlibet vilioseSicliar vocilari solet. llaque 
prope banc eamdem civilatem quanidani extra muruin vidit conslilulam eccle- 
siam, quœquadrifida in quatuor niundi cardines formata extenditur, quasi in 
siniililudinem crucis^ 

Au vni'' siècle, saint Willibald mentionne la môme église : 

Et ibi putcus est ille prope castellum, ubi Dominus postulavil aqujini bi- 
berc a Samarilana muli(Me, el super illum puteum nunc est ecclesia, et ille 
mons est ibi in (|uo adurabant Samaritani '^ 

Cette basilique primitive; tombait ])robablemcnt en ruine à l'é- 
poque des croisades, ou avait peut-èlre été détruite par les Sarra- 
sins avant l'arrivée des Latins; car, dans le courant du \if siècle, 
elle fut rebAlie par ces derniers, ainsi que cela résulte d'un passage 
que j'euq)runte h une desciiption anonyme de la Terre sainte, pu- 
bliée par M. de Vogué d'après un manuscrit de la lîil)liollièque na- 
liuiialc, et hupielle paraît avoir été composée au plus tard en i i3o. 

Miliariua Sycliein Syciiar oppi(bim, juxla prœdiumtpiod dédit Jacob fiiiosuo 
Joseph, hi <|U()fons Jacub,puteus lamen, super ([uem evan^jeli^atus Ibcsus sor- 
moneiii hubuisse cuiii Samariliuia, ubi nunc fabricatur ecclesia^. 

Cvnl Siehnii (pi'il fallnil <liro. * S. \\ illibiildi llodirporicon, c. \\\\. 

Antuiiiiii Mari. Uincrarium , c. vi. '' b'if lises de Tvnc .sainte. Appendice. 

* AilomrionuH, Ih Locia Hunclis, I. IL p. h'xh cl /i*j5. 
c. »ki. 



CHAPITRE XXII. — PUITS DE JACOB. 38t 

L'auteur de cette relation, comme on le voit, nous apprend que 
de son temps, au moment où il composait son ouvrage, on était en 
Iraiii do construire une église autour du puits de Jacob : iibi nunc 
fahricalur ecclemi. 

La crypte dont j'ai parlé appartient, selon toute vraisemblance, 
à cette seconde église, qui remplaça la basilique primitive. 

Cet édifice est vanté pour sa beauté parEdrisi, en 1 1 5/i : 

Nablous est la capitale du pays do Samarie; on y voit un puits creusé par 
le patriarche Jacob (sur qui soit la paix!), puits auprès duquel le Seigneur 
Messie s'assit et demanda de l'eau à la Samaritaine; il y existe aujourd'hui une 
belle église ^ 

Il est probable que cette église fut détruite en 1187, après la 
fameuse bataille de Hattin , qui mit fin au royaume latin de Jéru- 
salem. 

Les pèlerins ou voyageurs subséquents, à partir du xin*' siècle, 
ou bien ne la mentionnent plus, ou bien n'en parlent que pour nous 
dire qu'elle était complètement en ruine. 

Boniface de Haguse, en 1 555 , signale également près de ce puits 
les débi'is d'un ancien monastère babité auti'efois par plus de cent 
religieuses. H ajoute que, de son temps, on célébrait encore la messe 
une fois par an sur l'autel qui avoisine l'ouverture du puits : 

Juxta hune puteum ab Helena sancta fuit exstructa magna ecclesia, quam 
plus quam centuni virgines incolebant; uuncautem solo œquata cern i tu r eccle- 
sia et monasierium : tanlum in ore pulei remanot allare, in quo sacrum Al- 
tissimo offerlur semel in auno. 

Quaresmius, en citant ce passage, vers 1 63o, nous dit qu'à cette 
époque, les Grecs schismatiques seuls célébraient quelquefois la 
messe sur cet autel ^, unique reste de l'ancienne église ou plutôt 
de l'église du moyen âge. Quant à la basilique primitive, attribuée 
à sainte Hélène par quelques pèlerins, mais sans preuves sulïisantes, 
comme tant d'autres monuments religieux de la Palestine, il n'en 

' Kdrisi, Géographie, (raduction de * Quaresmius, Elucida tioTerrœsancta', 

M. Jauberl, t. I, p. 339. l. II. p. 800. 



382 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

subsiste plus que plusieurs tronçons de colonnes en granit, gisants 
sur le sol au milieu de beaucoup d'autres décombres, et qui ont dû 
servir ensuite à orner l'église des croisades. Les autres colonnes qui 
la décoraient ont été transportées ailleurs ou sont enfouies sous des 
amas de débris. 



BALATHAH. 



A huit heures vingt minutes, nous poursuivons notre marche 
vers l'ouest-nord-ouest et, à huit heures vingt-sept minutes, nous 
traversons un petit village consistant en une vingtaine de maisons, 
les unes debout, les autres à moitié renversées. On l'appelle Bala- 
thahy iiXo^. Une source abondante, coulant dans un petit canal an- 
tique pavé avec de belles dalles, ce qui lui a fait donner par les 
Arabes le nom qu'elle porte de A'ïn Balathah, source dallée, nom 
qui a été également communiqué au hameau, se répand dans un 
birket d'apparence plus moderne, ou, s'il remontée l'antiquité, il a 
dû être plusieurs fois réparé depuis. L'eau, de lu, se distribue dans 
des jardins, qu'elle fertilise. 

A l'extrémité occidentale du village, je descends, par un escaliei' 
de sept marches, à l'endroit qu'on ap[)olle Bas el-A'ïn Balathah (latéto 
de la source Balathah). C'est un petit souterrain, long d'une ti'en- 
tainede mètres, voûté en plein cintre et dont le pavé est formé avec 
de magnifiques dalles creusées dans leur partie centrale en forme de 
rigole. Lc\ commence, {Ma source môme, le canal dont j'ai parlé. 

Le village de Balathah est mentionné par un pèleiin juif du 
XVI' siècle, Gerson de Scarmela, dans son traité de Jichtis ha-Tsa- 
dikim (sépulcres des Justes). 

Nablou8, dil-ii, est Sichein. Là est le supulcre de Josopli le Juste, dans le 
village dT.i-Balata>. 

Il est également ({uestion de ce village dans l'ouvrage d'un juilre 
rabbin, (|ui voyageait en l'alestine dans le même siècle. Cette rela- 
tion anonyme est intitulée Jirhus ha-Ahot (sépulcres des Patriarches). 

' Cnrinoly, llhiérairea dv lu Tfni- nitinU' , |>. .'{H(i. 



CHAPITRE XXIÏ. — BALATHAH. 383 

On y lit : 

Sichem est sur le mont Épliraïm ; c'est une ville située entre le mont Gari- 
zim et le mont E^bal. Eloigné d'un terme sabbalique, est un villajje nommé Ba- 
lata, où est enseveli Joseph le Juste (avec lui soit la paix!) '. 

On sait que, d'après la Mischna, un terme sabbatique est la 
distance qu'il est permis de parcourir le jour du sabbat, c'est-à- 
dire deux milles coudées. 

Je ferai remarquer ici que les jardins de Balathali touchent 
presque, vers le nord-est, le tombeau de Joseph, dont il a été ques- 
tion plus haut, ce qui fait que ces deux rabbins ont pu dire que 
le tombeau de ce patriarche se trouve dans ce village. 

A propos du nom de Balathali, M. l'abbé Barges émet la con- 
jecture suivante : 

a Le mot Jo^, belat, dit-il, est arabe et veut dire pavé, pavage, 
ou lieu pavé, palais, nef couverte comprise dans une église, dans 
une mosquée ; mais je suis tenté de croire qu'il est corrompu et 
qu'il a dû se prononcer primitivement beloutah. Or beloutahy en 
ciialdaïque et en syriaque nûiVs, signifie chêne ^ de même que l'a- 
rabe )oyL, ballout; ce serait la traduction de l'hébreu nba (elah), 
en grec (SàXavos, chéne'^.n 

Au mot |3àXavos, en effet, nous lisons dans Y Onmnaslicon d'Eusèbe : 

N^as 'zsé'kews èv tû5 TaÇw \wcrtf(p. 

Saint Jérôme traduit fidèlement ce passage comme il suit : 

Balanus, id est quercus Sicimorum, ubi regnavit Abimelech, quae usque lio- 
die oslendilur in suburbano rureNeapoleos, propler sepulcrum Joseph. 

Ce fameux chêne, sous lequel Abimelech fut établi roi de Sichem, 
et qui était montré dans le voisinage de celte ville, près du tombeau 
de Joseph, à l'époque d'Eusèbe et même de saint Jérôme, faisait 

^ Carmoh , Itinéraires de la Terre sainte j * L'abbé Barges, Les Samaritains de 

p. 4/j[j. Napiouse, p. 17. 



3Sà DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

certainement partie du bocage de Môreli, signalé dans la Genèse, 
lors de l'arrivée d'Abraham de Mésopotamie à Sichem. 
Nous lisons à ce sujet dans la Vulgate : 

Periransivit Abram terram usque ad locum Sichem, usque ad convallem il- 
luslrem^ 

Mais dans le texte hébreu, à la place de ces quatre derniers 
mots, se trouvent ceux-ci : nniD \\hii: is.% ad elôn Môreh, rr jusqu'au 
chêne (ou bois de chênes) de Môreh. -n 

Ailleurs, dans le Deutéronome (texte hébreu) il est encore ques- 
tion des chênes de Môreh, nnc ^j'ibx, elône Môreh, comme avoisinant 
les monts E'bal et Garizim ^. 

L'hypothèse de M. l'abbé Barges, d'après laquelle le village de 
Balathah aurait tiré ce nom, corrompu pour El-Ballouthah , du cé- 
lèbre chêne de Sichem, qui devait exister en cet endroit, est donc 
fort ingénieuse; néanmoins, je crois plutôt que cette dénomination 
dérive tout simplement, et sans aucune altération, des belles dalles, 
en arabe 1»^, balalli, avec lesquelles a été construit et pavé le canal 
de la source dite A'tn Balathah, qui coule dans ce village. L'an- 
cienne Sichem, dans tous les cas, devait s'étendre jusque-là, et 
cette source appartenait sans doute à la ville primitive; car VOno- 
masticon nous apprend qu'au temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, 
on voyait encore l'emplacement que celle-ci avait occupé non loin 
du tombeau de Josoj)!). 

Sichcni iiunc dcscrla. Oslcndilurautem locus iii subiirbanis Neapoleos 

juxia scpulrrinn Josf'pb. 

a'ïn dafnrh. 

A huit luMires treiile-deux minutes, je cpiilli^ le Ihisel-A'ïii liala- 
thaii, pour nie remettre en ma relie vers l'ouest; le sol monte légè- 
rcMiicnl. 

A huit heures trente-six minutes, je rencontre, à droite, le h)ii{; 
de la roule, une coloniii* de granit monolitin;, gisante à teire. 
' (inthêc, r. MX, V. <i. — ' Itmlironovtr , v. xi, v. IJo. 



I 



CHAPITRE XXIl. — AOULIET EL-A'MOUD. 385 

A huit heures trente-huit minutes, nous désaltérons nos chc- 
' vaux à YA'ïn Dafneh, xxi:> (j^. Cette source, dont le nom grec 
semble contemporain de celui de NeapoUs, coule dans un petit ca- 
nal également dallé et de construction antique. Près de là on est en 
train de balir une grande caserne, destinée à défendre la ville, vers 
l'est, contre les déprédations des Bédouins. 



AOILIET EL-A MOL'D, 



y\ huit heures cinquante minutes, nous poursuivons notre marche 
vers l'ouest, en continuant à monter doucement à travers des oli- 
viers ou des champs cultivés en blé. 

A huit heures cinquante-deux minutes, nous laissons à notre gauche 
un sanctuaire musulman, appelé Aouliel el-A'moud, >^^) aJ^I (les 
saints de la colonne) ou Redjal el-A'moudy i»y^\ jU?.j (les hommes 
de la colonne). Les traditions sont assez incertaines au sujet de 
cette chapelle mortuaire. Les uns y placent le tombeau de Joseph 
et de ses trères. D'autres affirment qu'elle contient les restes de plu- 
sieurs prophètes d'Israël; selon d'autres enfin, sur l'emplacement 
qu'elle occupe, auraient été jadis enfouies par Jacob les idoles rap- 
portées de Mésopotamie par quelques-uns des siens, non point sous 
un arbre, chêne ou térébinthe, comme cela résulte du texte hé- 
breu', mais sous une voûte, comme les Samaritains interprètent, 
dans ce passage, le mot n'?», elah. Quant à la dénomination actuelle 
de Aouliet el-A'moud ou Redjal el-A'moud, peut-être n'a-t-elle 
d'autre origine que la simple présence, en cet endroit, d'une co- 
lonne, qui aura fait donner par les Arabes aux personnages, quels 
qu'ils soient, renfermés dans ce sanctuaire, le surnom qu'ils portent. 
Ils reposent sous différentes petites coupoles de fabrique musul- 
mane. Alentour croissent de vieux oliviers sur les dernières pentes 
du Garizim et au bas d'un enfoncement en forme de vaste tliéâtre, 
que l'on remarque ici sur les flancs de ce mont. A cet enfoncement 

' Geiièse, c. x\v, v. A. 



38C DESCRIPTION DE LA SAMAUli:. 

répond un enroncemont semblabie et parallèle vers le nord, dans 
les flancs de TE'bal. 



ENFONCEMENTS DEMI-CIRCULAIRES ET PARALLELES DU OARIZIM ET DE L'E BAL. 

Ces deux sortes d'inunenses tliéàtrcs tournés Tun vers l'autre, et 
séparés par la vallée qui s'interpose entre les deux montagnes sur 
les pentes desquelles la nature les a creusés, me poitent à penser 
que là est l'emplacement probable de la grande solennité que Moïse 
prescrit, par avance, à son peuple, une fois qu'il aura traversé le 
Jourdain. 

Nous lisons à ce sujet dans le Deutéronome : 

1 1. Praecepitque Moyses populo in die iHo, dicens : 

19. Hi slabunt ad benedicenduni populo super niontem Garizini, Jordane 
traDsmisso : Simeon, Levi, Judas, Issacliar, Joseph et Uenjamin. 

i3. Et e regione isti slabunt ad malediceudum in monte Hebal : Ruben, 
Gad et Aser, et Zabulon, Dan et Nephlhali. 

ih. Et pronuntiabunt Levitœ, dicenlque ad omnes viros Israël excelsa voce'. 

Les versets qui suivent contiennent le texte des douze malédictions 
que devaient prononcer les Lévites contre ceux qui enfreindraient 
les commandements du Seigneur et auxquelles tout le peuple devait 
répondre : Amen. Les bénédiclions ne sont pas formulées dans le 
livre sacré; mais, selon toute apparence, elles étaient aussi au 
nombre de douze. 

Le Talmud commente ainsi ce passage d(» l'Ecriture : 

Six Iribus monlèrenl surle nionlGarizim et six sur le mont E'bal. LesCobc- 
nim, les Lévites et l'arche étaient entre les deux montagnes. LesLdvites, s'élant 
tournés vers le inoiil (îarizini, rérilèrenl les hénc^diclions : trRéni soi! celui <(ui 
ne fera pas d'idole, t> r>|r. Le peu|)le répondait : /Imcn. S'élanl ensuite tournés 
verH la montagne (rE'bal, ils récitèrent les malédictions, et l'on répondait : 
A mm. 

er A rf»Uo explication, dit M. de Saulcy, je trouve une dilliculté. 

' DeulèrtiHitinr , r. \x\u. \. i i-|/i. 



CHAPITRE XXH. — AOULIET EL-A'MOUD. 387 

Du haut du Garizim, aussi bien que du haut de l'E'bal, il est im- 
possible de voir ce qui se passe au fond de la vallée de Sichem; il 
est bien plus impossible d'entendre ce qu'on y crierait de toutes 
ses forces. Gomme l'Ecriture ne semble pas confirmer ces détails du 
récit des talmudistes, je conclus qu'ils sont puérils, et je crois que 
les deux cérémonies s'accomplirent dans la vallée qui séparait les 
deux montagnes sacrées , et de telle façon que chaque groupe de six 
tribus pût comprendre ce qui se passait en le voyant et répondre 
amen à proposa -n 

Le livre deJosué raconte, en effet, de la manière suivante com- 
ment fut exécuté l'ordre du Seigneur, après le passage du Jour- 
dain : 

3o. Tune œdificavit Josue altare Domino Deo Israël in monte Hebal. 

33. Omnis aulem populus, et majores natu, ducesque ac judices stabant ex 
u traque parle arcœ, in conspectu sacerdotum qui porlabant arcam fœderisDomini, 
ni advena ita et indigena. Media pars eorum juxta montem Garizim, et média 
pars juxia montem Hebal , sicut prœceperat Moyses, famulus Domini. Et primum 
quidem benedixit populo Israël. 

3 /t. Post bœc legit oninia verba beucdiclionis et maledictionis et cuncta 
quœ scripta erant in legis volumiue^. 

«Ne semble-t-il pas évident, poursuit M. de Saulcy, par la teneur 
du verset 33, que le peuple, bien loin d'être divisé en deux parts 
sur les deux montagnes opposées, était rangé des deux côtés de 
la vallée de Sichem, au fond de laquelle s'accomplissait la cérémo- 
nie ? n 

Je dois avouer néanmoins que Josèphe raconte le fait comme les 
talmudistes. Voici ce qu'il dit : 

IvcTOvs Se èx TMv TaXydXùJv dvaa-1 paxoTreSeva-as eis Ttjv bpeivrjv IcrlS. 7t]v 

lepàv crxrivtjv xarot. ^tXovv isokiv xcà p^wpjjo-as êvrevOev èir) ^ixifxcov 

avv chva.wi tijo Xa&î jSojfxév TS lerlifo-tv ènov tspozÎTte McwùW?, xai vsifxas rtjv 
ulpariàv èir] fxèv to5 Tapi^]v opst Ttjv v[xi(Tei<xv 'iarlriaiv [xoîpav, éTi] Se rôj Ti- 
^aXa) T>7f tjiitasiotv, êv ç3 xa.\ o ^Ci)y.6$ écrit y xa) to Asvïrixbv xai tovs tepéas. 

' Voi/flffc eu Syrie et autour de la mer Morte, t. H, p. /io3. — " Josué, c. vm, 
V. 3o, 33 et 3/i. 



388 DESCRIPTION DE LA SAMAIUi:. 

Svactmes Se xai dpots isoirjcrdfxsvoi , xal ravras sti) iw /Sw/uw ye-ypa[jL(Àévûts 
xaraXtnôvTss sis Trjv SxXouf àvé^sv^av ^ 

«Josué, ayant levé son camp de Galgal, se dirijjea vers la contrée ïiionl.i- 

gneuse et établit le tabernacle sacré à Silo Elant ensuite parti de là 

avec tout le peuple pour Sicliem, il dressa un aulel au point oii Moïse avait 
ordonné de Télever. Puis, après avoir parlajjé Tarmée, il en plaça une moitié 
sur le montGarizim et l'autre moitié sur le mont Gibal, oii est l'autel, avec les 
Lévites et les prêtres. Lorsqu'ils eurent olTert le sacrifice, proclamé les malédic- 
tions et écrit celles-ci sur l'autel, ils retournèrent à Silo, 17 

(T Je suis bien tenté de croire, ajoute M. de Saulcy, en le concluant 
de l'impossibilité pbysique que j'ai signalée et qu'implique aussi le 
récit de Josué, qu'au lieu de traduire, dans le passai^je biblique qui 
concerne cette importante cérémonie, la préposition V:? par «sum, 
il faut la rendre par cr contre, en face de,T^ ce qui n'est nullement 
contraire à la grammaire, -n 

Pour mon compte, je propose et je soumets au jugement de cet émi- 
nent arcbéologue une solution de cette difliculté un peu didérente et 
qui me paraît concilier entre eux tous les textes, tant ceux du Deuléro- 
nome et du livre de Josué que ceux du Talmud et de riiistorien Jo- 
.sèplie. D'après mon hypothèse , six tribus furent placées au bas et sur 
les premières pentes du Garizim, etles sixaulres au bas et sur les 
pentes opposées de l'E'bal, dans les deux vastes enfoncements paral- 
lèlesquej'ai mentionnés. Aucentre delà vallée était l'arche d'alliance, 
«Milourée des Lévites et des prêtres. De cette manière, l'expression 
du Deut(^"ronome, du Talmud et de Josèphe, concernant la position 
des tribus, six sur le mont Garizim et six sur le mont K'bal, est aussi 
vraie (jue celhî du livre de Josué (|ui imus apprend (pi'elles étaient 
pincées en face de cesdtîux montagnes. Ellectivement, remplacement 
que j'indique, par la forme théAtrale qu'il présente en s'élevanl 
comme par gradins gigantesques sur les premières pentes des deux 
nionlngnc^s, explicpic dans ces divers textes l'emploi de prépositions 
qui 8cnd)lcnl en apparence se contredire, mais qui, en réalité, 
Horrordeiil entre elh's. Les Iribus étant adossées six au mont (laii- 

' AHli^niha jyilaii/uPM , I. V, r. 1, S tt). 



CllAPITRK XXII. — ARRIVÉE À NAPLOUSE. 3H9 

ziin el six au mont E'bal, on pouvait dire qu'elles étaient placées 
sur ces montagnes, puisqu'elles en occupaient non-seulement le 
pied, mais encore les flancs inférieurs. On pouvait dire également 
qu'elles étaient rangées à droite et à gauche et en face de ces mêmes 
montagnes, qui les dominaient de toute leur partie supérieure. 

Dans tous les cas, je partage l'avis de M. de Saulcy, qui pense 
qu'elles n'ont pas du être placées sur les deux sommets de l'E'bal et 
du Garizim; car de là elles n'auraient pu voir ce qui se passait ni 
entendre ce qui se disait au milieu de la vallée. A la vérité, du 
bord extrême de l'un et l'autre plateau on embrasse du regard toute 
la vallée; l'oreille perçoit aussi par intervalle quelques sons confus 
s'élevant du sein de la ville de Naplouse; mais aussitôt qu'on 
s'éloigne tant soit peu du bord, je m'en suis convaincu moi-même 
en faisant l'ascension de ces deux montagnes, la vallée disparaît et 
les sons s'évanouissent. 



ARRIVEE A NAPLOUSE. 



A huit heures cinquante-trois minutes, je passe près d'une se- 
conde caserne dont on pose les premières assises. 

Nous continuons à traverser un bois de vieux oliviers; puis j'ob- 
serve en avant de la ville plusieurs petits monticules de cendres 
provenant du résidu des fabriques de savon qui s'y trouvent. Bien- 
tôt je laisse à ma droite un grand cimetière musulman rempli de 
nombreuses tombes, au milieu desquelles s'élèvent deux koubbeh 
de santons; à ma gauche, le long de la ville, s'épanouit, dans de 
frais et verdoyants jardins arrosés sans cesse par des ruisseaux, une 
végétation luxuriante de beaux arbres et d'arbustes, de fleurs et de 
légumes. 

A neuf heures dix minutes, nous faisons halte dans l'un de ces 
Vergers, où je fais dresser ma tente. 



390 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE VINGT-TROISIEME. 

DESCRIPTION DE ISAPLOUSE. 



La ville de Naplouse s'appelle en arabe (j*^b, Nablous, nom 
que les voyageurs européens prononcent Naplouse, en rectifiant, 
d'après l'étymologie grecque du mot grec NeaTroXts, la prononciation 
des Arabes, qui manquent de la lettre p dans leur alphabet. Cette 
ville forme, au pied septentrional du Garizim, dans la belle vallée 
qui s'étend entre cette montagne et l'E'bal, un polygone irrégulier, 
dont la longueur peut être évaluée à 1,200 mètres au plus et la 
plus grande largeur à 5oo; sur d'autres points, elle n'a que 
3 00 mètres de large et même moins encore. A son extrémité orien- 
tale, elle occupe l'endroit de la vallée oiîi se fait le partage des 
eaux entre le Jourdain et la Méditerranée, et elle est, par consé- 
quent, située elle-même presque tout entière dans la partie de la 
vallée qui commence à incliner vere la mer, à une altitude estimée 
par les uns à 572 mètres et par d'autres à un peu plus de 600. 
Une muraille d'enceinte, percée de deux portes principales, l'envi- 
ronne. La porte de l'ouest, par laquelle je pénétrai, ouvre sur une 
rue assez large, qui traverse la cité d'ouest en est dans toute sa lon- 
gueur. Cette rue, bordée d'ateliers et de boutiques, est voûtée dans sa 
partie centrale et forme alors une galerie couverte, éclairée de dis- 
tance en distance par des ouvertures circulaires vitrées (|ui laissent 
pénétrer la lumière, mais non la j)luie. C'est ce qu'on appelle le souk 
ou le bazar. Les autres rues, sauf (l(!u\ ou trois, sont, j)our la plu- 
part, sales, étroites ou lorlucuscs. Quelques-unes sont nninies de 
trotloirs h peine sullisanls pour ([ue deux personnes y marchent 
d« front et construits en partie avec de beaux blocs provenant de 
inonumcnis antirjues; ces dalle», dures et polies, sont fortjjlissantes. 



CHAIMTHE \X1II. — NAPLOUSE. 391 

Quant au milieu de la chaussée, il consiste en un petit sentier pous- 
siéreux ou langeux, selon la saison, et qui, à l'époque des pluies, se 
transforme en un véritable ruisseau où l'eau coule à (lots. Là clie- 
minent et se heurtent les bêtes de somme avec leurs pesants fardeaux , 
qui débordent souvent sur les trottoirs, à la grande gène des passants. 

Beaucoup de maisons sont à plusieurs étages, deux ordinaire- 
ment, trois au plus. D'autres se réduisent à un simple rez-de- 
chaussée. Quelques-unes sont grandes et assez bien construites et 
renferment une cour intérieure, autour de laquelle règne une ga- 
lerie. Elles sont toutes surmontées d'une terrasse, soit plate, soit 
légèrement bombée par de petites coupoles surbaissées, comme à 
Jérusalem, à Hébron et ailleurs. 

La ville est divisée en quatre quartiers diilérents, dont voici les 
noms : 

1" Haret el-Hharb, t^jj^\ iij^-, à l'ouest-nord-ouest; 

li" Haret el-Karioun, tj^^l «jUi-, à l'est; 

3" Haret el-FIabelek, AK*iL i»;U-, à l'angle nord-est; 

/i" Haret el-Yasminek, aj^l^v-UJI àjU-, au sud et immédiatement 
au [)ied du Garizim. 

C'est dans une partie de ce dernier quartier qu'habitent les 
chrétiens et les Samaritains. 

Les musulmans, au nombre d'une dizaine de mille, occupent le 
reste de ce quartier et les trois autres, ils ont la réputation d'être 
très-remuants et très-fanatiques. Ils possèdent cinq mosquées. 

La principale ou Djama' el-Kebir, j^\ ^U-, est une ancienne 
église chrétienne dédiée jadis, selon les uns, à saint Jean-Baptiste, 
selon d'autres, à saint Jacques le Mineur; d'autres enhn prétendent 
qu'elle portait le double nom de la Passion et de la Résurrection du 
Sauveur. Son portail oriental, encore debout, est très-élégant. 11 se 
compose de trois archivoltes ogivales en retraites successives et por- 
tant, de chaque côté , sur de gracieuses petites colonnes corinthiennes 
en marbre blanc, engagées dans les angles rentrants des jambages. 
L'archivolte extrême est décorée de sculptures exécutées avec soin. 
La porte détruite a été très-grossièrement rebâtie par les musul- 



392 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

mans et remplacée par une autre plus petite. Celle-ci douue entrée 
dans une sorte de cour découverte, où l'on remarque une piscine 
destinée aux ablutions et plusieurs colonnes en granit sans chapi- 
teaux, placées debout les unes à côté des autres. Cette cour a été 
prise, quand on a transformé l'église en mosquée, sur la longueur 
des nefs primitives. Ces dernières, dans lesquelles on pénètre en- 
suite, sont basses, très-allongées et au nombre de trois; elles sont 
soutenues soit par de simples piliers sans colonnes, soit par des 
piliers cantonnés de colonnes, lesquelles sont surmontées de cha- 
piteaux différents et paraissent provenir, ainsi que les fûts sans 
chapiteaux que je viens de mentionner, de monuments antiques. 

Le mihrab est décoré de colonnettes torses en marbre blanc. 

Au dehors, sauf le portail de l'est, l'extérieur de cet édifice est 
peu visible, entouré qu'il est presque entièrement de boutiques ou 
de maisons adossées à ses murs. C'est probablement dans cette 
église que le patriarche de Jérusalem assembla, en présence du 
roi Baudouin, le synode dont parle Guillaume de Tyr^ Quoi qu'il 
en soit, elle a été très-dégradée et remaniée d'une manière barbare 
par les musulmans, qui l'entretiennent actuellement fort mal. H est 
à remar(|uer que, contrairement à l'usajje suivi pour roiienlation 
de la plupart des anciennes églises de la Palestine, elle était tournée 
de l'est à l'ouest et non de l'ouest à l'est, comme elle aurait dû 
l'être, son portail regardant l'orient. 

Une autre mosquée, appelée Djama cn-lSaser, j*aj^\ j^W-^ ^^t 
pareillement une ancienne église. Orientée de l'ouest à l'est, elle 
est divisée en trois nefs; cin(( arcades, reposant sur des coloimes 
monolithes de granit rosîUre, séparent celle du centre, (|ui est la plus 
large, des deux collatérales, (^escoloimcs, coui'onnées de chapiteaux 
duri(|ueH, avaient dû oiner préalalilement (piel(|ue tenq)le païen, 
dont l'église aura occupé la place, de même qu'elle a été convertie 
elle-même plus tard en mosquée. Elle est éclairée par des baies 
étroiteH et profondément ébrasées. Les voûtes sont ogivales et les 

' (iiiillitiiiiH' »li» Tyr, llnUnir de In ffuenr niiinle, I. \ll, r. \iii. 



CHAPITRE XXIII.— NAPLOUSE. 3»3 

miiis tiès-i^pais. Les musulmans l'ont peu modifiée; ils ont seule- 
ment, en l'appliquant à leur culte, construit leur mihrab dans le 
mur méridional, et creusé à l'entrée, pour les ablutions, une belle 
piscine , qu'ils ont revêtue de magnifiques blocs, d'apparence antique 
|)resque tous. A côté gît sur le sol un chapiteau dorique. 

Une troisième mosquée, connue sous le nom de Djama el-Kha- 
drali, ijMi j^U-, a la même orientation que la précédente, c'est- 
à-dire de l'ouest à l'est. Elle n'a qu'une seule nef, pavée de superbes 
dalles, et qu'une abside, vers l'orient, percée de trois fenêtres. Les 
baies qui l'édairent latéralement sont, de même, très-étroites et 
ébrasées. Elle s'appelle El-Kluulrah (la verdoyante), sans doute h 
cause des jardins et de la verdure qui l'environnent. Les Samari- 
tains prétendent que le lieu qu'elle occupe est une portion du 
champ que Jacob acheta autrefois des enfants de Hémor, et, pour 
cette raison, ils l'appellent, en hébreu, Halkal Aa-«Sarft (la portion 
du chanq)), et, en arabe, Maliallet el-K h adrak [i[uariï(H' de la ver- 
dure). 

On y montre un endroit auquel est attaché le nom de Hazen 
Jakoiib, yy*!? u)"*" (^^ tristesse de Jacob), parce que, d'après une 
tradition, ce serait là que ce patriarche aurait appris de la bouche 
de ses autres fils que Joseph avait été dévoré par une bête féroce, 
et qu'il aurait pleuré dans une grotte la perte, heureusement non 
réelle, du plus cher de ses enfants. 

Les Samaritains de Naplouse affirment que cette mosquée a suc- 
cédé à une de leurs anciennes synagogues. La chose est possible; 
mais ils se trompent quand ils disent que l'édifice que l'on voit ac- 
tuellement a été bâti par leurs ancêtres. 

Cet édifice, en ell'et, par son orientation et par sa structure, ac- 
cuse une origine chrétienne. 

Une quatrième mosquée, Djama el-Hanableh, iiXoUil ^^, ne 
présente plus les caractères d'une construction chrétienne. Elle ren- 
ferme intérieurement un certain nombre de colonnes de granit 
monolithes, enlevées évidemment à des monuments antiques, mais 
rouroimées de la manière la plus bizarre par des chapiteaux de 



39i DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

formes et de dates dilï'érentes, grossièrement adaptés aux l'ùts qu'ils 
surmontent. 

Une cinquième mosquée, enfin, m'a été désignée sous la déno- 
mination de Djania el-Beik, Ju^Jl j^\.=?-; elle est peu importante. 

Le seraïa ou palais du gouverneur n'offre rien de bien remar- 
<}uable; c'est tout simplement une grande maison arabe, comme 
il y en a plusieurs autres à Naplousc. 

Je visite aussi un vaste khan, aujourd'liui tombant en ruine, 
appelé Khan el-Toudjar, j\js^\ ^jUw (khan des marchands). 11 forme, 
comme tous les bâtiments de ce genre, un grand rectangle entouré 
intérieurement de galeries voûtées à deux étages, que couronnaient 
des terrasses, actuellement écroulées. Au centre de la cour s'élevait 
autrefois une koubbeh ornée d'une jolie fontaine. 

Indépendamment des dix mille musulmans dont j'ai parlé, Na- 
plouse compte dans son sein un petit nombre de Juifs, i/io Sama- 
ritains, et libo chrétiens, se décomposant ainsi : /io catholiques, 
tioo Grecs schismatiques et une dizaine de protestants. Une haine 
profonde, invétérée, subsiste toujours entre les Juifs et les Sama- 
ritains. 

Ceux-ci, réduits à 35 ou /io familles tout au ])lus, sont l'unique 
reste des colonies assyriennes venues de dilï'érentes provinces de 
la Chaldée et de la Mésopotamie pour repeupler le royaume d'Is- 
raël, dontles habitants avaient été emmenés en exil par Salmanasar, 
Tan 7«o avant Jésus-Christ. Ces colonies étaient d'abord idolâtres, 
comme on le sait; puis, se voyant ravagées par des lions, elles 
demandèrent, pour conjurer la vengeance du ciel, à être instruites 
par des prêtres d'Israël et adoptèrent le culte du vrai Dieu; mais, 
«•n même temps, elles continuèrent d'adorer les dieux de leur pa- 
irie. Lorsque je résumerai, dans h; chapiliu; suivant, 1 histoire de 
Siclnmi, devenue ensuite Ac«/m//.s et aujouiclhui [\aplouse, ville 
(pii devint leur véritable nnHropole, je raconterai en peu de mots 
les cl iiïé rentes plinses qu'elles traversèrent. Maintenant ipi't^lles ont 
/•U* iMiil détruit es, Hoit fondues avec d'autres races victorieuses, elles 
IIP préMMitciit plus qu'un misérable débris «l'elh's-mêmes, débris 



CHAPITRE XXIII. — NAPLOUSE. 395 

néanmoins bien digne d'attention, puisqu'il a conservé fidèlement, 
après tant de siècles écoulés et tant de révolutions successives, ses 
mœurs, sa religion et son Pentateuque écrit en anciens caractères 
samaritains. 

M. l'abbé Barges, dans un intéressant et savant opuscule publié 
en 1 855 , et intitulé Les Samaritains de Naplouse, a donné des détails 
fort curieux sur la visite qu'il fit, en i853, à Scbalmab ben-Ta- 
biali (Selameh en arabe), alors leur grand prêtre. Ce dernier est 
mort depuis et a été remplacé par son fils Isaac. C'est le fils de 
celui-ci, nommé A'mran, jeune bomme d'une quinzaine d'années, 
qui me fit à moi-même, en l'absence de son père, les honneurs 
de la synagogue samaritaine, siuiple salle rectangulaire dont les 
murs sont blanchis à la chaux et dont tout le mobilier consiste en 
une table peinte en noir et en quelques nattes étendues sur le 
plancher. Elle n'est éclairée que par la porte et par une ouverture 
circulaire vitrée, qui a été pratiquée dans le plafond. Dans le mur 
oriental, on remarque une sorte de niche carrée, en forme d'ar- 
moire, devant laquelle est tendu un rideau de laine verte. Là est 
renfermé, dans un étui en cuivre ciselé, le précieux livre de la loi 
écrit en caractères samaritains. A'mran, en déroulant sous mes yeux 
le manuscrit sacré, me répéta textuellement ce que son grand-père 
avait dit à M. l'abbé Barges, à savoir, que ce fameux Pentateuque 
avait été copié à la porte du tabernacle de la congrégation sur la 
peau d'un agneau immolé pour un sacrifice pacifique par Abischoua, 
fils de Phinéhas, fils d'Eléazar, fils d'Aaron, frère de Moïse, fils 
d'Amram, l'an treizième de l'établissement des Israélites dans le 
pays de Kanaan, et que, par conséquent, il comptait au moins 
3,3oo ans d'antiquité. 

M. l'abbé Barges a déjà fait ressortir la ridicule invraisemblance 
d'une pareille date. A son avis, ce serait même se hasarder beau- 
coup que de faire remonter ce manuscrit au delà de mille ans^ 
J^e docteur anglican Huntington, qui, vers la fin du xvu^ siècle, 

' Les Samaritains de Naplouse, p. 5o. 



3% DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 

i'avail examiné avec soin, ne l'avait pas non plus trouve fort an- 
cien. 

Outre le Pentateuque conservé à Sicliem, ce qui avait en même 
temps excité la curiosité des savants de l'Europe, c'était la manière 
dont les Samaritains prononcent la lan^(|ue hébraïque. 

En 1810, le célèbre évèque Grégoire avait, dans une lettre et 
un mémoire, rédigés en arabe par M. Sdvestre de Sacy, adressé sur 
ce point plusieurs questions au prêtre de Sichem. 

La réponse de Schalmah ben-Tabiah avait été assez vague et 
n'avait guère éclairé à ce sujet l'opinion des orientalistes. Aussi 
M. Silvestre de Sacy, en publiant la traduction de cette réponse, 
après avoir déclaré que Schalmah ben-Tabiah n'avait pas élucidé 
d'une manière très-satisfaisante les questions qui lui avaient été po- 
sées, avait ajouté à la lin : 

C'est donc une question encore indécise, et qui ne pourra être résolue (|ue 
quand un savant bien au Hiit de la prononciation des Juifs aura été à portée 
d'enlendre un Samaritain ', 

Nul mieux que le docte professeur d'hébreu de la faculté de 
théologie de Paris ne pouvait être en mesure de résoudre ce pro- 
blème, et, les circonstances l'ayant mis, en i853, à Naplouse, 
en présence du chef religieux des Samaritains, c'est-à-dire de 
l'homme qui devait être le plus instruit du iaible reste de sa na- 
tion, il s'empressa d'interroger là-dessus Schalmah ben-Tabiah. 
(jelui-<"i ayant bien voulu prononcer à haute voix devant lui quel- 
«jues versets de la Genèse, M. l'abbé Barges remarqua que, dans 
la prononciation samaritaine, les sons a, », ou dominaient, ce qui 
le conduisit à conclure que, dans la lecture de l'hébreu, les Sama- 
ritains suivaient le systènn; des grammairiens arabes, (pii ne re- 
connaissent que trois points- voytdh^s et trois sons principaux. H 
remarqua aussi que les Samaritains prononçaient constamment les 
runsonnes de la même manière, n'j<*lant ce (|ue les rabbins en- 
!M*i{jiieiit louclianl h;» lettres hafjfody kephalli, (pii, selon eux, s'as- 
* Nolimê H exlrnils dea mamncrili, t. XII, p. \'xh. 



CHAPITRE XXIII. — NAPLOUSE. 397 

pireul ou (levienneiit fortes, suivant la place qu'elles occupent dans 
le mot, suivant l'accent tonique ou le signe ortliograpliique dont 
elles sont affectées. 

Le dialecte des Samarilains, ajoute M. Tabbé Barges, ainsi que la langue 
des GalHéons et des autres babilnnts de la Palestine, dut s'altérer beaucoup 
après la ruine de la nation juive et se corrompre de plus en plus jusqu'à l'é- 
poque où il fut remplacé dans la bouche du peuple par la langue arabe, co 
qui s'accomplit sans doute dans l'intervalle compris entre le viii" et le x" siècle. 
Les Samarilains, qui avaient conservé leur langue et leur écriture particulière 
dans leurs livres de prières et de liturgie, dans leur Pentateuque et les versions 
qu'ils en possédaient, adoptèrent, pour la prononciation de cette même langue, 
celle de l'arabe qu'ils parlaient'. 

Sclialniahben-Tabiali, répondant aux questions de l'évoque Gré- 
goire, avouait d'abord qu'il n'existait plus parmi ses corelijjion- 
naires de prôtre de la famille d'Aaron. Il se déclarait lui-même plus 
lard, dans une lettre adressée à M. de Sacy, de la race d'Oziel, 
(ils de Galiath, fds de Lévi; mais ensuite, pour mettre son titre de 
grand pi'étre d'accord avec sa généalogie, il se créa un arbre gé- 
néalogique différent, et prétendit qu'il descendait en ligne directe 
d'Éléazar, fils d'Aaron, frère de Moïse. 

Les Samaritains de Naplouse ne se marient qu'entre eux, afin de 
ne pas corrompre, par des alliances étrangères, la pureté de leur 
sang et de leurs doctrines religieuses. Un turban rouge les distingue 
des autres habitants. Leur grand prêtre porte un turban blanc, et 
son vêtement de dessus est en soie rouge. Ils craignent tellement 
de se souiller par le contact des morts, qu'ils n'enterrent pas eux- 
mêmes leurs propres parents décédés, mais confient ce soin à des 
musulmans salariés. 

D'après une supplique envoyée à Paris, en 1862, par Schalmah 
ben-Tabiah et adressée au roi Louis- Philippe, il paraît qu'ils ne 
pouvaient pas alors pratiquer ouvertement les cérémonies de leur 
cullc et immoler l'agneau pascal sur le Garizim, leur montagne 
sacrée. En i853 encore, les musulmans leur interdisaient l'accès 

' l.rs Sdwnvilains de Naplovuc, p. (m. 



398 DKSCRIPTION DE LA SAMAIUK. 

de. cette montagne; mais depuis ils ont pu y célébrer, d'après leur 
rite, les fêtes de la Pàque, de la Pentecôte et des Tabernacles. 

La population chrétienne de Naplouse appartient, en grande 
majorité, comme je l'ai dit plus haut, au rite grec schismatique. 
Quatre cents individus environ professent cette religion; ils sont 
sous la juridiction spirituelle d'un évêque, qui réside d'ordinaire 
à Jérusalem et que remplace à INaplouse un simple prêtre. Leur 
église est à la fois très-pauvre et très-petite. 

Les catholiques, au nombre de quarante seulement, sont des 
Grecs récemment convertis ou des Maronites. C'est en 1862 que 
Ms*' Valerga, patriarche latin de Jérusalem, a fondé cette mission 
en envoyant à Naplouse un jeune missionnaire zélé, M. l'abbé Aclis, 
remplacé depuis dans ce poste délicat et difficile par M. Tabbé 
Bost, qui m'a témoigné une extrême bienveillance pendant le court 
séjour que j'ai fait dans cette ville. Une chambre de son humble 
presbytère sert jusqu'à présent de chapelle à cette mission nais- 
sante. M. l'abbé Bost attend, pour bâtir une église un peu moins 
exiguë et plus convenable en même temps, que son petit troupeau 
s'accroisse et que des ressources plus étendues soient mises à sa 
disposition. 11 a déjà ouvert une école pour les garçons. Son désir 
serait aussi d'en ouvrir une autre pour les petites filles; mais, pour 
cela, il lui faudrait quelques religieuses, qui auraient également 
soin des malades et, à force de charité, prépareraient peu à peu 
les voies à une diffusion plus grande de la religion catholique au 
milieu d'une population aussi fanatique que celle de INaplouse. 

Une mission prolestante est pareillement établie dans cette ville; 
mais les ministres cjui la dirigent, bien qu'installés depuis plus de 
vingt-sept ans en cet endroit, n'ont pas réussi jusqu'ici à faire beau- 
coup (le prosélytes. Le rhillVe actuel de leurs adhérents ne dé[)ass(^ 
|)ns, à CA'. r|u'il ))nraît, dix. 

Les fontaines abondent à Naplouse. On en compte une quinzaiiu^ 
clans riiiiérieur de l'enceinte. D'autres coulent en dehors et ar- 
ro«enl de mngnin(|ue8 jardins. Cette abondance d'eau et l'heureuse 
pOMilioii de celte cité dans une vallée ferlile, près «le la grande rouir 



CHAPITRE XXÏII. — NAPLOUSE. 399 

conduisant de Jérusalem à Damas, ont toujours contribué à la main- 
tenir dans un état de prospérité relative. Rien n'égale la fraîcheur 
et l'agrément des vergers qui l'entourent et qui lui forment une 
sorte de ceinture verdoyante entre l'E'bal et le Garizim. On y voit 
confondus, avec le pôle-méle oi-dinaire de la culture orientale, des 
orangers, des citronniers, des jujubiers, des grenadiers, des aman- 
diers, des figuiers, des mûriers, des abricotiers et même de beaux 
noyers, arbre assez rare en Palestine. Çà et là, des vignes grim- 
pantes s enroulent autour de leurs troncs et courent souvent en fes- 
tons de l'un à l'autre. A leurs pieds croissent diverses espèces de 
légumes, qui poussent en quelque sorte à vue d'œil entre des ruis- 
seaux murmuranls, dont les innombrables rigoles imprègnent sans 
cosse le sol d'humidité et répandent partout la fécondité et la vie. 
On y remarque pareillement de superbes plants de jasmins et de 
rosiers. Leurs fleurs servent à fabriquer ces essences odorantes, si 
chères aux Orientaux. Aussi les bazars de Naplouse sont-ils large- 
ment pourvus de légumes et de fruits, et les caravanes s'y approvi- 
sionnent, à leur passage, des aliments qui leur sont nécessaires. 

J'ai déjà parlé des monticules de cendres qui avoisinent la ville. 
Ces monticules, ai-je dit, proviennent du résidu des fabriques de 
savon qu'elle renferme. Elfectivement, celles-ci y sont assez nom- 
breuses, et chaque année Naplouse exporte quatre ou cinq mille 
quintaux de savon, dont une partie est expédiée en Egypte et le 
reste sur différents points de la Palestine et de la Syrie. 

Tel est, en résumé, l'état actuel de cette ville. Elle a succédé 
évidemment sur le même emplacement à une autre cité plus an- 
cienne, qui doit remonter au moins jusqu'à l'époque romaine, 
comme le prouvent plusieurs des fontaines que j'ai signalées, dont 
quelques-unes, par la nature et la disposition des magnifiques blocs 
qui forment les canaux oi^i elles coulent ou d'oi!l elles jaillissent, 
semblent accuser une époque antérieure à l'invasion arabe. Je ci- 
terai notamment, en dehors et au sud-ouest de la ville, sur les 
dernières pentes du Garizim, la source dite Ras el-A'ïn. Le canal 
où l'eau se précipite vers Naplouse avec une grande abondance est 



AOO DESCRIPTION DE LA SAMARÏE. 

construit avec de belles et larges pierres de taille, et il est recou- 
vert, soit par d'énormes blocs en forme de coins, qui s'enjjagent 
dans sa partie supérieure et la bouchent hermétiquement, soit par 
de grandes dalles horizontales. Ce canal , bien qu'appelé Ras el- 
^*f«(la léle de la source), a sa véritable origine plus à l'ouest et à 
un étage plus élevé de la montagne; car, en i863, un fellah, en 
pratiquant, à une cinquantaine de pas à l'ouest de Rasel-A/ïn, une 
excavation pour déraciner un vieil olivier, a découvert en cet en- 
droit un réservoir en pierres de taille et la suite du même canal, 
qui commence encore plus haut. J'ai vu moi-même à cette époque 
ce réservoir, qui a été depuis recouvert de terre. Or il est impos- 
sible de ne pas reconnaître dans cet aqueduc, tantôt souterrain, 
tantôt à fleur du sol, un travail antique. 

Lintérieur de Naplouse est, en outre, rempli de débris de toutes 
sortes bien antérieurs à l'époque arabe, notamment des blocs d'un 
superbe appareil, les uns taillés en bossage, les autres complète- 
ment aplanis, et de nombreux fûts de colonnes de marbre, de 
pierre ou de granit, employés à orner des mosquées ou même gi- 
sants à terre. C'est ainsi, par exemple, que, non loin de la grande 
mosquée, on admire deux tronçons gigantesques de colonnes de 
granit rose, qui, par la perfection de leur poli et les dimensions 
considérables de leur diamètre, prouvent à eux seuls l'importance 
et la beauté de rédifice qu'ils décoraient jadis. Ils sont maintenant 
étendus le long d'un trottoir. 

(Juehjues passages voiUés sont, sinon antiques, du moins en 
grande j)artie b^tis avec des blocs à bossage qui semblent provenir 
de constructions antérieures. 

Je signnlerai égalemcuit, dans une habitation particulière, deux 
belles salles voûtées, légèrem<>nt ogivales, restes d'un édifice plus 
consiilérable, qui m'a été désigné sous le nom de Habs cd-lkmin, 
p«>Jl ^f0J^^ (la prison du sang). La tradition vcutque,encelendioit, 
beaucoup de chrétiens aient été jadis enhuinés, puis massacrés. Il 
nvail été bâti avec des piiîri'es A bossage a|)lani, d'une (hinensiou 
liiouMine, mais d'unr taille <'l d'un agencement irréprocitahles. 



CHAPITRE XXIII. — NAPLOUSE. àO\ 

Les carrières d'où ont été tirés les matériaux qui ont servi, à 
difféienies époques, aux diverses constructions delà ville, occupent 
un kilomètre environ de longueur sur les lianes septentrionaux du 
Garizim; elles forment plusieurs cavernes, dont l'une, qui est la 
plus grande de toutes, à la fois très-profonde et très-élevée, s'ap- 
pelle, pour cette raison, A'rak el-Kebir, j^\ (^^j^. L'eau suinte des 
voAtes en plusieurs endroits. Elle a dû, sans doute, servir de refuge 
aux Samaritains, lorsqu'ils se retranchèrent, à diverses reprises, sur 
le mont Garizim. Aujourd'hui, elle est hahitée par d'innomhrables 
corbeaux. Les autres galeries ou excavations analogues, pratiquées 
dans le même but, sont situées à l'est de celle-ci ; elles s'étendent le 
long de la montagne, mais sont beaucoup moins profondes que la 
précédente. Sur deux points, j'ai remarqué qu'on avait ménagé des 
rampes artificielles, afin de faire glisser doucement jusqu'au pied 
de la montagne les blocs détachés de la carrière. 

Naplouse occupe donc certainement la même assiette que la ville 
romaine de FlaviaNeapolis, dont elle a gardé le nom. Quant à l'an- 
tique Sichem, dont la dénomination a été complètement elfacée 
par celle de Neapolis, et dont les ruines ont disparu pour être 
employées à bâtir la nouvelle cité qui la remplaçait, elle paraît 
avoir été située un peu plus à l'est et dans le voisinage du puits 
de Jacob. C'est là une tradition encore subsistante dans le pays, et 
qui s'est perpétuée d'âge en âge parmi les Juifs, les Samaritains, 
les chrétiens et les musulmans. Nous la trouvons consignée dans 
les écrits d'un grand nombre de pèlerins, à commencer par le Pè- 
lerin de Bordeaux, dont j'ai déjà cité le témoignage, et qui distingue 
très-nettement trois localités: Neapolis, Sechim (Sichem) etSechar 
(la Sichar de l'Évangile). 

Eusèbe, au contraire, à peu près à la même époque, ne fait 
qu'une seule et même localité de Sichem et de Sichar ou Sychar, 
comme semblent le prouver les deux passages suivants : 

cjr}(p trp viçi aùrou' êv fi ô Xpi(7lts xarà rov Iwolvvriv rîj ^oi(xapstTtSt tsapà rij 
■cr»77>7 SiaXéysTat. 



A02 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

'^v)(èfx, xat >? 'Stixifxày v xal 2aX^/!z, rséXts Iax'x>ê, vvv êpiifxos ' Ssixvvtûii 
Se iÔttos êv zrpoacrletois ISéas zsôXecos ' evOa xai ô xaÇos SsixvvTai rov lcoa-ïî(p , 
xaï tsapaxenai. 

Il résulte de ces deux passages que Su;(àp et 2v;(^é|!x sont indi- 
quées l'une et l'autre comme situées dans la banlieue de Neapolis 
et près du champ do Jacob, où se trouvaient à la fois le puits creusé 
par ce patriarche et le tombeau de Joseph, signalés, le premier au 
mot 2v;^àp, le second au mot ^\j-/éik. Eusèbe, par conséquent, 
paraît appliquer cette double dénomination à la mAme localité, qui 
était déjà déserte de son temps, et que l'on montrait non loin de 
Neapolis. 

On croit généralement que le mot Sichar ou Sychar était une 
sorte de sobriquet donné par les Juifs, à une certaine époque, à Si- 
chem. Nous ne le rencontrons pas dans l'Ancien Testament, mais 
seulement dans le Nouveau : 

Venit ergo (Jésus) in civitatcm Samariaî quîB dicitiir Sichar, juxta pranlium 
qiiod dédit Jacob Joseph Gho suo'. 

Dans les éditions grecques, on lit ^ix^p et plus ordinairement 

Ce surnom semble dériver de l'hébreu ipç/, chckhei; a mensonge, 
fausseté, 7) parce que les Samaritains mêlaient au culte du vrai Dieu 
celui des idoles; ou bien encore d'un autre mot hébreu i^s^f , chikkor, 
fr ivrogne, 7) nsç?, chakar, cr s'enivrer, ii les habitants de la montagne 
<rÉpliraïm étant, à ce qu'il paraît, enclins à l'ivrognerie, connue 
le témoignent plusieurs versets de l'Ecriture, notamment ceux-ci : 

». Vu; coruiio! su|)crbiiL>, ehriis Ephraiiii el flori decideiili, gloriuj exsulln- 
lioiiit» ('jus, qui errant in verlice valiis piii{juissinm!, errantes a vino. 
3. PedibuH conrnlcnhilur corona superbin; ebriorun» Ephraini'. 

(iepcndnnl, bien que tous les manuscrits grecs de l'Evangile de 
huiiil Jean portent -vp^ajo on -<X'*P' saint JéiAme pense que c'est 
une leçon vicieuKe. 

' S«inl Jrim, c. iv, v. 6, — ' Isaic, r. xwiii, v. i cl .'I. 



CHAPITRE XXIII. — NAPLOUSE. A03 

Dans son Epitaphe de sainte Paule, il s'exprime ainsi : 

ïiaiisivit Sichem, non ut plerique errantes legunt Sichar, quai nunc Nea- 
polis appellalur^ .... 

Le même Père de l'Eglise, dans ses Queslions sur h Genèse, dit 
également : 



Hebraice Sichem dicilur, ul Johannes quoque evangelisla testatur; licel vi- 
tiose, ut Sichar legatur, errer inolevit^. 

Quoi qu'il en soit, pour saint Jérôme comme pour Eusèbc, Si- 
char et Sichem sont une seule et même ville. 

' Uieronymi opéra omnia, ëdit. Mi{jne, l. 1, p. 888. — * Ibid. t. II, p. ioo4. 



96. 



L 



40A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE VINGT-QUATRIEME. 

IIISTOIRE DE SICHEM, PLUS TARD NEAPOLIS, ACTUELLEMENT NAPLOUSE. 



L'étymoIo[jie du mot Sichem , en hébreu n2p , C/iekIiem, en grec 
2v;^éfx et aussi ij 2txf(y.a ou xà S/x<fta, en latin Sichem, peut donner 
lieu à une double supposition. 

Ou bien, comme le prétend Eusùbe, la ville ainsi appelée aurait 
tiré son nom de Chekhem, fils de Hémor, chef de la tribu des Hé- 
véens à l'époque de Jacob : 

^v)(^è{x Se xaï vibs E/i/jMàp éxaXe^TO, d(p*ov xa\ b tottos^. 

Dans ce cas, comme la Bible cite déjà cette localité sous ce 
nom, dès l'époque d'Abraham 2, ce serait alors en quelque sorte par 
anticipation, fait dont nous trouvons plusieurs autres exemples 
dans les Livres saints. 

Ou bien le fds de Hémor aurait emprunté son nom ù la ville 
qui était soumise à l'autorité de son père, et celle-ci aurait été 
ainsi nommée à cause de sa position sur le dos de la vallée qui 
sY'tcnd entre l'E'bal et le Garizim. En hébreu, le mot 02^ a le sens 

' V I 

(Y épaule, dos. 

A roucsl, en effet, de la vallée dans laquelle s'élève Naplouse 
et où s'élevait jaihs Sichem, toutes les eaux ont leur cours vers la 
Méditerranée; à l'est, au contraire, elles s'écoulent vers le .Toui- 
dain. 

fja |)remière fois (pur le nom de cotli; ville a|)pai*ait dans la Bil)l<^ 
refit lors de la première migration d'Abraham dans le pays de 
Knnaan. 

' OmnHii%lieoM , nu mol ^M^ift. — ' (îenège, c. xii, v. ('). 



CHAPITRR XXIV. — HISTOIRE DE SICIIEM. /i05 

Nous lisons dans la Vulgate : 

Perlransivit Abraiii lerram usque ad locum Sicliem, usquc ad convallcin 
iHustrcm : Chananœus autem tune erat in terra'. 

Dans la version des Septante, à la place de ces mots usque ad 
convallem ilhislrem, a jusque vers la vallée célèbre, ti on trouve ceux- 
ci : S7ri Tïiv Spvv tï/v vv/zr/Xr/r, rr vers le chêne élevé, -n 

La traduction littérale de ce verset, d'après le texte hébreu, est 
la suivante : 

Abram s'avança dans Tintérieur du pays jusqu*au lieu de Chekhem (Sichem) , 
jusqu'au bois de chênes de Môreh. 

Les mots jusqu'au Heu de Sichem, en latin usque ad locum Sicliem, 
en grec ews tov tottov Sv;(êj:i, en hébreu ddç^ oipp ny, a'd meqâm 
Chekhem, pourraient donner à penser que, à cette époque, la ville 
ainsi appelée n'existait pas encore, comme si l'écrivain sacré eût 
voulu air Q jusqu'au lieu où fut plus tard élevée Chekhem (Sichem). 
Mais, comme plusieurs critiques l'ont observé avant moi, l'exprewS- 
sion de meqâm, place, endroit, est, dans différents passages, employée 
par l'auteur de la Genèse avec le sens de ville'^, ce qui laisse la 
question indécise. Toujours est-il qu'alors des bouquets de chênes, 
ainsi que l'atteste le texte hébreu, ombrageaient l'entrée de la 
vallée de Sichem du côté de l'orient, et que cet endroit s'appelait 
Môreh. C'est sous l'un de ces arbres qu'Abram (ce patriarche ne 
portait pas encore le nom d'Abraham) dressa ses tentes en arri- 
vant de Mésopotamie et éleva un autel au Seigneur, qui lui était 
apparu en lui disant : rr Je donnerai cette terre à ta race : v 

Apparuit autem Dominus Abraui et dixit ei : Seniini tuo dabo lerram lianç. 
Qui œdificavit ibi altare Domino, qui apparuerat ei'. 

Plus tard, Jacob, de retour de la Mésopotamie, oii il avait servi 
son oncle Laban pendant de longues années, vint avec toute sa 
lamille occuper, selon toute apparence, auprès de Sichem, le même 

' Genèse, c. xii, v. G. — * Ihid. c. xviii, v. aA; c. xi\. v. fi. — ^ Ihid. c. xii, 
V. 7. 



40G DESCRIPTION DE LA SAMARÏE. 

cnnipcmcnt que son auguste aïeul Abraham. Il y acheta des euliiiils 
de Hémor, père de Sichem, qui avait peut-être donné son nom à 
la ville, à moins qu'il ne l'eût reçu d'elle, la portion du cliamp 
où il avait dressé ses tentes. Cette acquisition eut lieu au prix de 
cent agneaux. 

La Bible ajoute que Jacob érigea en cet endroit un autel au 
Seigneur, et qu'il y invoqua le Dieu fort d'Israël : 

18. Traiisivitque in Salem urbem Sichimoruiii, quœ est in lerra Chanaan, 
posiquam reversas est de Mesopotamia Syriœ, et habitavit juxta oppidum. 

19. Emilque parlem agri in qua fixerai labernacula, a filiis Hemor, patris 
Sichem, cenlum agnis. 

90. Et erecto ibi altari, invoeavit super illud fortissimum Deum Israël*. 

Cet autel dut très-probablement être dressé sur le même lieu 
que celui qui avait été élevé par Abraham. 

Nous savons par l'Évangile de saint Jean, à propos de la ren- 
contre de la Samaritaine avec Notre- Seigneur, que Jacob creusa 
dans ce champ un puits profond pour les besoins de sa famille et de 
ses troupeaux^. 

C'est pendant le séjour que fit ce patriarche sous les bocages de 
Môrch (jue Dina, fille de Lia, étant sortie un jour pour aller voir 
les fenmies du pays, fut enlevée par Sichem, fils de Hémor, chef 
de la contrée. 

l'our réparer cet outrage, comme Sichem aimait éperdument 
Dina, Hémor demanda à Jacob la main de sa fille pour son fils et 
lui ollVit une alliance entre les deux races avec tous les droits et 
avantages qu'il pouvait désirer. Cette proposition fut acceptée; mais 
les fils de Jacob mirent pour condition que Hémor et son peuple 
se feraient cir<'oncire. Ce; jirinctî, [uessé j)ar son fils, y consentit 
et y fit con.sentir tous les siens. Or, le troisième jour, lorsque les 
lioininos étaient le plus soulfrants des suites de cette opération, Si- 
méoii cl Lévi, frères de Dina, comme issus eux-mêmes de Lia, cn- 

' Grnht, P. )it)iin, v. 18-iio. — ' Suint Jean, r. iv, v. i-i. 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. /i07 

vah iront, l'épée à la main, la ville, qui se croyait en pleine sûreté, 
tuèrent tous les mâles, y compris Hénior et Sicliem, et retirèrent 
lie la maison de celui-ci leur sœur Dina. Les autres frères l'onilirent 
alors sur la malheureuse cité, en pillèrent toutes les habitations 
et en emmenèrent bestiaux, femmes et enfants. Tant de perfidie et 
tant de cruauté en même temps affligèrent profondément l'âme de 
Jacob; il dit à Siméon et à Lévi : cr Vous m'avez rendu odieux aux 
Kananéens et aux Phérézéens, habitants de cette contrée. Nous 
sommes peu nombreux; ils s'assembleront et me frapperont, et je 
serai détruit moi et ma maison ^1î 

Les années ne firent pas oublier à Jacob ce crime allVeux, et, à 
son lit de mort, il adressa de nouveau d'amers reproches sur ce 
point à Siméon et à Lévi : , 

Maudilo soil leur fureur, car elle est acharnée; el leur colère, car elle est 
iiupiloyabie : je les diviserai eu Jacub el je les disperserai dans Israël-. 

Après cet événement, Jacob se retira quelque temps à Bethcl; 
mais auparavant il enterra sous un chêne ^, près de Sichem, les 
dieux étranjjers que les siens avaient rapportés de Mésopotamie, 
ainsi que les pendants d'oreilles (ju'ils portaient^. 

Quelques années plus tard, lorsque Jacob résidait près de Hé- 
bron, ses fils étant partis pour Sichem, afin d'y faire paître leurs 
troupeaux dans les riches plaines qui environnent cette ville, il en- 
voya Joseph, qui était demeuré avec lui, pour savoir de leurs nou- 
velles. Josejdi se mit donc en marche pour Sichem; là, on lui ap- 
prit que ses frères étaient allés à Dothaïn. Il s'y rendit aussitôt. Ou 
sait comment il y fut vendu à une caravane d'Ismaélites et trans- 
porté en Egypte, où il s'éleva à un très-haut degré de puissance et 
fit venir son père et toute sa famille près de lui. Sur le point de 
mourir, il demanda que ses restes fussent un jour rapportés dans 
le pays de Kanaan. 

' Genèse, c. xxxix. le mol hébreu n)ii par térébinthe, mais 

* Ibid. c. xLix, V. 7. on le rend ^duéralenienl par chêne. 

^ La Vulgale elles Septante traduisent * Gettèse, r. xxxv. 



408 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

L'Exotle nous apprend quo ses dernières volontés lurent fidèle- 
ment exécutées par Moïse, qui emporta ses ossements d'Egypte'. 

Arrêté par la mort sur le seuil même de la Terre promise, ce 
grand homme légua à Josué, son successeur, ce dépôt précieux, et 
celui-ci ensevelit, près de Sichem, dans le champ jadis acheté par 
Jacob aux fils de Hémor la dépouille de Joseph ^. 

C'est dans la vallée de Sichem et sur les premières pentes des 
monts E'bal et Garizim, ainsi que je l'ai dit plus haut, que Josué 
disposa les douze tribus, lorsque, conformément aux ordres de 
l'Eternel, il fit proclamer les bénédictions et les malédictions qu'on 
lit dans le Deutéronome. Il érigea aussi préalablement sur la pre- 
mière de ces deux montagnes un autel de pierres non polies et que 
le fer n'avait point touchées, pour y offrir au Seigneur des holo- 
caustes et des sacrifices pacifiques. En outre, toutes les paroles 
de la loi y furent gravées sur de grandes pierres enduites de chaux 
et dressées'. 

Les Samaritains, d'accord en cela avec leur Pentateuque, pré- 
tendent que l'autel fut construit sur le Garizim et non sur l'E'bal, 
et ils accusent les Juifs d'avoii', sur ce point, altéré le texte sacré. 
Miiis les preuves qu'ils allèguent à l'appui de leur assertion sont 
plutôt plausibles que convaincantes, et l'autorité du texte hébreu 
a été suivie par la version des Septante et celle de la Vulgate. 

Une autre dilliculté se présente ici; elle a été soulevée par Eu- 
sèbe et ensuite par saint Jérôme, affirmant tous deux que l'on doit 
chercher près de Jéricho et non près de Sichem les monts E'bal et 
(iarizim qui furent témoins des bénédiclions et des malédictions 
prononcées dans celte circonstance solennelle. 

\ (»ici le passage d'Eusèbe dans YOiiomnstiœn . 

VtdàXf 6pos év jfi yp T^< éTtayye'kîas , êvOa xeXeue< Mcoua^s alvcrat ^u- 
aioalifptov. Kaî Xéyerat vrapoLxeïaOai t>7 lepi^rfi 6pt) Svo xarà tapôcrconov à\- 
XtfkcÊnf xai ts\n<jiov * "ov ih (xèv ehai Vapt^sïVf rb Se VeSdX. '^a(Àape7Tai S^ 

* EwoJe, c. \in, V. ly. ' Iknléionome , c. xxvii, v. a -8. — 

• Jomii,r. %\t\ , \. .la, Jokhi', r. vm, v. .'{o-3>. 

I 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. 409 

éVepa Seixvvovariv rà. rf} N^a TSÔXei -aapaKetixeva y <7(pa.'X'k6fxevot , on S)) -aXdalov 
Si£<7lt}Kaaiv àWri'koJV lin' axtim) eJ'cixvufxeva , ws fX)) SivacrOoii àWr{Xuv dxoveiv 
éxarépcoOev jSoôivTas. 

ffGebal, montagne dans la terre de la Promesse, où Moïse ordonne d'ériger 
l'autel. On dit que près de Jéricho s'élèvent deux montagnes voisines, qui se 
regardent réciproquement, dont l'une est le Garizin, et l'autre le Gebal. Les 
Samaritains en montrent d'aulros situées près deNeapolis; mais ils se trompent; 
car les montagnes qu'ils indiquent sont trop éloignées entre elles [)Our qu'on 
puisse; y entendre de l'une à l'autre les voix de ceux qui y pousseraient des 
cris. r> 

Saint Jérôme paraît adopter complètement cette opinion; il tra- 
duit, en eiïet, ce passage sans le modifier, ce qu'il fait néaiunoins 
le plus ordinairement, lorsqu'il ne partage pas, en totalité ou en 
partie, les idées d'Eusèbe. 

Gebal, mons in terra Repromissionis, ubi ad imperium Mosi altare con- 
structum est. Sunl aulcm juxla Jéricho duo montes vicini contra se inviceni 
respicienles, e quibus uuus Garizim, aller Gebal dicitur. Porro Samaritani 
arbitranlur hos duos montes juxta Ncapolim esse; scd vehemenler errant : 
plurimum enim iuler se distant, nec possunl invicem benedicentium sivc 
maledicentium inter se audiri voces, quod factum Scriptura commémorai. 

Ailleurs, au mot YoXywX, Eusèbe s'exprime ainsi : 

ToXywX, ti xaï TdXyaXa. Taôrvs elvai tsXr^aiov ») Tpai^i) SiSâaxst tous Ta- 
pi^ew xai TeGàX opovs. H Se TaXyaXa tSitos êcrll Ttjs lepi)(Ovs. 

«Golgôl, ou Galgala. Près de là, l'Écriture nous apprend que s'élèvent le 
Garizin et le Gebal. Or Galgala est un endroit voisin de Jéricho, w 

Après avoir traduit ce passage, saint Jérôme ajoute : 

Errant autem Samaritani, qui juxla Neapolini Garizin et Gebal montes os- 
lendere volunl, quum illos juxta Galgal esse Scriptura testelur. 

Le passage de l'Kcriture auquel Eusèbe et saint Jérôme font al- 
lusion est tiré du Deutéronome : 

9(). Cum vero introduxerit te Dominus Deus tuus in terram ad (}uam per- 
gis habitundam, pones benediclionem super monlem Garizim, malcdiclionom 
suj)or montcm Hebal; 



/ilO DESCRIPTION DE LA SAMAIUE. 

3o. Qui suiil Irans Jordaueui, posl viam quœ vergit ad solis occubitum, in 
terra Chananœi, qui liabital in canipesUibus contra Gal^jalaui, quœ est juxla 
valleui leudeulem et intranlem procul ^. 

Moïse, averti par le Seigneur qu'il n'aura pas lui-même le pri- 
vilège d'introduire les Hébreux dans la Terre promise, mais que 
cet honneur est réservé à Josué, donne d'avance à son peuple toutes 
les prescriptions qui devront diriger sa conduite, quand il aura 
franchi le Jourdain. Entre autres recommandations qu'il lui lait est 
celle de prononcer les bénédictions sur le mont Garizim et les 
malédictions sur le mont E'bal, monts, dit la Vulgate, situés au delà 
du Jourdain y derrière le chemin qui mène vers le soleil couchant, dans 
la terre du Kananéen, lequel habile dans les plaines vis-à-vis de Gai- 
gala, près d!une vallée qui s étend et s avance au loin. 

Telle est la traduction littérale de ce dernier verset de la Vul- 
gate; voici maintenant celle du verset correspondant dans le texte 
hébreu : 

Ne sont-ils pas (les monts Garizim et E'bal) au delà du Jourdain, der- 
rière le chemin du soleil couchant, dans la terre du Kananéen, lequel habite 
dans la conlrt^e vis-à-vis de Gilgal, près des chênes de Môreh? 

Les mots nno '•^^Vn "jsk , etsel elâneh Môreh (près des chênes de 
Môreh), précisent, à mon avis, d'une manière très-nette l'empla- 
cement des montagnes sur lesquelles devaient être prononcées les 
malédictions et les bénédictions. Ces montagnes, d'après le texte 
sacré, étaient au delà du Jourdain, c'est-à-dire à l'ouest de ce 
lleuve, le peuple étant alors à l'est, dans le pays de Moab. Pour s'y 
n'udn;, il fallait, aj)rès avoir franchi le lleuve, se diriger vors le 
couchant, et elles étaient situées [)rès du bois de chênes de Moreh. 
(Juant aux mots dans la terre du Kananéen, lequel habile dans la con- 
trée vi»~àr-vis de Oilffal, ils ne signilient pas que ces montagnes elles- 
inêincH dominaient (lilgal cl en étaient voisines, mais seulement 
(|irelles npparlenaient aux Kananéens, dont le territoire commen- 
çai! dans le voisinage de Gilgal. 

• Itetêlèi oHomf , r. kl. v. «19 «l 3o. 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIHE DE SICHEM. 411 

En rappmcliaiit, en outre, la fin de ce verset d'un autre verset 
de la Genèse \ où ces mêmes chênes de Môreh sont marqués dans 
la proximité de Sichem, on est tout naturellement porté à conclure 
que les monts Garizim et E'bal témoins de la grande cérémonie 
des bénédictions et des malédictions prononcées devant tous les 
Israélites réunis ne peuvent être autres que ceux que l'on désigne 
sous ce nom de toute antiquité, et entre lesquels est située Naplouse, 
l'antique Neapolis, qui avait succédé elle-même à Sichem. 

L'historien Josèphe, en reproduisant la prescription de Moïse 
relative à la cérémonie des bénédictions et des malédictions, est, 
d'ailleurs, très-positif {^ ce sujet, comme le prouve le passage sui- 
vant : 

È^elSvTas Se rrjv Xavavaîojv ytjv xai TSaaav §ia(p6etp(xvTas jrjv èv aÙTr} 
'a\ï]Oùv xtxôà 'zspéiTEi , tov ^Ci)y.6v te àvctalïjcrai tirpos rfXiov àvhyovta Tsrpafi- 
fxévov, ov 'Tsàppw Ttjs ^txifxùJv taéXews, fxera^v Svoîv bpoTv, Tapi^aîov (xèv tov 
èx Se^iôjv xeifxévoVf rov S'èx \aiôîv r*6aXou xspoaayopsvofxévov * (xept(T0s7<Tav 
Se Tvv alpoLTiàv X(x6* i^ (pvXàs êir) toîv Svotv bpoïv avczar1r}vai^ . . . . 

ff Quand ils se seront emparés do la terre de Kanaan, et qu'ils auront dé- 
truit, comme elle le mérite, toute la population qui ThabiJe, ils dresseront un 
autel tourné vers le soleil levant, non loin de la ville de Sichem, située entre 
deux montagnes, Tune à droite, appelée Garizim, et l'autre à gauche, appelée 
Gibal. L'armée sera alors divisée en deux parties, six tribus étant placées sur 
la première de ces deux montagnes et les six autres sur la seconde, w 

Le même historien, dans un autre passage, en racontant l'ac- 
complissement de cet ordre de Moïse, est tout aussi formel que 
dans les lignes que je viens de citer : 

Ivcrovs Se SX TÔJV TaXyciXcov dvacri paroireSevcras eîs tï)v hpeivrjv IcrISi tyiv 
lepàv axrjvrjv x(nà ^ikovv tsâliv .... xa) ywpriaas êvTSvOev èttI ^ixiixcov avv 
aitavTi Tç3 Xoico ^ù)(x6v ts mlrjcnv ottou tspos'ïns Mwuct^î, xaï vet(jL(ts rtjv trlpa.- 
rtàv stt) fxèv t^ Tapi^v opst ttjv rîixicretav 'ialticriv (xolpav^ èiiï Se tÇ TtSaXy 
Trjv vixi'a-etav, èv ç5 xai (2co[x6$ eali , xaï rà \svntxbv xa) tovs ispéas ^. 

ff Josué, ayant levé son camp de Galgal pour occuper la contrée montagneuse, 

' Genèse, c. xn, v. 0. — ' Antiq. judatq. I. IV, c. vm, S Mi. — ^ IbiiL I. V, c. i, 

S 19. 



/il2 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

plaça le laberuacle sacre dans la ville de Silo. . . . puis, claiil parti de là, il 
érigea un aulel à Tendroit marqué par Moïse, et, divisant son armée en deux 
parties, il en plaça la moitié sur le mont Garizim et la seconde moitié sur le 
mont Gibal, où avait été dressé l'autel, avec les Lévites et les prêtres.^ 

De ces deux passages il résulte nettement que les monts Gari- 
zim et E'bal où furent prononcées les malédictions et les bénédic- 
tions sont bien ceux qui dominaient la ville de Sichem; par con- 
séquent, l'assertion d'Eusèbe et de saint Jérôme, allirmant qu'on 
doit les cherclier près de Jéricho, est sans fondement. Quant à l'ob- 
jection, alléguée par eux, tirée de l'impossibilité d'entendre du mont 
Garizim ce qui serait proclamé sur le mont E'bal, et réciproque- 
ment, j'y ai déjà répondu, en indiquant comme emplacement pro- 
bable des douze tribus les deux enfoncements parallèles du Garizim 
et de l'E'bal , sorte de double théâtre gigantesque approprié à cette 
cérémonie imposante, et d'oij les deux parties du peuple, en regard 
l'une de l'autre, pouvaient à la fois tout voir et se faire écho mu- 
tuellement. 

Une autre cérémonie solennelle se passa à Sichem peu de temps 
avant la mort de Josué. 

Après avoir rassemblé près de cette ville toutes les tribus d'Is- 
raid, ce grand homme leur rappela tous les bienfaits du Seigneur 
cl leur fit promettre de lui rester fidèles; puis, en gage de la nou- 
velle alliance qu'ils venaient de contracter avec l'Éternel, il dressa 
une grande pierre sous le chône qui était dans le sanctuaire de 
Jéliovah : 

a5. Porcussil crgo Josue in die illo fœdus, et proposuit populo prœccpla 
nique judicin in Sichem. 

•jG. Scripsil (juoque omnin verha Im-c in volumine legis Domini et tulit la- 
|mlcni i)cr([raudem , ]>osni((]ue cum suhter quercum, quu3 erat in sancttiario 
Domiiii. 

97. Et dixil ad omnem populuni : En lapis istc crit nobis in Icslimunium 
quiMi audicril onniin verba Domini ipin; locutus est vobis, ne forte postea uc- 
|{aru U'IilÏM, <•( mrnliii Domino D(!o vcstro '. 

' Jnêité, r. %\n, V, -jfj-ay. 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. /il3 

Bien que la Bi])Ic ne le dise pas, ce chêne était probablement 
celui sous lequel Jacob enfouit les idoles que les gens de sa maison 
avaient rapportées de Mésopotamie, et qui, dès lors, fut dédié au 
Seigneur et peut-être entouré d'une enceinte sacrée. 

Sicliem fut désignée pour être l'une des trois villes de refuge 
sur la rive droite du Jourdain; les deux autres étaient Kadès et 
Hébron. 

Après la mort de Gédéon, Abimélecb, qu'd avait eu d'une con- 
cubine à Sichem, parvint, par l'influence des frères de sa mère et 
par ses intrigues personnelles, à se créer un parti dans cette ville. 
On lui donna une somme de soixante et dix sicles d'argent, tirés du 
trésor du temple de Baal-Berith, divinité phénicienne dont le culte 
avait été introduit parmi les Sichémites. Avec cette somme il leva 
une troupe de misérables et de vagabonds, et, marchant contre la 
maison de son père à Ophra, il frappa sur une même pierre ses 
soixante et dix frères, fds légitimes de Gédéon, lesquels furent tous 
égorgés, ù l'exception de Joatham, le plus jeune d'entre eux, qui 
s'était caché. Alors tous les Sichémites, s'étant réunis aux habitants 
deMillo, établirent roi Abimélecb près du chêne de Sichem. 

Ce chêne ainsi désigné , sans rien autre chose pour le déterminer, 
comme un chêne bien connu, devait être celui sous lequel Josué 
avait renouvelé l'alliance du Seigneur avec Israël, et que de plus 
anciens souvenirs sans doute consacraient encore, tels que ceux de 
Jacob et peut-être même d'x'Vbraham. 

Joatham, ayant appris la nouvelle du couronnement d'Abimé- 
lecii, monta sur le Garizim, et, de là, il adressa aux habitants de 
Sichem l'apologue des arbres qui s'assemblent pour élire un roi et 
linissent par se soumettre au buisson, allusion directe à l'indignité 
du choix que les Sichémites avaient fait en préférant aux fds légi- 
times de Gédéon celui d'une servante. 

Que si vous avez agi contre toute justice, dit-il en terminant, que le feu 
sorte d'Abimélech et dévore les habilanls de Sichem el de Rcth-Milio, et que 
le feu sorte des habilanls de Sichem cl de Bolh-Milh) cl dévore Abimélecli'. 

' .lucres, C. I\, V. -30. 



à\à DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Après avoir prononcé ces paroles, il s'enfuit pour échap[)or à la 
colère d'Abimélecli. Celui-ci régna pendant trois ans; mais ensuite, 
pendant son absence, les Sichémites se révoltèrent contre son au- 
torité. Averti de ce soulèvement par Zéboul, qu'il avait établi dans 
la ville en qualité de gouverneur, il s'empressa d'accourir avec des 
troupes et battit les rebelles, qui, ayant à leur tète un certain Gaal, 
étaient sortis pour le repousser. Le lendemain, il s'empara de la 
ville et la détruisit de fond en comble. La Bible ajoute même qu'il 
sema du sel sur l'emplacement qu'elle avait occupé, comme pour 
la condamner par là à la stérilité et à la mort. 

Porro Abimelech omni die iHo oppugnabat urbem, quam cepit, inlerfeclis 
liabilatoribus ejus, ipsaque deslrucla; ifa ul sa! in ea dispergeret '. 

Il fit mettre ensuite le feu à la tour du temple de Baal-Beritb, 
qui servait de refuge à beaucoup d'habitants, et formait, ainsi que 
le temple lui-même, une sorte de citadelle. Mille personnes y pé- 
rirent, hommes, femmes et enfants, étouffées par les flammes et 
par la fumée. 

Où était situé ce temple? 11 paraît avoir été placé en dehors de 
la ville; car c'est quand celle-ci a été comjdétement rasée que Abi- 
melech incendie la tour qui le défendait lui-même. Peut-être oc- 
cupait-il au-dessus de Siciiem, sur les pentes du Garizim, uni; 
position élevée. La Bible nous apprend, en effet, qu'il était très-for- 
lilié, h la fois sans doute par la nature et par l'art : 

Oiiod ciiiii audissctit qui iiabilabaiil iii liirre Sicliiniuriiin, in|,a'ussi suiil 
faiiuiri dei sui Rerilh, ubi fœdus niin oo pc])i{jeranl, et ex eo lucus noinen 
nrrcpernt, qui oral tnunitiis valde*. 

Avant d'y mettre hî feu, Abimelech coupa, sur un(; moiilagne, 
dc8 branches d'arb^^s et ordonna h tous ses g(^ns de; l'imiter, ce «(u'ils 
8*efn|)rc8Mèrcnt d'exécuter, puis ils allumèrent au pied de la tour 
un énorme foyer. 

' Jngtt, c. IX, V. 45. — ' Ihid. c IX, V. 40. 



CIIAPITRI<: XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. iil5 

Celle niontagiie, appelée IJnr-Tsahnân, en liéhreii j^D^vin, en 
grec HéXfjLMv, en lalin Salmon, devait être voisine de Sicheni. Oi*, 
près de Sicliem, il n'y a que deux montagnes, l'E'bal au nord et le 
Garizim au sud, et il n'est guère croyable que, pour attaquer par 
le feu la tour de Baal-Berith, dans le voisina{je évidemment de la 
ville, Abimélech ait été avec ses troupes ramasser du bois à une 
grande dislance de celte tour, les flancs de l'E'bal et surtout ceux 
du Garizim pouvant lui en fournir abondamment. J'incline donc à 
penser que, sous le nom Tsalmôn, il faut entendre l'une des parties, 
sans doute la plus boisée, du Garizim, cette montagne étant encore 
aujourd'hui çà et là couverte d'ai'bres et d'arbustes sur ses pentes 
septentrionales. Les flancs de l'E'bal, au contraire, sont plus nus et 
naturellement plus stériles. 

Sicbem se releva bientôt de ses ruines; car, à la mort de Salo- 
mon, nous voyons tout le peuple d'Israël réuni auprès de cette 
ville, comme autour d'un centre commun, pour établir Roboam roi. 
Mais, avant de reconnaître définitivement ce prince comme son 
souverain, il lui demanda que les charges énormes dont Salomon 
son père avait accablé ses sujets fussent diminuées. Roboam, au lieu 
de céder aux conseils des vieillards, qui l'engageaient à faire droit 
aux réclamations de son peuple, n'écouta que les avis insensés des 
jeunes gens avec lesquels il avait été élevé et rendit cette dure ré- 
ponse : 

Mon père vous a imposé un joug pesanl; mais moi je l'aggraverai encore. 
Mon père vous a battus avec des lanières, et moi je vous châtierai avec des 
fouets garnis de pointes ^ 

Une réponse si hautaine lui aliéna aussitôt le cœur de la plus 
grande partie du peuple; les deux seules tribus de Benjamin et de 
Juda lui restèrent fidèles, et les dix autres proclamèrent Jéroboam 
roi d'Israël. Roboam se htlta de fuir à Jérusalem. Sichem devint 
alors la capitale et la résidence de Jéroboam , qui la rebâtit. 

^dificavit autem Jéroboam Sichem in monte Ephraim et habitavit ibi^. 

' Rois, I. III, c. xu, V. 16. — - Ibid. J. III, c. XII, V. q5. 



/ilG DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Ces mots i« monte Ephraim ne doivent pas faire conclure que Si- 
chem fui rebdtie par Jéroboam sur le plateau de Garizim. Le som- 
met de cette monta^jne est, à la vérité, couvert de ruines que je 
décrirai dans un autre chapitre; mais ces ruines sont celles d'une 
anlique bourgade, appelée Louza, et non point celles de la capitale 
du nouveau royaume d'Israël, laquelle, sur ce plateau privé de 
sources et qui ne reçoit que l'eau qui tombe du ciel, n'aurait pas 
joui des précieux avantages qu'elle trouvait au pied de la montagne. 
Là, en effet, les sources abondent, et de magnifiques vergers de- 
vaient, jadis comme aujourd'hui, en embellir singulièrement les 
abords. 

L'expression in monte Ephraim signifie tout simplement que Si- 
chem était située au milieu dos montagnes d'Ephraïm, ce qui est 
très-juste, quoiqu'elle fût elle-même dans une vallée; mais cette 
vallée domine la Méditerranée d'environ 600 mètres, et elle ap- 
partient au massif désigné actuellement sous le nom de montagnes 
de Naplotise et jadis sous celui de montagnes d'Ephraïm. 

Sichem, après la mort de Nadab, fils de Jéroboam, cessa d'être 
la capitale du nouveau royaume d'Israël , pour céder ce privilège à 
Thii-za et ensuite h Samarie. 

Lorsque Salmanasar, roi d'Assyrie, eut mis fin au royaume d'Is- 
rai'l (7550 avant J. G.) et emmené les dix tribus en captivité, les 
colons envoyés par Asar-Haddon, pour repeupler le pays, de diffé- 
rentes provinces de la Ghaldée, de la Mésopotamie et de la Perse, 
s'établirent principalement autour de Sichcm , qui devint leur centre 
religieux. Gomme ils étaient décimés, d'après la Bible, par des 
lions et, suivant l'historien Josèphe, par la peste, il leur fut révélé 
par un oracle (|u'ils ne seraient délivrés du fléau qui les ravageait 
qu<î lors(jue au culte de leurs idoles ils substilueraienl celui du 
Dieu d'israi-l. Ils prièrent donc le roi d'Assyrie de vouloir bien huir 
envoyer, pour les instruire, quelques-uns des prêtres qui avaient 
i'i^. transportés en exil. Leur requête ayant été écoutée, ils adop- 
tèrent le culte Israélite, qu'ils mêlèreiil d'idohilrie. Telle futr(n"igiiit' 
de la religion sainarilainf!. 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. ^117 

Lois do la reconstruction du temple de Jérusalem par Zorobabel, 
après le retour de la captivité de Babylone, les Samaritains furent 
exclus par les Juifs, comme faux Israélites, de toute coopération 
au rétablissement de ce monument sacré. Cette espèce d'excom- 
munication prononcée contre eux fut la principale cause de la baine 
profonde qu'ils vouèrent dès ce moment aux Juifs, et ils songèrent 
à se bâtir un temple sur le Garizim. En décrivant cette montagne, 
je donnerai quelques détails relatifs à cet édifice, qui devint aus- 
sitôt comme le rival du temple de Jérusalem, de même que Sichem 
était la métropole du scliisme. Celte ville servit désormais de lieu 
de refuge, dit Josèpbc, à tous les Juifs qui étaient expulsés de Jé- 
rusalem pour avoir mangé des mets défendus, violé le sabbat ou 
commis quelque autre délit semblable : 

E/ Si Tis aht'av say^e -orapà loîç lepoaroXv[JitTai5 KOivo(p(fyias , ^ Ttjg èv toXs 
(7a£^chois zfapavoixiaç , rj tivos àXXov toiovtov d(xapTrffxaTOs , 'Ofapà roiis 2<- 
xtixiTas £(pei/ye, Xéycov àSixcos èyxex\ija6ai ^ 

Le même historien nous apprend que, lorsque Alexandre le 
Grand, maître de Tyr et de Gaza, vint à Jérusalem dans l'inten- 
tion de la punir, parce qu'elle avait refusé de le seconder, sa colère 
fut tout à coup désarmée à la vue du grand prêtre Yaddous, revêtu 
de ses ornements pontificaux, qui s'était avancé processionnellement 
à sa rencontre, à la tête des prêtres et des lévites et de tout le 
reste du peuple vêtu de blanc. Au lieu de détruire la Ville sainte, 
il lui accorda divers privilèges, entre autres l'exemption de tout 
impôt pendant l'année sabbatique. A cette nouvelle, les Sicbémites 
envoyèrent une députation au conquérant macédonien, affirmant 
qu'ils étaient Juifs également et implorant la même faveur. Ils 
prièrent en même temps ce prince d'honorer leur ville et leur temple 
de sa visite. 

«Tel est, en effet, dit Josèphe, le caractère des Samaritains : toutes les fois 
que les Juifs sont malheureux, ils nient qu'ils soient leurs parents, ce qui est 

' Antlquilés judaïques , I. M, c. vni, S 7. 

'• 97 



418 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

vrai; lorsqu'ils les voient, au contraire, favorisés par les circonslances , ils s'e'- 
lancent soudain dans leur famille, prétendant qu'ils leur sont unis par les 
liens du sang et qu'ils descendent des Gis de Joseph, Épliraïm et Manassé. r. 

E/o") yàp oi ^afxapsTs toiovtoi rrjv (pvaiv. . . . èv (xèv tous (7V(JL(popa7s ovTas 
TOUS lovSaîovs àpvovvTai avyyevsîs sx^^^y àfxoXoyovvTss totê tïjv akriOeiaV 
tnav Se T< 'Oep) avToiis 'kaiiitpov tScoatv êx. tv^VS, êçai(pvt]s èTtntr\Sw<Ttv atÎT&Jy 
T^ xoivcûvia, Tspo^TïjKeiv aÙTots XéyovTSs, xaï êx tc5v Iwo-j/'ttou ysvsaXoyovvTss 
avTOVs êxyovwv E,(Ppat(xov xa) Mavaa-a-ov^ . 

Alexandre, qui avait conçu des doutes sur leur véritable origine, 
différa l'examen de leur demande jusqu'à son retour d'Egypte et 
les congédia ainsi. 

Ce récit tiré de Josèphe diffère beaucoup, ainsi que l'observe 
M. l'abbé Barges, de celui que renferme la chronique samaritaine 
intitulée Livre de Josué. 

Voici ce qu'on y lit : 

Alexandre , ayant formé le projet de déclarer la guerre à Darius , roi de Perse , 
vit en songe un ange qui descendait du ciel, velu des babils que portail le 
souverain pontife, et qui lui disait : Ne crains rien, vaillant guerrier, tu sou- 
mettras la Perse, et je mettrai son roi en ton pouvoir, car Dieu est avec toi. 
En effet , le roi macédonien se rendit maître de la personne de Darius et le mil 
à mort. Toutes les fois qu'il subjuguait une nation, il espérait trouver parmi 
ses prêtres quelqu'un qui, par son extérieur, lui rappelât celui qu'il avait vu 
en songe; mais cela ne se réalisait point. Il marcha enfin contre la ville de 
Tyr, dans le dessein de s'en emparer. Or, les alentours de cette ville étaient 
habités par les Samaritains. Alexandre les requit de lui prêter secours; mais 
ils rejetèrent celle proposition, parce qu'ils avaient formé avec les Tyriens une 
alliance sous la sanction du serment. Irrité de ce refus, il se mit en marclic! 
contre Naplouse, dont les habitants vinrent à sa rencontre. A peine (uil-il 
a|>erçu le grand préir»' levrlu de ses babils sacrés, (pi'il s'em[)r(^ssa de des- 
cendre de cheval et de se prosterner devant lui. Ses officiers, le voyant agir 
de la Korte, s'empressèiuMil à leur tour de mettre pied à terre et de se pros- 
leriier devant b' grand [)rétrc. Toute l'armée fut étonnée de la ronduile du roi , 
car «'Ile *uvail le projel i|u'il avait lornn* «rexlerminer les Siiniarilains, Ses 
ronipii{{noiiK lui dirent donc : (îes gens-là, en vérité, vous ont fascint* |i.-irb'iiis 

' Aniitfitùrii juthiii/ue» , I. XI, v. wu. S G. 



CHAPITRE XXIV. — HISTOIRE DE SICHEM. /rl9 

onclianlomeiîts. — Vous vous Irompez, leur répondit le roi; je ne suis pas sous 
reni|)ire d'un charme, ni fasciné par des enchanlenienls; car je suis venu ici 
la colère dans le cœur; mais, à l'époque où je marchais contre Darius, je vis 
en songe un personnage parfaitement semblable à celui-ci, lequel me dit : 
Marche contre Darius sans rien craindre, car lu le tueras, ce qui effectivement 
est arrivé. Alors Alexandre se montra plein d'affection envers les Samaritains; 
il les combla de bienfaits et leur dit : Certes, votre Dieu est le Dieu des dieux 
et le Seigneur des seigneurs *. 

En traduisant ce passage, M. l'abbé Barges fait remarquer que 
la clironique samaritaine, étant postérieure de plusieurs siècles 
aux Antiquités judaïques de Josèphe, où il est parlé de l'arrivée 
d'Alexandre à Jérusalem, de l'entrevue solennelle qu'il eut avec le 
grand prêtre Yaddous sur le Scopos et des faveurs qu'il accorda 
à la nation juive, les Samaritains paraissent avoir ici copié l'histo- 
rien juif, en attribuant à leur grand prêtre et à leur nation ce que 
Josèphe raconte du grand prêtre de Jérusalem et des Juifs. 

Plus tard, lors de la persécution d'Antiochus Epiphane, les Sa- 
maritains de Sichem, craignant d'être enveloppés avec les Juifs dans 
les mêmes calamités qui avaient fondu sur ces derniers, envoyèrent 
une députation au roi, avec une lettre où ils lui exposaient qu'ils 
étaient Sidoniens d'origine et non point Juifs, comme ses ministres 
auraient pu le croire; que leurs ancêtres ne s'étaient soumis à la 
coutume superstitieuse du sabbat qu'afin d'échapper à divers fléaux 
qui les ravageaient, et, pour renier davantage toute espèce de lien 
de parenté avec la nation juive, ils demandèrent la faveur de pou- 
voir consacrer à Jupiter llellénien le temple sans nom qu'ils avaient 
érigé sur le mont Garizim. Antiochus donna aussitôt des ordres 
favorables à leur requête^. 

L'an i3q avant Jésus-Christ, Jean Hyrcan s'empara de Sichem 
et détruisit le temple du Garizim, qui, d'après les calculs de Jo- 
sèphe, avait eu une durée de deux cents ans*. 

' Passage traduit par l'abbë Barges * Antiquités judaïques, I. XII, c. v, 

dans son ouvrage intitulé : Les Samari- S 5. 
tains de Naplouse, p. 2C cl 97. ' ll'id. 1. XIII, c. ix, S 1. 



420 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

A l'époque de Noire-Seigneur, d'après l'évangélislc saint Jean, 
cette ville était désignée sous le nom de Sichar ou Sychar, sobriquet 
que les Juifs lui avaient donné et que j'ai déjà expliqué plus haut. 
C'est près de là que, assis sur la margelle du puits de Jacob, le 
Sauveur eut avec la femme samaritaine le sublime entretien que 
Ton sail. Il demeura ensuite deux jours dans la ville et y convertit 
un grand nombre d'habitants, qui crurent à sa parole ^ 

II est probable que la ville de Sichem fut rebâtie presque com- 
plètement, à l'époque de Vespasien, à une faible distance à l'ouest 
de l'emplacement qu'elle occupait auparavant, et reçut alors une 
colonie romaine avec un nouveau nom, celui de Flavia Neapolis, 
qui finit par prévaloir entièrement sur celui de Sichem, ainsi que 
sur celui de Mabortha, que, au dire de Josèphe, elle portait également 
parmi les indigènes. On sait que le nom de famille de Vespasien 
était Flavius, d'où le surnom de Flavia donné à Neapolis. Cette cité 
est déjà désignée sous celte nouvelle dénomination par Josèphe : 

Avros Se (ÂSTà Tfjs Xonrrjs Suvafxscos vttsctI psCpsv sis A(À[xaovvTa, 60ev Sià 
rtjs ^arxapehiSos xa.) zsapà t^v NeaTroXii» xoCkoviisvnv, MctëopOà Se vtio twv 
èTttyifjjpiwv, xaTa^às sis Kopéav . . . c/l paroTTsSsvsTat ^. 

«r Lui-même (Vespasien) «vcc le reslc de ses troupes revint à Eninuiiis, d'où, 
à travers la Samaric et passant près de la ville appelée Neapolis, et Maborllia 
par les indigènes, il descendit et alla établir son camp à Corea.^ 

Selon Pline, Neapolis s'appelait auparavant non Mabortha, mais 
Mamortha : 

Neapolis, ([uod anlea Mamortha dicebatur'. 

Mais la leçon Mnborlha est très-])robabIement préférable, et 
semble vouloir dire liru df passa/re ; t(;l est, en ell'et, le sens du mot 
liébraï<|uc ï<r73yp, maaharlha, dénonn'nation (jui convenait très- 
bien à In ville située entre le mont E'bal et le mont Gari/im, la 
vallée où elle s'élevait étant un jjassagc naturel entre la Méditei- 

• Saimt Jean, e. iv. — ' Ciuerrv ika Jui/n, I. IV, c, vin, S i. — ' Pline, Uhloire 
tatunUe, I. V, c« xiv. 



CllAriTUE X\IV. — HISTOIRE DE SICHEM. /i21 

ranéc, à l'ouest, et le Jourdain, à l'est, ou bien cette ville étant sur 
le passage des caravanes se rendant de Judée en Galilée à travers 
la Samarie, et réciproquement. 

L'auteur de la chronique samaritaine, dans un passage analysé 
par M. l'abbé Barges ^ nous apprend que l'empereur Adrien, après 
avoir rasé Jérusalem, passa à Neapolis, oii il fit tuer un grand 
nombre de Samaritains et ordonna de bâtir une bourgade sur le 
Garizim, ainsi qu'un temple consacré à Jupiter Très-Haut, comme 
l'aflirment Dion Gassius^, le philosophe Marinus de Neapolis, qui 
vivait au v® siècle, etDamascius, écrivain de la fin du même siècle, 
tous les deux cités par Photius dans sa Bibliothèque. 

On a, en elFet, de magnifiques médailles impériales d'Antonin 
le Pieux, fils adoptif et successeur d'Adrien, lesquelles ont été frap- 
pées à Neapolis et représentent le mont Garizim avec un temple 
auquel on monte par un escalier gigantesque, taillé et bâti sur les 
flancs de la montagne. C'est à cet empereur que saint Justin, natif 
de Neapolis et martyrisé à Rome, l'an i 63 de Jésus-Ghrist, adressa 
sa célèbre apologie, qui valut aux chrétiens un édit favorable de la 
part d'Antonin. 

Procope ^ nous raconte que, sous le règne de Zenon, en 690 , les 
Samaritains de Neapolis assaillirent les chrétiens de cette ville le 
jour de la Pentecôte et coupèrent les doigts des mains à l'évêque 
Térébinthus, au moment où il célébrait le sacrifice de la messe. Sur 
les plaintes de ce prélat, qui avait pu échapper à leur fureur et 
se réfugier auprès de Zenon, cet empereur expulsa les Samaritains 
du Garizim et donna cette montagne aux chrétiens, qui y élevèrent 
une église en l'honneur de sainte Marie et l'environnèrent d'un 
simple mur construit à la hâte. 

Sous le règne d'Anastase, les Samaritains s'emparèrent de nou- 
veau du Garizim et massacrèrent le petit poste qui avait été pré- 
posé à la défense de l'église; mais les coupables furent mis à mort 
par le préfet de la province, et l'empereur Justinien entoura l'é- 

' Les SamariUiim de Naploiise, p. ycj * Dion Cassius, I. XV^ c. xii. 

et 100. ^ Des édifices de Jtislinien, I. V, c. viii. 



422 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

glise du Gariziin d'une autre enceinte, tout à fait inexj)ugnable; en 
même temps, il réprima sévèrement les excès commis par les Sa- 
maritains. Ceux-ci, en effet, avaient égorgé Ammonas, évêque de 
Neapolis, et coupé en morceaux plusieurs prêtres chrétiens avec une 
barbarie inouïe. Ils avaient, en outre, incendié ou démoli dans la 
ville cinq églises, qu'ils furent contraints par l'empereur de robâlii 
à leurs frais. Leure synagogues furent détruites (53o de J. C). 
Quelque temps après (536), un nouveau décret de Justinien leur 
imposa toutes les charges curiales, mais les dépouilla de tous les 
honneurs et privilèges qui y étaient attachés. 

A l'époque des croisades, lorsque Jérusalem eut succombé sous 
les efforts des Latins, les principaux cheikhs des montagnes de Na- 
plouse se rendirent avec des présents au camp des Francs et les 
invitèrent à prendre possession de leurs villes. Tancrède, qui fut 
chargé de recevoir la soumission de ces places, entra sans résistance 
à Naplouse. 

Sous le règne de Baudouin II, en 1120, un synode fut assemblé 
à Naplouse pour mettre un frein au libertinage et conjurer la colère 
divine (jue les crimes et les désordres des chrétiens avaient attirée 
sur leurs têtes. 

Benjamin de Tudèle, qui visita la Palestine du temps d'Amaury, 
s'exprime ainsi au sujet de Naplouse : 

A deux parasanjjes de là (de Samarie), se trouve Naplouse ou Sichcni, dans 
la nionta[,Mic d'Ephraïm. Celle ville est siluee dans une vallée entre le monl 
Garizziin et le monl E'bal. Elle compte environ cent Culhdens, qui observent 
la loi do Moïse seulement et sonl appelés Saniarilains. Ils onl des prêtres de 
la rare d'Aaron. ... A PA(juo8 el aux autres jours de fêles, ils olVronl des sa- 
crilices dans un leniple qu'ils onl sur le inonl Garizxini el sur un uulel formé 
avec les pierres que les Israélites enlevèrent du lit du Jourdain lorsqu'ils pas- 
lèrent ce fleuve '. 

F^ii 118/1, Naplouse fut pillée par Suladin. 

Kii 1187, après la <lé8astrense bataille de llattin, elle fut de 

' U(»iijninin do Tudèlr , llinhairr, r. 1. p. (Wi-OK. 



CHAIMTUE XXIV.— HISTOIRE DK SICHKM. 4-23 

nouveau cruellement ravagée par ses hordes victorieuses. Eu i ao2 , 
elle eut beaucoup à souffiir d'un violent tremblement de terre. Re- 
tombée, en i2Û'i , au pouvoir des chiétiens, elle l'ut bientôt recon- 
quise par Abou-Aiy, et, depuis lors, elle n'a plus cessé d'appartenir 
aux musulmans. 

De nos jours, en i83/i, Ibrahim-Pacha la livra à la fureur et 
aux dévastations de ses soldats, et son principal cheikh, Kasim-Ach- 
med, fut emmené à Damas et décapité avec ses quatre fds. 

En 1887, une nouvelle calarnité fondit sur Naplouse. Plusieurs 
édifices publics et de nombreuses habitations ])articulières furent 
très-endommagés par le grand trendjlement de teirc qui se fit sen- 
tir, cette année-là, sur beaucoup de points de la Palestine. 

Le choléra l'a aussi plusieurs fois désolée à une époque plus ré- 
cente encore. Malgré tant de désastres, son heureuse situation 
sur l'une des routes les plus fréquentées de Jérusalem à Damas 
et la fertilité singulière de son territoire lui ont tonjours permis 
de se relever rapidement des malheurs qu'elle avait subis. 



42A DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 



CHAPITRE VINGT-CIIXQUIEME. 

ASCENSIO> DU GABIZIM. TENA^CIIER BALATIIAH. KALa'h. BIR BALA- 

TIIAT ES-SAMERA. LIEU PRETENDU DU SACBIFlCE D'ABRAHAM. KHARBET 

LOUZA. RAS KIKIS. HISTOIRE DU GARIZIM. RETOUR AU LIEU DE 

MON CAMPEMENT. 



ASCENSION DU GAKIZIU. 



Le 7 mai, à cinq heures vingt minutes du matin, je quitte avec 
un guide le verger où ma tente était dressée, pour faire à pied 
Tascension du Garizim. Je commence par jeter un coup d'œil, en 
passant à l'ouest de la ville, sur un cimetière musulman. Les 
lombes sont disséminées au milieu d'un petit bois d'oliviers. Près 
de là est le cimetière des chrétiens. Un peu plus haut, vers le sud, 
je trouve celui des Samaritains. Arrivé, vers cinq heures trente- 
sept minutes, h la source dite Bas cl-A'tn, je remarque, comme je 
l'ai déjà dit, ([uc, maljjré le nom qu'elle porte (tète de la source), 
elle dérive d'un j)oiMt plus élevé. Le canal où se précipitent ses 
eaux liiiq)ides semble antique : il est tout entier construit avec des 
blocs de grandes dimensions et dallé dans le fond. Cet endroit est 
délicieux; de là on aperçoit à ses pieds toute la ville de Naplouse 
et les beaux jardins ([ui l'entourent. Nous continuons à gravir les 
pentes de la montagne dans la direction du sud-est, puis de l'est- 
sud-esl. Lt route est encore bordée de frais ver{jers plantés de 
figuiers, d'amandiers et d'oliviers; mais bientôt elle devient [)lus 
roide, et les vergers cess(îul. Les lianes Au (iarizim se montrent alors 
cultivés en céréales sur divers points; ailleuis, ils portent la trace 
(ranrieiMieH cultures abaiulonnées, rt (h; n()nd)reux p(;tits murs de 
Houl4Mieinent, aux trois quarts renversés, [)araissent avoir servi 
flapinii à des ternisses |>lantées d<' vignes. 

A HÎk lieiireH dix minutes, nous parvenons enfin sur le plateau 



CHAPITRE XXV. — TENA'CHEU BALATIIAH. â25 

et nous cheminons en montant toujours, mais sur une pente dé- 
sormais plus douce, entre une double ligne de décombres, restes 
de deux murs parallèles aujourd'hui rasés. 

Un peu plus loin, mon guide me montre l'endroit où campent 
d'habitude les Samaritains de Naplouse, lorsqu'ils viennent, à trois 
époques de l'année, célébrer sur le Garizim les fêtes de Pâques, de 
la Pentecôte et des Tabernacles. A quelques pas de leur canq)e- 
ment est le lieu où ils immolent l'agneau pascal : ils égorgent sept 
moutons et se réunissent vingt par vingt pour les manger, étant 
eux-mêmes actuellement au nombre de cent quarante individus. 
lin petit trou entouré de quelques pierres indique le foyer où la 
victime est rôtie. Ce trou se trouve lui-même au centre de deux 
rangées parallèles de pierres brutes alignées sur le sol. 

TRN\'CHER BALATHAH. 

A six heures quarante-cinq miimtes, en poursuivant notre 
luarche vers l'est, nous arrivons aux blocs énormes et non taillés 
connus sous le nom de Tenachev Uahahah (les douze pierres plaies), 
et qui, par suite des siècles, sont fendus et séparés en deux et même 
en trois parties, ce qui rend assez dilhcile d'estimer au juste le 
nombre réel et primitif de ces blocs. Ils sont agencés ensemble de 
manière à constituer une sorte de plate-forme. 

Avant les fouilles entreprises en cet endroit, en 18GG, par le 
lieutenant anglais Anderson, on était tenté de les prendre pour 
des rochers naturels, avec lesquels ils se confondent facilement; 
mais depuis ces foudles, il n'est plus permis de douter qu'ils aient 
été apportés et placés là par la main de Thounne, car une tranchée 
ouverte autour par cet olficier anglais prouve qu'ils reposent sur 
trois assises superposées d'autres blocs moins considérables, for- 
mant ainsi une plate-forme artificielle longue de vingt- cinq pas 
sur sept de large. Les Samaritains prétendent que les Tena'cher 
Balathah, représentant par leur nombre les douze tribus, sont 
les pierres non taillées que, conformément à leur Pentateuque, 



A26 DESCIUPTIOÎS DE LA SAMAUIE. 

Josiié, d'après l'ordre du Seigneur, aurait placées sur le mont Ga- 
riziin, afin d'en former un autel destiné aux holocaustes. Mais, 
comme on l'a observé depuis longtemps, les passages de la Bible 
relatifs h ce sujet portent dans tous les manuscrits hébraïques, au 
lieu du mot Garizim , le motE'bal. C'est donc sur cette dernière mon- 
tagne, et non sur la première, qu'il faut chercher l'autel de pierres 
brutes construit par Josué, après qu'il eut franchi le Jourdain. 
Les douze blocs désignés sous le nom de Tend cher Balathak n'ont, 
par conséquent, été établis sur le Garizim qu'à une époque bien 
postérieure à Josué, sans doute par les Samaritains eux-mêmes, 
désireux de consacrer en quelque sorte, par un monument, le 
texte erroné de leur Pentateuque. 



KALA H. 



Un peu au delà vers l'est, sur le point culminant du Garizim, 
s'étend une grande enceinte encore en partie debout. Elle forme 
un quadrilatère, flanqué aux quatre angles d'avant-corps ou petites 
tours carrées. Les faces sud et nord ont un développement de 
soixante et dix-neuf mètres, et les faces est et ouest, de soixante- 
(|ualre mètres cinquante centimètres. Sur le milieu de la face sud 
on remarque un avant-corps semblable à ceux des angles. A cette 
dernière tour répond, dans la face opposée, une grande porte, la 
seule qui donnait jadis accès dans l'enceinte. Les murs ont partout 
une épaisseur d'un mètre trente-cin(( centimètres, et sont revêtus 
de gros blocs, la |)lupart taillés en bossage et reposant sans ciment 
les uns au-dessus des autres. Là où les joints laissent un vide, ce 
vide est bouché par de petites pierres conglutinées avec de la terre 
en guise de morli(>r. 

Au milieu <le la belle plate-forme ([uc délimitait cette enceint(\ 
h'élovail un édifice octogone, dont les arasements seuls sont visibles; 
il avait dU* bAli en pierres de taille très- régulières et conq)létement 
aplanies, à m jug<'r par quelques assises encore en place. 

lln« coupole l« recouvrait sniis doute et, abstraction l'aile de 



CHAPITRE XXV. — KALA'H. /i27 

l'abside, qui s'arrondit en saillie vers l'est, et de plusieurs chapelles 
latérales débordant également en dehors de ce monument, il de- 
vait ofl'rir une grande ressemblance avec la mosquée d'Omar. Son 
développement intérieur, sans y comprendre ses annexes, est de 
vingt-trois mètres environ, et chaque côté du polygone en mesure 
neuf. Il semble n'avoir eu qu'une porte, regardant le nord, comme 
la grande porte de l'enceinte elle-même. L'abside, très-exactement 
tournée vers l'orient,- est demi-circulaire et a une profondeur de 
neuf mètres, égale par conséquent à la longueur du côté sur le- 
quel elle s'appuie. Sur les deux côtés adjacents à ce dernier avaient 
été établies deux chapelles latéiales avec absidiole demi-circulaire; 
on y entrait par une porte placée au centre de chacun de ces côtés. 
A ces chapelles correspondaient deux autres chapelles identiques 
sur les côtés opposés du polygone, c'est-à-dire sur ceux qui sont 
adjacents au côté occidental. Celui-ci et le côté méridional 
faisant face à la grande porle d'entrée du côté nord servaient- 
ils eux-mêmes de base à d'autres chapelles analogues aux précé- 
dentes avec absidioles? Je l'ignore, car sur ces deux points on ne 
distingue plus rien sur le sol; mais la chose est probable. 

L'opinion généralement admise est que les ruines de cet édi- 
fice sont celles de l'église de Sainte-Marie fondée par Zenon, et 
que Justinien, au dire de Procope, avait environnée d'une enceinte 
fortifiée pour la mettre à l'abri des déprédations des Samaritains, 
qui en avaient expulsé les chrétiens. En effet, l'orientation de ce 
monument semble prouver que nous foulons là les débris d'une 
ancienne église chrétienne. M. de Saulcy', au contraire, croit y re- 
connaître les vestiges de l'ancien temple samaritain fondé par 
Sanaballète, sous le règne d'Alexandre le Grand, et dédié plus 
tard, sous Antiochus Epiphane, à Jupiter Hellénien. Pour accor- 
der ces deux opinions, en apparence contradictoires, je pense avec 
ce savant académicien que l'enceinte en gros blocs à bossage dont 
jo viens de parler est bien le téménos du temple samaritain bâti 

' loyg'e en Syrie et autour ilc la mer Morte, t. II. p. '107 et suiv. 



428 DESCRIPTION DE L.V SAMAHIE. 

par Sanaballèle, téménos qui fui ensuite restauré par Justiuieu, à 
qui Procope en attribue la fondation. 

Par conséquent, l'édifice octogone en question occupe lui-même 
remplacement de l'ancien sanctuaire des Samaritains; mais les 
vestiges que nous voyons là ne sont pas, évidemment, ceux de ce 
sanctuaire; car nous savons d'abord qu'il fut rasé par Jean Hyrcan. 
Nous possédons en outre de magnifiques médailles impériales 
d'Antonin le Pieux frappées à Neapolis, et, qui représentent le 
mont Garizim avec un temple, celui qui avait été bâti par Adrien 
en l'honneur de Jupiter Très-Haut. Or, ce temple, qui avait dû suc- 
céder à celui de Jupiter Hellénien, identique lui-même avec celui 
des Samaritains et rasé par Jean Hyrcan, est figuré sur ces mé- 
dailles avec une forme rectangulaire et deux portiques, sur- 
montés l'un et l'autre d'un fronton triangulaire. Il est à présumer, 
en outre, que Sanaballète, qui avait voulu fonder sur le Garizim 
un temple rival de celui de Jérusalem , avait dû imiter la forme de 
celui-ci, c'est-à-dire celle d'un rectangle et non point d'un octo- 
gone. Les vestiges de l'édifice ainsi construit, avec son abside et ses 
absidioles regardant forient, ne sont donc pas les restes du temple 
samaritain de Sanaballète, mais ceux de l'église Sainte-Marie, éle- 
vée j)ar Zenon sur les ruines du tenq)le de Jupiter Très-Haut, qui 
avait succédé lui-même, selon toute apparence, à celui de Jupiter 
Hellénien et, par conséquent, à celui des Samaritains. 

Quant à l'enceinte extérieure en blocs à bossage, on l'appelle 
eucore aujourd'liui El-Kala'h (le cliAteau), à cause de fépaisseur 
des murs (pii la délimitent et des tours qui la llanquent. Héparé(^ 
sans doult; par Justinien, elle remonte probablement, comme le 
pense M. de Saulcy, jusqu'à Sanaballète lui-même. Elle renfer- 
mait, outre le liMiqde dont j'ai parlé, de nond)reus(;s chanibres, 
qui H'a|)pli<piaient sur les murs ; les unes semblent contemporaines, 
h en juger par la manière dont elles ont été construites, de fen- 
reiiitt! à iaipiellr elles sont adossées; les autres accusent une époque 
|)luM r/îcenle; elles sont toutes plus ou moins renversées. 

L'une d(>H lourM, celb» (|ui llanqm; l'angle nord-est, a été trans- 



CHAPITRE XXV. — KALVH. 420 

fonnc^'e par les musulmans en un oualy, dédit' au clicililt Ahou-Rha- 
nom, çi^s- yi\ ^, qui a donné son nom à la montagne tout en- 
tière. Des fenêtres de ce petit sanctuaire, qui commence lui-mômo 
à tomber en ruine, on jouit d'une vue admirable, aussi variée 
qu'étendue. Comme on est là sur le point culminant du Garizim, 
l'une des plus hautes montagnes de la Samarie, on embrasse du 
regard cette ancienne province tout entière, depuis les montagnes 
qui bordent la vallée du Jourdain à l'est, jusqu'à la Méditerranée 
à l'ouest. Au sud les monts de la Judée, au nord ceux de la Galilée 
ferment et encadrent l'horizon. A l'extrémité septentrionale de ces 
derniers se dressent, dans le lointain, les cimes neigeuses du Dje- 
bel ech-Cheikh ou grand Hermon. Entre ces limites s'étend autour 
de l'observateur un réseau varié de montagnes, de vallées et de 
plaines, presque toutes naturellement fertiles, et qui justifient très- 
bien, malgré l'extrême décadence du pays depuis de longs siècles, 
les éloges que lui donnait jadis l'historien Josèphe. 

En dehors et au nord de la grande enceinte, on en remarque 
une seconde, bâtie comme la précédente, et qui date évidemment 
de la même époque. Elle contient une vaste piscine longue de 
trente-cinq mètres sur une largeur de dix-huit et demi. Ce réser- 
voir, aujourd'hui à sec, a été construit avec des blocs d'un appareil 
un peu moins considérable que celui de l'enceinte; les murs ont 
un mètre quinze centimètres d'épaisseur; ils étaient revêtus inté- 
rieurement d'un ciment qui est aujourd'hui tombé en grande par- 
tie. Le trop-plein de la piscine s'écoulait, par un regard très-habi- 
lement laillé en forme de niche, dans un puits taillé dans le roc à 
quelques mètres plus loin, et appelé Bir ei'-Ressas, ^U?yi^^ (le 
puits du plomb), j'ignore pour quel motif. J'ai interrogé là-dessus 
mon guide, qui n'a pu me donner sur ce point aucun éclaircisse- 
ment. 

La deuxième enceinte que je viens de signaler contient en outre 
un assez grand nombre de tombes musulmanes, ceux qui y sont 
enterrés ayant désiré reposer, après leur mort, auprès de Toualv 
vénéré du cheikh Abou-Hhanem. C'est très-probablement ce cime- 



430 DESC1UPTI0.\ DE LA SAMAHIE. 

liùre qui a t^loigiié les Saniarilains de l'emplacement de leur ancien 
temple, car pour eux, comme me l'a affirmé le fds du [jrand 
prêtre actuel de leur petite nation, la vaste enceinte du Kala'li 
est bien le téménos de leur sanctuaire, téménos profané à la lois, 
nie disait-il, par les chrétiens, qui y ont élevé jadis une égalise, 
celle dont les arasements sont seuls visibles, et par les musulmans, 
dont les tombes avoisinent l'oualy en question. 



BIR BALATIIAT ES-SAMERA. 



A quatre-vingts pas enviion au sud du mur méridional du 
Kala'l), on rencontre une plate -forme rocheuse dont les con- 
tours irréguliers sont bordés de pierres; elle est inclinée de l'est à 
l'ouest et aboutit de ce côté à une large fente de plus d'un mètre, 
et qui n'est autre chose que l'orifice d'une sorte de puits ou de ci- 
terne creusée dans le roc. Quelques Samaritains prétendent que 
l'arche d'alliance s'est jadis reposée en cet endroit. Selon d'autres, 
là aurait été l'ancien aulel de leurs sacrifices (car actuellement, 
comme je l'ai dit, ils immolent ailleurs l'agneau pascal), et le sang 
des victimes se serait écoulé dans la citerne dont je viens de par- 
ler. Ces deux assertions, je dois le dire, ne s'appuient que sur des 
données fort vagues et dépourvues de toute autorité sérieuse, et 
cette plaie-forme inclinée, comme d'autres analogues qui existent 
sur le Garizini, n'avait peut-être d'autre but que de recueillir et 
de faire écouh'r les eaux des pluies hivernales dans la citeine ad- 
jacente. Ouoi (pi'il en soit, celle-ci s'appelle (ki nom particulier de 
liir Ihiltillial f's-Sdmcra. 

UKV PRÉTRNOD DU SACRIFICE D'ABRAHAM. 

A quchpios |)a8 au sud de l'endroit précédent, une sorte d'aujje 
oi)lungue grosHJèrement taillée dans le roc est vénérée j)ar les Sa- 
innritainH comme le lieu du sacrifice d'Ahraham. C'(>st là, disent- 
iU, qiril avait étendu son fils Isaac sur nu hiViiei' pour riuunoler 
au Seigneur, lorsfpnin ange arrAla sa main prête à frapper. 



CHAPITRE XXV. — LIKli DU SACRIFICE D'ARRAHAM. ^31 

Pour eux, en eiïet, le Garizim est le mont Moriali, désigné à 
Vbrahani comme la montagne oii il devait offrir son sacrifice. Ils se 
fondent, pour établir cette identification, sur le rapport frappant 
que présentent les deux mots Moriah et Moreli. 

Dans le passage où la Bible nous raconte l'arrivée d'Abraliani 
de Mésopotamie à Sichem, elle nous dit : 

Periransivil Abram lerram usque ad locuni Sichem, iisque ad ronvaliem 
illuslrem. 

Dans le texte hébreu, à la place de ces derniers mots, nous li- 
sons ni^D i^Vk ly , ad elôn Môreh (jusquau chêne [ou bois de chénes\ de 
Môrehy. 

Ailleurs, dans le Deutéronome, il est encore question des chénos 
de Môreh, nn& '•al'?», elône Môreh, comme étant voisins des monts 
E'bal et Garizim 2. 

D'autre part, à propos du sacrifice d'Abraham, la Genèse s'ex- 
prime ainsi : 

Ait ilii : Toile filiuin tuum unigenitum, quetn diligis, Isaac, et vadc in 1er- 
lani visionis, atque ibi ofl'cres cum in bolocaustuin super niium niontiuni 
quem monslravero libi '. 

Dans le texte hébreu , à la place des mots Vade in terrain visionis 
de la Vulgate, se trouvent ceux-ci : nncn y-ix-bN :i>-:]Si , velek 
leka el-erets ham-Moriah (Va-t'en vers la teire de Moriali). 

Abraham se trouvait à Beer-Chcba, lorsqu'il reçut du ciel Tordre 
d'aller dans la terre de Moriali et d'y offrir son fils en holocaustes 
(Tsur fune des montagnes qui lui serait indiquées II se mit aussitôt 
en marche pendant la nuit avec son fils et deux serviteurs, et, le 
troisième jour, il aperçut de loin le lieu qui lui avait été marqué. 
La tradition la plus généralement adoptée reconnaît la terre de Mo- 
riah et la montagne désignée par le Seigneur dans le mont appelé 
Moriah, har liam-Moriah, nn'icn in, sur lequel Salomon éleva plus 
tard le temple de Jérusalem. 

' Genèse, c. xii, v. 6. — * Deutéronome, c. .\i, v. 3o. — * Genèse, c. xxii, v. 9. 



A32 DESCRIPTION DE LA SAMAHIE. 

El cœpil Saloinon œdiGcare domuin Domini in Jérusalem iii nioiile Moria, 
qui denionslralus fuerat David patri ejus, in loco queni paraveral David in 
area Oman Jebusœi *. 

Lu Bible, en parlant du mont Moriah comme du lieu préparé 
par David et adopté par Salonion pour l'emplacement du temple, 
ne (iiit, à la vérité, aucune allusion à l'accomplissement antérieur, 
en cet endroit, du sacrifice d'Abraham; mais Josèphe, en racontant 
ce dernier lait, dit très-positivement qu'Abraham et son fds par- 
vinrent, le troisième jour, à la montagne où, dans la suite, David 
construisit un temple : 

Ka) Svo fxèv avTù} yjfxspas crwâSevauv oî olxérai' ifi TpiTtj Sèj ws kÛto'jiIov 
ifv avr<S rb opnSy xa.iaknrwv èv tw rseSico tovs avvévTaSy (xerà (xôvov rov 
rsatSbs xsapayiveTai eîs rb opos, s(p' ov rb iepbv AauiSrjs b ^aaikevs valepov 
iSpverai ^. 

«P«'ndanl deux jours, ses serviteurs firent route avec lui; mais, le troisième, 
lorsque Abraham fui en vue de la montagne, laissant dans la plaine ceux qui 
raccompajjnaient, il se rendit avec son fils seul sur la montagne oii le roi Da- 
vid conslruisit dans la suite le temple. y> 

Ailleurs, le même historien, h propos de l'érection, par David, 
d'un aulel au Seigneur sur l'emplacement de l'aire du Jébusite 
Aravnali, alTirme pareillement (|ue cet endroit était celui où jadis 
Abiaham avait amené son fds Isaac pour fimmoler en holocauste: 

^vvé€ij S* sis êxeîvov àyayeîv xbv rénov A€pa[XOv rbv viov aCrov Itraxov 
oJaJe bXoxavTùiaai '. 

Ces deux passages nous prouvent que c'était lu une tradition 
constanlt; parmi les Juifs. 

La tradition samarilainc% au contraiie, de beaucoup postérieure 
à celh' des Juifs, est, en outre, tout à fait invraistMublable; car, de 
Beer-Clicbn au Garizim , il y a cinq ])onnes journées de marche 
pour (leK lioninies allant à pied, connue c'était le cas pour Abraham , 

' PntuliiHtmèHra , I. ||. r. m, V. l. — ' Aiilii/. jtiihiiij. I. I. c xiii. S a. — '' Uiui 
I. VII, c. iiii.M. 



CHAPITRE XXV. — KHARBET LOUZA. A33 

son (ils et ses deux serviteurs, qui cheminaient piklestrement, avec 
un ane chargé du bois du sacrifice. Or la Bible nous dit que, le 
troisième jour, Abraham aperçut le lieu que le Seijjneur lui avait 
indiqué. II est donc impossible d'identifier, comme le veulent les 
Samaritains, le bois de chênes de Môreh avec le mont Moriah et, 
par conséquent, de voir cette dernière montaj^ne dans le Garizim 
et d'y placer le lieu du sacrifice d'Abraham. Les Samaritains, en 
construisant sur le Garizim un temple rival de celui de Jérusalem, 
ont rattaché à dessein à cette montagne les traditions relatives au 
Moriah, en arguant, pour appuyer leurs assertions, de la ressem- 
blance des mots Mârch et Moriah. 



KllAKOET LOUZA. 



Indépendamment des ruines que j'ai déjà signalées sur le plateau 
du Garizim, et qui portent un caractère sacré, on en observe un 
grand nombre d'autres appartenant à une ancienne ville. Ces ruines 
sont éparses ou accumulées sur le sol à l'ouest, au nord et au sud 
de la vaste enceinte du Kala'h, et s'appellent Kharhet Louza, Jù^ 
\j^. On distingue encore la direction de plusieurs rues. En les sui- 
vant, on marche entre les débris d'une foule de petites maisons 
bâties avec des matériaux de moyen appareil. Çà et là, on rencontre 
(jueiqucs constructions plus considérables, elles-mêmes renversées; 
une vingtaine de citernes, creusées dans le roc ou maçonnées, re- 
cueillaient, avec la grande piscine mentionnée plus haut, les eaux 
pluviales destinées aux besoins des habitants de Louza. Aucune 
source, en elTet, ne coule sur le plateau du Garizim, dont les flancs 
inférieurs en recèlent de si nombreuses, principalement du côté 
de Naplouse. Pendant l'été, quand les citernes étaient taries, il 
fallait descendre jusqu'à ces sources pour se procurer l'eau néces- 
saire, ce qui a toujours dû nuire aux développements de Louza. 
Cette ville est, du reste, sans histoire. Le nom seul, qui s'est fidè- 
lement conservé jus(pi'à nos jours, nous est indi<jué par un pas- 
sage de ÏOnomasltcon. 



434 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

Aoiy^à, érépOL rj yéyove t&v viwv XcaariCp, mapaxeiiiévr} ^v^èfx ành 0' cdi- 

ffLouza, autre ville qui t^chnt en sort aux enfants de Joseph; elle est sidn'c 
près de Sicheni, au ix* mille de Neapolis. t) 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage d'Eusèbe, le corrige de 
la manière suivante : 

Luza; haec altéra est, quae cecidit in sorlem fdioruni Joseph, juxta Sichem, 
in tertio lapide Neapoleos. 

Ainsi que Ta fait remarquer très-justement M. de Saulcy \ cette 
première correction ne semble pas sulfisanle encore, et peut-être 
laudrait-il lire |3' au lieu de y dans le texte d'Eusèbe, ce qui serait 
plus en rapport avec la véritable distance de Louza à Naplouse, 
et ce qui expliquerait, en quelque sorte, l'erreur du copiste, qui 
aura pris un |3 pour un 0, bien plus aisément qu'un y, dont le tracé 
n'a aucun rapport avec le 6. 

Les mots 'usapaxeiixévv ^^X^l^ montrent, en outre, que Louza 
était plus rapprochée de Sichem que de Neapohs et distinguent, 
par conséquent, l'emplacement de ces deux villes, ce qui coniirme 
la tradition, encore persistante jusqu'à nos jours, qui, connue 
je l'ai dit, place l'anticpie Sichem dans le voisinage du puits de 
Jacob. 

A l'époque d'Adrien, Louza lut rebâtie et changea de nom; car 
je lis, dans un passage de la chronique samaritaine rapporté par 
M. l'abbé Barges-, que cet empereur, ayant rasé Jérusalem, passa 
h Neapolis, où il ordonna de tuer les Samaritains partout où l'on 
en r«;nronlrerail; (ju'ensuilc il hAlit sur le (iarizim une ville ou 
bourgade à hupicdle il donna Ir nom i\o son pèr<' César, et un leuq)l(' 
à l'exlréinilé de celle montagne», (ie tenq)le est celui <|ue nous 
voyons représenté dans les belles médailles inq)ériales d'Antonin le 
Pieux IVajipées à Neapolis. Il os! rectangulaire, à di'ux Ironlons, 
orné d'un péi'islyle et enviroimé d'une enceinte extérieure ou té- 

' Voyngr m Syrir ri iiufour ilr lu imr M or le . t. II. p. 'ii'J. — ' f.es Saviniiliiiiis de 



CHAPITRE X\V. — KHARBET LOUZA. 435 

méiios. 11 sY'lèvo sur le bord extrême d'une monta[jne, et un gigan- 
tesque escalier y conduit. C'est le sanctuaire dont nous avons parlé 
précédemment comme consacré à Jupiter Très-Haut. M. l'abbé Bar- 
ges le place au pied du Garizim, sui' un plateau qui domine Na- 
plouse. Il se fonde pour cela sur la phrase suivante de la chronique 
samaritaine : 

Je la traduis ainsi : 

ff Le sanctuaire qu'il (Adrien) bâtit à rextrémilé de ta montagne qui domine 
^jal)lous.i5 

M. l'abbé Barges, au contraire, rend le mot ^ par jJtVrf. 

Le mot j«ic*, dit-il, signifie home, limite, et ici, par conséquent, j/ierf de la 
montagne. 

Malgré l'autorité de ce savant orientaliste, je crois que cette 
conséquence est forcée, et qu'il laut s'en tenir tout simplement à la 
signification naturelle du mot, qui est celle de limite^ exiréinilé. Je 
place donc le temple élevé par Adrien, non au pied, mais sur ie 
bord extrême du plateau supérieur du Garizim, au milieu de l'en- 
ceinte qui avait contenu le temple samaritain bAti par Sanaballète 
et qui, plus tard, renferma l'église Sainte-Marie. Quant à l'esca- 
lier qui, du vestibule de ce temple, descendait vers la ville, d'a- 
près les médailles d'Antonin le Pieux frappées à Neapolis, il est 
entièrement détruit; mais il subsistait encore l'an 333 de notre 
ère; car le Pèlerin de Bordeaux, en parlant du Garizim, nous dit : 

Civitas Neapolis : ibi est nions Agazaren. Ibi dicunt Samaritani Abraham 
sactificiiim obtulissc, et asccnduntur usque ad summum monlcm gradus nu- 
méro CGC. 

Ce chillVe de trois cents marches est évidemment insuffisant pour 
atteindre de Naplouse le sommet du Garizim , qui domine cette ville 
d'environ 35o mètres; mais rien ne nous dit qu'il partait de Nea- 
polis; il pouvait fort bien ne commencer qu'à l'endroit où l'ascen- 
sion de la montagne devenait plus roide; dans tous les cas, les mots 

28. 



436 DESCRIPTION DE LA SAMARII-]. 

ad summum monlem prouvent qu'il faut chercher, non au pied, mais 
sur le plateau supérieur du Garizim, le temple représenté sur les 
médailles d'Antonin le Pieux, et qui, d'ailleurs, étant dédié à Ju- 
piter Très-Haut, semble indiquer par ce nom même qu'il occupait 
une position culminante sur la montagne. 



RAS KIKIS. 



Six cents mètres environ au nord de l'enceinte du Kala'h, après 
une descente très-douce, on arrive à un petit ravin, qui semble une 
tranchée artificielle, et au delà duquel s'élève un monticule que 
couronnait jadis une enceinte longue de 69 mètres sur 33 de large. 
Il n'en subsiste plus que quelques arasements. Ce sont probable- 
ment les restes d'un petit fort qui surplombait, vers le nord, les 
pentes du Garizim. Au dedans de cette enceinte, on a pratiqué 
plusieurs tranchées, dans le but sans doute de reconnaître si elle 
ne renfermait pas les traces d'un ancien édifice intérieur, soit d'un 
temple, soit d'une église; mais on n'a découvert les vestiges d'au- 
cun édifice de cette nature. Quant au monticule, il s'appelle Ban 
Kikts, fj^j^S^ ^\j; du moins, tel est le nom que mon guide lui 
donnait. 



UISTOIRR Dl liARIZIM. 



Hésumons maintenant, avant de redescendre du Garizim, les 
princij)aux événements qui se sont accomplis sur cette montagne. 

Le nom quelle portait était, en hébreu Har-Gei'izzim, DMirtn, 
en grec VcLpiliv ou VcLpildv, en latin Garizim. Elle est signalée pour 
In première fois, dnns la Bible, ;i propos delà grande cérémonie des 
béiiédiclionK etd(;s malédictions (jut^ Moïse, sur le point de mourir, 
avait ordonnée d'avance, comme devant être célébrée en présence 
<I(»H douze IribuH réunies', et qui le fut ell'ectiveuuMil par .losué-*. 
J'ui déjà inditpié précédemment l'endroit de la nioulagnc (u'i six 

' itmlrroname . r. xx\u. — ' JoHué, c. viil, v. 3.'J «'l 'Ml. 



CHAPITUK XKV. — IHSTOIUE DU GAUIZIM. 437 

(les tribus me paraissent avoir été groupées en amphithéâtre, dans 
cette occasion solennelle, les six autres tribus étant disposées de 
la même manière sur les flancs correspondants de l'E'bal. 

C'est sur le Garizim que Joatham, échappé seul au massacre de 
ses frères, alla se placer pour reprocher aux Sichémites d'avoir élu 
Abimélecli pour leur roi K 

Dans le texte hébreu , nous lisons à ce sujet les mots : c^n'is lO?!! 
D-'nrin , rc et il se tint sur la cime du mont Gerizzim , n mots qui sont 
très-fidèlement rendus par les Septante et par la Vulgate, xcti ec/Jr] 
ènt Kopv(£>vv opovs Tapi^iv^ et slelit in verlice montis Garizim. Faut-il 
les prendre à la lettre, et croire que Joatham harangua les Siché- 
mites du point culminant du Garizim? Je ne le pense pas. De là, 
en effet, quelque puissance que l'on donne à sa voix, il lui aurait 
été impossible de se faire entendre distinctement des habitants de 
cette ville, qui alors, comme je l'ai dit, était située au pied nord- 
est de la montagne, à l'entrée de la vallée. 11 faut seulement ad- 
mettre, à mon avis, que, ayant gravi derrière la ville de Sichem 
un point élevé du Garizim, d'où il pût être entendu des habitants 
et se soustraire ensuite facilement par la fuite à la vengeance d'A- 
bimélech, il adressa de là aux Sichémites l'apologue rapporté par 
la Bible. 

Lorsque, de longs siècles après, les Samaritains, exclus, parles 
Juifs, comme entachés d'idolâtrie, de toute coopération au rétablis- 
sement du temple de Jérusalem sous Zorobabel, résolurent de se 
bâtir à eux-mêmes un sanctuaire, ils choisirent le mont Garizim, o(i 
ils rattachèrent plusieurs des traditions relatives au Moriah, no- 
tamment celle du sacrifice d'Abraham, pour y élever un monument 
qui fût le centre de leur culte et de leur nationalité. Suivant l'his- 
torien Josèphe, il aurait été construit sous le règne d'Alexandre 
le Grand. Voici sommairement comment cet écrivain rapporte le 
fait 2; 

Lu grand prêtre Jean élaut mort, Yaddous, suu tils, liérita du souverain 

' higes, c. IX, V. 7. — * Antiifuilés judaiiiues , I. XI, c. vu, S 2; c. vni, 88 1, 9, 
3 et h. 



438 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

pontifical. Celui-ci avait un frère nommé Manassès.à qui ie Cutliéen Sanabal- 
lète, envoyé par Darius comme satrape de Samarie, avait donné sa fdle Ni- 
caso en mariage, dans l'espérance que cette alliance lui concilierait à lui-même 
le bon vouloir de toute la nation juive. Mais à Jérusalem, les membres du 
Conseil ne purent souffrir que le frère du grand prêtre participât au sacer- 
doce, tout en étant devenu l'époux d'une femme étrangère. Ils finirent par lui 
enjoindre, soit de divorcer, soit de cesser de paraître à l'autel. Yaddous lui- 
même, cédant à l'indignation générale, écarta son frère dos fonctions sacrées. 
Alors Manassès alla trouver Sanaballète, son beau-père, et lui dit qu'il aimait, 
à la vérité, sa fille Nicaso, mais que, néanmoins, il ne voulait point, à cause 
d'elle, être privé de ses droits au sacerdoce, la plus grande des dignités parmi 
les Juifs, et qui devait demeurer dans sa famille. Sanaballète lui promit, s'il 
gardait sa femme, non-seulement de lui conserver le sacerdoce, mais encore 
de le faire parvenir au souverain pontificat et au gouvernement de la satrapie 
dont il était lui-même chargé. Il lui assura, en outre, qu'avec le consentement 
du roi Darius, il édifierait sur le mont Garizim un temple semblable à celui 
de Jérusalem. Ebloui par de telles promesses, Manassès ne renvoya pas sa 
femme et resta auprès de son beau-père; et comme beaucoup d'Israélites et 
même de prêtres étaient engagés dans des mariages analogues, ils quittèrent 
également Jérusalem pour aller s'établir en Samarie, Sanaballète leur four- 
nissant, en considération de son gendre, de l'argent, des terres et des maisons. 

Cependant Alexandre, ayant envahi l'Asie, marchait de victoire en victoire. 
C'est en vain que Darius, à la tôle d'une innombrable armée, voulut arrêter 
ses progrès en Cilicie. Défait complètement à la célèbre bataille d'Issus, il l'ut 
contraint de fuir honteusement, laissant au [)Ouvoir du vainqueur sa mère, sa 
fenmiu et ses enfants. Alexandrt; s'avança alors en Syrie, et, après avoir forcé 
Damas et Sidon, il vint mettre le siège devant Tyr. Sanaballète, dans de pa- 
reilles circonstances, crut que le momeut était favorable |)our trahir Darius, 
son maître, et pour se ménager les bounes grâces du cou(|uérant. Il se rendit 
donc dans son camp sous les murs de Tyr et lui amena huit mille auxiliaires. 
Alexandre lui fil un bienveillant accueil, et Sanaballète, rassuré, dit au uio- 
nnnpM! grec (|u'il avait pour gcndic Manassès, frère de Yaddous, jirand prêtre 
des Juifs; (|ue Manassès conq)tail parmi eux uu grand uouibre de partisans 
qui lui éUiient dévoués et qui désirai(Mil se bâtir un temple sur les terres sou- 
mises à Hon oulorité; que la i*éaiisation d'un pareil |>i'ojel ne pouvait être que 
trètt iililp nu roi lui-même, pane que (t'était diviser la nation juive , (|ui , aulre- 
mciil, »i elle était uiiift, |iourrail songer à se révolter, couune elle l'avait fait 
MU» la doniiiialiun nssyricniie. Alexandre se laissa persuader, ut Sauaballèl(>, 
nyniil oblenu la perinission qu'il demandait, construisit aussilêt uu temph' 



CHAPITRE \XV. — IIISTOIUK DU GAUIZIM. 439 

sur lo Cariziiu; sou {jeudre fut investi en môme temps du souverain ponli- 
licul. 

D'après le récit de Josèphe, comme on le voit, le temple du Ga- 
lizim aurait été bâti pendant le siège de Tyr par Alexandre, c'est- 
à-dire l'an 339 avant l'ère chrétienne; mais, ainsi que le remarque 
M. Mnnk', plusieurs critiques font remonter la fondation de ce 
monument au temps de Darius Notlius, une soixantaine d'années 
auparavant, en prétendant que Josèphe a confondu ce roi avec 
Darius Codoman. Ils s'appuient, dit ce savant, sur un passage du 
livre de Néhémie, où nous apprenons qu'un des fils du grand prêtre 
Joiada fut exilé par Néhémie pour avoir épousé une fille de Sana- 
ballat le Horonite : 

De fîliis aulcm Joiadu fdii Eliasib, sacerdotis magni, gêner erat Sanaballal 
iloroniles, quem fugavi a me^. 

Ce Sanahailat était gouverneur de Samarie pour le roi de Perse. 
Or, est-il probable qu'il y ait eu, à deux époques dillerentes, deux 
satrapes de Perse en Samarie nommés Sanahailat ou Sanaballèle 
et ayant chacun pour gendre un prêtre juif? 

cr Toutefois, poui'suit M. Munk, Josèphe parle dans des termes si 
explicites de la fondation du temple samaritain sous Alexandre, et 
il paraît, d'ailleurs, si bien connaître la suite des rois de Perse, 
qu'il serait hardi de contester l'exactitude de son récit et de n'y 
voir que le produit d'une erreur chronologique ; car il faudrait sup- 
poser non-seulement qu'il a confondu deux Darius, mais que tout 
ce qu'il dit des rapports de Sanaballèle avec Alexandre est de son 
invention. •>•> 

Eusèbe, dans sa Chronique, alfirme également que le temple 
du Garizim fut bâti sous Alexandre, et il lui assigne pour date la 
seconde année de la cent onzième olympiade (335-33/i avant J.C); 
il n'est ainsi en désaccord que de deux ans avec Josèphe, lequel 
(•apporte que ce temple fut élevé pendant le siège de Tyr (332 
avant J. C). 

' L'UniveifipinoresrjHc : Palestine, p. /i8-i. — * Néhcmic, c. nui, v. a8. 



440 DESCRIPTION DE LA SAMAMIE. 

D'un autre côté, M. l'abbé Barges ' fait remarquer que le récit 
de Josèpbe est en contradiction avec la tradition des Samaritains, 
d'après laquelle leur temple, construit primitivement par Josué, 
ruiné ensuite par l'armée de Nabucbodonosor, roi d'Assyrie, aurait 
été restauré, au retour de la captivité, par Samballat ou Sanabal- 
lat, cbef de leur nation'^, cr 11 est clair, dit M. l'abbé Barges, que cette 
tradition se trompe, quand elle fait Sanaballat contemporain de 
Zorobabel, avec lequel elle semble le confondre; mais il est, selon 
toutes les apparences, le même personnage que le Sanaballat du 
livre de Nébémie. t 

L'an 175 avant Jésus-Cbrist, le temple du Garizim fut, à la 
demande des Samaritains eux-mêmes, dédié à Jupiter Hellénien; 
quarante-trois ans plus tard. Tan i'd^ avant Jésus-Christ, il fut 
détruit par Jean Ilyrcan. 

Voici le passage où Josèpbe raconte ce fait : 

E7re<Ta xa) ^afieyàv xat rà tsXtjcrîov avriis alpeî, ^ixiyid is zspbs toutois 
xat Vapt^elvy t6 te \ov6aîcov yévos , ousp wxei ibv sixacrOévra. tm év lepoao- 
XvfjLOis tepô) voibv, âv AXéf^avSpos éTrérpe^ev oixoSofxrjaai SavaêaXXeT»; tw 
alpaTijyùi, Sià rbv ya[i^pov M.ava.a(jrjv, tov IctSSov tov dp^tepécos dSsX(pov, œs 
xcù -ap^Tepov SeSn'kvxay.ev . 'Sivvé^tj Se rbv vabv Tovrov êprifiov yevécrdai (àstoc 
êxrt ètaxàaia'^. 

fEiisuiJc il (Jean Hyrcaii) s'omparo de Saïuojfa et dos lieux voisins, de Si- 
<-|iciii et du (jariziin. Il souuict la iialion des CuliiétMis, <|ui liubilnil prèsd'uu 
leniplo l'ail à riu)n|)[(> do celui de Jérusalem, leniplo qu'Alexaudre avait autorisé 
le 8a(ra|M* Sanaballèle à construire en faveur de son jjondre Manassès, frère 
du iMMilift' Yaddous, ainsi (|ue nous l'avons ia|»j>orlé |)récé(leiunionl. Or, il ar- 
riva <jue ce temple l'ut dévasté, apri's avoir duré deux cents ans,^^ 

CcH détails sont leHenuMit précis («t s'nccordiMil si bien (»nlre 
eux, (|iril est dillicile de ne pas y ajouter foi. BAti en Wèi avant 
Jéhus-Obrisl et détiiiit l'an i.'Jm de la même ère, ce temple avait 
eii ctlfclivemenl, de celle manière, une exi.^lence de deux cents 

' l.et Siiiiiiiiiliiiiiit ilr ^nplounr, j». 11 H. — ' (ilironlcon SniiKiiildiiiiiii nnihirc ron- 
tniplum nii liliiliin l.ihri Jonnr , p. •»!'•, «uiS e| 3|/|. — ' Aullfjiiilrs jmhiïfjiirs , I. \lll, 

e. i« . I I . 



CHAPITRE XXV. — HISTOIRE DU GARIZI\I. hfi\ 

ans. Si, au contraire, on en fiiit remonter la fondation à une époque 
antérieure à Alexandre, l'assertion de Josèphe relative à la durée 
de ce monument, quoique si nette, doit être regardée comme de 
nulle valeur, ce qu'il serait peut-être téméraire d'avancer. 

Remarquons, en outre, les mots dxjvéëv Se tov volov toxjtov 
êpVfJ-ov yevéaOoLif il airiva que ce temple fut dévasté, littéralement, 
devint désert, ce qui ne veut pas dire qu'il fut renversé de fond en 
comble avec l'enceinte sacrée qui l'entourait. Celle-ci put être, en 
effet, épargnée, du moins en partie; le sanctuaire seul, comme ayant 
été profané par le culte de Jupiter Hellénien , dut être traité avec 
plus de rigueur. 

Sous le gouvernement de Ponce-Pilate , l'an 30 de notre ère, 
un imposteur exhorta les Samaritains à le suivre sur le mont 
Garizim. 11 leur promettait de leur montrer, quand ils y seraient 
parvenus, des vases sacrés que Moïse, disait-il, y avait autrefois 
enfouis dans les flancs de la montagne. Une pareille promesse 
ayant trouvé un grand nombre de crédules, on se rassembla de 
toutes parts pour gravir le Garizim. Mais le gouverneur romain, 
craignant que cette réunion ne dégénérât en un tumulte séditieux, 
lit occuper par ses troupes les abords de la uîonta{jne. Dans cette 
circonstauce, beaucoup de Sauiaritains furent tués ou mis en fuite; 
d'autres furent faits prisonniers, et, parmi ceux-ci, les plus consi- 
dérables et les plus puissants furent mis à mort par Pilate. 

A la suite de cette alfaire, le sénat samaritain porta plainte au- 
près de Vitellius, gouverneur général de Syrie. Celui-ci ordonna à 
Pilate de se rendre à Rome pour se disculper devant l'empereur 
des gricïfs dont il était accusé'. 

L'an Gy de notre ère, au commencement de la grande insurrec- 
tion des Juifs, les Samaritains s'étant rassemblés en armes sur le 
mont Garizim, Vespasien envoya aussitôt contre eux Géréalis, pré- 
fet de la cinquième légion, avec six cents cavaliers et trois mille 
fantassins. Celui-ci, au lieu d'attaquer immédiatement les ennemis, 

' Anùq. judaïq. \. Wlll, c. iv, SS i et 3. 



hà'2 DESCHIPTION DE LA SAMAUIE. 

qui s'étaient retranchés en masse sur le sommet de la moiilajjiie, 
se contenta d'abord de {jarder avec soin toutes les issues du Gari- 
zim, et comme on était au fort de l'été et que les Samaritains man- 
quaient d'eau , il attendit que la soif les eût accablés sur les hauteurs 
arides qu'ils occupaient, avant d'engager la lutte avec eux. Quand 
il sut qu'ils étaient réduits à l'extrémité, il gravit avec ses troupes 
la montagne et, enveloppant les Samaritains, les somma de déposer 
les armes; mais ils refusèrent de se rendre , et Géréalis, fondant alors 
sur eux, les fit passer au fil de Tépée, au nombre de dix mille six 
cenls'. 

Sous Adrien, comme nous l'avons vu plus haut, un temple 
dédié à Jupiter Très-Haut fut érigé sur le Garizim, et une petite 
ville y fut bâtie sur les ruines d'une plus ancienne, nommée Louza. 

J'ai dit également que, sous le règne de Zenon, les Samaritains 
furent expulsés du Garizim par ordre de cet empereur, à cause des 
actes de cruauté qu'ils avaient commis contre les chrétiens, et qu'une 
église chrétienne en l'honneur de sainte Marie fut construite sur 
cette montagne et environnée d'un simple mur de défense en pierres 
amoncelées. Dévastée par les Samaritains sous le règne d'Anastase, 
elle fut rétablie plus tard par Justinien et entourée alors d'une 
enceinte plus dillicile à forcer. Je n'hésite pas à reconnaître, sur- 
tout après les fouilles faites par les Anglais, les vestiges de cette 
église dans les arasements de l'édifice octogone qui occupe le mi- 
lieu de la plate-forme du Kala'h, et, selon ma conviction, elle a 
dû renq)lacer, mais avec une autre forme, le temple de Jupiter 
Très-Haut, qui, lui-même, avaitsuccédé au temple de Jupiter Hel- 
lénien, idenlicpie avec celui des Samaritains. Nous savons, parles 
médailles frapjuMîs ù Neaj)olis en l'honneur d'Antonin le Pieux, (pie 
ce temple. de Jiq)iter Très-Haut élnit lectangulaire etenviroimé d'un 
téménos. Je icconnais avtîc M. de Saulcy ce téménos «lans les restes 
de renccinle actuelle du Kala'h. Si celte conj(;cture est fondée, il 
faut udmellre «pie Procope (*\agèn; quand il allrihue à Justinien la 

• (iutne de» Juif», I. III. r. vu. S .'{9. 



CHAPITRE XXV. — HISTOIRE DU GARIZIM. M^'^ 

conslructioii sur le Garizim d'une enceinte très-forte autour de 
l'église Sainte-Marie. Cette enceinte existait déjà; c'était celle (ju'a- 
vait bâtie Sanaballète et qui, sous Adrien, était devenue le téménos 
(lu temple de Jupiter Très-Haut. Démolie sans doute en partie à 
l'époque de Zenon, cet empereur se contenta de la l'aire relèvera 
la hâte, quand il érigea, à la place du tenqjle païen dédié à Jupiter, 
l'église Sainte-Marie, et elle dut plus tard une restauration plus 
complète à Justinien. Aujourd'hui, elle est de nouveau en ruine, 
et les assises inférieures qui sont encore debout datent très-proba- 
blement de l'époque de Sanaballète, les assises supérieures étant 
renversées. Celles-ci appartenaient peut-être à une époque posté- 
rieure et faisaient sans doute partie de la restauration exécutée par 
Justinien. 

Lors de l'invasion musulmane, l'église Sainte-Marie fut sans 
doute détruite, et les Samaritains recommencèrent à célébrer leur 
culte sur le mont Garizim. 

L'écrivain arabe Aboui-Hassan el-Masseoudy, qui écrivait vers 
le milieu du x'" siècle (332 de l'hégire), nous apprend dans son 
ouvrage intitulé Moroudj cd-Dluihab (les Prairies d'or) que, de son 
temps, les Samaritains étaient assez nombreux à Naplouse. 

Ils ont là, dil-il, une montagne appelée Thour Berik (la montagne bénie), 
où ils font la prière aux heures prescrites, après avoir sonné de la trompette ^ 

Pendant les croisades, les Samai-itains continuèrent à pratiquer 
librement sur le Garizim les cérémonies de leur religion à certaines 
époques de l'année, comme le prouve un passage de Benjamin de 
Tudèle que j'ai déjà mentionné : 

Naplouse, dit-il, compte environ cent Cutlie'ens, qui observent la loi de 
Moïse et sont appelés Samaritains. Ils ont des prêtres de la race d'Aaron. A 
Pâques et aux autres jours de lèles, ils offrent des sacrifices dans un temple 
qu'ils ont sur le mont Garizim et sur un autel formé avec les pierres que les 
Israélites enlevèreul du lit du Jourdain lorsqu'ils passèrent ce fleuve-. 

' Les Samaritains de Naplouse, par l'abbé Barges, p. 33. — * Itinéraire, e. i, 

p. fi;. 



44A DESCUIPTION DE LA SAMAUIE. 

Le temple dont parle Benjamin de Tudèle est, selon toute vrai- 
semblance, la grande enceinte du Kala'h. 

Quant à l'autel formé avec les pierres que les Israélites avaient 
enlevées au lit du Jourdain, on le reconnaît sans peine dans l'es- 
pèce de plate-forme de grosses pierres brutes appelée encore au- 
jourd'hui par les Samaritains Tenacher Balalliali (les douze pierres 
plates). 

Depuis lors, le Garizim est toujours resté pour eux la mon- 
tagne bénie, *iyj>jjj^, comme le désigne Abou'l- Hassan el-Mas- 
seoudy, cité par M. l'abbé Barges. Quelquefois troublés par les 
musulmans dans l'exercice public de leur culte, ils n'ont pu, par 
intervalle, y offrir leurs sacrifices; mais habituellement cette per- 
mission leur a été accordée. Seulement, ils n'immolent plus aujour- 
d'hui l'agneau pascal sur les douze pierres qui leur servaient autre- 
fois d'autel, et ils ne se rassemblent plus dans la grande enceinte, 
qui était probablement leur ancien temple. La principale raison, 
je pense, qui leur a fait choisir un autre emplacement pour leur 
réunion sur le Garizim a été la transformation en oualy de l'une 
des tours du Kala'h et le voisinage des nombreuses tombes musul- 
manes qui sont venues se grouper autour du sanctuaire du cheikh 
Abou-Riianem. Ce cheikh, comme je l'ai dit, a même donné son 
nom à la monUigne; c'est ainsi, du moins, que les musulmans la 
désignent souvent, en l'appelant Djebel ech-Cheikh Abou-Bhanem; 
ils la nomment également Djebel et-Tiiour. Le mot Thour, j^, qui 
signifie tout simplement montagne, hauteur, de mt^me (jue le mot 
hébreu n^an, Thahor, est aj)pliqué par les Arabes à plusieurs monts 
célèbres, notamment au Sinaï, au mont des Oliviers, au Thabor 
et au Garizim. 



IIKTOI H AL LIKli DR MON CAMPKMRNT. 



A quatre heures de l'après-midi, après avoir parcouru en tous 
}toii8 depui» le malin h; platt>au et les ruines du (larizim, après avoir 
nuHHJ ronleinpié à loisir, de manière h m'en bien pénétrcM*, l'admi- 



CHAPITRE XXV. — RETOUR AU CAMPEMENT. 445 

rable speclacio qui, de là, se déioulait à mes regards, je dus son- 
ger à quitter la montagne. 

J'en redescendis les pentes vers le nord, immédiatement au- 
dessous du mamelon, jadis fortifié, appelé actuellement Ras Kikis. 
Le sentier dans lequel je m'engageai est très-roide et très-glis- 
sant, à cause des nombreuses pierres roulantes éparses sur le sol 
qui se dérobent sous les pas. En quelques endroits, il a été creusé 
dans le roc. 

A cinq beures dix minutes, j'étais de retour au lieu de mon cam- 
pement. 



^4(i [jDESCRlPTIOxV DE LA SAMAHIE. 



CHAPITRE VINGT-SIXIEME. 

DKPART POUR LE MONT f/bAL. GROTTES SEPULCRALES. KIIARBET a'sKER. 

kllARRET a'kOUD. KllARRET KEFR KOUS. KIIARBET KLEISEII. 

ODALY SETTI SELIMAII. OL'ALT A^MAD ED-DIN. DESCENTE ET RETOUR 

À NAPLOUSE. 



DEPART POUR LE MONT E BAL. 



J'avais exploré la veille le mont Garizim. Pour compléter mes 
recherches sur Naplouse et sur ses environs , il me restait à entre- 
prendre une exploration analogue du mont E'bal, qui domine cette 
ville vers le nord, et je cherchai aussitôt un guide qui connût bien 
la montagne. Celle-ci, que très-peu de voyageurs européens ont 
visitée, n'est guère fréquentée non plus, du moins dans toutes ses 
parties, par les habitants de Naplouse. Les Juifs craignent de s'y 
aventurer, parce qu'elle passe pour peu sûre; les Samaritains l'ont 
en horreur, parce que, à leurs yeux, c'est la montagne des malé- 
dictions, et que h* Garizim est leur montagne sainte, celle des béné- 
dictions, où s'élevait jadis leur temple et où ils sacrifient encore. 
Quant aux musulmans, ils vénèrent, î\ la vérité, sur les (îancs su- 
périeurs etprescpieau haut de l'E'bal deux oualys, dont je dirai un 
mot plus tard; mais, en dehors de ces deux points, ils parcourent 
rarement le plateau de cette montagne. Toutefois, comme il est 
cultivé en plusieurs (endroits, je finis par trouver un fellah (|ui pré- 
tendait le connaître parfaitement. 

Je me mets donc en marche, sous sa conduite, le 8 mni, îi six 
heures trente minutes du matin. Notre direction est celhî de l'esl. 



r.ROTTK» SKPt LCRALRS. 



A MX lieures cinquante minutes, je rencontre, chemin faisant, 



CHAPITRE XXVI. — GROTTES SÉPULCRALES. hM 

sur les (laiics intérieurs et méridionaux de l'E'bal, plusieurs anciens 
tombeaux pratiqués dans le roc, restes, sans aucun doute, de l'an- 
tique nécropole de Sichem. 

Le premier qui s'offre à ma vue est précédé d'un vestibule à 
grande ouverture cintrée. De là, on pénètre, par une petite baie 
carrée, dans une chambre renfermant trois auges sépulcrales, 
ménagées dans l'épaisseur du roc sur trois des côtés, et surmontées 
chacune d'un arceau cintré. 

Quelques pas plus loin, j'examine un autre tombeau, auquel on 
monte par deux marches; il ne contient qu'une seule auge sépul- 
crale, sous un arceau cintré. Puis, comme je m'avance vers l'est, 
une troisième excavation funéraire, beaucoup plus considérable, 
attire mon attention. Une cour taillée dans le roc donne entrée dans 
trois chambres, deux au nord et une à l'est. La première, à gauche, 
vers le nord, n'a ni fours à cercueil, ni auges sépulcrales, ni ar- 
ceaux cintrés. C'était, selon toute apparence, une simple chambre 
de réunion pour la famille à laquelle appartenait le tombeau; la 
porte en est carrée. La deuxième chambre, à droite, est précédée 
d'un petit vestibule. On y remarque trois arceaux cintrés, sous cha- 
cun desquels il y avait place pour deux corps, dans des auges sépul- 
crales divisées en deux compartiments par une sorte de cloison 
longitudinale ménagée au milieu en évidant le roc. A l'est, et faisant 
retour d'équerre sur la cour, se trouve une troisième chambre, plus 
petite que la précédente, contenant seulement deux auges sépul- 
crales. 

En continuant à m'avancer vers l'est, j'observe deux autres tom- 
beaux; l'un n'a qu'un arceau cintré; l'autre consiste en une simple 
fosse sépulcrale creusée dans un gros bloc de roc détaché. 

Tous ces tombeaux et d'autres encore ont été taillés dans un cal- 
caire grossier et poreux, et les parois en sont pour cela générale- 
ment peu lisses; c'est ce qui explique aussi l'absence de moulures 
et de sculptures. 



àhS DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 



KUARBET A SKER. 



A huit heures cinq minutes, nous nous remettons en marche 
vers l'est-nord-est, puis vers le nord-est. 

A huit heures quinze minutes, nous arrivons au Kharbet A'sler. 
Je jette de nouveau un coup d'œil sur les ruines de cet ancien vil- 
lage, dont j'ai parle précédemment. 



KIIARRRT A KOUD. 



A huit heures quarante-cinq minutes, nous poursuivons notre 
marche vers le nord-est. A notre droite s'étend une belle et fertile 
vallée, bordée à l'est par des collines, que couronnent : ù l'est-sud- 
est, le village de Salem; à l'est, celui de Deir cl-Halliab, et au 
nord-est, celui de A'zmoutli. Je les décrirai plus loin. 

A neuf heures quinze minutes, en gravissant les premières pentes 
orientales de l'E'bal , je rencontre des ruines appelées Kharbet A' koud, 
àyift ib^; elles consistent en trois magasins contigus et parallèles 
dont les voûtes sont légèrement ogivales, et qui semblent avoir ap- 
parteiui à un ancien khan. Près de là gisent des amas confus de 
matéi-iaux, restes de constructions démolies. 



KIIARRRT KKPR KOUS. 



Quehjues minutes plus loin, vers l'est-nord-est, d'autres ruines 
sur les (lancs de l'E'bal , qui, de ce côté, fait sailhe comme une sorte 
de promontoire, me sont désignées sous le nom de Kharbet Kefr 
Kuus, ^^^ ^i^ ï^ys».. Là s'élevait jadis un viHage dont il subsiste 
encore une (piinzaiiKî de citernes, une aire et les arasements d'une 
trentaine de petites maisons, qui étaient bâties avec des matériaux 
aH.s«»z [jroH«icrH. 



KIIARRKT KLKISRII. 



A neuf Ih'iiics quarante-trois miniilcs, nous conimençons, vers 



CHAPITRE XXVI. — KHARBKT KLEISEH. 449 

l'ouest, une ascension très-pénible, en escaladant de ce côté les 
pentes abruptes de l'E'bal. Malgré les rochers qui les hérissent et 
la roideur de leur inclinaison, elles étaient autrefois cultivées par 
étages, comme l'attestent de nombreux murs de soutènement; 
aujourd'hui encore, elles ne sont pas complètement incultes; car, 
dans les endroits les moins escarpés et où les anciennes terrasses 
sont mieux conservées, ou y sème soit du blé, soit du dourah. 

A dix heures quarante minutes, nous atteignons le plateau de 
la montagne. J'en parcours en tous sens la partie nord sans y ren- 
contrer nulle part de ruines apparentes; seulement, çà et là, de 
petits murs d'enclos renversés et ayant servi à délimiter des pro- 
priétés prouvent que jadis le sommet de l'E'bal était cultivé en 
céréales ou en vignes. De vieux ceps rampent encore sur le sol en 
plusieurs endroits. Ailleurs, j'observe quelques carrés qui viennent 
d'être ensemencés en dourah. 

A onze heures quinze minutes, nous nous dirigeons vers la partie 
sud de la montagne. 

A onze heures trente -cinq minutes, après avoir suivi quel- 
ques instants un sentier bordé à droite et à gauche par les ara- 
sements de deux petits murs parallèles, actuellement démolis, nous 
arrivons à des ruines assez étendues, appelées Kharhet Kleiseh, 
»ué*jf^ iLijj^ ^ Elles occupent le point culminant de l'E'bal. De nom- 
breuses maisons jonchent de leurs débris confus un sol inégal et 
rocheux; les matériaux avec lesquels elles étaient construites avaient 
été à peine équarris. Une enceinte carrée, mesurant environ 82 pas 
sur chaque face et bâtie avec des blocs plus considérables, eux- 
mêmes très -grossièrement taillés, est appelée par mon guide El- 
Kalah (le château). Etait-ce le téménos d'un petit sanctuaire au- 
jourd'hui rasé; était-ce un lieu de refuge en cas d'attaque? Je 
l'ignore. 

La Bible nous apprend que Moïse avait recommandé à son 
peuple, quand il aurait franchi le Jourdain, de dresser degrandes 

' Peul-élre ai-je mal enlondii, cl laiil-il liro kiiiseh , L^^^, au lion de Kleiseh, 

«9 



A50 DESCKIPTION DE LA SAMARIE. 

pierres sur le mont E'bal, de les enduire de chaux et d'y graver 
les paroles de la loi; il devait également y ériger un autel de pierres 
brutes et non polies et y oiïrir des holocaustes au Seigneur: 

2. Cumque transieritis Jordanem in terram quam Dominus Deus tuiis dabit 
libi, ériges ingentes lapides, et calce lœvijjabis eos, 

3. Ut possis in eis scribere oninia verba logis hiijus, Jordane transmisso : 
ut inlroeas lerram quam Dominus Deus tuus dabit libi, terram lacle et mollo 
manantem, sicut juravit patribus tuis. 

h. Quando ergo transieritis Jordanem, erigite lapides quos ego hodie pra»- 
cipio vobis, in monte Hebal, et laevigabis eos calce; 

5. Et œdificabis ibi altare Domino Deo tuo de lapidibus quos ferrum non 
letigit, 

6. Et de saxis informibus e( impolitis; et offeres super eo holocausta Do- 
mino Deo tuo '. 

Dans le livre de Josué, nous voyons que les prescriptions adres- 
sées au peuple par Moïse au nom du Seigneur furent fidèlement 
exécutées par son successeur : 

3o. Tune œdificavit Josue altare Domino Deo Israël in monte Hebal ; 

3i. Sicut pncceperat Moyses famulus Domini filiis Israël, et scripinm est 
in vulumine lejjis Moysi; altare vero de lapidibus impolitis, quos ferriim non 
leligil; et obtulit super eo holocausia Domino, immolavilquc pacilicas vic- 
limas. 

32. Et scripsit super lapides Deuleronomium legis Moysi, quod ille diges- 
serat coram filiis Israël '-^. 

D'après le Penlateu(jue samaritain, ces pierres et cet autel au- 
raient été dressés sur le mont (larizim et non sur le mont E'bal. 
Kii décrivant les ruines du Garizim, j'ai signalé les fameuses 
Tond cher lialuihali ou douze pierres, mentionnées déjà par ])lnsieui*s 
voyageurs, ([ue les Samaritains prétendent y avoir été placées par 
Josué pour servir d'autel. Mais tous les manuscrits hél)raï(|ues, ainsi 
que la version des Seplaut(> et C(;llc de la Vulgale, au lieu du mol 
(îarixiiu, portent, dans le passage relatif à ce fait, celui (VKhal, 

' Ihuttmnntnf , r. \\\\\ , s. 9-1). — * Jonuif, c. vui. v. îlo-3o. 



CHAPITRE XXVI. — OUALY A'MAD ED-DIN. ^51 

et dès lors c'est sur cette dernière montagne et non sur le Garizim 
que devait se trouver l'autel primitif élevé par Josué. Pour re- 
trouver ce monument précieux, j'ai parcouru avec soin tout le 
plateau méridional de la montagne, de même que j'en avais exploré 
le plateau septentrional; mais toutes mes recherches ont été vaines. 
D'abord, il est à croire que cet autel n'existe plus depuis longtemps, 
les Samaritains ayant transporté au Garizim la tradition qui le rat- 
tachait h l'E'bal et, par conséquent, ayant peut-être, pour accré- 
diter ce transfert, effacé jusqu'aux traces du monument primitif; 
ensuite, quand même il existerait encore, comme il était bâti avec 
des pierres informes et non taillées, et que la plus grande partie 
du plateau méridional de l'E'bal est couverte de blocs de rocher 
plus ou moins considérables, et diversement entassés, ou disposés 
naturellement par assises horizontales, il serait à peu près impos- 
sible actuellement de le retrouver au milieu de ce chaos confus, à 
moins d'être guidé dans cette recherche par la tradition; mais 
celle-ci a été complètement perdue par les Juifs, et les Samaritains 
l'ont reportée ailleurs depuis de longs siècles. Ce qui me semble le 
plus probable, c'est que l'enceinte carrée signalée par moi au khar- 
bet Kleiseh peut avoir jadis renfermé cet autel. Ensuite, elle paraît 
avoir été remaniée et avoir servi à un but de défense. Cette en- 
ceinte occupe, en effet, le point le plus élevé de l'E'bal, et tout 
porte à penser que l'antel érigé par Josué devait être situé sur le 
sommet de cette montagne. 



OUALY SKTTl SRLIMAH. 



Les musulmans vénèrent sur lE'bal deux tombeaux : Tun est 
celui d'une femme, Setli Selimuli, i^>X.u. Ju^. 



OUALY A MAD KI)-DI>. 



L'autre, à l'ouest du précédent, contient les restes d'un cheikh 
désigné sous le nom de A'mad ed-Din , (jj*xJI iU (soutien de la reli- 



aç). 



A52 DESCRIPTION DE LA SAMARÎE. 

gion). Ce dernier surtout est Irès-fréquenté. Le sanctuaire où repose 
le santon est précédé d'une cour dallée et d'une citerne. Cette es- 
pèce de vestibule, qui, vers le sud et l'ouest, surplombe un préci- 
pice très-profond , est boidé de ce côté par un mur percé de trois 
fenêtres, d'où le regard plane sur la verdoyante vallée de Na- 
plouse et sur cette ville. 

La présence de ces deux oualys sur l'E'bal fait que les musul- 
mans l'appellent tantôt Djebel Setti SeUmah, tantôt Djebel A'mad ed- 
Din; mais sa dénomination antique était en hébreu "pTyin, har 
E'hal, en grec opos Faté'aX ou Ti^dXos, en latin mons Hebal. Son 
altitude la plus haute au-dessus de la mer est évaluée approxima- 
tivement à 998 mètres, et à 898 au-dessus de la vallée de Naplouse; 
elle est ainsi un peu plus grande que celle du Garizim, dont le 
point culminant ne dépasse pas 960 mètres au-dessus de la Médi- 
terranée. L'E'bal est qualifié par les rabbins juifs et par les Sama- 
ritains de montagne maudite , en opposition avec le Garizim, appelé 
la montagne bénie, parce que les malédictions furent prononcées 
sur la première et les bénédictions sur la seconde. C'est même cette 
circonstance qu'allèguent les Samaritains comme la principale 
preuve de la légitimité de leur tradition relative à l'autel érigé, 
selon eux, par Josué sur le Garizim et non sur l'E'bal, comme le 
veut le texte hébreu. Il est naturel, en eft'et, disent-ils, qu'on ait 
choisi, de préférence à la montagne des malédictions, celle des bé- 
nédictions pour y dresser un autel au Seigneur. Mais, malgré cette 
raison de convenance, qui n'est pas sans quelque valeur, je l'avoue, 
il faut s'incliner, à mon avis, devant l'autorité unanime de tous les 
manuscrits hébreux, autorité que corrobore, en outre, le texte de 
la version des Septante et do la Vulgate. 

DKSCKNTK KT HKTOdR À NAPLOUSE. 

A deux heures de l'après-midi, nous redescendons, du côté de 
NaplouHc, par un sentier très-rapide, les flancs méridionaux de 
l'K'hal; il» 8ont hérissés en cet endroit de cactus qui croissent au 



CHAPITRE XWI. — RETOUR A NAPLOL'SE. /i53 

milieu des rochers et plantés çà et là de quelques figuiers, de 
maigres oliviers et de vignes. 

A deux heures quarante minutes, nous atteignons le bas de la 
montagne, et, après avoir traverse un grand cimetière musulman, 
puis de beaux vergers, nous rentrons dans Naplouse. 



45/1 DKSCIUPTION DE LA SAMARIK. 



CHAPITRE VINGT-SEPTIEME. 

BEIT-DEDJAN. BEIT-FOUREIk. KHAUBET EL-MEZAU. SALEM. DEIR 

EL-HATHAB. AZMOUTH. RETOUR À NAl'LOUSK. 



BEIT-DEDJAN. 



Le 9 mai, à cinq heures quinze minutes du matin, je quitte de 
nouveau mon campement de Naplouse pour aller examiner, à l'est 
de cette ville, les localités dont je vais rendre compte dans ce cha- 
pitre. 

A cinq heures quarante minutes, je passe près de i'A'ïn Dafneh. 

A cinq heures quarante-sept minutes, je laisse à ma gauche le 
village et l'A^ïn Balathah. 

Continuant à descendre légèrement vers l'est- sud -est, je salue 
bientôt, chemin faisant, le puits de Jacob, puis je traverse, vers 
l'est, la belle plaine où il est creusé. 

A six heures quinze minutes, après avoir Iranchi une petite col- 
line rocheuse, je descends dans une autre plaine, également très- 
fertile, et cultivée en blé, comme la précédente. IVIa direction est 
toujours celle de l'est. 

A six heures cinquante minutes, le sol se relève, et, un ])eu plus 
loin, se montrent de vieux bouquets d'oliviers. 

A sept heures vingt minutes, je giavis les |)entes d'une colHnc 
rocheuse dont h's lianes ont été jadis exploités connue cairière en 
plusieurs endroits. D'étage en élage, d'anciens nmrs de soutène- 
ment construits avec de gros blocs sont encore en |)arlie debout. 

A Hcpl heures trente minutes, je parviens au village de Beit- 
Iff'djan, ^y*.> i^M^, HJtué sur le sommet de ceite <'o||ine. Il contient 
environ ^loo habilanlh. On y remanpie inie petite mos(pn'e à moitié 



CHAPITRE XXVII. — BEIT-FOUHEIK. 455 

renversée et un bordj bâti avec des blocs iriéguliers de grandes 
dimensions, et qui, sans être antique, paraît néanmoins fort ancien. 
Un certain nombre de citernes creusées dans le roc servent encore 
aux besoins des babitants. 

Le nom de ce village, identique à la dénomination liébraïque 
Belli-Dagon, pji n"»?, semble prouver qu autrefois les l*liilistins y 
avaient érigé un temple en l'bonneur de leur divinité principale, 
Dagon. 

La Bible mentionne en Palestine deux villes du nom de Betli- 
Dagon : 

L'une dans la Cbépbélab, c'est-à-dire dans la plaine basse de 
Juda : 

El Gîderoth , et Betli-Dagoii, et Naaina ol Maceda '; 

La seconde sur la limite de la tribu d'Aser, dont elle l'ormait 
l'une des villes IVontières : 

Ac reverlitur (terminus) contra orienlem Belli-Dagon -. 

Le village de Beit-Dedjan dont il s'agit ici ne peut être identifié, 
à cause de sa position dans la province de Samarie, ni avec l'une 
ni avec l'autre de ces deux. Betli-Dagon, situées, la première dans 
la Judée, et la seconde dans la Galilée; mais le nom qu'il porte sul- 
litpour attester que c'était jadis une troisième localité appelée éga- 
lement Beth-Dagon, et non mentionnée par la Bible. 

BKIT-FOUREIk. 

A sept heures trente-cinq minutes, je descends de ce village vers 
l'ouest. 

A huit heures, je laisse à ma gauche, à quinze cents mètres environ 
de distance, au sud, le village de Beit-Foureik, ^^jy o»>içj, assis 
sur les pentes d'une colline; une ceinture d'oliviers l'environne. 

' Josuéy c. xv, \. 'm. — - Ibid. c. xix, v. •J7. 



/i56 DESCRIPTION DE LA SAMAUIE. 



KHAKBET BL-HEZAR. 



A i'ouest de Beit-Foureik, sur une coliiue voisine, j'aperçois 
quelques ruines autour d'un oualy; on les appelle Kharbet el-Mezar, 



SALEM. 



A huit heures quinze minutes, ma direction devient celle du 
nord-ouest, puis du nord-nord-ouest. 

A huit heures vingt minutes, je commence à gravir une colline 
plantée d'oliviers, de figuiers et d'amandiers. 

A huit heures trente minutes, je parviens à Salem, ^U». C'est 
un petit village de deux cents habitants au plus. Les maisons sont 
très-délabrées et plusieurs sont à moitié renversées. Une dou- 
zaine de citernes antiques creusées dans les flancs de la colline sont 
actuellement à sec. Les femmes du village vont chercher de l'eau, 
à un kilomètre de là vers le nord-nord-ouest, à une source appelée 
A'în Salem, ^L- ^JX&. Elle s'écoule de dessous un rocher par un 
petit canal d'apparence antique, et est recueillie dans une longue 
auge monolithe, qui est probablement un ancien tombeau. 

Le village de Salem répond, par son nom et par sa position, à 
l'antique Salem, en hébreu Cfialem, dW, en grec ilaXr/p , en latin 
Salem, que traversa Jacob arrivant de Mésopotamie, avant de 
dresser sa tente près de la ville de Sichem : 

Transivitque in Salem, urbcin Sichiinorum, quœ est in Icrra Chanaan, 
po.stquarn rcversus est de Mesopolamia Syriau, et habilavit juxta oppidum '. 

Eusèbe et son traducteur saint Jérôme ont confondu à tort dans 
Y Onomnaltcon Salem avec Sicheui : 

^vxèfJ^t fcai )} ^txifxà, >} xa) ^aX*ifx, xsé'Kn Vaxè^, vvv ëptjfxos. 

irSiclicm el Salem, iraduil Huinl Jurônic, quoi latine cl grwce Sicima vucata 
Mt, rivilaH Jacob, niuir déserta. n 

' Genèêt, e. tt\iii, v. |H. 



CHAPITRE XXVII. — DEIR EL-HATHAR. ^57 

D'après quelques critiques modernes, ies mots du texte hébreu, 
au commencement du verset 18 de la Genèse, 

Q2p i"»y ah^ 3î?y;. Ni^^i, 

au lieu de se traduire 

Et Jacob vint à Chalem, ville de Chekhem, 

c'est-à-dire dépendante de Chekhem, traduction conforme à celle 
des Septante : 

Ko.) ÇjXdsv laxoj€ els SaX^/M, 'OféXtv 'SttKtfianff 
et à celle de la Vulgate : 

Transivitque in Salem urbem Sichimorum , 
doivent se rendre de la manière suivante : 

Jacob arriva sain et sauf à la ville de Chekhem, 

le mot Db^ étant regardé par eux ici comme un véritable adjectif, 
signiliant sain et sauf, en sûreté, et non comme un nom propre de 
ville. 

Mais, malgré l'autorité des hébraïsants qui ont adopté ce der- 
nier sens, j'incline plus volontiers, à cause de l'existence, à l'est et 
dans le voisinage de l'emplacement de l'antique Sichem, du village 
appelé encore aujourd'hui Salem, à m'en tenir à l'interprétation 
des Septante et de la Vulgate et à traduire, par conséquent, le 
passage hébreu comme je l'ai fait plus haut : 

Jacob vint à Chalem (Salem), ville de Chekhem (Sichem), 

c'est-à-dire dépendante de Chekhem et non point identique avec 
cette ville, conmie le prétend Eusèbe dans YOnomaslicon et comme 
semble le croire pareillement saint Jérôme, qui traduit hdèlement 
cette assertion d'Eusèbe sans la corriger. 



DKIK ËL-UATHAB. 



A huit heures cinquante -cinq minutes, je quitte l'A'ïn Salem 



/i58 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

pour descendre vers le nord-ouest; puis, montant légèrement vers 
le nord -nord- ouest, je traverse, à neuf heures cinq minutes, le 
village de Deir el-Hathab, ^^Ja^^^i. Il se compose de cent habitants 
au plus. Beaucoup de maisons détruites montrent qu'autrefois il 
était plus important que maintenant. Plusieurs citernes creusées 
dans le roc sont évidemment antiques; elles sont à sec en ce mo- 
ment, et les femmes vont s'approvisionner d'eau à l'A'ïn Salem. 

A^ZHOUTH. 

Je me dirige ensuite vers l'ouest-nord-ouest, puis vers le nord- 
ouest, et, à neuf heures vingt-cinq minutes, je m'arrête un instant 
à A'zmoulhy isyy^, petit village un peu moins en ruine que le pré- 
cédent. 11 a dû succéder également à une localité antique, comme 
le prouvent un certain nombre de citernes pratiquées dans le roc, 
la plupart sans eau, mais dont une, entre autres, sert encore aux 
besoins des habitants. Deux oualys y sont consacrés à deux cheikhs 
différents. 

RETOUR À NAPLOUSE. 

A neuf heures trente minutes, je descends d'A'zmouth dans la 
direction du sud-ouest. 

A neuf heures cincpiante minutes, je franchis assez péniblement, 
par un sentier étroit et en forme d'escalier, les berges rocheuses 
de rOued el-Bidan. 

A dix heures dix minutes, je laisse à ma droite le Kharbet A's- 
ker, et à dix heures quarante nunutes, je fais halte avec joie 
sous les beaux ombrages des vergers de Naplouse; car le rhamsin 
endirasc vv jour-l{\ l'atmosphère, et mon thermomètre, à l'ombre, 
marque .'{«) degrés centigrades. 



CHAPITRE XXVIIT. — MAKHNA EL-FOIIKA. /i59 



CHAPITRE VINGT-HUITIEME. 

kEl K KELLIL. MAKHNA EL-FOUKA. MAKHNA ET-THATA. HAOLAHAII. 

KHAHBET ZEIDAN. AOUDËLAH. a'oURTAH. ROUDJIB. 

KMARBET ED-DOUARAH. RETOUR À NAPLOUSE. 



KEPR KELLIL. 



Le lo mai à cinq heures vingt minutes du matin, j'entreprends 
une nouvelle excursion pour explorer, aux environs de Naplouse. 
d'autres ruines et d'autres villages qui m'avaient été signalés. 

Parti de mon campement dans la direction de l'est-sud-est, je 
longe, à cinq heures cinquante minutes, vers le sud, les pentes 
orientales du Garizim. 

A cinq heures cinquante-cinq minutes, je gravis vers le sud-sud- 
ouest les flancs inférieurs de cette montagne, et bientôt je rencontre 
une source peu abondante appelée A'ïn el-LeJf, Ji>JI ç^; puis, à 
six heures, une seconde source, qu'on me désigne sous le nom 
de A'ïn es-Sourik, (^jy^\ (ja*, et, cinq minutes plus loin, une 
troisième, nommée A'ïn ei'-Rakeb, 4-»5ipi ç^xa. 

A six heures vingt minutes, je parviens à Kefr Kellil, J<jSijjS^, 
village de deux cents habitants, séparé par un vallon en deux 
quartiers, l'un septentrional, l'autre méridional. Quelques jardins 
l'avoisinent. 



MAKHNA EL-FOUKA. 



De là je redescends dans la plaine, que j'atteins à six heures 
trente minutes, pour suivre quelque temps, vers le sud, la roule 
qui conduit à Jérusalem. 

A six heures quarante-quatre minutes, je laisse à ma droite une 
colline que couronnent des ruines peu étendues, appelées Makiina 



460 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

el-Fouka, UyJl UJtf., et un oualy vénéré sous le nom de Cheikh 
Abou Ismaû, Jhs«-<v«I ^t gL-û; d'autres prononcent Abou-Isma'ïn : on 
sait, en effet, qu'en arabe, dans le langage vulgaire, les lettres 
/at», J, et iwun, y, se permutent souvent. Un bouquet d'oliviers 
environne l'oualy. 



HAKHNA ET-THATA. 



Dans la plaine, à ma gauche, j'aperçois d'autres ruines, nom- 
mées, par opposition aux précédentes, Makhna et-Thala ou Makhna 
inférieure, bûsKJl U:^; elles sont dominées au nord par un petit 
tell , jadis habité sans doute , mais aujourd'hui livré à la culture et 
sans vestiges apparents d'anciennes constructions. 



HAOLARAH. 



A six heures cinquante-deux minutes, je cesse de longer à l'ouest 
le Garizim, dont les dernières pentes méridionales expirent vers 
ce point. 

A sept heures dix minutes, je monte au village de Haoïiarah, 
»;!^j»-; situé sur les flancs d'une colline, il peut contenir huit cents 
habitants et est divisé en deux quartiers administrés chacun par 
un cheikh. A l'entrée d'une petite mosquée, je remarque plusieurs 
tronçons de coloinies; ils paraissent antiques, ainsi qu'un certain 
nombre de citernes et de grottes pratiquées dans le roc. V\\ oualy 
est consacré à Abou en-Neby Sahin. 



KIIAHUKT ZKIDAN. 



Hcdesceiidu dans la plaine, je me dirige vers I Csl, puis, à dix 
heure» vingt-cinq minutes, vers resl-nord-esl. 

A He|)l heures trente niiimles, je laisse sur mu gauche (|uel([ues 
l'UlliCb, ajipclécs khdrhcl Zeùlaii , ^\J^j i^/»" 



CHAPITRE XXVIII. - A'OURTAH. /i(W 



AOUDELAH. 



A sept heures quarante minutes, je passe au pied d'Aottdelah, 
A)àjl, petit village situé au sud sur une colline, au milieu d'une 
plantation d'oliviers et de figuiers. 



A OURTAH. 



A sept heures quarante -six minutes, je gravis les pentes assez 
roides de la colline sur laquelle s'élève A'otirtah, *jj|^. Chemin 
faisant, j'observe plusieurs citernes antiques creusées dans le roc. 
A'ourtah, bien qu'en partie renversé, renferme encore sept cents 
habitants. 

Dans la partie haute du village est une mosquée, dite Djama 
Mansour, jyAJ<^ ^U-. Elle contient intérieurement, dans une en- 
ceinte particulière, un tombeau de proportions gigantesques, cons- 
truit en dos d'âne et blanchi à la chaux. Là repose Neby Mansour. 
Alentour plusieurs tas de pierres indiquent la place d'autres tombes. 

Dans la partie basse du même village, une autre mosquée m'est 
désignée sous le nom de Oiiahj el-Mefaddhel , Jolàxll Jj. On y ob- 
serve également un immense tombeau , de la même grandeur et de 
la même forme que le précédent. 

A trois ou quatre minutes d'A'ourtah, vers le nord-est, au delà 
d'une plate-forme rocheuse oii l'on a jadis creusé plusieurs citernes 
et un birket, long de vingt pas sur sept de large, on me montre 
sur une colline couverte de broussailles deux oualys au milieu d'un 
cimetière. L'un de ces oualys est particulièrement vénéré sous le 
nom de Azilat, vy:s^jx. Une petite chambre basse et obscure, dans 
laquelle on descend par quelques marches, est contiguë à une ca- 
verne actuellement murée, et que trois ouvertures permettent d'a- 
percevoir. En m'éclairant de mon mieux au moyen d'une bougie 
que j'introduisis dans la caverne en passant le bras par l'une de 
ces ouvertures, je n'y observai aucun tombeau; il m'a semblé aussi 



h6'2 DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

qu'elle n'était pas aussi vaste qu'on me l'avait dit. Les Juifs et les 
Samaritains prétendent que soixante et dix vieillards d'Israël y 
ont été jadis ensevelis. Cette tradition est mentionnée par plu- 
sieurs rabbins cités par Carmoly^ Ces mêmes rabbins placent à 
A'ourtab les sépultures du grand prêtre Eléazar, de Pliinées, son 
61s, et d'Ithamar, son frère : mais en cela certainement ils sont 
dans l'erreur, car la Bible nous apprend qu'Eléazar mourut et fut 
enterré à Gibeath-Pinehas, dans la montagne d'Ephraïm^. 

Or cette Gibeatli-Pinehas, dans la Vulgate Gabaalk-Phinees, 
doit être identifiée, comme je le montrerai plus loin, avec un vil- 
lage appelé Djibia, non loin du Kharbet Tibneh, l'ancienne Thim- 
nath-Serab, près de laquelle j'ai retrouvé le tombeau de Josué. 

Nous lisons, dans l'Epitaphe de sainte Paule' par saint Jérôme, 
que cette illustre Romaine alla vénérer sur la montagne d'Epbraïm 
les tombeaux de Josué et d'Eléazar, situés l'un vis-à-vis de l'autre : 

Sepuicra quoque in monte Ephraim Jesu filii Nave et Eleazari, filii Aaron, 
sacerdotis, e regione venerata est, quorum aller condilus est in Thaninath- 
Sare, a seplentrionali parle monlis Gaas, aller in Gabaa filii sui Pliinccs, 
satisque mirala <»sl qiiod distributor possossionum sibi monlana ol aspora 
delegisset. 

Ce passage de saint Jérôme nous montre que les tombeaux de 
Josué et du grand prêtre Eléazar se faisaient en quelque sorte vis- 
à-vis sur deux hauteurs voisines, puisque sainte Paule les vénéra 
en se tournant d'abord vers l'un, puis vers l'autre, ce qu'impliquent 
l€8 mots e regione venerala est. Or, ce Père de l'Eglise n'aurait ])as 
pu s'exprimer ainsi, si le tombeau d'Eléazar avait été à A'ourtah, 
comme le veulent les rabbins mentionnés par Carmoly et comme 
\o cioiiMil «'iicori» les Juifs el les Samai'ilains <le Na|)l()nse. 



iiniiDJMi. 



A neuf heures, je descends, vims le nord-ouest, les lianes, très- 
rocheux de ce cAl^% de la colline d'A'ourtah. 

• Uinérairr» df la Tnrf nainln , p. iSO. " .limin'', v. \xiv, v. .'l.'!. 

4 11. 386, bkh. ' Hpltnpliitim Vuuhc , S j.'l. 



CHAPITRE XXVIII. — KHARBËT ED-DOUARAH. 1(i3 

A neuf heures vingt- cinq minutes, ma direction devient celle du 
n(>rd-ost, puis, à neuf heures trente minutes, je commence vers le 
nord une nouvelle montée, assez douce d'abord. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, l'ascension devient plus 
roide, à travers des plantations de figuiers et d'oliviers. 

A neuf heures cinquante minutes, je parviens à Roudjih, (.^^^as^'^j, 
village de trois cents habitants au plus, sur une colline dont les 
flancs ont été jadis, en plusieurs endroits, exploités comme car- 
rière. Des haies de cactus servent d'enclos à quelques jardins. 

KIIARBKT ED-DOUARAn. 

A neuf heures cinquante-cinq minutes, je redescends vers h^ 
nord-est; à dix heures dix minutes, j'examine dans la plaine les 
restes d'un monument important qui a été exhumé en 1869, pour 
en faire servir les beaux matériaux à la construction de la caserne 
qui avoisine l'A'in Dafneh. On a déterré en cet endroit beaucoup 
de pierres de taille provenant de cet édifice, renversé de fond en 
comble, et cinq lïUs de colonnes monolithes en granit gris couchés 
horizontalement et enfouis. Un seul de ces fûts a été péniblement 
transporté à Naplouse ; les quatre autres sont encore là gisants sur 
le sol. Cet édifice n'était point isolé, mais de nombreuses habita- 
tions, rasées complètement, jonchent au loin la plaine de leurs dé- 
bris confus. Elles formaient une petite vdie, sur l'emplacement de 
laquelle la charrue a incessamment passé depuis de longs siècles. Ces 
ruines, aujourd'hui à peine perceptibles, et que j'ai pu suivre l'es- 
pace de huit cents pas environ dans la direction du nord-ouest, 
puis de l'ouest-nord-ouest, jusque dans le voisinage du Bir la'koub, 
m'ont été désignées sous le nom de Kharhet ed-Dounruh, kjj^ 
ïj\^ô^\. La ville à laquelle elles appartenaient, et dont elles n'oflVenI 
plus que de très-faibles vestiges, devait touclier presque à l'antique 
Sichem, qui, ainsi que je l'ai dit, était située h l'est de l'empla- 
cement occupé plus tard par Noapolis, bâtie elle-même avec les 
ruines de Sichem. Comment s'appelait cette ville? J'inclinerais 



hfà DESCRIPTION DE LA SAMARIE. 

assez à penser qu'elle portait primitivement le nom de Belh-Millo, 
en hébreu NiVorfa, chez les Septante oJxos BvdiKxciLXcû, dans la 
Yulgate urbs Melîo, ville qui devait être très -voisine de Sichem 
et ne faire, pour ainsi dire, qu'un avec elle, comme cela semble 
résulter du verset suivant, oii il est dit que tous les principaux 
habitants de Sichem et ceux de Beth-Millo se réunirent auprès du 
chêne de Sichem pour élire roi Abimélech : 

Congregati sunt autem omnes viri Sichem et universae famiiiœ urbis Mello ; 
abieruntque et conslituerunt regem Abimélech, juxla quercum qiiae stabal in 
Sichem '. 

Beth-Millo n'est plus, du reste, mentionnée que dans un autre 
verset du même livre des Juges, verset dans lequel Joatliam, fils 
légitime de Gédéon, après avoir échappé au massacre de ses frères, 
égorgés par Abimélech , appelle sur ce fils illégitime de son père , 
et sur les habitants de Sichem et de Beth-Millo, qui n'ont pas eu 
honte de l'élire roi, toutes les fureurs d'une guerre réciproque, 
représentée par un feu vengeur jaillissant de part et d'autre et les 
dévorant les uns et les autres : 

19. Si ergo recte et absque viiio egistis cum Jerobaal et domo ejus, hodie 
iœtamini in Abimélech, et iile laetetur in vobis. 

20. Sin autem perverse, egrediatur ignis ex eo, et consumai habilalores 
Sichem et o|)|)idum MeHu; egredialurque ignis de viris Sichem, et de oppido 
Mclto, et devoret Abimélech '. 

RETOUR À NAPLOUSE. 

A dix heures vingt-cinq minutes, je parviens au Bir ïa'koul), que 
j'examine de nouveau, et h onze heures je rentre h Napiouse. 

' Jugei, c. IX, V. 6. 

FIN DU TOMK PRKMIKR. 



TABLE DES CHAPITRES. 



Pages. 

CHAPITRE l". Arrivée à Jërusaleiu. — Nouvelle étude de cette ville. — Limites 



de la Samarie . 



TiHAPITRE II. Départ de Jérusalem pour le couvent de Saint-Saba. — Visite 
de ce monastère. — Tourmente effroyable. — Halle à Neby Mousa. — 
Descente dans la vallée du Joui'dain. — A'ïn es-Souithan. — Ascension 
de la montagne de la quarantaine. — Er-Riha. — Kasr Hadjiah. — A*ïn 
Hadjlah, jadis Beth-Hoglah. — Halte près de la mer Morte, non loin de 
l'îlot connu sous le nom de Redjoum Loutli. — Le Jourdain. — Kasr el- 
Yehoudi. — Tell Djeldjoul (Gilgal ou Galgala). — Retour à l'A^ïn es- 
SouUhan. — Histoire de Jéricho; emplacements divers de cette ville.. . l 'i 

CHAPITRE III. Départ de l'A^ïn es-Soulthan. — Montée d'Adommira. — Khan 
el-Hatrour. — Kala'at ed-Demm (Castellum Adommim). — A^ïn el- 
Haoudh, peut-être E^n-Chemech. — Abou-Dis, probablement Bahourim. 

— El-A^zarieh (Béthanie). — Retour à Jérusalem i5o 

CHAPITRE IV. Séjour à Jérusalem. — Départ pom* la première grande tournée. 

— Cha'fath. — Kharbet el-Mighram, jadis peut-être Migron. — Khar- 
bet es-Soum'a. — Kharbet Deir Hazem. — Kharbet Thabakat. — Khar- 
bet Tell el-Foul , l'ancienne Gibeah de Benjamin ou Gibeah de Saiil. ... 1 83 

CHAPITRE V. Kharbet Beit-Koutha. — Kharbet Erha. — Kheraïb er-Ram. — 
Er-Ram, jadis Ramah. — Kharbet A'tara. — Kefr A'kab — Kharbet 
Soueikeh. — El-Bireh. — Beitin. — Thayebeh 198 

CHAPITRE VI. Deir Djerir. — Kefr Malek. — Kharbet Tell Azour. — Dje- 

radeh. — Kharbet Samieh. — Djebel Nedjemeh. — Retour à Thayebeh. ao8 

CHAPITRE VII. Kharbet Kilia. — A'ïn en-Noua'imeh. — A'ïn ed-Douk. — 

Kharbet en-Nasbah. — A*ïn cs-Soullhan «u 5 

I. 3o 



466 TABLE DES CHAPITRES. 

CHAPITRE VIII. Déprt de rA'ïn es-Soulthan. — Kharbel es-Somera. — Khar- 

bet el-Maskaralî. — Tell el-Fasaïl, jadis Phasaélis 226 

CHAPITRE IX. Tell Oumm et-Theil. — Attaque de Bédouins. — Halte près de 
rOued el-Fera^a. — Kharbet Makherouk. — Tell Djouzelah. — Gué de 
Damieb. — Vallée du Jourdain. — Djisr Damieh. — Tell Damieh. — 
Tell Keraoua. — Retour au campement 288 

CHAPITRE \. Kharbet Kerzeleia. — Ascension du Djebel Sarlhabeh. — Khar- 
bet Koufa. — Kharbet el-Kala'h. — Descente de cette montagne. — 
Retour au campement 268 

CHAPITRE XI. Kharbet Basalieh. — Tell es-Safra. — Kharbet Aliakeloum. — 
Kharbet Oumm-Keismah. — Kharbel Soumra. — A'thouf (Tappouah). 

— Tamoun. — Ras el-A^ïn Fera^a. — Tell el-Fera'a. — Bordj el-Fera^a. 

— Kharbet A^sir. — Tell el-Kadhieh. — Retour au campement 250 

CHAPITRE XII. Kharbet es-Sireh. — Siret el-Ma'azeb. — Tell es-Sa'ïdieh. — 
Haouch ez-Zakkoum. — Kharbet el-Bridje. — Kharbet A^ïn es-Sakoul, 
jadis Soukkoth a66 

CHAPITRE Xni. Kharbet Tleilal el-Maleh. — Kharbet Ech-Chekeb. — Khar- 
bet Hammam el-Maleh. — Kala'at el-Maleh. — Retour au Kharbet A^ïn 
Sakout 376 

CHAPITRE XIV. Départ du Kharbet A'ïn es-Sakout. — Tell er-Radrhn. — Tell 
Oualy Abou-Feradj. — Tell el-Meleikeh. — Tell et-Taoum. — Kharbet 
Feradj. — Tell el-Asari. — Tell el-Ferouana. — Kharbet el-Medjedda*h. 

— Tell Re'ian. — Tell el-Djezel. — Tell el-Menchieh. — Tell Balah. — 
Beisan , jadis Beth-Cheân ou Scythopolis 281 

CHAPITRE XV, Départ de Beisan. — Khan musulman. — Magnilique plaine. 

— Choutlhah, peut-être jadis Beth-Ha-Chittah. — Beit-Elfa; est-ce l'an- 
cienne Béthulie? — Kharbet Djedeideh. — Kharbet Cheikh Hasan. — 
Koumieb. — Kharbet Djaloud. — A'ïn Djaloud. jadis E'n-Harod. — 
A*ïn el-Maïleh. — Zera'ïn, jadis Je/.raël 299 

CHAPITRE XVI. Noures. — El-Mezar. — Sandelali. — Djelameh. — Mekei- 

liflleh. — Djeniii. jadis E'n-Gannim 82^1 

CHAPITRE XVII. R,.ii-K«.l. — Ed-I)cir. — A'in el-lladid. — Djelbomi , jadis 
CelboiiH. — Foukou'nli. — Djell koinous. — Oumm ol-Taulah. — Rnba. 

— A'rabouneh. — Deir er-Rlinzalcli. — A'raneli. — kharbel A'ba. — 
Rfftoiir k Ojoiiin . . •^•^8 

CHAPITHI*: XVIII. kli/iil*rl Uihi'iiirli, jadis liciin... - kluirlwl krlr lanMib. — 
Kliuriiet Oumm l'I liouthmeh. — KhnriHl lloubrnba. — koiilmlich. — 
.Misilja. . — Djprbn. — Snnonr, jadis probablemenl JJélhnli*' .'i.'J») 



TABLE DES CHAPITRES. /i67 

(CHAPITRE \1X. Merdj Sanour. — Oualy Kheich. — Meiteloun. — Tell Kha- 
bar. — Siris. — El-Djedeideh. — Sir. — Kharbel el-Koul'eir. — Djebel 
Bezeik. — A'kabah. — Kharbet Salhab. — Teiasir, jadis Acher. — 
Thoubas, l'antique Thebez 35 1 

CIlAFiTRE XX. Kharbet Yarzeh. — Kharbet Sinia. — Kharbet A^ïnoun. — 

Kharbet el-Fera'a. — Kharbet Faroua'h 36o 

C-HAPITRE X\l. Thallouza, jadis probablement Thirza. — A'sireh. — Khar- 
bet ech-Chouf. — Retour à notre campement de l'Oued Bidan 365 

CHAPITRE XXII. Départ des vergers de l'Oued el-Bidan. — Kharbet A'sker. — 
Tombeau de Joseph. — Puits de Jacob. — Ras el-A'ïn Balathah. — A*ïn 
Dafneh. — Aouliet el-A'moud. — Enfoncement demi-circulaire du Gari- 
zim et de l'E'bal. — Arrivée h Naplouse 870 

CHAPITRE XXIII. Description de Naplouse 390 

CHAPITRE XXIV. Histoire de Sichem, plus tard Neapolis, actuellement Na- 
plouse kok 

CHAPITRE XXV. Ascension du Garizim. — Tena'cher Balatliah. — Kala'h. — 
|}ir Balathat es-Samera. — Lieu prétendu du sacrifice d'Abraham. — 
Kharbet Louza. — Ras Kikis. — Histoire du Garizim. — Retour au lieu 
de mon campement liaU 

CHAPITRE XX VI. Départ pour le mont E^bal.— Grottes sépulcrales. — Khar- 
bet A'sker. — Kharbet A'koud. — Kharbet Kefr Kous. — Kharbet Klei- 
seh. — Oualy Setli Selimah. — Oualy A'mad ed-Din. — Descente et 
retour à Naplouse 446 

CHAPITRE XXVU. Reit-Dedjan. — Beil-Foureik. — Kharbet el-Mezar. — 

Salem. — Deir el-Hathab. — A'zraouth. — Retour à Naplouse 454 

CHAPITRE XXVIII. Kefr KeHil. — Makhna el-Fouka. — Makna et-Thala. — 
Haouarah. — Kharbet Zeidan. — Aoudelah. — A'ourtah. — Roudjib. 
— Kharbet ed-Douarah. — Retoui- à Naplouse 456 



FIN DE LA TABLE. 



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